Noël en Alsace résonne d'une manière particulière. C'est la fête majeure annuelle au XXe siècle pour toute la population, liée à la sensibilité commune à l'ensemble de l'aire culturelle alémanique dont l'Alsace a longtemps fait partie. Sur ce plan, il existe une différence totale de sensibilité avec le monde francophone : la crête des Vosges marque ici une frontière de sensibilité. Les traditions, le folklore et la magie des festivités de fin d'année séduisent chaque année des visiteurs du monde entier.
Origines et Histoire de la Crèche
La tradition de la crèche de Noël remonte loin au Moyen Âge. Elle apparaît déjà dans le Hortus Deliciarum, un manuscrit datant des environs de 1180. Cependant, après 1520, cette coutume se limite aux seuls catholiques. Chez les protestants, la crèche, tant paroissiale que familiale, ne se diffuse qu'après 1950.
Un registre conservé aux Archives Municipales de Haguenau fait mention de la réalisation d’une crèche à l’église Saint Georges en 1420. Pierre Eckard et Georges Mertzwiller, les werkmeister (receveurs) de l’OEuvre Saint-Georges notent scrupuleusement, jour après jour, les dépenses et les recettes dans un modeste cahier. Au 25e feuillet, entre un achat d’hosties et de cierges, on peut lire : « De même, la réalisation de la crèche entourée de branchages, sur les murs extérieurs de Saint-Georges, a coûté 4 schillings moins 4 pfennigs.
Ces trois modestes lignes, écrites à la plume d’oie, d’une encre noire, constituent vraisemblablement la plus ancienne mention de l’existence d’une crèche dans une église. Haguenau serait ainsi « Berceau des crèches en Alsace », voire peut-être même pour tout le Saint Empire Romain Germanique !
Dans la tradition chrétienne, une crèche est une mise en scène en trois dimensions de la nativité, c'est-à-dire de la naissance de Jésus entouré de la Sainte-Famille. La scène est généralement représentée dans une étable ou dans une grotte.
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Au XIIe siècle, le mot « krippe » a donné « crèche » en français. La crèche raconte l’histoire de la Nativité, ainsi décrite dans l’Évangile de Luc, au chapitre 2.
Selon la légende, Saint-François d’Assise organisa en 1223 la première crèche de Noël avant la messe de minuit. Les scènes étaient jouées par des acteurs (des villageois de Grecchio) et de vrais animaux faisaient partie de l’événement. Les premières crèches étaient donc des crèches vivantes. Puis, tout ce beau monde a été remplacé par des sculptures en bois, en argile, en carton pâte, en porcelaine ou en cire. Il semble que la plus ancienne crèche non-vivante (c’est-à-dire constituée de personnages sculptés) date de 1252, assemblée au monastère franciscain de Füssen en Bavière, elle contenait des personnages en bois.
La plus ancienne crèche visible est conservée au musée de la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome. Sculptée en pierre à la demande du pape Nicolas IV, elle daterait de 1288. La tradition des crèches est alors exclusivement exposée dans les églises italiennes, de la Toscane à l’Ombrie, et surtout en Campanie (la région de Naples).
Jusqu’au 16e siècle, ces crèches ne ressemblaient pas à celles qui nous connaissons : il s’agissait de représentations peintes sur des tableaux, des fresques, des bas-reliefs, voire des mosaïques. À l’avènement de la Réforme, ces représentations ne furent pas du goût des Protestants. Ils lui préférèrent une autre tradition : le sapin de Noël. Celui-ci se répandit dans toutes les contrées converties au protestantisme, généralement l’Europe du Nord. La tradition de la crèche fut donc abandonnée au profit de l’arbre de Noël.
Lors de la Contre-Réforme, les Jésuites utilisèrent la tradition de la crèche comme un outil didactique. Ils diffusèrent un modèle réduit de crèche avec des personnages « indépendants » vêtus de tissus précieux. On la retrouva dans les églises et les couvents (la première documentée date de 1562 à Prague). Puis la crèche fut adoptée dans les maisons des riches familles aristocratiques et nobles d’Italie. La duchesse d’Amalfi semble avoir installé la première crèche à domicile en 1567. Les familles aisées perpétuèrent la tradition à leur domicile. C’est à cette époque que se développa la crèche dite provençale avec ses santons (« petits saints » en provençal). En France, la démocratisation de la crèche de Noël apparut dès la seconde moitié du 19e siècle lorsque les marchands d’objets religieux vendirent des figurines en plâtre peint fabriquées en série.
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Aujourd’hui, on trouve la crèche de Noël dans les églises, dans les lieux publics (marchés de Noël notamment) et bien sûr, dans les maisons. Une polémique est également en cours pour savoir si la place d’une crèche de Noël est justifiée dans les bâtiments publics (mairies, conseils régional ou général, écoles). Dans les maisons en France, il est courant de la voir installée au pied du sapin de Noël. À l’avènement de la Réforme, elle fut bannie du monde protestant qui lui préféra la tradition du sapin de Noël. Les figurines sont de grande taille et richement colorées. La cathédrale de Strasbourg expose la sienne pendant le temps de Noël.
Les Éléments Essentiels de la Crèche
La crèche de Noël est une tradition catholique qui met en scène l’histoire de la Nativité de Jésus. Telle un miroir de la société, elle est exposée dans les églises entre le premier dimanche de l’Avent et le 2 février, jour de la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem. Depuis le 19e siècle, on la retrouve également dans les maisons.
Dans l’étable, signe de dénuement, il est courant de déposer de la paille qui rappelle l’éphémère de la vie. Généralement, on retrouve au casting les personnages suivants:
La Sainte Famille
La Sainte Famille est un terme de la liturgie catholique (il n’apparait pas dans la Bible). Il inclut l’enfant Jésus, sa mère Marie et son père adoptif Joseph.
- L’enfant Jésus: Dans la crèche, l’enfant Jésus apparait couché dans une mangeoire remplie de paille. Celle-ci est vide jusqu’à minuit le soir de Noël où l’on y place la figurine du bébé.
- Marie: Marie est souvent représentée à genoux devant la mangeoire. Traditionnellement, elle porte une robe bleue et un foulard blanc.
- Joseph: Joseph se tient debout, un peu en retrait, de l’autre côté de la mangeoire. Le père adoptif de Jésus tient un bâton et porte la barbe.
Le Bœuf et l’Âne Gris
Posés à l’intérieur de l’étable, les deux animaux encadrent la Sainte Famille. D’après la tradition catholique, l’âne est celui qui aurait transporté Marie de Nazareth à Bethléhem. Quant au bœuf, il aurait réchauffé le nourrisson de son souffle. Ces animaux ne sont pas mentionnés dans l’Évangile de Luc. Toutefois, ils le sont dans le livre d’Ésaïe : « Un boeuf connaît son propriétaire et un âne la mangeoire chez son maître : Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas » (Ésaïe, 1:3). Les deux animaux sont les sujets du plus vieux chant de Noël français datant du début 16e siècle : Entre le bœuf et l’âne gris.
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Les Bergers
En qualité des premiers témoins de la Nativité, les bergers viennent à l’étable adorer Jésus. Ce sont les pauvres qui sont avertis par les anges de la naissance de Jésus et non les riches et les puissants. Moutons et agneaux accompagnent les bergers. Parfois les figurines représentent un berger portant un agneau autour de son cou.
Les Anges
Vêtus de blanc, les anges proclament la naissance de Jésus aux bergers. Certains sont représentés avec leurs ailes repliées ou dépliées, d’autres sonnant de la trompette…
Les Rois Mages
Les trois rois mages sont traditionnellement placés dans la crèche le 6 janvier, jour de l’Épiphanie. Gaspard, Melchior et Balthazar apportent l’or, l’encens et la myrrhe à l’Enfant Jésus. Ces tout-premiers cadeaux de Noël symbolisent dans l’ordre la royauté, la divinité et l’humanité. Les rois mages sont guidés par l’étoile du berger.
L’Étoile du Berger
Même s’il ne s’agit pas d’une figurine au sens propre, le placement de l’étoile du berger a une grande symbolique. C’est elle qui guide les rois mages vers l’étable. Elle peut également symboliser la présence de l’Esprit-Saint dans la crèche.
Les Différents Types de Crèches
- La crèche génoise: Cette composition baroque contient des personnages en bois.
- La crèche provençale: Plus rustique que ses consœurs italiennes, elle s’inspire de la vie locale. Elle comprend des santons (« petits saints » en provençal). La crèche 2016 de Notre-Dame de Paris était une crèche provençale.
- La crèche comtoise: Née à la fin du 18e siècle, cette crèche vivante inclut les personnages de la Sainte Famille ainsi que ceux issus de la société franc-comtoise.
- La crèche animée ou à automates.
- La crèche contemporaine: À l’image de celle exposée dans l’église de La Madeleine à Paris.
- La crèche de Cracovie (Szopki Krakowskie): Très colorée, sa structure reprend les formes architecturales de monuments de Cracovie en Pologne (les tours de l’église Mariacki, la tour de la cathédrale du Wawel, les voûtes de la Halle aux Draps).
Traditions Alsaciennes Autour de Noël
En Alsace, Noël est une période particulièrement festive. Les traditions, le folklore et la magie des festivités de fin d'année séduisent chaque année des visiteurs du monde entier.
La Couronne de l’Avent
Née en Allemagne au XVIè siècle, la couronne de l’Avent est arrivée en Alsace dans les années 1930, où elle marque le démarrage de la période de Noël. C’est le quatrième dimanche avant Noël que commence le calendrier de l’Avent et que la première bougie est allumée. Il s’agit d’un symbole aux significations multiples : vie éternelle, renouvellement ou soleil pour le cercle, espérance ou végétation pour la couleur verte ou encore feu et repères pour les 4 bougies. Elle se compose traditionnellement de branches de sapin, de houx ou de gui sur lesquelles on dépose les 4 bougies qu’on allume chaque dimanche de l’Avent.
Saint-Nicolas
En Alsace, Saint-Nicolas passe traditionnellement le 6 décembre pour distribuer des friandises aux enfants sages. Évêque de Myra, Saint-Nicolas serait né vers 270 et mort le 6 décembre 343. La légende raconte que le soir du 5 décembre, Saint-Nicolas, accompagné d’un âne ou d’un cheval, fait le tour des maisons habitées par des enfants pour les récompenser en amenant des friandises comme des pains d’épices ou des « Männeles », brioche en forme de bonhomme dégustée avec des clémentines. Il est également accompagné du Père Fouettard, qu’on appelle Hans Trapp en Alsace et qui est le héros d’un conte Batorama, dont le rôle est de menacer avec sa baguette les enfants qui n’auraient pas été sages.
L’Épiphanie et la Galette des Rois
C’est en Alsace qu’est née cette coutume de galette des rois, au cours du XVème siècle. Célébrée le 6 janvier, l’Épiphanie célèbre la venue des rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar et le retour de la lumière. La tradition veut qu’une fêve soit cachée dans la galette, qui doit alors être coupée en parts égales. Le plus jeune autour de la table se faufile alors sous la table avant de choisir, au hasard, la part étant servie à chaque convive. La personne qui trouve la fêve dans sa part de galette est alors proclamée roi ou reine de la journée !
Le Sentier des Crèches et Autres Initiatives Locales
Qu’elles soient séculaires, traditionnelles ou contemporaines, réalisées en bois ou en métal, qu’elles nous plongent dans un décor local alsacien ou nous invitent à voyager dans des pays lointains, les quelque 50 installations de cette 16e édition du Sentier des crèches seront à même de vous émerveiller et d’aiguiser votre curiosité. Vous êtes, chaque année, nombreux à parcourir ces sentiers plus ou moins éloignés des itinéraires prévisibles d’un Noël mercantile, en quête de moments de paix et de sérénité. Le Sentier des crèches incite également à partir à l’exploration de notre riche territoire à travers des villages typiques, entourés de châteaux ou de vignes, et à l’histoire passionnante.
- BERGHEIM: Chemin des crèches - Le chemin des crèches de Bergheim propose un parcours original à la découverte de plus de 80 crèches artisanales créées par les habitants et les associations du village et mises en scène dans la cité, illuminée et décorée aux couleurs de Noël. C’est dans cette ancienne cité médiévale que les crèches sont les plus nombreuses en Alsace, représentations naïves ou véritables œuvres d’art, réalisées à base de différents matériaux. Du 22 novembre au 18 janvier.
- MUNSTER : 27 crèches artisanales, traditionnelles ou très contemporaines, réparties dans le chœur et la nef de l'église catholique vous raviront, petits comme grands. Une exposition empreinte de nostalgie à ne pas manquer ! Du 28 novembre au 31 décembre.
- OBERNAI : Chaque année l’église Saints-Pierre-et-Paul accueille une belle exposition de crèches mettant en valeur une région ou un pays. Du 29 novembre au 2 février.
- WISSEMBOURG : Plongez dans une exposition unique présentant plus de 200 crèches issues de la collection personnelle du curé Jean-Marc Bottais. Pour les plus jeunes, un quizz les invite à découvrir l’histoire de la naissance de Jésus de manière ludique et pédagogique. Du 22 novembre au 12 janvier.
- ITTENHEIM : Dans la cour d'une maison alsacienne entièrement décorée et à l'ambiance feutrée des lumières blanches, vous trouverez les différentes crèches : la nouveauté 2025 est la crèche de la cathédrale de Strasbourg de 1936 et la mini crèche du Vatican ! Une pièce vous présente également une exposition de crèches des années 50. 7 décembre.
- SURBOURG : Venez vous imprégner de l'ambiance traditionnelle de Noël avec la crèche vivante au jardin du presbytère de Surbourg ! Découvrez une représentation théâtrale de la nativité, dans la grande tradition des coutumes du Moyen-Âge. Animation faite par les enfants. 21 décembre.
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