La législation sur l'avortement en Corée du Sud a connu une évolution complexe, marquée par des contradictions entre la loi et la pratique, des influences culturelles et religieuses, et des luttes féministes pour l'autonomie des femmes.

Un Contexte Historique et Juridique Contrasté

Jusqu'à récemment, la Corée du Sud était l'une des dernières économies développées où l'avortement restait illégal, sauf en cas de viol, d'inceste ou de risque pour la mère. La loi de 1953 criminalisait l'avortement, prévoyant des peines de prison pour les femmes et les médecins pratiquant l'IVG. Cependant, cette loi était largement bafouée, et les poursuites étaient rares. L’avortement était déjà pratiqué dans les hôpitaux et cliniques sans que les médecins soient poursuivis. On comptait déjà 330 000 avortements « illégaux » en 2005, et encore 50 000 en 2017, en dépit des restrictions officielles.

En effet, l’une des caractéristiques de la situation de l’avortement en Corée du Sud réside dans le grand décalage entre son statut juridique et sa réalité : illégal, l’avortement est très largement pratiqué. Depuis les années 1960, et surtout avec sa dépénalisation partielle en 1973, le recours à l’avortement s’est banalisé.

Ce paradoxe s'explique en partie par les politiques démographiques autoritaires des années 1960 et 1970, qui encourageaient la limitation des naissances pour favoriser le développement économique. L'interruption artificielle de grossesse est devenue un moyen courant, bien qu'illégal, pour mettre fin à une grossesse.

La Décriminalisation et ses Enjeux

En avril 2019, la Cour constitutionnelle a jugé que l'interdiction de l'avortement était « anticonstitutionnelle », limitant le droit des femmes à accomplir leur propre destin et violant leur droit à la santé. La Cour a ordonné la modification de la loi de 1953 d'ici à la fin de l'année.

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Cette décision a marqué une « victoire » pour les partisans de l'avortement en Corée du Sud. La loi de 1953 qui limitait l’avortement aux Sud-Coréennes victimes de viols, ou en cas de danger pour la mère et l’enfant, n’existe plus depuis le récent changement d’année.

Le temps a joué en faveur du mouvement pro-choix, en somme, malgré le poids de l’opposition. Afin de ne froisser personne le gouvernement n’a pas souhaité trancher.

Cependant, la décriminalisation a également soulevé des questions importantes, notamment sur la nécessité d'un cadre juridique pour garantir l'accès à l'avortement à toutes les Sud-Coréennes. Certains mouvements féministes réclament un cadre juridique en Corée du Sud, afin de garantir un accès à l’avortement à toutes les Sud-Coréennes. Car le personnel de santé peut le limiter de fait. C’est ce qui semble se dessiner dans le pays. La société d’obstétrique et de gynécologie a assuré que pour « protéger la sécurité des femmes, l’avortement ne sera pratiqué qu’avant dix semaines de grossesse ».

Alors qu’un amendement autorisant l’avortement jusqu’à quatorze semaines de grossesse avait été préparé en octobre, il n’a jamais été adopté. « Aujourd’hui, il n’existe plus de limite à l’avortement, se réjouit, cette fois, Na Young, dirigeante de Share, une organisation de défense des droits des femmes. La loi qui le criminalisait n’existe plus, et les docteurs peuvent mettre fin à une grossesse en toute légalité. »

Les Débats et les Divergences

La question de l'avortement en Corée du Sud est loin de faire l'unanimité. Des voix s'élèvent pour défendre la vie du fœtus et limiter l'IVG. « Nous voulons savoir si une loi sera mise en place », s’offusque le professeur Lee Sangwon. « Nous préparons plusieurs projets de loi, l’un qui protégera la vie du fœtus à partir des premiers battements cardiaques (six semaines), une autre après dix semaines. » Lee Sangwon vit la situation comme une défaite. « Même si une loi est adoptée pour limiter l’IVG, ce sera difficile de continuer à protéger la vie d’un embryon dès sa conception.

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D'autres sujets de débat incluent l'objection de conscience des médecins et la nécessité de garantir un accès équitable à l'avortement sur tout le territoire. Autre sujet de débat, l’objection de conscience. Certaines organisations médicales demandent aux autorités de légaliser le refus des médecins de pratiquer une IVG. Ce qui pourrait créer des disparités d’accès à l’avortement entre les territoires, et entre les hôpitaux.

Ces divergences reflètent les tensions entre les valeurs traditionnelles et les aspirations à l'autonomie des femmes dans une société en mutation.

Na Young, pour sa part, ne veut pas entendre parler de limite aux droits des femmes. « Je pense que c’est une victoire significative ! Nous sommes le deuxième pays qui décriminalise totalement l’avortement après le Canada. »

L'Influence des Mouvements Féministes

Les mouvements féministes ont joué un rôle crucial dans l'évolution de la législation sur l'avortement en Corée du Sud. Initialement, les mobilisations sociales autour de l'avortement visaient surtout à en limiter la pratique, en raison d'oppositions éthico-religieuses.

Quand les féministes sud-coréennes ont commencé à se mobiliser sur la question de l’avortement comme droit, dans les années 1990 mais surtout à partir de la fin des années 2000, elles ont pris soin de marquer leur distance avec la manière dont il était pratiqué jusque-là. Parmi les mouvements féministes, les analyses divergent quant à la manière dont cette pratique reflétait ou non une liberté des femmes ; mais tous ont le souci d’extraire la question de l’avortement des seuls enjeux démographiques, afin de l’inscrire dans un combat plus large en faveur du choix et de l’autonomie des femmes.

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À de rares exceptions près, l’avortement n’est devenu une question de droit et d’autonomie des femmes qu’à partir des années 2000. Dans le contexte autoritaire qui est celui de la Corée du Sud jusqu’à la fin des années 1980, l’avortement représente un aspect non négligeable des politiques démographiques.

Cependant, à partir des années 2000, les féministes ont commencé à revendiquer le droit à l'avortement comme un élément essentiel de l'autonomie des femmes, en remettant en cause la « culture sexuelle patriarcale » du pays.

L’avortement et les Politiques Démographiques

Alors que la question de l’avortement a majoritairement été débattue du point de vue des politiques démographiques et de son statut juridique, l’autrice s’adresse à des juristes et se fixe un double défi : proposer une démarche inspirée par l’ethnographie, inhabituelle dans son paysage scientifique, et défendre une approche féministe là aussi à contre-courant du milieu - conservateur - des études juridiques en Corée.

Yang écrit son article à un moment charnière dans l’histoire de la législation sur l’avortement en Corée : en 2012, un recours constitutionnel est interjeté afin de légaliser les pratiques abortives. Dans les années 2010, la faible natalité est devenue un sujet de vive inquiétude dans les discours politiques et dans les médias. Les estimations officielles du nombre annuel d’avortements ont montré qu’il rejoignait, voire dépassait, celui des naissances, information abondamment reprise dans les débats. En 2011, lors d’un entretien, la ministre de la Santé et de la Protection sociale Chin Soo Hee a même désigné l’avortement comme une cause importante de la faible fécondité du pays (Sung, 2012, p. 278-279). Dans ce contexte, et au nom de la lutte contre la dénatalité, l’écart entre la législation et la pratique est devenu un problème politique. Différentes mesures ont alors été prises afin de renforcer l’application des lois punissant l’avortement. C’est à ce moment-là aussi que l’avortement s’est trouvé au cœur de débats publics et que les mouvements féministes, favorables à sa légalisation, ont investi activement la discussion.

L'Avortement en Corée du Nord

En République populaire démocratique de Corée, l’avortement est légal. Il est autorisé pour des raisons liées à la santé physique et mentale de la femme, ou en cas de malformation du fœtus. Les motifs pour appliquer le droit à l'IVG sont interprétés de manière large et la pratique de l'IVG serait socialement acceptée et répandue.

La Situation Mondiale

Alors que le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) a été remis en cause dans plusieurs pays - aux Etats-Unis, l'arrêt de 1973 de la Cour suprême Roe v. Wade a été abrogé en 2022, laissant à chaque Etat le soin de légiférer en la matière - la garantie de ce droit constitue l'un des thèmes de mobilisation dans le monde à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.

D'autres pays, comme le Mexique, la Colombie et la Thaïlande, ont assoupli leur législation sur l'avortement.

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