L’Indice de Masse Corporelle (IMC) est un outil précieux pour évaluer la corpulence d’un individu. Initialement conçu pour les adultes, son application a été étendue aux enfants et adolescents de 0 à 18 ans, avec une interprétation adaptée. Cet article vise à fournir une compréhension approfondie de l'IMC chez l'enfant, de son calcul à son interprétation, en passant par les courbes de croissance et les signaux d'alerte.
Qu'est-ce que l'IMC et pourquoi est-il important pour les enfants ?
L’Indice de Masse Corporelle, plus connu sous l’acronyme IMC, permet d’évaluer la corpulence d’un individu. Inventé par le scientifique belge Adolphe Quetelet en 1832, il est également appelé Indice de Quetelet ou BMI (Body Mass Index) en anglais. L'IMC est un indicateur simple qui met en relation le poids et la taille d'une personne. Chez les enfants, il permet de suivre la croissance et de détecter précocement des risques de surpoids, d'obésité ou de maigreur.
Comment calculer l'IMC chez l'enfant ?
Le calcul de l’IMC chez l’enfant ne diffère pas de celui de l’adulte. Le médecin calcule l’IMC à partir du poids (en kilogrammes) et de la taille (en mètres), à l’aide de la formule suivante : IMC = poids/taille².
Les courbes de corpulence : un outil essentiel
L’interprétation de l'IMC chez l'enfant se fait à l'aide de courbes de corpulence spécialement adaptées aux enfants et adolescents de 0 à 18 ans. Ces courbes de corpulence chez les filles et les garçons de 0 à 18 ans sont diffusées par le Ministère de la santé et l’INPES (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé) dans le cadre du Programme National Nutrition Santé (PNNS). Etablies en 1982 et figurant depuis 1995 dans le carnet de santé des enfants, ces courbes de corpulence françaises ont été réactualisées en 2010.
Comprendre les percentiles
Elles sont établies en percentiles, des valeurs qui représentent l’ensemble de la population (100 groupes égaux en nombre). 1 percentile est égal à 1 % de la population. Selon les références françaises, une fille ou un garçon avec un IMC qui se situe entre le 3ème et le 97ème percentile a une corpulence dite « normale ».
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L'évolution de la corpulence au fil du temps
A la lecture de ces courbes, on peut s’apercevoir que la corpulence de l’enfant n’est pas linéaire au fil du temps. Elle augmente rapidement entre 0 et 1 an puis diminue jusqu’à 6 ans environ avant de subir un rebond d’adiposité faisant remonter la courbe jusqu’à 18 ans.
- De la naissance à 1 an: L’IMC augmente rapidement. Chez le nourrisson, la corpulence augmente rapidement jusqu’à l’âge de un an et l’IMC atteint un pic situé entre 15 et 20 kg/m2. L’enfant est alors potelé.
- De 1 an à 6 ans: L’IMC diminue progressivement. Après l’âge de un an, lorsque l’enfant commence à marcher, sa corpulence diminue progressivement jusqu’à l’âge de six ans où l’IMC se situe entre 13 et 18 kg/m2.
- Après 6 ans: L’IMC remonte progressivement. Chez la plupart des enfants, la corpulence remonte progressivement à partir de l’âge de six ans et jusqu’à la fin de la croissance.
Interprétation de la courbe d'IMC : repérer les signaux d'alerte
Pour évaluer la croissance d’un enfant ou d’un adolescent, on trace sa courbe d’IMC. Sur les courbes d’IMC, on trouve des « couloirs » ; lorsque la croissance d’un enfant est harmonieuse, la courbe d’IMC évolue dans l’un de ces couloirs. Il est important de calculer l'IMC lors des consultations médicales et de le reporter sur les courbes pour suivre son évolution.
Le rebond d'adiposité
La courbe comporte trois phases :
- La première, de la naissance à l’âge d’un an, est une phase d’augmentation de l’IMC jusqu’à un maximum.
- La deuxième, de 1 an jusqu’à 6 ans, est une diminution de l’IMC jusqu’à un minimum
- La troisième, est de nouveau une phase d’augmentation de l’IMC jusqu’à l’âge adulte. cette phase marque le « rebond d’adiposité ».
Les scientifiques ont constaté que plus le rebond est précoce (avant 6 ans), plus le risque de devenir obèse est élevé.
Changement de couloir
Par ailleurs, à tout âge un changement de « couloir » de percentile vers le haut est un signe d’alerte. La maigreur de l’enfant est bien moins évoqué que le surpoids, pourtant un changement de « couloir » de percentile vers le bas doit alerter également.
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Situations d'alerte résumées
- Le rebond d’adiposité précoce : quand l’IMC augmente avant l’âge de 6 ans : c’est le signe d’une augmentation de poids plus importante qu’attendue avec risque d’obésité très augmenté
- Le changement de couloir : si la courbe est ascendante, c’est le signe d’une augmentation de poids supérieure à ce qui attendu avec risque d’obésité augmenté ; si la courbe est descendante, c’est le signe d’un risque de dénutrition (anorexie mentale)
Facteurs à prendre en compte dans l'interprétation de l'IMC
Plusieurs facteurs peuvent influencer l'IMC et doivent être pris en compte dans son interprétation:
- L'âge: Comme mentionné précédemment, l'IMC évolue avec l'âge.
- Le sexe: Les courbes de croissance sont différentes pour les garçons et les filles. La croissance staturale et pondérale des filles et des garçons diffère très tôt. La croissance du périmètre crânien diffère également entre les filles et les garçons et le comité d’expertise a considéré nécessaire son suivi au moins jusqu’à l’âge de 5 ans. Les courbes du périmètre crânien sont donc représentées depuis l’âge d’un mois et jusqu’à cinq ans (et non trois ans comme avant), et séparément chez les filles et les garçons.
- L'hérédité: Il est également important de s’intéresser à la corpulence des parents. Un enfant dont les parents ont un IMC supérieur à 25 aura beaucoup plus risque de devenir obèse. L’interprétation des mesures de taille tient compte de celles des parents. Pour cela, la formule de calcul de la taille cible parentale (en cm) retenue dans le référentiel national du Collège des Enseignants de Pédiatrie est proposée en haut des courbes de taille de un à 18 ans. Une flèche guide son report vers la fin de la courbe de l’enfant ce qui permet d’établir une distance (qui doit être exprimée en écarts-types) entre le couloir de croissance de l’enfant et la taille cible parentale.
- L'activité physique: À taille égale, un enfant sportif est plus lourd car les muscles, du fait de leur richesse en eau, pèsent plus lourds que le tissu graisseux.
- L'alimentation: En effet, l’Indice de Masse Corporelle de l’enfant (comme de l’adulte d’ailleurs) est étroitement lié à son alimentation et à son activité physique et sportive.
Que faire en cas d'IMC en dehors des normes ?
Dans tous les cas, la courbe de corpulence actuelle de l’enfant mais surtout la possibilité d’y entrevoir une évolution grâce à l’alignement des points est un outil précieux pour mettre en place une surveillance accrue dès que possible. En cas d’évolution anormale de cette courbe, l’aide d’un diététicien et d’un coach sportif professionnel pourra s’avérer utile. Si le poids de l'enfant se situe au-dessus des limites habituelles (hors de la zone blanche), on parle de surcharge pondérale. S'il se situe en dessous de ces limites, on parle de retard pondéral. Ces données inhabituelles doivent être complétées par le calcul de la corpulence pour pouvoir porter un diagnostic fiable.
- Surpoids/Obésité : Votre enfant a un excès de poids. Afin d’aider votre enfant à ne pas prendre davantage de poids, vous pouvez favoriser une augmentation de son activité physique chaque jour et équilibrer son alimentation. Il va continuer à grandir et sa corpulence s’améliorera. Discutez-en avec votre médecin traitant ou votre pédiatre ; un bilan et un suivi spécialisé peuvent être proposés. Votre enfant a un excès de poids qui correspond médicalement à une obésité. Discutez-en avec votre médecin traitant ou avec votre pédiatre ; un bilan de santé et un suivi spécifique lui seront proposés par une équipe spécialisée. Un suivi psychologique peut être nécessaire pour accompagner votre enfant. L’objectif principal est de stopper sa prise de poids puis de débuter un amaigrissement modéré et progressif. La pratique régulière d’une activité physique et une alimentation équilibrée l’aideront en ce sens.
- Insuffisance pondérale : Cette situation concerne particulièrement les filles en période d’adolescence. Dans une société ou les standards de beauté correspondent à des silhouettes filiformes, de nombreuses filles sont tentées de s’orienter vers des régimes, sans l’aval de leurs parents ou de leur médecin traitant. Votre enfant est en situation de surpoids ou d’insuffisance pondérale et vous souhaitez bénéficier de l’accompagnement d’un professionnel pour l’aider à se sentir bien dans son corps ?
Le rôle du carnet de santé
A chaque visite médicale, vous apportez le carnet de santé de votre enfant dans lequel votre pédiatre note le résumé de sa consultation.Il inscrit le poids et la taille de votre enfant, son IMC (indice de masse corporelle) ainsi que son périmètre crânien sur les courbes spécifiques. Le carnet de santé propose plusieurs sortes de courbes : la courbe de poids du premier mois de votre enfant (p.11), celles de la croissance de son périmètre crânien, de son poids et de sa taille jusqu’à ses trois ans (p.76-77), puis les courbes de taille, de poids et enfin de corpulence, ou courbe de l’IMC (l’indice de masse corporelle), de 1 à 18 ans (p.78 à 81). Les courbes (de taille, de poids, de périmètre crânien et de corpulence) permettent de visualiser en un seul regard si votre enfant a un développement physique normal. Une prise - ou une perte - de poids soudaine apparaît inévitablement sur le dessin de la courbe. Avoir le souci de remplir les courbes de votre enfant à intervalles régulier est un bon moyen de s’assurer qu’il suit une croissance adaptée.
Surveillance de la croissance : au-delà de l'IMC
La surveillance de la croissance des enfants est une activité essentielle. Elle peut avoir des buts variés comme le suivi de l’adéquation des apports nutritionnels en situation normale ou pathologique ou le repérage précoce de maladies comme le syndrome de Turner ou la maladie cœliaque par exemple. Cette surveillance repose sur des mesures régulières de poids, de taille, de périmètre crânien et le calcul de l’indice de masse corporelle (IMC) et leur comparaison à des données de références.
Suivi du poids du nouveau-né
Vous trouverez sur la page 11 du carnet de santé de votre bébé un graphique pour dessiner vous-même la courbe de poids de votre enfant. Elle permet de surveiller la croissance du cerveau, principalement au cours de la première année. En effet, dans la taille du périmètre crânien, ce n’est pas la mesure en soi qui est importante mais la régularité de la croissance. Si votre bébé a « la grosse tête » ne vous en faites pas ! Gros ou pas, l’important est que le crâne de votre enfant grossisse selon une courbe régulière. En cas d’anomalie, votre médecin pourra prescrire une échographie ou un scanner cérébral. Sur les courbes de poids des enfants plus âgés, l'enfant doit progresser régulièrement selon une ligne à peu près parallèle aux limites de la zone blanche. Si le poids stagne, diminue ou augmente soudainement, il est préférable d'en parler avec votre médecin.
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Importance du suivi régulier
Suivre les courbes de croissance, de poids, de taille et d’IMC est très important. Le but est bien évidemment un dépistage précoce d’une éventuelle anomalie (prise de poids trop rapide par rapport à la taille) pour permettre sa prise en charge immédiate. Le carnet de santé comprend donc aussi une courbe de corpulence. Un petit écart sur une courbe peut trouver parfois des explications logiques : votre enfant a été malade ou hospitalisé et a perdu un peu de poids, cela arrive. Mais une anomalie est toujours à surveiller. Cette courbe permet de repérer les enfants «à risque» susceptibles de développer une tendance à l’obésité, dès qu’elle s’accélère par rapport à la normale, alors que l’enfant ne paraît pas encore en surpoids.
Courbes de croissance : Nouvelles références
Il a été démontré que les courbes de croissance de références contenues dans la version précédente du carnet de santé ainsi que celles proposées récemment par l’Organisation Mondiale de la Santé n’étaient pas optimales pour le suivi de la croissance des enfants contemporains en France (Scherdel PLoS One 2015, Scherdel Lancet Diabetes Endocrinol 2016). Les chercheurs du CRESS ont opté pour une approche innovante de type « big data », qui constitue une première mondiale pour la construction de courbes de croissance d’enfants.
Comme attendu, les courbes de taille et de poids « AFPA-Inserm/CRESS-CompuGroup Medical 2018 » se situent « nettement au-dessus » des courbes précédentes. Par exemple, à 10 ans, la médiane de la taille des filles des nouvelles références est de 139,5 cm contre 134,7 cm sur les courbes précédentes. Même si ces différences se réduisent à la fin de puberté, cette évolution pourrait théoriquement amener à s’inquiéter sur la normalité de la croissance staturale d’un nombre plus important d’enfants, c’est pourquoi le comité d’expertise a souhaité insister sur la nécessité de prendre en compte la taille cible parentale (cf.
Comme recommandé par la Haute Autorité de Santé, le repérage du surpoids et de l’obésité de l’enfant doit reposer sur le suivi de la courbe de corpulence (c’est-à-dire de l’IMC) et non de la courbe de poids, ce d’autant que ces dernières ont été mises à jour. A partir de deux ans, les courbes de corpulence représentées sont celles proposées par l’International Obesity Task Force (IOTF). Elles permettent de suivre la corpulence des enfants par rapport aux définitions à l’âge adulte de la maigreur de grade 3 (<16 kg/m2; IOTF-16), de grade 2 (<17 kg/m2; IOTF-17 choisie comme repère graphique colorimétrique), et de grade 1 (<18,5 kg/m2; IOTF-18,5), du surpoids (>25 kg/m2; IOTF-25), et de l’obésité de grade 1 (>30 kg/m2; IOTF-30) et de grade 2 (>35 kg/m2; IOTF-35). Les courbes de l’IOTF sont celles préconisées par le Plan National Nutrition Santé pour la surveillance de la corpulence des enfants et sont largement utilisées au niveau national et international. Si l’IOTF ne propose pas de courbes de corpulence avant deux ans, le comité d’expertise a souhaité les prolonger par les courbes « AFPA-Inserm/CRESS-CompuGroup Medical 2018 » sur cette tranche d’âge, afin de permettre la visualisation du pic de corpulence autour de neuf mois.
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