La procréation médicalement assistée (PMA), ou assistance médicale à la procréation (AMP), est un ensemble de techniques médicales qui manipulent les spermatozoïdes et les ovules afin de parvenir à la fécondation, comme l'explique l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). La PMA englobe plusieurs techniques, dont l'insémination artificielle. Cette méthode consiste à introduire artificiellement le sperme du conjoint d'une femme ou d'un donneur, au niveau de son col de l'utérus ou dans la cavité utérine, afin d'aider à la fécondation d'un ovule. Cet article explore les actualités, les enjeux et les perspectives de la PMA en France, en tenant compte des évolutions législatives et sociétales récentes.

L'Accès à la PMA en France: Une Évolution Sociétale

La loi de bioéthique a marqué une étape importante en France en ouvrant l'accès à la PMA à toutes les femmes, âgées de 18 à 45 ans, depuis le 2 août 2021. Cette évolution législative a permis la naissance de plus de 350 bébés, un chiffre qui reste faible par rapport aux 30 000 demandes enregistrées. Auparavant, la PMA était principalement réservée aux couples hétérosexuels confrontés à des problèmes d'infertilité.

L'Ouverture aux Femmes Célibataires et aux Couples de Femmes

La PMA est accessible aux femmes célibataires depuis un peu plus de deux ans. L'ouverture de l'assistance médicale à la procréation aux femmes seules et aux couples de femmes a entraîné une pénurie de gamètes, car de plus en plus de femmes souhaitent vitrifier leurs ovocytes, provoquant d'importants délais de prise en charge. Certains centres ont même fermé les nouvelles consultations jusqu'à 2025.

Les Délais d'Attente et le Recours à l'Étranger

En raison des longs délais d'attente, de nombreuses Françaises décident d'aller au Danemark pour se faire inséminer. En effet, les délais d'attente se sont allongés depuis la loi de bioéthique. Près de 6200 personnes attendent une AMP avec don de spermatozoïdes, à fin mars 2023, dont 40 % de femmes seules.

La Levée de l'Anonymat des Donneurs

La révision de la loi de bioéthique de 2021 a levé l'anonymat des donneurs de gamètes à partir du 1er septembre 2022. Cela fait maintenant plus d’un an qu’il est possible pour les enfants issus de PMA, de connaître leurs parents biologiques, avec la levée de l’anonymat. Cette mesure a pour objectif de permettre aux enfants nés de PMA d'accéder à leurs origines, conformément à la loi de bioéthique qui a consacré le droit à l'accès aux origines.

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Les Défis et les Controverses

L'ouverture de la PMA à toutes les femmes a suscité des débats et des controverses.

Les Manifestations d'Opposition

Plusieurs dizaines de milliers d'opposants à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes ont défilé, sept ans après la mobilisation contre le mariage pour tous. Dans les rangs clairsemés, les militants savent que leur position est loin d'être partagée par une majorité de Françaises et Français.

Le "Marché Noir" des Dons de Sperme

Comme il faut souvent attendre très longtemps pour bénéficier d’un don de sperme auprès d'un centre officiel, certaines femmes passent par un "marché noir" sur les réseaux sociaux. Face à la pénurie qui occasionne une longue attente dans le circuit légal, des dons "sauvages" de sperme s'organisent sur les réseaux sociaux.

La GPA : Un Sujet Toujours Débattu

Alors que Gabriel Attal vient de se prononcer en faveur de la GPA, au prétexte fallacieux que cette pratique pourrait être encadrée, un rapport de l’ONU recommande l’interdiction de la GPA « sous toutes ses formes » au nom de la défense des droits des femmes et des enfants. Le rapport de l’ONU publié expose les violences auxquelles sont confrontés les mères porteuses et les enfants nés dans le cadre d’une GPA : violences économique, psychologique, physique, reproductive, notamment en lien avec l’asservissement et le trafic d’êtres humains générés par cette pratique. Ainsi, indique le rapport au 69e alinéa, « la pratique de la maternité de substitution se caractérise par l’exploitation et la violence à l’égard des femmes et des enfants, y compris les filles. En conséquence, Reem Alsalem, la rapporteure spéciale sur les violences faites aux femmes et aux filles appelle l’ensemble des Etats membres de l’ONU à œuvrer à « l’adoption d’un instrument international juridiquement contraignant interdisant toutes les formes de maternité de substitution ». Validé le 14 juillet dernier, ce rapport confirme que l’abolition universelle de la GPA est la meilleure voie pour garantir durablement les droits et la dignité des femmes et des enfants.

La Maison de la Fertilité : Un Accompagnement Global

Ouverte depuis septembre, une structure unique à Paris propose un accompagnement global aux couples confrontés à l’infertilité. En France, un couple sur quatre ne parvient pas à obtenir une grossesse après douze mois de tentative. À la Maison de la Fertilité, de nombreux praticiens accompagnent patients et patientes confrontés à l'infertilité.

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Dans la salle d’attente, quelques femmes pianotent sur leur téléphone, en attendant leur rendez-vous. Il y a Séverine, 28 ans, cheveux longs détachés, qui est là pour une prise de sang et une échographie pelvienne. « Je suis en parcours PMA (procréation médicalement assistée), confie-t-elle d’une voix basse. Mon conjoint a eu un cancer, donc on ne pouvait pas avoir d’enfant, de façon naturelle, avant deux ans, après la dernière chimiothérapie. »

Quelques sièges plus loin, Amy comment à s’impatienter. À 35 ans, cette grande brune vient réaliser « un check-up fertilité ». Déjà six mois qu’elle essaye de tomber enceinte. « C’est encore le tout début », lâche-t-elle d’une voix un peu hésitante. Dans le doute, avec son compagnon, ils commencent à réfléchir à la PMA. « Mais on n’est pas suffisamment informé en tant que femme, c’est délirant, reprend Amy. Ça nous tombe dessus à 35 ans. »

Santé des Enfants Conçus par FIV : Quoi de Neuf?

Parmi les techniques proposées, la fécondation in vitro (FIV) est la plus utilisée, représentant 70 % des enfants conçus par AMP. Au cours des quarante dernières années, depuis les premiers succès de la FIV, ces chiffres n’ont cessé de croître. En parallèle, de nombreux travaux ont été menés afin d’explorer les questionnements médicaux, scientifiques et éthiques suscités par ces techniques. L’une des interrogations centrales, régulièrement évoquée par les médias de manière plutôt pessimiste, concerne la santé à moyen et long terme des enfants nés par FIV.

Des Résultats Globalement Rassurants

La première chose à noter c’est que la période qui correspond à la fécondation et au développement embryonnaire avant l’implantation dans l’utérus est particulièrement fragile. Elle est marquée par des évènements majeurs au niveau génétique et épigénétique, qui jouent un rôle clé pour le développement de l’embryon mais aussi après la naissance. Lors de la FIV, cette période correspond aux phases où gamètes et embryons sont manipulés in vitro.

Il est donc logique que les scientifiques se soient intéressés de près aux conséquences de la FIV pour le développement et pour la santé des enfants et des jeunes adultes conçus de cette manière. Les études publiées sur le sujet tentent d’évaluer notamment s’ils sont plus fréquemment atteints de certains troubles - et si c’est le cas, dans quelle mesure un lien de causalité peut être établi avec les manipulations effectuées pendant la FIV.

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Les données disponibles issues de ces travaux de recherche sont encore assez hétérogènes. Le message principal est que si les enfants conçus par FIV peuvent parfois être atteints de troubles de la santé, aucun problème particulier ne domine et leur prévalence est relativement modérée. Cette prévalence n’est pas beaucoup plus importante que chez les enfants conçus naturellement.

Exemples de Pathologies Investigées

Dans un contexte où il a parfois été rapporté dans les médias que les enfants conçus par FIV présentent des retards de croissance, plusieurs études se sont intéressées à ce sujet, mettant en lumière des résultats plutôt rassurants. Si certains travaux soulignent bien des indices de masses corporels (IMC) plus faibles chez les enfants conçus par FIV, surtout en dessous de l’âge de 3 ans, des données ont ensuite montré que les éventuelles différences de croissance s’estompent à l’adolescence.

Autre inquiétude souvent relayée, celle d’une prévalence accrue des cancers pédiatriques chez les enfants nés par FIV. Si les résultats divergent d’une étude à l’autre, des travaux solides menés à partir des données de milliers d’enfants, notamment en Scandinavie, se sont montrés rassurants puisque les résultats n’indiquent pas de différence significative du taux de cancer chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement.

Enfin, un point sur les anomalies cardiovasculaires, qui ont été centrales dans les débats scientifiques et médiatiques. Le consensus qui se dégage pour le moment est que les enfants et jeunes adultes nés par FIV présentent un risque modéré de troubles cardiovasculaires. Une augmentation légère de la pression artérielle est observée dans certaines études chez ces enfants et pourrait être associée à l’âge adulte à l’hypertension artérielle et à des maladies cardiovasculaires. Il est donc nécessaire de bien informer les parents à propos de ce risque et des stratégies de prévention pour le réduire, tout en y consacrant une attention particulière dans le suivi médical des enfants.

Mécanismes Imputables à la FIV ?

Un autre point intéresse les scientifiques et médecins qui travaillent dans le domaine : comment expliquer les incertitudes qui persistent sur certains troubles et les données contradictoires qui se dégagent parfois d’une étude à l’autre ? Cela peut être en partie dû à des variations méthodologiques. En effet, les effectifs étudiés sont très variables, souvent avec un nombre faible de sujets et les groupes contrôles ne sont pas toujours pertinents. Les résultats peuvent aussi varier en fonction des catégories d’âge considérées, et les perturbations observées à un âge donné peuvent disparaitre à un âge plus avancé. Enfin, il n’est pas à exclure que le diagnostic des différents troubles puisse en partie être lié à une plus grande attention portée par les parents au développement et à la santé de leurs enfants nés par FIV par rapport au reste de la population.

Par ailleurs, les altérations observées chez les enfants ne sont pas forcément toutes directement imputables à la FIV. D’autres facteurs de risque propres à cette population pourraient aussi expliquer certains des troubles décrits.

Par exemple, dans le cas des troubles neuro-développementaux, la FIV ne semble globalement pas avoir d’effet délétère. Lorsque certains troubles sont diagnostiqués (troubles du spectre de l’autisme, de l’apprentissage, hyperactivité, anxiété…), ils pourraient plutôt être dus à d’autres facteurs de risque comme la prématurité. En outre, le contexte socio-familial doit mieux être pris en compte dans ce type d’étude.

Les couples infertiles peuvent aussi être plus à risque de transmettre à leurs enfants des facteurs responsables de perturbations de santé. Par exemple, certains garçons nés à la suite d’une FIV avec micro-injection de spermatozoïde dans l’ovocyte (ICSI), une technique proposée en cas d’infertilité masculine d’origine génétique, ont un risque accru d’être stériles comme leur père.

Priorités de Recherche

Enfin, il est important de continuer les travaux pour mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la survenue des troubles, notamment au niveau épigénétique, ainsi que les étapes de la FIV qui peuvent potentiellement augmenter certains des risques décrits. Des études s’intéressent donc actuellement aux procédures utilisées pour réaliser une FIV, et suggèrent que dans ce cadre, ce sont les traitements hormonaux de stimulation ovarienne, les conditions de la culture embryonnaire et la congélation des embryons qui sont le plus souvent suspectés d’être à l’origine des troubles observés.

À l’heure actuelle, la priorité est aussi de poursuivre les études scientifiques dans des populations mieux caractérisées, notamment à des âges plus avancés de la vie, pour étudier la santé à long terme des individus nés par FIV.

Autoconservation des Gamètes

Outre l’entrée en vigueur de cette disposition, un autre décret est paru sur les conditions pour bénéficier d’une assistance médicale à la procréation et de l’autoconservation de ses gamètes. La possibilité de conserver ses gamètes (ovocytes et spermatozoïdes) pour mener à bien une grossesse future était jusqu’ici très encadrée et autorisée pour des raisons médicales (cancers, endométriose…). Hormis ces situations, il n’était pas permis de les congeler pour les utiliser plus tard, lorsque la fertilité baisse (après 35 ans). La loi va permettre dès jeudi, jour d’entrée en application du décret, de lever cette interdiction.

Chronologie des Lois et Avis sur la Bioéthique

  • 14 - 16 octobre 2003: L'Unesco demande l'élaboration d'un cadre normatif universel en matière de bioéthique.
  • 14 avril 2003: Annonce de l'achèvement du séquençage du génome humain.
  • 7 mai 2002: Avis du Groupe européen d’éthique sur la brevetabilité des inventions impliquant des cellules souches humaines.
  • 24 janvier 2002: Signature du Protocole additionnel à la Convention sur les droits de l’Homme et la biomédecine relatif à la transplantation d’organes et de tissus d’origine humaine.
  • 20 décembre 2001: Rapport du député Alain Claeys sur "la brevetabilité du vivant".
  • 18 janvier 2001: Avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur l’avant-projet de révision des lois de bioéthique.
  • 27 juin 2001: Rapport d’information déposé par la mission d’information parlementaire commune préparatoire au projet de loi de révision des "lois bioéthiques" de juillet 1994.
  • 21 juin 2001: Déclaration commune des ministres allemand et français des affaires étrangères sur le clonage reproductif de l’être humain.
  • 20 juin 2001: Adoption par le gouvernement du projet de loi de révision des lois de bioéthique de 1994.
  • 14 juin 2001: Avis du Conseil d’État sur l’avant-projet de loi du gouvernement concernant la révision des lois de bioéthique.
  • 25 janvier 2001: Avis de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) sur la révision des lois de bioéthique de 1994.
  • 28 novembre 2000: Présentation par le Premier ministre, Lionel Jospin, des grandes lignes de l’avant-projet de loi sur la bioéthique.
  • 14 novembre 2000: Avis du Groupe européen d’éthique, des sciences et des nouvelles technologies (GEE) sur les "aspects éthiques de la recherche sur les cellules souches humaines et leur utilisation".
  • 7 septembre 2000: Adoption par le Parlement européen d’une résolution prônant l’interdiction de toute recherche sur le clonage humain et la mise en œuvre de sanctions pénales en cas d’infraction.
  • 16 août 2000: Acceptation par le gouvernement britannique d’une proposition scientifique visant à autoriser le clonage d’embryons humains à des fins de recherche thérapeutique.
  • 29 juin 2000: Avis de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) portant sur la révision des lois de 1994 sur la bioéthique.
  • 24 février 2000: Rapport du député Alain Claeys et du sénateur Claude Huriet sur "le clonage, la thérapie cellulaire et l’utilisation thérapeutique des cellules embryonnaires".
  • 29 novembre 1999: Rapport du Conseil d’État intitulé "Les lois de bioéthique, cinq ans après".
  • 18 février 1999: Rapport du député Alain Claeys et du sénateur Claude Huriet sur l’application de la loi du 29 juillet 1994 "relative au don et à l’utilisation des éléments du corps humain, à l’assistance médicale, à la procréation et au diagnostic prénatal".
  • 6 juillet 1998: Directive communautaire n° 98/44/CE du Parlement européen et du Conseil relative à la protection juridique des inventions biotechnologiques.
  • 12 janvier 1998: Signature du Protocole additionnel à la Convention pour la protection des droits de l’Homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine, portant interdiction du clonage d’êtres humains.
  • 11 novembre 1997: Adoption de la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’Homme par la Conférence générale de l’Unesco.
  • 14 mai 1997: Résolution de l’Assemblée de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) condamnant le clonage humain.
  • 22 avril 1997: Avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), interrogé par le président de la République, sur le clonage reproductif.
  • 4 avril 1997: Signature, sous l’égide du Conseil de l’Europe, de la Convention sur les droits de l’Homme et la biomédecine ("Convention pour la protection des droits de l’Homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine", dite "convention d’Oviedo").
  • 11 mars 1997: Dans deux avis, le CCNE recommande d’assouplir la législation concernant la recherche sur l’embryon humain.
  • 23 février 1997: Annonce, par une équipe de chercheurs britanniques, qu’elle est parvenue en juillet 1996 à cloner pour la première fois un mammifère adulte (une brebis nommée "Dolly").
  • 25 septembre 1996: Avis du Groupe européen d’éthique, des sciences et des nouvelles technologies (GEE), placé auprès de la Commission européenne, sur "les aspects éthiques de la brevetabilité des inventions portant sur des éléments d’origine humaine".
  • 6 septembre 1995: Publication du nouveau Code de déontologie médicale qui adapte les pratiques des médecins aux nouvelles lois sur la bioéthique et les expérimentations biomédicales.
  • 29 juillet 1994: Promulgation de la loi n° 94-653 du 29 juillet 1994 relative au respect du corps humain et de la loi n° 94-654 du 29 juillet 1994 relative au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain, à l’assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal.
  • 27 juillet 1994: Décision du Conseil constitutionnel…

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