Noël en Provence est synonyme de traditions, et parmi elles, les santons occupent une place de choix. Ces petites figurines d'argile, symboles de la Nativité et de la vie provençale, sont au cœur d'un savoir-faire ancestral, transmis de génération en génération. L'atelier Fouque, à Aix-en-Provence, incarne cette tradition familiale depuis près d'un siècle, perpétuant l'art santonnier avec passion et créativité.

L'Histoire d'une Famille de Santonniers

L'histoire des Santons Fouque débute en 1892, lorsque Jean-Baptiste Fouque, l'arrière-grand-père, remporte le premier prix de sculpture et de peinture des Beaux-Arts. En 1934, il fonde l'atelier des Santons Fouque à Aix-en-Provence, marquant le début d'une aventure familiale dédiée à l'art santonnier.

Chaque génération apporte sa contribution à cet héritage. Aujourd'hui, Emmanuel Fouque, son fils, perpétue la tradition familiale avec un esprit créatif débordant, donnant naissance à de nouveaux personnages chaque année. Ces créations sont le fruit de rencontres inspirantes et racontent une histoire, comme le « tailleur de pierre », le santon coup de cœur de l'artisan.

Un Savoir-Faire Ancestral Protégé

Le savoir-faire des santonniers de Provence est une pratique inscrite à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. À Aix-en-Provence, une charte de qualité, créée par l'association des santonniers d'Aix en partenariat avec la ville, protège ce savoir-faire traditionnel et ancestral.

La maison Fouque a reçu le label Entreprise du patrimoine vivant, décerné par le ministère du Commerce et de l’Artisanat en 2007, reconnaissant ainsi son engagement envers la préservation et la transmission de ce patrimoine unique.

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La Crèche Provençale : Une Tradition Familiale

Après la Révolution française, l'usage s'est répandu de constituer une crèche dans chaque foyer avec des santons. Ces petits personnages, fabriqués à partir de matériaux simples comme la mie de pain, le papier mâché ou la cire, étaient transmis de génération en génération, devenant ainsi une tradition familiale.

Au fil du temps, le nombre de santons a augmenté, chaque localité créant ses propres personnages, adaptés à son histoire. La crèche provençale s'est ainsi enrichie de figures emblématiques de la vie locale, des métiers traditionnels et des scènes de la vie quotidienne.

L'Évolution de la Crèche : Au-Delà des Personnages Bibliques

« Progressivement, la crèche va s’élargir au-delà des personnages bibliques », explique Emmanuel Fouque. « Et s’ajoutent alors tous les personnages caractéristiques de la vie d’un village provençal. » L’aveugle qui a retrouvé son fils, le boumian (gitan) qui a volé l’enfant de l’aveugle et se repent devant la crèche, la Provençale et son aïoli, le meunier, le pêcheur, la poissonnière, le marinier, la femme à la lavande, le marchand de poteries, le cueilleur d’olives… autant de personnages que l’on retrouve dans le spectacle traditionnel de La Pastorale Maurel, qui retrace l’histoire de Noël en Provence.

Le « Coup de Mistral » : Un Santon Emblématique

Au milieu de tous ces modèles, disponibles en différentes tailles, une création se démarque : le célèbre « Coup de mistral ». En 1952, ce santon fait prendre un tournant à la maison familiale. Il naît d’une rencontre marquante entre le grand-père et « un berger luttant contre le mistral, croisé sur un chemin », se souvient Emmanuel. Un mistral « à décorner tous les taureaux de Camargue », comme le décrit encore La Pastorale. Paul Fouque rentre dans son atelier et s’applique à reproduire le mouvement du manteau volant dans l’argile… sans savoir qu’il s’apprête à créer un petit santon qui deviendra célèbre et collectionné dans le monde entier. Car son mouvement révolutionne la technique de fabrication du santon, jusqu’alors figée.

Un Atelier Où le Temps N'a Pas de Prise

Installée au 65 cours Gambetta, à Aix-en-Provence, l'entreprise Fouque met à l'honneur l'art du santon et l'univers magique de Noël en Provence. Dans ce lieu où le temps n'a pas de prise, les santons et la culture provençale s'exposent.

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L'atelier Fouque perpétue un savoir-faire minutieusement transmis. La préparation de l'argile - fine et pure, prélevée dans la région -, la création du modèle à la main, puis du premier moule surnommé « mère », qui servira à la fabrication des moules « fils ». « De nombreuses réalisations exigent des moulages successifs. Avec différentes pièces, nous réussissons à obtenir davantage de mouvement dans les formes. » Ensuite, un temps de séchage attend les petites figurines - entre huit jours et deux mois -, avant la cuisson. Enfin, évidemment, l’étape de la décoration, pendant laquelle de fins pinceaux viennent parfaire les moindres détails, jusqu’aux motifs des vêtements. Tout est fait à la main dans l’atelier familial - Emmanuel refuse de délocaliser une partie de la production comme le font d’autres grandes maisons - et suivant des étapes précises.

La Transmission : Un Enjeu Essentiel

La transmission et le partage sont des valeurs humaines essentielles véhiculées par la famille Fouque. Emmanuel a grandi en apprenant : « Lorsque j’étais enfant, l’argile était ma pâte à modeler et déjà je faisais des petits santons sans même avoir conscience de ce que cela représentait. » Mais rapidement, il a su qu’il voulait marcher dans les pas de sa mère Mireille, et avant elle de ses grand-père et arrière-grand-père. « Pourtant, mon grand-père Paul m’avait déconseillé de prendre sa suite en pensant que la demande de santons allait finir par disparaître… se souvient-il. Dans les années 1990, les santonniers ont remarqué une vraie baisse de la confection populaire des crèches. Il y a eu cette période de rejet de notre culture pour embrasser celle des Américains, c’était apparemment plus “cool”. »

Emmanuel écoute alors son grand-père et fait d’abord carrière dans l’ingénierie. Mais la passion le rattrape : en 2006, il décide finalement de s’investir définitivement à l’atelier. Et ne regrette rien, car la situation a changé.

« Dans le futur, j’espère que c’est mon fils qui me dépassera ! » confie Emmanuel. L’actuel créateur-sculpteur est entouré de quatorze salariés qui travaillent dans l’atelier pour le modelage et la peinture. « Je ne saurais expliquer mon inspiration, c’est quelque chose qui me dépasse complètement, confie Emmanuel. “L’élève dépasse le maître”, dit-on ; je crois avoir reçu tout ce que j’ai pu de mon grand-père, et je cherche désormais à améliorer les visages et les drapés. »

La Crèche : Un Symbole de Rassemblement

« La crèche, au-delà du symbole religieux, est quelque chose qui rassemble, explique Emmanuel. Croyant ou non, c’est un moyen de se retrouver autour de quelque chose de commun qui porte des valeurs de paix et d’unité. » Son épouse Catherine ajoute que c’est également « une aventure familiale. »

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Alors, quand la polémique sur les crèches de Noël s’invite dans l’actualité, la famille Fouque semble presque agacée : « Il s’agit là de notre culture. Nous ne sommes pas dans le discours ou les revendications mais dans l’action. »

Les Santons : Un Attrait International

Détail étonnant, les santons attireraient beaucoup de clients… belges ! « Les populations du Nord qui viennent généralement sur la Côte d’Azur pendant les vacances d’été ont fini par développer un certain attachement à la culture provençale », décrypte Catherine.

Depuis sa création, la maison a conçu plus de 1 800 modèles. à chaque année ses nouveautés. Pour la crèche de 2024, Emmanuel a sculpté un cueilleur de champignons. « Parce que la récolte a été bonne cette année ! » sourit sa femme. Le champignon rappelle plus largement quelques plats raffinés de la gastronomie française ou les moments familiaux partagés dans la nature.

Au-Delà de Fouque : Autres Figures de l'Art Santonnier

Bien que la famille Fouque soit emblématique, d'autres artisans contribuent à la richesse de l'art santonnier en Provence.

Roger Jouve, né à Aix-en-Provence en 1932, modèle les premiers accessoires pour sa crèche provençale dès l’âge de 8 ans. Accompagné et initié par Joseph Colombini, il apprend la confection des moules, leur utilisation, l’assemblage des sujets composés et l’indispensable soin nécessaire aux finitions. Dans les années 40, après la guerre, les maisons de santons artisanaux étaient peu nombreuses à Aix-en-Provence. Récompensé plusieurs fois, Roger n’a cessé de créer, modeler ou peindre. En 1990, il transmet sa passion et ses techniques à son gendre, Julien, qui vend sa première création à l’âge de 12 ans et expose pour la première fois ses créations au Salon International des Santonniers d’Arles à 18 ans. Le modelage à la main reste l’étape créative qu’il préfère. Les santons Jouve sont présents sur la Foire aux Santons d’Aix-en-Provence.

L'atelier d'Henri et Suzanne Cavasse, créé en 1965 à Aix-en-Provence, s'est spécialisé dans les décors de crèches de Noël. Durant de nombreuses années, ils transmettront leur savoir-faire à leur collaboratrice Agnès Fery qui reprendra l’entreprise en 2011. Passionnée dès le plus jeune âge, Séverine, sa fille, la rejoindra très tôt dans cette aventure. Ici, la précision des gestes et l’amour du détail caractérisent les différentes collections. L’ajout de matières naturelles accentue le réalisme des différents sujets présentés. Séverine travaille minutieusement ses gammes de couleurs. Pour chaque nouveau modèle créé, le même enthousiasme perdure pour vous partager une nouvelle histoire. Les santonnières travaillent essentiellement sur photos et illustrations. Fontaine moussue, cueilleuse de lavande, saunière, chèvre à l’arbre… autant de créations que ces artisanes passionnées vous partagent. En conjuguant tradition et modernité, savoir-faire et innovation, Agnès et Séverine proposent chaque année de nouveaux modèles. Leur atelier se visite à la demande tout au long de l’année.

La maison des Santons Richard fut fondée en 1968 par Édouard et Yvette Deppoyan. À cette époque, ils confectionnaient et réalisaient des santons habillés de grandes tailles. Dans cette entreprise familiale, tous deux, étaient spécialisés dans une étape précise de la réalisation du santon, sculpture et moulage pour lui, confection des vêtements et habillage pour elle. C’est à la naissance de son fils, qu’Édouard réalise de ses mains sa première crèche. Edouard et Yvette se feront rapidement connaître à travers la création du célèbre Berger, qui devint leur emblème et leur fierté. En 1988, il réalise, la scène de la « Partie de cartes », un vieux rêve enfin aboutit, que son père n’avait pas eu le temps de réaliser. Dès 1995, son épouse le rejoint et s’occupe de la mise en couleur des sujets.

Daniel Riera Mayans, passionné par les arts graphiques, crée son premier atelier d’illustrations à l’âge de 22 ans. Issu d’une famille aubagnaise et camarguaise, sa passion pour la tradition provençale l’amène à changer de voie pour devenir santonnier en 2002. Il sera ensuite très vite rejoint par sa femme Catherine qui se spécialise dans la peinture des santons sous les yeux émerveillés de leurs deux filles. C’est ainsi qu’en 2008, Camille, l’ainée, âgée de 18 ans rejoint l’entreprise familiale. Sa spécialité est la peinture et particulièrement les détails, mais aussi la sculpture de décors de crèche. En 2021, c’est au tour de la cadette Alice de rejoindre l’aventure familiale. Chez eux, les santons sont réalisés en famille avec amour et passion. Leurs santons sont détenteurs d’une histoire singulière, chaque année de nouveaux modèles enrichissent les collections existantes. Avec précision, finesse et minutie, les sujets prennent vie en représentant une scène de vie particulière, un métier ou même une anecdote personnelle.

Yann Guitton reprend l’affaire familiale en 2020 en devenant créchiste. En parallèle de cette activité ancestrale, Yann est aussi tatoueur dans son propre salon, Cheeky Monkey Tattoo, à Meyreuil. Spécialisé dans les décors de crèche, il développe avec son frère de cœur et ami d’enfance, Jean-Michel Rambaud, des modèles toujours plus éblouissants, à base de végétation stabilisée ou encore de résine pour créer des effets d’eau et de cascades. Pour Yann, l’avenir des santonniers et des créchistes réside dans « la capacité pour les artisans à trouver un équilibre entre tradition et innovation ». Dans le but de transmettre et de préserver ces métiers, il imagine l’association « Art et Tradition en Provence ».

Serge Vincent, autodidacte passionné, crée son atelier en 1988. Lassé par une première expérience professionnelle dans la grande distribution, il décide de se lancer dans une aventure pour donner du sens à son quotidien. C’est d’une rencontre avec la talentueuse Lise Berger, réputée pour son travail de santons habillés, qu’il franchit le pas et réalise ses premières œuvres en argile. Comme un véritable metteur en scène, il magnifie les vieux métiers de Provence sous la forme de « scénettes ». Ce qui l’anime, retrouver les racines de nos anciens en valorisant ces scènes de vie d’antan. Si le travail de recherche historique passionne l’artisan créateur, l’expérimentation des argiles est tout aussi importante. A la recherche de la parfaite plasticité, Serge teste les différentes terres en s’approvisionnant en France, en Allemagne, en Espagne ou même au Royaume-Uni. Dans son atelier, plus de 70 argiles sont utilisées et mélangées dans le but d’obtenir le savant mélange qui conviendra au modelage de ses pièces. En plus de trente ans de passion, il a modelé près de 10 000 références en petit format. L’artisan réalise également des œuvres sur-mesure à la demande.

L'histoire d'un atelier débute en 1986. Respectivement, Renée et son époux, décident de quitter leur emploi pour s’adonner à leur passion commune autour du petit monde des santons. Aujourd’hui, c’est leur fils et leur belle-fille qui ont repris le flambeau et sont fiers de perpétuer cette tradition provençale. Installés au cœur du village de Simiane Collongue, l’atelier boutique se découvre tout au long de l’année.

Traditions de Noël en Provence

En Provence, la réalisation de la crèche est un véritable moment de partage. Au moment des fêtes, chaque famille complète sa collection de santons et de décors. Si la scène de la nativité occupe une place importante pour les chrétiens, la représentation de scènes de vie, de vieux métiers et de beaux paysages font des santons une tradition populaire chez tous les provençaux. Pour eux, la réalisation de la crèche est une coutume précieuse transmise de génération en génération. Le choix d’un santon est souvent synonyme de coup de cœur ou marque un événement familial important.

La tradition provençale comprend également d'autres éléments :

  • Le 4 décembre, chaque famille fait germer des graines de blé ou de lentilles dans trois soucoupes différentes, symboles de la Trinité et de l’Espérance. Si les tiges poussent droites et bien vertes l'année sera prospère.
  • Le cacho-fio : le plus jeune et le plus âgé de la famille choisissent une bûche d'un arbre fruitier et ils font ensuite trois fois le tour de la table.
  • Le gros souper est servi sur la table recouverte de trois nappes blanches juste avant de se rendre à la messe de minuit. Le menu est composé de sept plats maigres en souvenir des sept douleurs de la Vierge Marie.
  • Les treize desserts sont servis de retour à la maison.
  • Le gâteau des rois, une brioche parsemée de fruits confits et de sucre, est partagé à l'arrivée des rois mages. Une fève et un santon sont disposés à l'intérieur du gâteau.

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