Introduction

L'histoire des couches est intimement liée à l'évolution des pratiques parentales, des connaissances médicales et des technologies disponibles. Des langes traditionnels aux couches jetables modernes, en passant par le retour en force des couches lavables, ce domaine a connu des transformations significatives. Cet article explore l'histoire et l'évolution des couches, en mettant l'accent sur les années 1970, une période charnière marquée par des changements importants dans la puériculture et les mentalités.

Les pratiques avant les années 1970: un héritage de contraintes

Avant les années 1970, plusieurs facteurs influençaient l'utilisation et la gestion des couches. Les savoirs médicaux et psychologiques sur le corps et la physiologie des bébés étaient encore en développement, avec des lacunes notables. Les couches jetables, bien que présentes, étaient de qualité inférieure et coûteuses, les rendant inaccessibles à de nombreuses familles. De plus, toutes les familles ne possédaient pas de machine à laver, ce qui rendait l'entretien des langes chronophage. Les familles étaient généralement plus nombreuses, ce qui augmentait la charge de travail liée aux soins des enfants.

En conséquence, les parents et les professionnels de la petite enfance avaient tendance à retirer les couches plus tôt qu'aujourd'hui. Jusqu’aux années 1970, les savoirs médicaux et psychologiques sont en développement et ont encore des lacunes sur le corps et la physiologie des bébés. Les couches jetables ne sont pas encore de bonne qualité et les prix sont élevés. Toutes les familles ne sont pas équipées de machine à laver le linge et les langes prennent beaucoup de temps dans la vie quotidienne. Les fratries sont aussi plus nombreuses. Pour toutes ses raisons, les parents, mais aussi les professionnels entourant les nourrissons, ont retiré les couches beaucoup plus tôt que les parents actuels qui eux suivent les conseils des nouvelles recommandations sur le développement du corps et du psychisme des jeunes enfants. Il fut une époque où les bébés étaient mis sur le pot dès 10 mois. Puis les pratiques ont évolué et on a considéré qu’avant deux ans cela n’était pas souhaitable.

L'apprentissage de la propreté était souvent précoce, autour de 9 à 10 mois, influencé par des conseils parfois contradictoires provenant de diverses sources telles que les crèches, les pédiatres, les familles, internet ou les magazines. Elles sont des mélanges de techniques de puériculture actuelles et des restes de pratiques de puériculture des générations précédentes. Ces dernières ont, en fonction des connaissances de l’époque, proposé un apprentissage « de la propreté » très tôt, autour des 9 à 10 mois. Pour autant tout ce qui entoure cet apprentissage, la notion de sale, de propre n’a pas changé.

L'arrivée des couches jetables: une révolution ambivalente

Les années 1960 ont vu l'arrivée massive des couches jetables, notamment avec le lancement de la marque Pampers en Amérique du Nord en 1961, puis en Europe. En 1961, la couche Pampers est lancée à grande échelle en Amérique du Nord avant de se répandre en Europe (to pamper voulant dire « choyer » en anglais). Cette innovation a été perçue comme une révolution, offrant une alternative pratique et moins contraignante aux langes traditionnels.

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Cependant, cette commodité s'est accompagnée de nouvelles préoccupations. Les couches jetables ont soulevé des questions environnementales en raison de la quantité de déchets qu'elles génèrent. En effet, jusqu’à acquérir la continence vers l’âge de 3 ans, bébé utilisera en moyenne 5 000 couches jetables, soit 1 tonne de déchets plastiques. De plus, des études ont révélé la présence de composants chimiques potentiellement dangereux dans certaines couches jetables. Des études ont néanmoins démontré la présence de certains composants chimiques dans les couches jetables (et oui, rien n’est parfait 🤭). Des scientifiques se sont alors penchés sur la question pour analyser la composition de ces dernières pour préserver la santé des bébés. En 2019 par exemple, selon une étude de l’ANSES, « des substances chimiques dangereuses » ont été retrouvées dans les couches jetables vendues en France.

Les années 1970: entre médicalisation et psychologisation de la puériculture

Les années 1970 ont été une décennie de transition dans le domaine de la puériculture. D’une part, on s’intéresse à la psychologie de l’enfant et de nombreuses recherches sont publiées. On voit apparaître toutes sortes de recommandations pour s’occuper de son bébé (l’invention des horaires pour nourrir/allaiter un enfant sur l’observation du cycle de digestion animal par exemple). Le système médical devient de plus en plus présent et prône l’allaitement maternel considérant les nourrices dépourvues d’hygiènes et ignorantes. D’autres part, On crée des infrastructures pour encadrer et organiser les nourrices. La généralisation de l'accouchement à l'hôpital, encouragée par les efforts politiques pro-natalistes et les progrès médicaux, a conduit à une médicalisation accrue des soins aux nourrissons. L’accouchement à l’hôpital se généralise après d’immenses efforts politiques (pro-natalistes suite à 1939-1945) et d’immenses efforts médicaux (pour que l’on y meure moins). Les produits de puéricultures font leur apparition. Les médecins ont commencé à jouer un rôle de plus en plus important dans la diffusion des conseils aux mères, parfois de manière autoritaire. Les femmes ne se posaient pas tellement de questions, observe Marie-France Morel, historienne*. Les pratiques se transmettaient oralement et par imprégnation. Les filles voyaient leur mère faire et, rapidement, s’occupaient de leurs petits frères et sœurs".Mais voilà qu’au début du XXe siècle, une poignée de médecins accoucheurs commence à s’intéresser à la survie des bébés et à la façon dont il faut les élever. Il faut dire qu’il y a urgence : à l’époque, un enfant sur cinq meurt avant d’atteindre son premier anniversaire. On sait désormais que les maladies sont liées à des microbes et c’est une découverte qui change tout ! Car cela signifie que, loin d’être une fatalité, la mort des tout-petits est évitable. Il suffit de respecter des règles d’hygiène. Les médecins se mettent à bombarder les mères de conseils : il faut se laver les mains avant de prendre son bébé, lui donner un bain tous les jours, le faire vacciner, stériliser les biberons et les tétines, faire bouillir le lait et l’eau de coupage, etc. Une nouvelle forme de puériculture, médicalisée, est née.Pour la vulgariser, on édite des petits livres bon marché qui donnent le "mode d’emploi" du bébé avec schémas explicatifs à l’appui. Pour les mères, la vie se complique… D’autant que les médecins s’adressent à elles de façon très autoritaire. « On traite de barbares celles qui continuent à faire comme leurs mères, témoigne l’historienne. On les effraie en leur disant que si elles ne savent pas prendre soin de leur bébé, il risque de mourir. » Jusque dans les années 1950, les médecins vont les bombarder de recommandations. Recommandations qui évoluent, se succèdent… et se contredisent. Au fil des découvertes scientifiques, ce qui était bon un jour devient mauvais le lendemain. Comment s’y retrouver ?

Parallèlement, une prise de conscience croissante des besoins émotionnels et psychologiques des enfants a émergé. A partir des années 70 (notamment grâce à Frédérik Leboyer, auteur de « Pour une naissance sans violence »), on réalise que ce protocole a un aspect violent qui ne favorise pas les échanges mère-enfant et la mise en route de l’allaitement. Les soins s’adoucissent, perdent leur côté systématique, on privilégie le peau à peau, le premier bain est repoussé de 24 ou 48 heures. La psychologisation à outrance de l'enfant, devenu un "bien précieux qu'il ne faut pas abîmer", a conduit à une peur de "traumatiser" ou de créer des problèmes chez l'enfant. Dans les pays occidentalisés, il y a de plus en plus une peur de « traumatiser » ou de créer un problème chez l’enfant. Il est devenu un « bien » précieux qu’il ne faut pas abimer. C’est parfois « la psychologisation » à outrance qui pénalisera les jeunes enfants. Il préférable de ne pas interpréter tous les signes à la place de l’autre mais de le regarder nous montrer ce qu’il sait faire et de s’adapter afin d’aller à son rythme.

Cette période a également vu l'émergence de nouvelles approches de l'accouchement, telles que la méthode Lamaze, qui mettait l'accent sur la préparation psychologique et la participation active de la mère. En août 1951, avec une douzaine de médecins français proches du parti communiste français, il fait un voyage d’études de trois semaines en Géorgie, à Moscou et à Leningrad. De retour en France, Lamaze décide d’expérimenter la méthode aux Bluets. L’histoire française de la psychoprophylaxie obstétricale (dite PPO ou ASD - accouchement sans douleur) est bien connue depuis la parution en 2004 du livre de Marianne Caron-Leulliez et Jocelyne George [2]. Paula Michaels reprend les grandes lignes de cette histoire : mise au point en 1952 de la méthode Lamaze aux Bluets, enthousiasme immédiat des médecins communistes et des compagnons de route, déjà adeptes de la théorie pavlovienne, propagande dans la presse communiste et cégétiste en direction des maris et de leurs femmes, opposition des milieux médicaux de droite hostiles au PCF, victoire de la méthode en 1956 quand Pie XII déclare qu’elle n’est pas contraire aux enseignements de l’Église, acceptation par la Sécurité sociale du remboursement des séances de préparation à l’accouchement.

Le retour des couches lavables: une alternative écologique et saine

Face aux préoccupations environnementales et sanitaires liées aux couches jetables, les années 1970 ont vu un regain d'intérêt pour les couches lavables. Les couches lavables d’aujourd’hui ont biiiiiieeeeeen évoluées depuis 1800 ! Elles n’ont rien à voir avec les premières couches et bien heureusement. De nos jours, il existe divers modèles avec chacun leurs spécificités : les couches TE1 (Tout-en-un), les couches TE2 (Tout-en-deux), les couches TE3 (Tout-en-trois), les couches classiques, etc. Et concernant la composition ? Il y en a pour tous les goûts ! Un large panel de matières de couches lavables existent sans substance chimique ajoutée. Il y a les matières naturelles comme le chanvre, le coton, la laine ; les matières peu naturelles comme le zorb, le viscose de bambou et le tencel ; les matières synthétiques avec la microfibre, le (micro)polaire et le P.U.L. Pour celles et ceux qui sont nostalgiques des couches-culottes d’époque, il existe également aujourd’hui des modèles des couches lavables similaires : ce sont les plates et les préplates. Modèles préférés au Canada, les plates sont un rectangle de tissus doublé (en coton ou en d’autres matières) qui s’adapte parfaitement à la morphologie de bébé. Quant aux préplates, elles se présentent de la même façon, mais on en plus des ailettes préformées afin d’ajuster au mieux la couche sur bébé (le top pour prendre le coup de main rapidement). Pour les fermer, ce n’est pas une épingle à nourrice comme à l’époque mais un snappi ou un boingo.

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Bien que les couches lavables aient été perçues par certains comme un "retour en arrière", elles ont en réalité connu une évolution significative, avec l'apparition de nouveaux matériaux et de modèles plus pratiques. Si comme nous, vous avez opté pour les couches lavables comme mode de change pour votre bébé, vous avez certainement dû faire face à cette remarque « les couches lavables, c’est un retour en arrière ! ». Alors aujourd’hui, on a décidé de retracer avec vous l’histoire de la couche lavable, de sa genèse à nos jours. Il était une fois, la « couche-culotte ». C’est grâce à Maria Allen, que la couche insérée dans un vêtement fut introduite dans les foyers aux États-Unis en 1887. C’est à cette période que les épingles à nourrice font leur apparition et se présentent comme THE BIG NEWS 🤩 Elles permettent de maintenir la couche sans risquer de blesser l’enfant (oui oui c’était un grand changement) et c’est grâce à elles que les langes en coton ou en chanvre peuvent être accrochées.

L'évolution des mentalités et des pratiques parentales

Les années 1970 ont également été marquées par une évolution des mentalités et des pratiques parentales. La pression sociale pour que les enfants soient propres avant l'entrée à l'école maternelle a commencé à s'estomper, avec une reconnaissance croissante de l'importance du rythme individuel de chaque enfant. Soudain, à l’approche des deux ans et de l’entrée à l’école maternelle, le discours des adultes change pour devenir parfois une question obsédante : sera-t-il propre pour l’école ? Car comme « la légende parentale » le raconte : « un enfant avec une couche ne sera pas pris à l’école maternelle ». Nous sommes sur exigence de la société d’être « un bon parent » et « d’être un bon enfant ». La pression autour du sujet augmente avec les visites à l’école et la comparaison avec les petits camarades du même âge qui ont déjà abandonné « la couche ». On oublie de prévenir que la majorité des enfants passeront cette étape sans aide car dans le développement normal et sans trouble neurologique ou psychologique, tous les jeunes enfants iront aux toilettes sans difficulté. Les études ethnographiques montrent bien qu’à partir des deux ans dans beaucoup de cultures où les familles n’utilisent pas de couche, les enfants comprennent l’intérêt de trouver un endroit particulier pour déposer les matières fécales et les urines.

Les parents ont commencé à s'investir davantage dans cette période, avec une attention accrue aux besoins de leur enfant et une volonté de s'adapter à son rythme. Les parents et les professionnels s’investissent dans cette période avec beaucoup d’énergie et, parfois avec déception, car leurs méthodes n’apportent pas les résultats attendus. De nombreux adultes, dans notre société de la culture de l’urgence et de la rapidité, pensent que le retrait des couches se fera en un jour et sans « accident ». Les adultes oublient la longue histoire intime existante entre le bébé et sa couche. Une relation proposée par l’adulte dès les premières minutes de vie. Après l’accouchement et les premiers liens tissés entre ses parents et le nourrisson. Le nouveau-né sera lavé et il y aura la rencontre avec « sa couche » qui ne la quittera, pendant deux ans, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Une sensation constante sur son siège.

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