Introduction

L'article qui suit explore le territoire pastoral des Contamines, en s'appuyant sur des documents historiques et des enquêtes orales. Bien que le sujet principal soit la crèche Croque Lune à Nyon, nous élargissons le propos pour examiner comment les traditions et l'histoire d'un territoire peuvent influencer les services et les espaces dédiés à l'enfance. Cette approche permet de mieux comprendre l'importance de l'ancrage local et de la continuité culturelle dans la conception des environnements pour les jeunes enfants.

Le Cheptel et le Territoire des Alpages des Contamines

Grâce à des documents remontant au Moyen Âge, tels que les albergements, les reconnaissances et les règlements d’alpage, nous connaissons les noms anciens des principaux alpages et leurs limites topographiques. Ces documents révèlent également les noms de certains lieux réservés au petit bétail (chèvres et moutons étant exclus des bons pâturages), ainsi que les noms des personnes bénéficiant d’un droit d’alpage, puis, plus tard, au XVIIIe siècle, les noms des propriétaires de chalets construits, la plupart du temps sans autorisation, sur les communaux.

Qu’il s’agisse des noms de lieux ou des noms de personnes, certains se sont maintenus jusqu’à nous au fil des siècles, alors que d’autres ont disparu de la documentation écrite et même de la tradition orale à une époque indéterminée. Malgré cette évolution tout à fait normale dans la dénomination des lieux et des gens au cours du temps, on remarque une longue continuité dans l’occupation de cet espace pastoral et dans la manière de s’y repérer en se référant au milieu naturel aussi bien qu’aux traces de l’habitat temporaire sur l’alpage.

Les Alpages, Leurs Lieux-Dits et Leurs Limites: Une Histoire Presque Millénaire

Le document le plus ancien sur ces alpages, l’albergement de Béatrice de Faucigny en 1289, ne concerne que les montagnes de Montjovet et des Prés sans mentionner ni lieu-dit ni limite des pâturages. Toutes deux ont conservé leur nom depuis cette époque. Si la signification des Prés est claire, celle de Montjovet (en fait l’actuel Plan Jovet) l’est beaucoup moins dès lors que la référence à Jupiter (latin Jovis) est très douteuse malgré l’existence assurée d’une voie de passage ancienne en direction de la Tarentaise : autrefois, mont ne désignait pas un point culminant mais un col ou un alpage élevé, ce qui est le cas ici ; quant à jovet, il peut se rattacher soit à joux « forêt » (patois zheû), s’il y a eu défrichement d’un bois à cette lointaine époque, soit à un diminutif de joug au sens imagé d’ensellement d’un col comme semble l’indiquer le lieu-dit de tradition orale l’Anbâta « la selle du bât » à l’entrée de l’alpage (vers le pylône EDF).

En 1467, presque deux siècles plus tard, la reconnaissance des montagnes de Montjovet, de Pré Donprêt, de la Giettaz et de Nant Blanc par Janus de Savoye énumère les confins de ces montagnes « jointes les unes aux autres » selon la formule du texte. Aux lieux mentionnés en 1289 s’ajoutent donc, rive droite du Bonnant et face à la Rollaz, la Giettaz, qui en patois désigne « le pâturage où repose le bétail », « l’enclos pastoral », et Nant Blanc qui correspond à l’actuelle Combe Blanche en rive gauche du Nant de Tré-la-Tête. Les confins sont ensuite cités en s’orientant à l’est à partir du Nant des Lanchers qui passe devant Nant-Borrant, ce qui veut bien dire que les montagnes de la Rollaz et de la Balme sont comprises dans cet espace pastoral.

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Une Délimitation Précise des Alpages

Du Nant des Lanchers, la limite passe par les frêtes et chantelles « arêtes » entre la Giettaz et la Laya, puis l’Eau du Nant Blanc jusqu’à la Tête de Combaz Noire, se dirige au sud vers le glacier de Nant Blanc (sans doute l’actuel glacier de Tré-la-Tête), continue jusqu’au lieu-dit de Frû (localisation inconnue) et au Nant des Lotharets (vers la Croix du Bonhomme, ce nant est toujours la frontière actuelle de la commune des Contamines-Montjoie). Cette fois, deux nouveaux noms d’alpages sont cités expressément : la Saussa, toponyme qui indique la présence de saules, se situe au-delà du col du Bonhomme et comprend l’actuelle montagne des Cavets sur la commune des Contamines ; la Barme, nom patois de la Balme qui signifie « rocher surplombant, abri sous roche » comme on en voit dans les pâturages des alentours.

D’autre part, le huitième article indique où doivent être conduites les bêtes sans lait et le menu bétail qualifié de « nuisible » : pour celles du challex de Montjovet, ce sera les Grands Rebans, c’est-à-dire tout le secteur qui s’étend en amont du lac Jovet, sous les Bellaval (vers les Rebanets Chassots), jusqu’à la Tornettaz (peut-être le Rocher du Bonhomme ou Tête à l’Aigle) ; pour celles de la Barme, ce sera la Cottaz es Veis « la Côte aux Veaux » (sous la Pennaz à hauteur de Plan Jovet) jusqu’aux lieux-dits Sur la Penaz (sous les rochers de la Pennaz à hauteur du Plan des Dames) et Lanche froide (localisation incertaine) ; enfin, pour celles de Beaux Prés Cullet (sans doute les pâturages du chalet communal actuel près du lieu-dit Byô Pra qui domine la Balme) et des Prés, ce sera au-dessus des Rochassets des Prés et à la Lanche des Prés (au pied des cols de la Ciclaz et de la Fenêtre).

Une nouvelle reconnaissance de la « grande montagne commune » de Montjovet, des Prés, de la Giettaz et de Nant Blanc, en date du 14 juin 1590, nous est connue par un mémoire rédigé en français par un particulier, Joseph Marie Nicoud, dans une orthographe très approximative en reprenant l’essentiel des documents antérieurs. Cependant, il cite quelques noms de lieux qui n’étaient pas attestés auparavant : ainsi, il est question des joux « bois » du Fieugier et des Plans (sur le Cugnon), de Nanburant (Nant-Borrant), des Fourgy (les Fours) près la Tornettaz, de Thomasset (en fait les Tovassets « les tufs » sous le col du Bonhomme), de la Pierre de la Fleur « pierre de la crème du lait » (actuelle Pierre de la Fleû sur l’arête de l’aiguille de Rosellette ?) et de la Fenestre des Prés (col de la Fenêtre ou lieu-dit Forclaz, entre Roselette et les Prés).

La Richesse Toponymique de la Tradition Orale

Si les registres de la mappe sarde de 1730 ne donnent que les noms des principaux alpages communaux, les règlements des montagnes communes, sans cesse revus et augmentés aux XVIIIe et XIXe siècles, indiquent avec précision les lieux des pâturages autorisés ou interdits aux moutons et aux chèvres. Très souvent ce sont des noms de lieux qui ne figurent pas sur le cadastre et qui ont été en partie conservés par la tradition orale en patois. Il en est ainsi de Tré les Laits « au-delà des lacs [Jovet] », en patois Tré lou Lè, de la Pâraz de la Moutalat « pente de la motte de beurre », en patois Pâra dè la Moutala (aux Prés), des Corniers (au-dessus de la Balme, sous le pylône des Prés), de la Jorette « petite forêt », en patois zhorèta (sous la Balme), du Crétet de l’Ebai « crête du feu de joie », en patois Krétè dè l’Ébé (aux Prés), des Marmotannes « les gîtes des marmottes » (au nord des lacs Jovet).

Mais les noms de lieux-dits d’alpage dont on retrouve une trace écrite ne représentent qu’une faible part de ceux que connaissaient les bergers de ces montagnes. L’enquête que j’ai menée avec eux, entre 1980 et 1995, sur la toponymie du secteur situé entre Nant-Borrant et le col du Bonhomme, m’a fourni environ 150 lieux-dits, la plupart sous forme patoise. Effectuée quelques décennies plus tôt, l’enquête se serait révélée plus riche encore.

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Chalets et Montagnards

Chalet et Chavanne

Il faut d’abord rappeler que le mot chalet ne s’entendait autrefois que de l’habitat temporaire sur l’alpage et jamais pour dénommer l’habitation principale en vallée ; plus anciennement, chalet pouvait même être synonyme de gitte/gietta et désigner l’enclos où les vaches passaient la nuit à l’abri de murettes de pierres. Au Moyen Âge, le seul vrai bâtiment de l’alpage fut peut-être la chavanne « cabane », la pièce où l’on fabriquait le fromage. En 1289, c’est seulement une chavanne qui est albergée avec les pâturages de Montjovet et des Prés à Bouson Mugnier et à Jean Gentil le fils (et à ses frères), mais il est noté un peu plus loin qu’une autre chavanne au même lieu a auparavant été octroyée à Pierre don Leys et à ses consorts ; tous les communiers ne sont d’ailleurs certainement pas portés sur ce premier albergement.

Les Communiers du Moyen Âge

En 1467, ce sont 106 personnes qui sont nommées comme albergataires des grandes montagnes, soit elles-mêmes, soit leur veuve, leurs enfants ou leurs frères. Ce nombre élevé de communiers représente une fraction importante de la population du haut de la vallée alors qu’on se trouve encore en pleine stagnation démographique consécutive aux grandes pestes du XIVe siècle. La plupart des personnes citées possèdent un nom de famille, mais quelques-unes sont encore désignées par un simple prénom suivi du hameau de résidence (Martin du Cugnon, les enfants de Pierre des Granges, Mermet de la Revenaz). Plus de la moitié des patronymes ont disparu de la vallée au cours des siècles suivants : Don Guyut, Tonnex, Pugin, Bonjoye, Mérandet, Glibier, Champoutan, etc. En revanche, on trouve déjà des familles de Rey, Jacquemoud, Callamard, Parent, Espritoz, Cuidet, Mollard, Bessat, Nicoud, Revilliod, Mattel, Bouvard, Ros (Roch) à côté de lignées qui se sont éteintes depuis une centaine d’années : Curtet, Ador, Gros, Vuagnoux, Hotte, Quey, Charvey, etc. Les Cuidet, Rey, Jacquemoud et Bessat étaient également présents, aux côtés des Barbier et des Louvier, dans l’albergement d’Armancette de 1368 qui compte plus de 50 noms.

Une autre liste des communiers des montagnes de Montjovet, des Prés et de Barme dont on ne connaît pas la date exacte (1578 ou plus tôt) fournit les noms de 94 personnes ; certains patronymes de 1467 n’y figurent pas comme Bonjoye, Tonnex, Glibier, Hotte ; de nouvelles dénominations apparaissent mais n’ont pas eu de descendance jusqu’à notre époque comme Mellier, Agnès, Barbaz, Mariétan, Delachenal, etc. Parmi les noms de famille toujours connus de nos jours, on retrouve les mêmes qu’en 1467 auxquels s’ajoutent les Duplan, Rey Raddaz et Duquy ; ces derniers semblent nombreux ainsi que les Parent et les Jacquemoud, mais il y a toujours des personnes dont seul le prénom est cité, suivi du village de résidence (le Cugnon, la Revenaz, le Champelet).

Nouveaux Enjeux sur l’Alpage

Vers 1730, la confection de la mappe sarde apporte des éléments nouveaux à la connaissance des montagnes appelées désormais « communaux » (lou kmon en patois). De nombreux bâtiments appartenant à des particuliers, et non plus à la communauté, ont été édifiés sur les pâturages depuis le XVIIe siècle et vont être cadastrés sous le nom de leur propriétaire. À Montjovet, il y a alors six constructions réparties sur deux rangées : l’une en alignement du seul chalet ancien demeurant actuellement comporte les possessions de Michel Jacquemoz, Joseph Gros et Nicolas Gentil ; l’autre, plus près du torrent issu du lac Jovet, au lieu-dit les Vieux Chalets, comprend les édifices de Nicolas Callamard, François Gros et Jean Bouvard, probablement emportés par une avalanche avant 1848. À la Balme, il y a quatre constructions dont trois à l’emplacement actuel (celle du haut en possession de Joseph Bessat feu Nicolas, celle du milieu propriété de Joseph et Pierre Curtet, celle du bas appartenant à Nicolas Hoste), ainsi qu’une plus au nord-ouest, à droite du chemin (veuve de Nicolas François Demunier) ; à la Rollaz, trois (Rey Nicolas, Gentil Nicolas, Mollard Hugues), cinq aux Prés sur le site des chalets actuels dont au moins deux ou trois à Hugues Mollard de Nivorin ; à la Giettaz, il y a environ huit granges dont deux au curé Claude Gaillard, une à Mollard Léger et une à Hugues Mollard.

Après la séparation des paroisses de Saint-Nicolas et des Contamines, il est question de vendre ou d’ascenser une partie des communaux pour éteindre la dette des affranchissements des droits seigneuriaux, ce qui se réalisera seulement pour la montagne de la Saussaz ascensée à des montagnards du Beaufortain ou de la Tarentaise dès 1790. Concernant le reste des communaux, cette proposition va susciter jusqu’à la Révolution des divisions dans le conseil des Contamines : les opposants, en majorité originaires de la paroisse de Notre-Dame de la Gorge, sont souvent ceux qui possèdent des chalets sur les alpages et se voient reprocher « leurs usurpations » sur les communaux. De nouvelles constructions « sauvages » ont en effet été édifiées tout au long du XVIIIe siècle et jusque vers 1815 : dès 1777, on en recense à Montjovet (Jean-Claude Parent), à la Rollaz (Nicolas François Espritoz), à la Balme (Jean-François Mermoud).

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Mais c’est en 1812 que le maire de l’époque, Nicolas Mollard, rédige avec Joseph François Revilliod un « état des bâtiments édifiés sur les communs depuis les mensurations de 1733 et non cadastrés », document qui mentionne aussi les extensions d’édifices déjà cadastrés mais usurpant du terrain communal ; c’est le cas à la Balme pour les chalets appartenant à François Raddaz dit Francœur et à Jean-Claude Raddaz. On va jusqu’à menacer les contrevenants de démolir leurs chalets non cadastrés en cas de refus de bail. Cependant, les tensions semblent bientôt se calmer et on assiste à des compromis suivis de régularisations moyennant indemnités. Dès lors, les nouvelles constructions se poursuivent, mais elles se font sur requêtes des particuliers auprès du conseil, comme en 1828 où François Espritoz en sollicite une à la Rollaz et Nicolas Nicoud une à la Giettaz.

Avant le Déclin de l’Exploitation Pastorale

Durant la première moitié du XXe siècle, la vie pastorale est toujours aussi animée qu’avant 1900, même si les pâturages les plus éloignés commencent à être abandonnés et si quelques chalets d’alpages ont disparu, suite aux caprices du temps et des avalanches. Au cours de ces premières décennies, le fonctionnement des alpages communaux demeure identique à celui du siècle précédent si l’on s’en rapporte aux souvenirs de Robert Bessat (enquête datant de 1990) : les propriétaires ou les locataires exploitants des chalets situés sur les pâturages communaux accueillent les troupeaux (de 20 à 30 vaches) des particuliers ; ceux-ci versent directement la cense à la commune en fonction du bétail inalpé et participent aux corvées d’entretien des chemins et de l’alpage (mener le fumier au printemps) ; naguère, le jour de l’ouverture de l’ensemble des communaux (hormis Jovet, montagne plus tardive) était annoncé par le garde champêtre et la descente se faisait nécessairement à la dèstembre, le 8 septembre, ce qui impliquait de conduire ensuite les vaches aux sourtsé, les « sorties » ou « montagnettes » de la Laya, Combe Noire, Sololieu, la Giettaz, Nant-Borrant, l’Essert, la Chenalette ; pour son travail, le montagnard obtient le lait de la traite d’un jour par semaine (puis de deux jours plus récemment) tandis que le particulier possédant des laitières reçoit son dû en beurre, fromage et sérac. Les gens placent leurs vaches auprès de tel ou tel montagnard en fonction d’affinités, de liens de parenté ou d’habitudes de transmission familiale. Après-guerre, la tendance est au regroupement des exploitations pastorales : sur un site d’alpage il n’y a plus qu’un ou deux montagnards qui rachètent ou qui louent les chalets de leurs voisins.

Crèche Croque Lune Nyon: Intégration et Continuité

Bien que les informations spécifiques sur la crèche Croque Lune à Nyon ne soient pas fournies, nous pouvons extrapoler l'importance d'intégrer les valeurs de continuité historique et d'ancrage local dans la conception et le fonctionnement de telles institutions.

L'Importance de l'Ancrage Local

Comme pour les alpages des Contamines, la crèche Croque Lune à Nyon peut bénéficier d'une forte identité locale en intégrant des éléments de l'histoire et de la culture de la région. Cela peut se traduire par :

  • Utilisation de matériaux locaux : Privilégier des matériaux de construction et de décoration provenant de la région de Nyon.
  • Référence à l'histoire locale : Intégrer des éléments historiques dans la décoration ou les activités proposées aux enfants, comme des contes et légendes locales.
  • Partenariats avec des artisans locaux : Collaborer avec des artisans de Nyon pour la création de jouets, de mobilier ou d'autres éléments décoratifs.
  • Activités en lien avec la nature : Organiser des sorties et des activités en lien avec la nature environnante, comme des promenades dans les parcs et jardins de Nyon.

Continuité et Transmission

La crèche peut également jouer un rôle important dans la transmission des valeurs et des traditions locales aux jeunes générations :

  • Apprentissage du patois local : Proposer des activités ludiques pour familiariser les enfants avec le patois de la région.
  • Célébration des fêtes locales : Organiser des événements pour célébrer les fêtes traditionnelles de Nyon et de ses environs.
  • Intergénérationnel : Mettre en place des activités intergénérationnelles en invitant des personnes âgées de la région à partager leurs souvenirs et leurs savoir-faire avec les enfants.

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