L'expression de « Renaissance carolingienne », née sous la plume d’historiens au 19e siècle, laisse croire à tort que l’empire carolingien succède à une époque barbare et inculte. Le tournant qui s’opère aux 8e et 9e siècles n’en est pas moins fondamental. Cet article se propose d'explorer les origines, l'ascension, l'héritage et les traditions entourant la dynastie carolingienne, en mettant en lumière son impact sur l'Europe et plus particulièrement sur des régions comme Liège et Metz.
L'Ascension des Carolingiens
De Charles Martel à Pépin le Bref
Au milieu d’une époque troublée naquit en 742 un garçon nommé Carolus Magnus : Charles le Grand. Plus connu sous le nom de Charlemagne, cet héritier de la dynastie carolingienne devint l’un des plus grands dirigeants de l’Europe, contribuant à l’établissement d’une civilisation plus éclairée et plus élevée.
Avec Charles Martel vit le jour une nouvelle dynastie, les Carolingiens, du latin Carolus, ou Charles. Pépin le Bref, fils de Charles Martel, obtint la bénédiction du pape et devint le premier roi carolingien. Il signa un pacte avec les chefs de l’Église, promettant qu’en échange du soutien ecclésiastique, il protégerait à jamais la papauté à Rome et la chrétienté dans le monde. Pépin était le père de Charlemagne.
Famille d'origine austrasienne, les Carolingiens ont, du viii e à la fin du xe siècle, progressivement « dilaté » le regnum Francorum de son berceau gaulois à l'ensemble des terres italiennes et germaniques. Profitant des crises de succession qui affaiblissent périodiquement l'autorité des rois mérovingiens, par ailleurs ruinés par leurs trop importantes concessions foncières à leurs fidèles et surtout à l'Église, les Pippinides exercent, en effet, dès le début du viie siècle, la réalité du pouvoir en Austrasie, dont les rois Clotaire II puis Dagobert Ier confient le gouvernement à Pépin l'Ancien, dit Pépin de Landen.
Charles Martel et la Bataille de Tours
Avant l'époque de Charlemagne, les forces musulmanes s’étaient déplacées vers le nord jusqu’en Europe. Soutenus par le puissant calife de Damas, les musulmans berbères, ces peuples originaires d’Afrique du Nord aussi connus sous le nom de Maures, occupèrent l’Espagne en 711 et y restèrent pendant plus de 700 ans. Les musulmans exerçaient alors un contrôle économique et politique presque total sur la Méditerranée.
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Les musulmans franchirent les Pyrénées et pénétrèrent les royaumes francs, ce qui leur valut un autre surnom : les Sarrasins. Bien qu’il eût réussi à les retarder à Toulouse en 721, Eudes d’Aquitaine, un duc franc, ne parvint pas à stopper l’avancée des musulmans et demanda l’aide d’un autre franc, Charles Martel, le grand-père de Charlemagne. Fils illégitime d’un noble franc, Charles Martel était parvenu à diriger les royaumes francs. Charles joignit ses forces à celles du duc Eudes pour affronter les Sarrasins et, grâce à son génie militaire, les Francs repoussèrent les Maures à la bataille de Tours en 732. D’autres incursions musulmanes eurent lieu au cours des années suivantes, mais les Francs, unis sous la direction de Charles, prouvèrent qu’il était possible de les arrêter.
Pépin le Bref et l'Alliance avec la Papauté
Un moment hésitant, puisqu'il s'abrite à son tour, entre 743 et 751, derrière la souveraineté théorique d'un « fantôme de roi, Childéric III » (Louis Halphen), le second fils et successeur de Charles Martel, Pépin le Bref (né vers 715), franchit le pas décisif en se faisant attribuer en 751 la dignité royale, contrairement à la tradition franque, mais avec l'accord du pape Zacharie. L'approbation de ce dernier est d'ailleurs soulignée par la cérémonie de Soissons, qui, à l'habituelle « élection » populaire par acclamation, ajoute une onction sainte qui fait du nouveau monarque l'élu de Dieu, l'oint du Seigneur et donc son mandataire sur terre. Cette alliance a pour contrepartie l'intervention de Pépin le Bref en Italie afin d'y défendre les intérêts de la papauté contre la menace lombarde.
Le Règne de Charlemagne
Unificateur et Conquérant
Les historiens ignorent le lieu de naissance exact de Charlemagne, mais s’accordent à dire qu’il serait né à Liège, dans l’actuelle Belgique ou à Aix-la-Chapelle, dans l’actuelle Allemagne. Quant à son enfance, on en sait peu de choses si ce n’est qu’il reçut probablement une éducation politique, linguistique et militaire, bien qu’il fût analphabète. Ce dont on est sûr, en revanche, c’est que Pépin mourut en 768 et qu’ainsi débuta le règne de Charlemagne. Enfin pas exactement puisqu’un de ses frères, Carloman, régna avec lui, non sans différends, jusqu’au décès de ce dernier en 771. Charlemagne hérita de terres qui s’étendaient de la France actuelle jusqu’aux Pays-Bas et dans une partie de l’Allemagne occidentale.
Soucieux d’unir tous les peuples germaniques en un seul royaume et de convertir ses sujets au christianisme, Charlemagne se lança dans une série de campagnes militaires : il fomenta plus de cinquante batailles, qu'il dirigea pour la plupart lui-même. Peu après son accession au trône, il conquit la majeure partie de l’Europe continentale, battant ainsi les puissants Lombards (dans l’actuel nord de l’Italie), les Avars (un groupe de riches nomades asiatiques vivant dans l’Autriche et la Hongrie actuelles) et les Bavarois. Il lui fallut cependant trente-deux ans pour triompher des Saxons, une tribu germanique de païens. Le point culminant de cette campagne fut le massacre de Verden en 782, au cours duquel Charlemagne aurait ordonné la mort de 4 500 Saxons, parce qu'ils refusaient de se convertir au christianisme.
Empereur et Protecteur de la Chrétienté
Pour sa dévotion à la chrétienté et pour avoir protégé la papauté, le pape Léon III couronna Charlemagne empereur des Romains à la basilique Saint-Pierre de Rome, le jour de Noël de l'an 800. Il devint alors le premier empereur à régner sur l’Europe depuis la chute de l’Empire romain. Bien que Charlemagne n’eût pas gagné de territoire substantiel, le couronnement créa une confédération qui allait durer un millier d’années : le Saint Empire romain germanique. De nombreux historiens imputent à Charlemagne le fait d’avoir répandu le christianisme dans ces régions autrefois païennes, et d’avoir apporté une culture commune et une certaine homogénéité à des tribus disparates.
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Il était si redoutable que les dirigeants de l’Empire byzantin, le prolongement de l’Empire romain dans les provinces orientales, le reconnurent formellement comme le véritable empereur de la Rome occidentale, l’héritier de la Rome classique et le défenseur de la foi chrétienne.
Réformes Culturelles et Économiques
Devenu empereur romain, Charlemagne institua des réformes culturelles, économiques et religieuses qui stimulèrent la renaissance carolingienne. Il valorisait l’érudition, les arts et la littérature, et améliora la littéracie de son peuple, répandant et promouvant l’enseignement qui avait si longtemps émané de Rome. Il encouragea la scolarisation dans tout le royaume en latin, sa langue maternelle, et préconisa fortement l'utilisation de la minuscule caroline, une forme d’écriture normalisée qui devint la base des alphabets imprimés européens modernes. Charlemagne entreprit de vastes réformes économiques, notamment en dotant toute l’Europe de la même monnaie en argent, ce qui facilita le commerce transfrontalier. Les régions d’Europe autrefois disparates furent alors reliées par des réseaux commerciaux pacifiques et purent communiquer entre elles. Le continent prospérait.
La Renaissance Carolingienne
L'Éducation comme Priorité
Charlemagne reprend en fait à son compte des décisions déjà prises en 772 par son cousin Tassilon III, duc de Bavière, qui a demandé aux évêques d’organiser des écoles dans leurs églises. Il s’intéresse aux études dans des buts précis. Ensuite, il tente de fonder une administration performante, que l’étendue de ses territoires rend indispensable. Il doit donc rendre à ce moyen de gouvernement qu’est l’écrit la place qu’il avait dans le monde romain. Les comtes et missi dominici (les représentants du roi, envoyés ponctuellement en tournées d’inspection dans ses circonscriptions et chargés de transmettre les capitulaires de l’empereur) qu’il emploie doivent savoir lire pour interpréter ses ordres, et écrire pour rédiger des rapports. Ce n’est pas si facile à obtenir, et Charlemagne doit répéter la nécessité d’une instruction solide pour les clercs et les moines, et du minimum indispensable à la religion pour les laïcs. Peu après le concile de Francfort en 794, il envoie ainsi à l’abbé de Fulda la lettre De litteris colendis (De la culture littéraire), qui complète les directives de l’Admonitio generalis. Charlemagne y prône une éducation littéraire poussée, seul moyen de comprendre les textes bibliques les plus difficiles. L’Église soutient cette politique où elle trouve son intérêt.
En écho aux décisions de l’empereur, Théodulfe, évêque d’Orléans en 798, ordonne aux prêtres de son diocèse d’avoir « des écoles dans les villes et les villages. Et si l’un des fidèles veut que ses enfants apprennent à lire, qu’ils ne refusent pas de les recevoir et de les enseigner… », et tout cela gratuitement. Par ailleurs, la correspondance d’Alcuin contient des allusions à l’existence d’écoles dans les diocèses, et dans une lettre datée de 813-814, l’archevêque de Lyon Leidrat rapporte à Charlemagne : « J’ai en effet des écoles de chantres… J’ai aussi des écoles de lecteurs qui non seulement s’exercent aux lectures des offices, mais aussi exercent leur intelligence spirituelle dans la méditation des livres divins. Louis le Pieux continue cette politique avec Benoît d’Aniane.
Le Programme d'Études
Si l’on reprend les termes de l’Admonitio generalis, le programme de Charlemagne concerne les apprentissages de base, lire (le latin bien sûr), écrire et compter. Charlemagne remet également à l’honneur les Arts libéraux, c’est-à-dire les sept disciplines intellectuelles considérées comme fondamentales depuis l’Antiquité. Destinées à l’élite intellectuelle, dirigées souvent par des savants reconnus comme Raban Maur ou Haymon d’Auxerre, elles sont organisées en deux cycles, dont l’acquisition est alors vue comme nécessaire à la compréhension des mystères de la Foi chrétienne. Le premier cycle, le trivium, permet surtout la maîtrise de la langue latine ; il regroupe ainsi grammaire, rhétorique (l’art de composer un texte) et dialectique (l’art de disserter). Le second cycle, le quadrivium, est consacré aux disciplines scientifiques : arithmétique, géométrie, musique et astronomie.
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Impact et Héritage Culturel
Il est difficile de juger de l’impact général de cette politique, mais le résultat pour le clergé est manifeste. Au concile de Savonnières en 859, les évêques reconnaissent que Charlemagne a beaucoup apporté à l’Église et au savoir, et demandent aux rois Lothaire II et Charles le Chauve de l’imiter. Le niveau culturel général augmente, timidement sous Charlemagne, puis de façon plus marquée pendant tout le 9e siècle, et les Carolingiens lettrés écrivent un latin correct, qui va rester pendant plusieurs siècles la langue internationale de la religion et de la culture.
Cependant, si le latin est la langue du clergé et de l’élite intellectuelle et administrative, les princes carolingiens, dont la langue maternelle est le francique (un dialecte germanique parlé couramment en Austrasie, comme l’est le roman en Neustrie), savent qu’une grande partie de leurs sujets ne connaît pas le latin, et ils tiennent compte des pratiques linguistiques les plus répandues. Le concile de Tours en 813 conseille d’ailleurs aux évêques de prêcher en langue romane ou germanique, même si le latin reste obligatoire pour les offices… Charlemagne est « à demi instruit » : il comprend et lit le latin et le parle suffisamment pour soutenir une conversation, mais il ne sait pas l’écrire ; quand il souhaite répondre en vers à un poème de remerciements envoyé par Paul Diacre, il fait appel à son professeur de grammaire, Pierre de Pise. Quant à sa connaissance du grec, elle n’existe sans doute que dans l’esprit de son biographe, Éginhard. Ce dernier est sans doute plus proche de la réalité quand il rapporte que l’empereur fait transcrire les vieilles légendes barbares, pour garder le souvenir de l’histoire et des exploits des vieux rois, et qu’il tente d’écrire une grammaire germanique… Le seul de ces textes à avoir survécu est une histoire en vers du héros germanique Hildebrand, écrite à Fulda en 800. Louis le Pieux, son fils, commandera un poème épique en saxon retraçant la vie du Christ d’après les Évangiles.
Aix-la-Chapelle : Cœur du Pouvoir Carolingien
Charlemagne régna depuis plusieurs villes de son empire, mais son port d’attache demeura Aix-la-Chapelle, dans l’actuelle Allemagne. Bien que petite comparée à de nombreuses villes européennes importantes, et au centre de l’attention pendant une période relativement courte d’environ cinquante ans, Aix-la-Chapelle devint le berceau de la civilisation carolingienne. Charlemagne y ordonna la construction d’un palais et d’une cathédrale, pour laquelle aucune dépense ne fut épargnée. Son palais comprenait une école qui recrutait les meilleurs enseignants du pays.
Seuls quelques-uns des bâtiments du palais carolingien ont survécu à l’épreuve du temps. Parmi eux, la chapelle palatine de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle constitue un exemple typique du style carolingien. C’est autour de la Cour de Charlemagne et de celle de Charles le Chauve que se constituent les deux écoles du Palais carolingiennes où se développent les arts. La première école palatine, localisée à Aix-la-Chapelle, se développe à la fin du 8e et au début du 9e siècle sous l’impulsion de Charlemagne ; elle marque le début d’une ère nouvelle dans tous les domaines. Les architectes qui participent à la construction et à l’ornementation des bâtiments y côtoient les calligraphes et les peintres qui produisent des manuscrits de grand luxe, destinés pour partie à la chapelle impériale. L’empereur accueille volontiers dans son palais les écrivains et les intellectuels, qu’il fait travailler pour lui. Charlemagne est plein de vénération pour ceux qui enseignent, les comble d’honneurs et se fait leur élève. Il apprend la grammaire avec Paulin de Pise, la rhétorique, la dialectique et l’astronomie avec Alcuin. Rencontré en Italie, celui-ci est sans doute le conseiller le plus proche et le plus écouté, comme en font foi des lettres au ton et au contenu très personnels. D’après Éginhard, l’empereur encourage des leçons, des débats entre intellectuels et aristocrates, des jeux littéraires, auxquels assistent les enfants de la famille royale et ceux des aristocrates qui vivent à la cour. Une vie brillante réunit les lettrés, membres de cette sorte de salon qu’est l’Académie palatine, où la poésie, très appréciée par le souverain, est à l’honneur.
En matière de production de manuscrits, l’école s’illustre à travers l’exécution d’Évangiles de très haute qualité, enluminés dans un style où dominent les influences de l’Antiquité tardive. De cette école sont issus en particulier les Évangiles du groupe d’Ada, du nom d’une abbesse de l’entourage de Charlemagne, et les fameux Évangiles du Couronnement, dont les illustrations sont réalisées dans un style illusionniste ancré dans la tradition hellénique. Tous ces manuscrits témoignent de la richesse d’inspiration de leurs auteurs, comme du souci de perpétuer les conceptions artistiques de la culture grecque et romaine. La hiérarchie savante dans l’utilisation de la pourpre et des écritures d’or et d’argent, le luxe des peintures à pleine page et des lettres ornées, la variété infinie des encadrements, témoignent du niveau des moyens qui leur sont dédiés.
Metz : Capitale Éphémère et Centre Artistique
Metz connu son apogée à la fin du haut Moyen-âge. La cité fut la capitale de l’Empire carolingien durant quelques années à partir du 28 février 835. A cette époque, l’unité de l’Empire carolingien commençait à se fissurer. L’autorité de l’Empereur Louis le Pieux, qui avait été couronné à Reims le 5 octobre 816, était de plus en plus contestée par ses propres fils. Ces derniers tentèrent par deux fois de lui retirer sa couronne, en vain. C’est la raison pour laquelle une seconde cérémonie fut organisée le 28 février 835 pour officiellement rétablir Louis le Pieux en tant qu’Empereur. C’est le Concile de Diddenuewen (Thionville) qui en fut à l’initiative. Présidé par Drogon, Evêque de Metz, fils illégitime de Charlemagne et demi-frère de Louis le Pieux, celui-ci réunit 44 évêques de tout l’Empire. Partageant la même vision d’unité que son demi-frère, Drogon posa la couronne sur la tête de Louis le Pieux pour la seconde fois. Durant la cérémonie, l’Archevêque de Reims, Ebbon, fut contraint de reconnaître publiquement qu’il avait calomnié l’Empereur, avant d’être démis de ses fonction. Pour récompenser sa fidélité, Drogon fût nommé archevêque par Louis le Pieux qui en fit également son représentant personnel auprès du pape. C’est à partir de cet évènement que Metz commença à rayonner sur tout l’Empire carolingien à nouveau uni.
Après la mort de Charlemagne, plusieurs centres se créent sous la houlette de grands personnages familiers de l’empereur. Metz, enfin, déploie une activité artistique exceptionnelle sous l’évêque Drogon, fils illégitime de Charlemagne. La production livresque de son école palatine mêle harmonieusement les aspects novateurs des grands scriptoria francs, l’originalité iconographique de Metz et la puissante interprétation des modèles antiques pratiquée à Reims ou à Tours, avec les héritages italien et insulaire. Cet atelier est composé de scribes, de peintres, mais aussi de sculpteurs sur ivoire et d’orfèvres ; des thèmes et des modèles semblables traversent les différentes techniques mises en œuvre pour la fabrication des livres.
Ville principale du peuple celte des Médiomatriques auquel elle doit son nom (Mediomatrices, puis Mettis, puis Metz). Elle devient une des plus importantes villes gallo-romaines. Son amphithéâtre, dont les vestiges sont enfouis à proximité du Centre Pompidou-Metz, passait pour le plus vaste des Gaules et pouvait accueillir 25000 spectateurs. Détruite par les Huns d'Attila en 451, capitale du royaume franc d'Austrasie elle fut le berceau des Carolingiens (saint Arnould, ancêtre de Charlemagne). Femme, sœurs et fils de Charlemagne furent inhumés à Metz, en Lotharingie.
Liège et les Traditions Carolingiennes
Les historiens ignorent le lieu de naissance exact de Charlemagne, mais s’accordent à dire qu’il serait né à Liège, dans l’actuelle Belgique ou à Aix-la-Chapelle, dans l’actuelle Allemagne. Renonçons donc à faire naître l’empereur d’Occident à Herstal ou à Jupille, localités du Grand-Liège, l’une sur la rive gauche de la Meuse, l’autre sur la rive droite, encore que nous soyons ici en domaine carolingien, puisque le fils de Pépin le Bref et ses ancêtres y possédaient palais et terres.
Faire de Charlemagne un héros liégeois, à la naissance près, n’est donc pas tout à fait sans raison. Pourtant, la place qu’il occupe dans notre histoire - je parle de l’histoire telle qu’elle a été traditionnellement présentée aux Liégeois jusqu’au siècle dernier - ne serait pas ce qu’elle a été sans l’imagination des clercs du moyen âge. Du scriptorium de nos abbayes et de nos chancelleries est sorti tout un courant de chroniques et de récits soucieux de donner à Liège, capitale d’une principauté épiscopale indépendante, des origines fabuleuses.
L'Héritage de Louis le Pieux et le Déclin de l'Empire
Lors de sa dernière année de règne, Charlemagne fit de son fils Louis le Pieux, roi d’Aquitaine, son co-empereur. Quand Charlemagne mourut en 814, après un règne de plus de quarante ans, Louis devint le seul empereur. Le royaume de Charlemagne n’avait cependant pas les fondements nécessaires pour perdurer. Louis resta au pouvoir jusqu’en 840, mais il manquait de qualités d'homme d’État et de guerre, et l’empire se désagrégea.
Louis le Pieux fut inhumé en l’Abbaye Saint-Arnould hors les murs de Metz par l’Archevêque Drogon. La nécropole carolingienne, où reposaient déjà Hildegarde, la mère de l’Empereur, ainsi que toute une partie de la famille de Charlemagne, se trouvait sous le nouveau quartier Cœur Impérial de Metz, au niveau de l’ancien site hospitalier de Bonsecours. Les tombeaux furent ensuite rapatriés dans l’abbatiale de la Rue aux Ours en 1552, au moment du siège de Charles Quint, avant d’être vandalisés et en partie détruits lors de la révolution française. Cinq morceaux du tombeau de Louis Ier nous sont parvenus. Ils sont présentés au Musée de la Cour d’Or de Metz. Il s’agit plus précisément de fragments provenant d’un sarcophage en marbre antique qui a été réutilisé pour le tombeau impérial.
Louis le Pieux, devenu Louis Ier, mourut en effet le 20 juin 840 et les querelles intestines entre ses trois fils Lothaire Ier, Louis le Germanique et Charles le Chauve furent aussitôt relancées. Lothaire tenta de reconstituer l’Empire en attaquant ses frères. Sa défaite précipita la chute de l’Empire carolingien, entérinée par le Traité de Verdun signé en 843 pour partager l’ensemble entre les trois frères ennemis. Lothaire hérita alors d’une étroite bande coincée entre les royaumes de Charles le Chauve et de Louis le Germanique, s’étirant d’Aix-la-Chapelle à Rome, en passant par Metz qui en demeurait la capitale.
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