L'alimentation des vaches laitières est un facteur déterminant pour la production de lait, la santé de l'animal et la rentabilité de l'exploitation. Ce guide explore les différentes étapes et stratégies pour optimiser l'alimentation des vaches en lactation, en mettant l'accent sur le tarissement, la diversification des sources d'alimentation et la gestion des coûts.

Le Tarissement : Préparation Essentielle à la Lactation

Le tarissement est une période cruciale dans le cycle de production d'une vache laitière, s'étendant de 45 à 60 jours avant la mise-bas. Cette phase permet à la vache de reconstituer ses réserves corporelles et de préparer son organisme à la lactation suivante. Une gestion appropriée du tarissement est essentielle pour assurer un vêlage sans complications, un colostrum de qualité et un bon démarrage de la lactation.

Gestion Alimentaire Pendant le Tarissement

La transition alimentaire pendant le tarissement doit être progressive pour minimiser le stress de l'animal. Quinze jours avant le tarissement, il est conseillé de diminuer la quantité de concentrés, puis de les supprimer complètement les 3 ou 4 derniers jours de lactation. Il faut éviter les changements brusques d'alimentation, comme une diète exclusive de fourrage ou d'eau, qui peuvent entraîner un amaigrissement excessif.

L'objectif est de maintenir une Note d'État Corporel (NEC) idéale de 3,25 à 3,75 tout au long du tarissement. Il est préférable de corriger la NEC pendant les deux derniers mois de lactation plutôt que pendant le tarissement lui-même. Si une vache est trop grasse au moment du tarissement, il faut éviter qu'elle perde du poids, car cela pourrait affecter sa capacité d'ingestion en fin de tarissement.

Ration Alimentaire Adaptée

La ration alimentaire pendant le tarissement doit être peu énergétique et riche en fibres, avec une faible teneur en glucides comme l'amidon. La quantité de matière sèche ingérée quotidiennement doit se situer entre 12 et 14 kg, soit environ 2% du poids vif de l'animal. Cela permet de maintenir un bon volume du rumen, essentiel pour une reprise d'appétit rapide après le vêlage.

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Il est important d'associer le fourrage à de la paille ou du foin de qualité moyenne pour réduire les apports énergétiques. Cependant, il faut veiller à ce que les vaches ne trient pas la ration, car leur appétence peut être diminuée. La compétition entre les vaches peut également affecter leur consommation alimentaire.

Préparation à la Lactation et Prévention des Maladies Métaboliques

Le tarissement est une phase déterminante pour la préparation de la lactation et la prévention des maladies métaboliques. Pour favoriser l'efficacité de la flore bactérienne du rumen dès le vêlage, les fourrages et concentrés de la ration des vaches en lactation doivent être réintroduits progressivement dans les trois semaines précédant le vêlage.

Au début du tarissement, la taille des papilles ruminales, responsables de l'absorption des acides gras dans le rumen, peut diminuer jusqu'à 50%. La capacité d'ingestion diminue également pendant cette phase, en raison de la place croissante occupée par l'utérus dans le dernier mois de gestation, comprimant ainsi le rumen. Les jours précédant le vêlage, cette capacité d'ingestion peut diminuer de 30 à 35%, réduisant la consommation de matière sèche à environ 9 kg pour une vache de 650 kg.

Renforcement du Système Immunitaire

Le système immunitaire des vaches est moins performant dans les quatre semaines entourant le vêlage, les rendant plus sensibles aux infections, notamment les mammites environnementales. Il est donc crucial de renforcer leur immunité en complémentant leur alimentation en oligo-éléments et vitamines, tels que le zinc, le sélénium, les vitamines A, C et E, le cuivre, le manganèse et le fer. Ces éléments sont essentiels pour l'élaboration du colostrum.

Gestion du BACA

Après le vêlage, les besoins en calcium de la vache sont multipliés par quatre. Si l'alimentation ne suffit pas à couvrir ces besoins, la vache puisera dans ses réserves sanguines, ce qui peut entraîner des problèmes de santé. Le BACA (Bilan Alimentaire Cations-Anions) de la ration est un indicateur important à surveiller. Un BACA négatif stimule la parathormone, une hormone qui régule le taux de calcium dans le sang, favorisant ainsi la disponibilité du calcium.

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Il est recommandé d'obtenir un BACA négatif dans la ration des vaches en préparation au vêlage. Pour ce faire, il existe plusieurs types de sels anioniques qui permettent de réduire le BACA. La dose doit être ajustée en fonction des fourrages et des objectifs d'acidification de la ration. Il est important de noter que le chlorure de magnésium, un sel anionique couramment utilisé, peut avoir un goût et une odeur désagréables pour les vaches.

Diversification du Système Fourrager

La diversification du système fourrager est une stratégie clé pour réduire la dépendance à une seule culture et optimiser l'utilisation des ressources disponibles. En diversifiant les espèces, les variétés et les modes de récolte, les éleveurs peuvent mieux faire face aux aléas climatiques et aux fluctuations des prix des aliments.

Diversité des Espèces et des Variétés

Que l'exploitation soit spécialisée dans l'herbe ou le maïs, il est bénéfique d'introduire différentes espèces et variétés. Par exemple, l'introduction de différentes variétés de maïs sur différents types de terre peut être un premier pas vers la diversification.

Modes de Récolte

Il est également judicieux de varier les modes de récolte, en optant pour l'ensilage plante entière, l'ensilage de maïs épis ou la récolte en grain. Pour les éleveurs spécialisés dans l'herbe, l'implantation d'espèces différentes dans les pâtures peut améliorer la qualité et la diversité du fourrage.

Adaptation aux Sols

Dans les exploitations où la surface fourragère est limitée, la diversification est encore plus importante. Il est essentiel de jouer avec les types de sols pour tirer le meilleur profit de chaque parcelle.

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Production de Fourrage de Qualité

Pour réduire les achats d'aliments, il est essentiel de produire du fourrage de qualité sur l'exploitation. Cela est valable aussi bien pour le pâturage que pour les fourrages récoltés. Au pâturage, il faut veiller à avoir une herbe de qualité et à la faire durer le plus longtemps possible en saison.

Achat d'Aliments Simples

Il est recommandé aux éleveurs de privilégier l'achat de matières premières simples, dont ils connaissent les valeurs alimentaires. Il est plus facile de complémenter un fourrage déficitaire avec un aliment dont on connaît la valeur et les qualités nutritionnelles. Les aliments composés par l'industrie peuvent être plus coûteux et moins transparents en termes de composition.

Contrats d'Approvisionnement

Pour sécuriser leurs approvisionnements en concentrés, les éleveurs peuvent établir des contrats avec leurs fournisseurs.

Valorisation des Coproduits

Les coproduits peuvent être une option intéressante, à condition d'analyser leur valeur nutritionnelle. L'opportunité et la géographie jouent un rôle important dans la valorisation des coproduits.

Calcul de la Marge sur Coût Alimentaire

Quel que soit le système d'élevage et les achats d'aliments, il est indispensable de calculer la marge sur coût alimentaire. Cette marge représente ce qui reste à l'éleveur une fois qu'il a vendu son lait et payé ses aliments.

Méthode de Calcul

Le calcul est simple : il s'agit de soustraire du chiffre d'affaires lié à la vente du lait le coût des fourrages, des concentrés et des minéraux de la ration, en fonction des quantités distribuées. Il est important d'intégrer autant que possible le coût réel des fourrages produits sur la ferme, car on a souvent tendance à sous-estimer ce coût.

Stratégies pour Diminuer le Coût Alimentaire

Les prix élevés des aliments représentent un défi majeur pour les éleveurs de vaches laitières et allaitantes. Pour augmenter leur marge, il est essentiel de mettre en œuvre des stratégies pour diminuer le coût alimentaire.

Substitution et Réduction des Distributions

Il suffit parfois de trouver un substitut à une matière première trop coûteuse ou de diminuer la distribution d'un aliment en excès. Les minéraux et oligo-éléments sont indispensables pour la santé, la croissance et la production des bovins, et leur apport doit être optimisé.

Calcul de la Ration

Le calcul de la ration est essentiel pour adapter l'alimentation aux besoins des animaux. Les besoins des vaches allaitantes évoluent selon la période dans laquelle elles se trouvent : gestation, sevrage, vêlage, lactation, reproduction ou post-sevrage.

Rééquilibrage de la Ration

Un rééquilibrage de la ration peut permettre de réduire les coûts sans affecter les performances des animaux. Par exemple, le retrait du blé tendre d'une ration à base de foin peut rééquilibrer l'apport d'énergie et de protéines.

Utilisation de la Betterave Fourragère

La betterave fourragère, riche en sucre, est une source d'énergie fiable pour l'alimentation des vaches laitières. Elle a une valeur énergétique stable et une valeur en Unité Fourragère Lait (UFL) supérieure à celle de l'ensilage de maïs, surtout en cas de sécheresse.

Rations Équilibrées pour les Vaches Allaitantes

Une ration équilibrée pour les vaches allaitantes doit tenir compte de leurs besoins spécifiques. Une ration classique peut contenir de l'ensilage de maïs, de la paille de blé, du maïs, du blé tendre, du tourteau de soja et des minéraux. Il est important de surveiller les apports en protéines (PDIN et PDIE) pour éviter les excès.

Remplacement du Tourteau de Soja

Le tourteau de soja peut être remplacé par de la drèche de blé, ce qui permet de réduire les coûts et d'équilibrer les apports en azote. Le maïs épi peut également être utilisé comme source d'énergie intéressante.

Analyse des Marchés et des Tendances

Il est important pour les éleveurs de suivre les tendances des marchés et les évolutions de l'offre et de la demande de viande bovine.

Décapitalisation et Commerce Extérieur

La décapitalisation des troupeaux (diminution du nombre de têtes) a ralenti, mais reste marquée, tant pour les vaches allaitantes que pour les vaches laitières. Le commerce extérieur français de viande bovine et la consommation apparente ont reculé.

Inflation et Prix

L'inflation générale et celle des produits alimentaires, y compris la viande bovine, ont décéléré. Cependant, les prix au détail restent élevés, ce qui peut affecter la consommation.

Adaptation aux Besoins des Consommateurs

Les éleveurs doivent s'adapter aux besoins des consommateurs en proposant des produits de qualité à des prix compétitifs.

Optimisation de l'Utilisation des Fourrages

L'optimisation de l'utilisation des fourrages est une stratégie essentielle pour réduire les coûts alimentaires.

Transition Alimentaire Progressive

Pour valoriser au mieux l'herbe de printemps, une transition alimentaire progressive au moment de la mise à l'herbe est nécessaire. L'herbe de printemps est riche en eau, en énergie et en azote, mais elle est pauvre en fibres, en sodium et en magnésium.

Apport de Fourrage Grossier

Il est conseillé d'apporter un fourrage grossier (foin ou paille) lors de la mise à l'herbe pendant 2 à 3 semaines, en évitant les enrubannages ou les foins de deuxième coupe.

Conduite en Pâturage Tournant

La conduite en pâturage tournant permet une meilleure valorisation du potentiel herbager et une réduction des besoins en concentrés, surtout si les prairies sont riches en légumineuses.

Production de Fourrages Riches en Énergie et en Matières Azotées

Produire des fourrages plus riches en énergie et en matières azotées est une stratégie gagnante pour réduire les apports en concentrés azotés de la ration. Cela passe par l'optimisation du stade et de la technique de récolte.

Complémentation des Veaux sous la Mère

L'efficacité de la complémentation des veaux sous la mère au pâturage varie fortement en fonction de la disponibilité en herbe. Une réduction de l'apport de concentrés permet une ingestion supplémentaire d'herbe, à condition qu'elle soit disponible sur la parcelle.

Réduction des Apports de Concentrés en Hiver

Une réduction des apports de concentrés jusqu'à 1,5 kg/vache/jour pendant 2 à 3 mois sur la seconde partie de l'hiver est possible. En contrepartie, une perte d'état corporel et une diminution de la croissance des veaux sont attendues.

Gestion de l'État Corporel

Il est important d'avoir des vaches avec une note d'état corporel moyenne de 2,0 en milieu d'hiver et de disposer de fourrages de qualité en quantité suffisante pour terminer la période hivernale.

Analyse des Fourrages

Une analyse des fourrages et un contrôle par pesée des quantités offertes peuvent permettre d'économiser jusqu'à 1 kg de concentrés par vache et par jour.

Allotement des Mères

Dans les systèmes allaitants qui utilisent des mélangeuses, le principe est d'alloter les mères en fonction de la date de vêlage prévue ou réalisée.

Rationnement de l'Alimentation

Dans les systèmes avec ensilage de maïs, il n'est pas toujours nécessaire de saturer la capacité d'ingestion des vaches, et une alimentation rationnée sur certaines périodes peut permettre des économies substantielles.

Fluctuations de Croissance des Génisses

Après la puberté, les génisses tolèrent des fluctuations de croissance. La réduction du niveau énergétique de la ration se traduira par une baisse de la croissance, mais celle-ci est rattrapable lors de la mise à l'herbe au printemps.

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