L'accès à l'avortement au Japon est un sujet complexe, marqué par des avancées récentes, mais aussi par des contraintes culturelles et économiques importantes. Bien que l'avortement soit légal dans le pays depuis 1948, les femmes japonaises rencontrent encore de nombreux obstacles pour exercer pleinement leur droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG).

Une avancée : l'autorisation de la pilule abortive

Accessible en France depuis 1988, la pilule abortive a été autorisée au Japon. Cette décision constitue une avancée significative, car jusqu'à présent, les avortements au Japon ne pouvaient être pratiqués que par voie chirurgicale, à travers des méthodes comme le curetage et l’aspiration. La gynécologue japonaise Ruriko Tsushima considère cette autorisation comme un premier combat gagné, tout en soulignant qu'il reste encore beaucoup à faire.

Le médicament autorisé est le MeFeego, un traitement du laboratoire britannique Linepharma, qui combine deux médicaments : le mifépristone et le misoprostol. La mifépristone stoppe le développement de la grossesse en agissant sur la progestérone, tandis que le misoprostol déclenche les contractions et les saignements. La pilule peut être utilisée jusqu'à neuf semaines de grossesse et les essais cliniques ont montré une efficacité de 93,3 %. Les effets secondaires seraient modérés : saignements, douleurs abdominales et vomissements. Le Japon est le 66e pays à autoriser les pilules abortives.

Le consentement du partenaire : un obstacle majeur

Malgré cette avancée, l'accès à la pilule abortive au Japon reste soumis à des conditions restrictives. La plus controversée est l'obligation pour les femmes d'obtenir l'approbation de leur partenaire pour pouvoir avorter. Cette exigence est inscrite dans la loi de "protection maternelle" en vigueur depuis 1948 et s'applique également à l'avortement chirurgical.

Cette règle, parfois étendue aux femmes même célibataires, reflète une société dominée par les hommes qui n'accordent que peu d'importance à la santé des femmes, selon les associations. Les médecins, par peur de poursuites judiciaires car l'avortement est encore considéré comme un crime, demandent parfois à toutes les femmes de fournir cette approbation écrite.

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Le consentement du partenaire "devient un problème lorsqu'il y a un désaccord avec le conjoint ou que le conjoint force la femme à accoucher contre son gré", déplore Kumi Tsukahara, membre fondatrice d'Action for Safe Abortion Japan. En cas de refus du partenaire, les femmes se retrouvent pieds et poings liés. "Nombreuses sont les femmes qui donnent naissance à des enfants pour la seule raison qu’elles n’ont pas pu avorter", souligne Chisato Kitanaka, professeure associée à l’université d’Hiroshima.

Des exemples tragiques illustrent les conséquences de cette exigence. En 2021, une femme de 21 ans a été condamnée à une peine de prison avec sursis après la découverte du corps de son nouveau-né dans un parc. Elle n'avait pas pu mettre fin à sa grossesse car le père de l'enfant était injoignable. D'autres femmes, victimes d'agressions sexuelles, se sont vues refuser l'accès à l'avortement, obligeant le ministère de la Santé à préciser à l'ordre des médecins que le consentement n'est pas requis en cas de viol. "Être contraintes à une grossesse non désirée est une violence et une forme de torture", ajoute Kumi Tsukahara.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déjà demandé à plusieurs reprises l’abolition de cette pratique. Plusieurs associations demandent donc aux autorités d’abroger ces conditions d’accès à l’interruption volontaire de grossesse ( IVG).

Le coût élevé de l'avortement : un frein économique

Outre le consentement du partenaire, le coût élevé de l'avortement constitue un autre obstacle majeur pour les femmes japonaises. L'IVG médicamenteuse devra se faire dans un établissement de santé et, comme les avortements chirurgicaux, ne sera pas remboursée par la sécurité sociale. Le coût total de la pilule et d'une consultation médicale est estimé à environ 100 000 yens, soit près de 730 euros.

Ce prix est similaire à celui d'un avortement chirurgical, mais reste inaccessible à de nombreuses femmes. "La contraception, l'avortement, la grossesse et l'accouchement devraient tous être financés par l'État", s'insurge une professeur de sciences sociales à l'Université de Shizuoka.

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Le gouvernement justifie ce prix de vente très élevé par les nombreuses études supplémentaires exigées par l'agence de santé japonaise, explique Kumi Tsukahara.

Les méthodes d'avortement chirurgical : des pratiques dépassées

Jusqu’à l’approbation de la pilule abortive, les deux seules méthodes d’IVG pratiquées au Japon étaient le curetage et l’aspiration, qui sont pourtant souvent jugées risquées et encore plus traumatisantes. Par ailleurs, l'avortement chirurgical se fait encore par curetage, une "méthode obsolète" et déconseillée par l'OMS qui consiste à gratter la paroi utérine.

Un long combat pour les droits reproductifs

Les militants japonais font pression depuis des années pour que les pilules abortives soient approuvées, et cette décision est considérée comme une étape importante pour les droits reproductifs dans le pays. Kumi Tsukahara fait partie de la génération qui s'est battue pour la pilule contraceptive. La poignée d'activistes qui lutte aujourd'hui est confrontée à plusieurs obstacles. Les partis politiques voient la population vieillir et ne sont pas prêts à laisser aux femmes le choix d'enfanter ou non.

Avec l'aide d'avocats, Action for Safe Abortion Japan prépare deux actions en justice contre le gouvernement, visant à faire supprimer à la fois le consentement requis pour avorter et celui exigé pour pouvoir se faire stériliser.

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