L'avortement est une question complexe et controversée à travers le monde, avec des législations et des pratiques très variables d'un pays à l'autre. La Corée du Nord ne fait pas exception, et la situation y est particulièrement intéressante compte tenu de la nature unique du régime politique et social. Cet article examine la législation sur l'avortement en Corée du Nord, en la comparant à celle de la Corée du Sud, et en explorant les réalités vécues par les femmes nord-coréennes.
Cadre Législatif Comparatif : Corée du Nord vs Corée du Sud
En matière de droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), la législation coréenne diffère considérablement entre le Nord et le Sud de la péninsule. Alors que la Cour constitutionnelle sud-coréenne a récemment levé l'interdiction de révéler le sexe des bébés à naître, reconnaissant que les risques d'IVG sélectives au détriment des filles ne se justifiaient plus, la Corée du Nord affiche une approche plus libérale en apparence.
La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a promulgué dès 1946 une loi sur l'égalité entre les hommes et les femmes, et possède l'un des régimes les plus libéraux au monde concernant l'IVG. L'avortement y est possible sur simple demande de l'épouse, sans condition de délai. En revanche, en République de Corée (du Sud), l'IVG n'est possible que selon des critères médicaux basés sur la santé physique et psychique de la femme, interprétés cependant de manière large, et avec le consentement du mari requis.
Réalités Nord-Coréennes : Avortements Forcés et Droits des Femmes
Malgré une législation apparemment permissive, des rapports alarmants font état d'avortements forcés et d'autres violations des droits reproductifs des femmes en Corée du Nord. L'Association Coréenne pour les Droits de l'Homme, basée à Séoul, a publié un rapport basé sur des interviews avec des réfugiés nord-coréens, révélant que 58% des personnes interrogées ont déclaré avoir vu ou entendu parler d'avortements forcés.
Un docteur réfugié a témoigné que peu de personnes handicapées vivent au Nord, car les bébés avec des handicaps physiques ou mentaux seraient tués à la naissance par les accoucheurs. Cette pratique serait encouragée par le gouvernement nord-coréen pour "purifier" la population et "détruire" les personnes "différentes". Une jeune femme a également raconté la vie dans les prisons nord-coréennes, où des femmes enceintes de 8 mois seraient obligées d'avorter, "juste parce que le père était chinois". De nombreuses jeunes filles sont vendues comme esclaves sexuelles, et si elles tombent enceintes, elles sont forcées à avorter.
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Un rapport du Département d'État Américain publié en 2005 révélait déjà l'existence d'avortements forcés dans les prisons et indiquait que certaines femmes étaient contraintes d'assister au meurtre de leur enfant.
Perception Juridique et Réalités de l'Avortement en Corée du Sud
En Corée du Sud, la situation est complexe, avec une législation restrictive mais une pratique répandue de l'avortement. L'avortement est inscrit dans le code pénal sud-coréen depuis 1953, et les articles 269 et 270 punissent les femmes ayant recours à l'auto-avortement et les médecins pratiquant l'avortement illégal.
Cependant, l'article 14 de la loi sur la santé de la mère et de l'enfant précise les motifs légalisant de manière exceptionnelle l'interruption artificielle de grossesse, tels que des raisons de santé physique de la mère et du fœtus, une grossesse survenue à la suite d'une agression sexuelle ou d'une relation incestueuse, ou des motifs touchant à la vie et au corps de la femme enceinte. L'article 15 du décret d'application de cette loi stipule qu'une interruption de grossesse correspondant à ces motifs ne peut être pratiquée que dans les vingt-quatre premières semaines de grossesse.
Malgré ces restrictions, la Corée du Sud est connue comme l'un des pays où la pratique de l'avortement est la plus répandue. On estime que la majorité des avortements est réalisée de manière illégale, et il est donc difficile d'en connaître le nombre total et l'évolution. Des études ont montré que la proportion de femmes mariées ayant fait l'expérience de l'avortement a évolué au cours du temps, passant de 49,2 % en 1994 à 39,2 % en 2000.
Les raisons d'une première interruption artificielle de grossesse sont variées, incluant le non-désir d'enfant, des grossesses trop rapprochées, la santé de la mère, une anomalie fœtale, une grossesse hors mariage, des problèmes familiaux, des difficultés financières, la naissance d'une fille, et d'autres motifs. La grande majorité des interruptions artificielles de grossesse pratiquées en Corée du Sud correspondent donc à des motifs socio-économiques qui n'entrent pas dans le cadre de la loi sur la santé de la mère et de l'enfant.
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Tendances Mondiales et Défis Persistants
Au niveau mondial, on observe une tendance à la libéralisation des législations sur l'avortement au cours des 30 dernières années. En Amérique latine, l'avortement a été légalisé en Argentine en 2020 et dépénalisé en Colombie en 2022, ainsi que dans plusieurs États du Mexique. En Europe, l'Irlande l'autorise jusqu'à 12 semaines depuis 2019, et l'Irlande du Nord depuis 2020. En Asie, la Corée du Sud a jugé son interdiction contraire à la Constitution en 2021, et la Thaïlande l'autorise sans conditions jusqu'à 12 semaines.
Cependant, des reculs significatifs ont également été observés, notamment au Salvador, au Nicaragua, en Pologne et aux États-Unis, où la Cour suprême a annulé l'arrêt Roe v. Wade en 2022. De sévères réserves sont maintenues en Afrique et en Asie.
Même dans des contextes favorables, de nombreuses barrières sociales, économiques et culturelles subsistent. En France, par exemple, la disponibilité des professionnels et structures de santé demeure très disparate sur le territoire, avec de longs délais d'attente. Les femmes immigrées ou vivant en milieu rural rencontrent des difficultés majeures dans leurs parcours de soins. De plus, la stigmatisation et la coercition persistent.
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