L'artisanat du santon est un pilier de la culture provençale, un savoir-faire transmis de génération en génération au sein de petites entreprises familiales. Parmi ces familles, les Carbonel occupent une place de choix. Cet article explore l'histoire riche et complexe des santons Carbonel, de leurs origines modestes à leur renommée internationale, en passant par les défis et les innovations qui ont marqué leur parcours.

Les Racines Familiales: Victor et les Débuts Artisanaux

L'histoire des santons Carbonel commence bien avant la création de l'atelier par Marcel en 1935. Son père, Victor Carbonel, était déjà un artisan créatif qui réalisait des crèches en liège. Il les vendait à la Foire internationale de Marseille dès la fin du XIXe siècle. Ce sont ces premières créations qui ont semé les graines d'une tradition familiale qui allait prospérer.

Marcel Carbonel: L'Artisan Innovateur et le Fondateur de l'Atelier

Marcel Carbonel, né dans cet univers artisanal, a d'abord suivi des études pour devenir lithographe. Cette formation lui a permis de développer un sens aigu de la couleur, une compétence qui allait s'avérer cruciale dans son travail de santonnier. Après le décès de son père, Marcel a dû interrompre ses études et reprendre l'activité familiale. C'est ainsi qu'il lança son propre atelier de santons en 1935, dans le quartier Saint-Victor, à Marseille, non loin du Vieux-Port.

Marcel Carbonel s'est inspiré des créations d'autres santonniers, mais il a rapidement développé son propre style. À une époque où les santonniers travaillaient de manière artisanale et parfois archaïque, Marcel a apporté une approche novatrice. Il fabriquait ses propres couleurs en broyant des pigments, ce qui lui permettait d'obtenir des teintes uniques et éclatantes.

Le succès de Marcel Carbonel repose sur plusieurs facteurs. Tout d'abord, la qualité de son modelage était exceptionnelle. Ensuite, le choix des teintes, une fois définies, restait constant, ce qui assurait une uniformité et une reconnaissance immédiate de ses créations. Marcel a créé un santon type qui servait de modèle à tous les autres, ce qui lui a permis de réaliser des catalogues pour les détaillants parisiens et étrangers. Cette standardisation a révolutionné le métier, permettant de commander des quantités importantes de santons identiques, une exigence de plus en plus courante. Il était enfin possible de commander cinquante « saint Joseph » tous parfaitement identiques et d’une qualité constante !

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La Querelle des Santons Habillés: Claude et la Modernisation

En 1966, une divergence de vision a conduit à une séparation entre Marcel et son fils, Claude Carbonel. Marcel était fermement opposé à la réalisation de santons habillés, estimant que cela ne respectait pas la tradition et relevait davantage d'un travail de couturière. Claude, quant à lui, souhaitait suivre la tendance et proposer des santons habillés, qui étaient de plus en plus populaires. Les santons habillés de Claude étaient de grande qualité, mais Marcel restait inflexible sur ses principes.

Pendant ce temps, les Ateliers Marcel Carbonel ont continué leur chemin, fidèles à la vision de leur fondateur.

La Transmission Familiale et les Défis Contemporains

Bien avant la mort de Marcel en 2003, sa fille Danièle et son mari, Alfred Renoux, avaient repris le flambeau. Leur fils, Philippe Renoux, a ensuite poursuivi l'activité jusqu'à récemment. La transmission du savoir-faire familial est un enjeu majeur pour les santonniers de Provence.

Aujourd'hui, les artisans santonniers se battent pour transmettre leurs entreprises et protéger ce patrimoine local. Les ateliers Marcel Carbonel font partie des plus importants, réalisant un chiffre d'affaires conséquent chaque année. Cependant, la concurrence est rude, et les santonniers doivent faire face à des défis tels que la production à l'étranger et la contrefaçon.

La Protection du Santon de Provence: Une Indication Géographique

Face à ces défis, les santonniers de Provence se sont mobilisés pour protéger leur savoir-faire et leur identité. Michel Bouvier, un informaticien de formation devenu santonnier, travaille depuis 2016 avec ses confrères à la création d'une « Indication Géographique » pour le santon de Provence, à l'instar de la porcelaine de Limoges. Cette démarche vise à garantir l'authenticité et la qualité des santons fabriqués en Provence, en précisant dans ses statuts le « fait en Provence ».

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L'Évolution du Santon: Tradition et Modernité

Si le respect de la tradition est essentiel, les santonniers doivent également s'adapter aux goûts et aux attentes des consommateurs. Certains, comme Christophe Hernandez, proposent des santons plus modernes, représentant des footballeurs de l'Olympique de Marseille ou des joueurs de la partie de cartes de Marcel Pagnol. Ces créations permettent de toucher un public plus jeune et de renouveler l'intérêt pour le santon.

Le Musée du Santon Marcel Carbonel: Un Hommage à l'Art et à la Tradition

Pour découvrir l'histoire des santons Marcel Carbonel et de l'art santonnier en général, une visite au Musée du santon Marcel Carbonel s'impose. Situé à Marseille, le musée présente une collection exceptionnelle de santons anciens et contemporains, ainsi que des scènes de la vie provençale reconstituées avec minutie.

Le Santon: Symbole de Noël et de la Provence

Le santon est bien plus qu'une simple figurine en argile. Il est un symbole de Noël, de la Provence et de la famille. Chaque année, les familles provençales sortent leurs santons du placard et les installent dans la crèche, recréant ainsi une scène de la Nativité et de la vie quotidienne provençale. La crèche est un lieu de rassemblement familial, où les enfants et les adultes partagent des moments de joie et de convivialité.

La tradition provençale veut que dans chaque maison les santons, petits personnages en argile, prennent place dans la crèche familiale. De nos jours on célèbre leur arrivée des rois mages par le gâteau des rois. En Provence, il s'agit d'une brioche parsemée de fruits confits et de sucre. On dispose à l'intérieur du gâteau une fève et un santon.

Elle débute par le cacho-fio : le plus jeune et le plus âgé de la famille choisissent une bûche d'un arbre fruitier et ils font ensuite trois fois le tour de la table. Juste avant de se rendre à la messe de minuit le gros souper est servi sur la table recouverte de trois nappes blanches. Mais le gros souper est plutôt maigre ! Le menu est composé de sept plats maigres en souvenir des sept douleurs de la Vierge Marie. De retour à la maison on passe au dessert. En fait ils sont 13.

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En Provence, les traditions calendales, qui précèdent Noël, sont une institution. Du blé de la Sainte Barbe, le 4 décembre, à la Chandeleur en février, Noël est attendu et fêté comme il se doit. Une des pratiques les plus vives en Provence est la tradition des crèches. On en trouve une dans chaque village, dans chaque église, dans chaque maison, mais quelle est l'origine de la crèche ?

La légende attribue à saint François d’Assise la création de la première crèche vivante, en 1223. Il se pourrait même qu’il ait hérité cette pratique de sa mère, Pia de Bourlémont, originaire de Tarascon, auquel cas la crèche italienne serait elle-même l’héritage d’une tradition provençale. C’est au début du XIXe siècle que le sculpteur marseillais Jean-Louis Lagnel crée les premiers santons de Provence. Les personnages sont alors réalisés en argile, façonnés dans un moule de plâtre puis séchés au soleil. Ils sont ensuite peints à la main par l’atelier du santonnier. Cette standardisation permet de populariser la pratique de la crèche, jusqu’ici réservée aux milieux les plus aisés. La première foire aux santons a lieu en 1803 à Marseille et lance la longue tradition des marchés aux santons, dont les plus fameux sont ceux d’Aubagne, d’Apt, dans le Lubéron, d’Aix et de Marseille.

La crèche commémore le soir de Noël. Dans chaque crèche, on donc retrouve la Sainte Famille, abritée dans un décor d’étable : l’Enfant Jésus est entouré de Saint Joseph et de la Vierge Marie. Ce sont les santons essentiels de la crèche, vers lesquels convergent tous les autres. Une grande procession s’organise dans le village pour rejoindre l’étable. On y retrouve des personnages traditionnels : les bergers et leur troupeau, l’aveugle et son fils, les boumians ou bohémiens, le vieux et la vieille, le ravi, et différents personnages représentant des métiers provençaux. Ils sont guidés par le santon de l’ange Boufarèu, qui souffle dans sa trompette pour alerter le village de la naissance de l’enfant. A l’opposé de la crèche, la caravane des Rois Mages s’avance vers l’étable qui accueille l’Enfant Jésus.

Les Personnages Incontournables de la Crèche Provençale

La crèche provençale est peuplée de nombreux personnages, chacun ayant sa propre histoire et sa propre signification. Parmi les plus populaires, on retrouve :

  • La Sainte Famille : Marie (Santo Vierge), Joseph (Sant Jousè), l’âne (l’ase ) et le bœuf (lou biou) sont les figures centrales de la crèche. L'Enfant Jésus (l’Enfant Jèsu) est ajouté dans son berceau le 24 décembre au soir.
  • Le Ravi : C’est l’idiot du village qui porte bonheur. Il n’a rien a offrir pour la naissance mais il s’en réjouit.
  • Les Rois Mages : Melchior, avec les cheveux blancs et sa longue barbe, apporte l’or. Gaspard, originaire des Indes, apporte l’encens. Balthazar, celui à la peau noire, apporte la myrrhe. Ils sont vêtus de très beaux habits.
  • Le couple et le boumian: Ce sont les seuls méchants de la crèche, accusés de voler draps et poules ou de kidnapper les enfants. Lors de leur venue à la crèche, le couple rend à l'aveugle son fils, Chicoulet, qu'il lui avait dérobé.
  • Le bohémien et la bohémienne: Le bohémien avec ses cheveux noirs et sa barbe est vêtu de couleurs criardes, d’une cape noire, et d’un couteau. La bohémienne possède un fichu noué sur la tête, une jupe longue et d’un corsage.
  • Le tambourinaire: Coureur de jupon incontournable de la crèche Provençale. La plupart du temps il est représenté avec une tenue négligée : pantalon retenu par une seule bretelle.
  • Les farandoleurs : Ils forment une file qui se déplace en serpentant.

Les Foires aux Santons: Un Rendez-vous Incontournable

Les foires aux santons sont un événement majeur de la vie provençale. La première foire aux santons a eu lieu à Marseille en 1803, et depuis, la tradition s'est perpétuée. Les foires aux santons sont l'occasion de découvrir le travail des santonniers, d'acheter des santons pour compléter sa crèche, et de s'imprégner de l'ambiance festive de Noël en Provence. Installé en enfilade sur les étals de la foire aux santons de Marseille, chaque petit personnage d’argile raconte une histoire.

Les Ateliers Marcel Carbonel: Un Héritage Vivant

Les ateliers Marcel Carbonel continuent de perpétuer la tradition du santon de Provence, en respectant le savoir-faire ancestral tout en s'adaptant aux évolutions du marché. L'entreprise familiale, forte de ses quatre générations de santonniers, prolonge ce travail commencé en 1935. Marcel Carbonel, décédé en 2003, est à l'origine du salon international des santonniers d'Arles fondé en 1958. Il doit sa renommée de santonnier aux 700 modèles de santons différents qui ont contribué à établir sa renommée internationale. Meilleur Ouvrier de France, il fait partie des grands santonniers fidèles à la tradition provençale. Ses santons racontent tous l'histoire de la crèche provençale des pastorales.

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