L'avortement en Chine est un sujet complexe, influencé par des politiques démographiques fluctuantes, des considérations économiques et des questions de droits des femmes. Alors que le pays a longtemps eu recours à l'avortement comme outil de contrôle de la population, il est aujourd'hui confronté à un déclin démographique et cherche à inverser la tendance, ce qui a des répercussions sur l'accès à l'IVG et son coût.
Un passé marqué par la politique de l'enfant unique
Pendant plus de trois décennies, la Chine a mis en œuvre une politique stricte de l'enfant unique, encourageant l'avortement pour maîtriser sa démographie. Cette politique, en vigueur de 1980 à 2016, a conduit à environ 330 millions d'interruptions volontaires de grossesse, avec un pic dans les années 1980 où 56% des femmes ont subi une IVG. Des avortements forcés ont même été signalés, suscitant l'indignation des organisations de défense des droits de l'homme.
La politique de l'enfant unique a été justifiée par les autorités comme un moyen de freiner les effets négatifs de la croissance démographique sur l'économie, l'environnement, la société et les ressources chinoises. Cependant, elle a également entraîné des déséquilibres démographiques, notamment un ratio hommes/femmes déséquilibré et un vieillissement de la population.
Revirement démographique et restrictions sur l'avortement
Face au ralentissement et au vieillissement démographique, la Chine a assoupli sa politique de natalité, autorisant d'abord les couples à avoir deux enfants en 2016, puis trois plus récemment. En parallèle, le gouvernement a pris des mesures pour limiter l'avortement, notamment en interdisant les IVG hors raisons médicales.
L'objectif de Pékin est de freiner le déclin démographique du pays, car les Chinois ne font pas assez d’enfants et les seniors pourraient représenter un tiers de la population d’ici 2050. Le taux de natalité, à 7,52 pour 1 000 habitants, est le plus faible enregistré depuis l’arrivée du Parti communiste au pouvoir en 1949.
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Les défis économiques et sociaux de la natalité
Les dernières décisions du gouvernement ne plaisent pas à toutes les Chinoises. Environ 20% des IVG sont pratiquées par des femmes, jeunes le plus souvent, après des relations hors mariage. Pour les ménages, avoir un enfant est souvent synonyme de fardeau financier en raison notamment du coût de l’éducation et du prix prohibitif du logement.
C'est encore pire lorsqu'une femme met au monde un bébé hors mariage. Son enfant n'aura pas accès au système de santé, ou à l’éducation gratuite. Enfin, les Chinois célibataires n'ont pas accès à une contraception subventionnée. Plutôt que de répondre à ces questions, le gouvernement insiste sur le mariage, la famille et la natalité.
En effet, la Chine est le deuxième pays le plus cher au monde (derrière la Corée du Sud) pour élever un enfant par rapport au revenu des familles. Élever un enfant jusqu’à ses 18 ans représenterait en effet 6,7 fois le PIB per capita, soit environ 70 000 euros.
Le coût de l'avortement et de la contraception
L'accès à l'avortement en Chine est en train de devenir plus restreint, mais le coût reste un facteur important pour les femmes qui envisagent cette option. Bien que les chiffres exacts soient difficiles à obtenir, on sait que les IVG pratiquées dans les hôpitaux publics sont généralement moins chères que celles réalisées dans les cliniques privées.
Par ailleurs, le coût de la contraception est également un élément à prendre en compte. A partir du 1er janvier 2026, la Chine a augmenté le prix des moyens de contraception, dont les préservatifs et les pilules contraceptives, en y appliquant une TVA de 13%. Jusqu’à maintenant et depuis 30 ans les moyens contraceptifs étaient exonérés de la TVA en Chine. Cette mesure avait été mise en place dans les années 1990 dans le cadre de la politique de l’enfant unique.
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Les mesures incitatives à la natalité
Le gouvernement chinois a mis en place une série de mesures destinées à relancer la natalité, comme par exemple le versement d’allocations et de bonus, l'exemption d’impôts, l'amélioration des assurances couvrant les frais de maternité ou encore l’extension du congé maternité/paternité. Ces mesures visent à réduire le fardeau financier lié à l'éducation des enfants et à encourager les couples à avoir plus d'enfants.
L'arrivée de la pilule abortive au Japon : un contraste saisissant
Il est intéressant de noter qu'au même moment où la Chine restreint l'accès à l'avortement, le Japon a autorisé pour la toute première fois la commercialisation d'une pilule abortive. Cette méthode médicamenteuse, déjà autorisée dans de nombreux pays, offre une alternative à l'IVG chirurgicale, jugée plus risquée et traumatisante.
Cependant, l'IVG médicamenteuse au Japon reste soumise à certaines conditions, notamment la nécessité de justifier ce choix par des difficultés réelles à élever un enfant et d'obtenir l’accord de son partenaire pour une femme mariée ou en concubinage. De plus, le prix cumulé de la pilule abortive et de l’hospitalisation sera à la charge intégrale de la patiente, et le coût total devrait dépasser les 1 000 euros.
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