Une extrasystole ventriculaire prématurée (EVP) est une anomalie du rythme cardiaque caractérisée par une contraction prématurée du muscle cardiaque provenant des ventricules. Ces contractions, aussi appelées complexes ventriculaires prématurés (CVP) ou battements ventriculaires prématurés, s'intercalent entre les battements cardiaques normaux. Bien que souvent bénignes, il est crucial de comprendre leurs causes potentielles, leurs implications cliniques et les options de traitement disponibles.
Le Fonctionnement Normal du Cœur
Pour bien comprendre les extrasystoles, il est essentiel de connaître le fonctionnement normal du cœur. Le cœur est un muscle composé de cardiomyocytes, des cellules capables de se contracter et de conduire l'électricité. Il est divisé en quatre cavités : deux oreillettes et deux ventricules, fonctionnant par paires (cœur droit et cœur gauche).
Le rythme cardiaque est initié par une stimulation électrique au niveau du nœud sinusal, situé dans l'oreillette droite. Cette impulsion électrique se propage à travers le cœur, déclenchant la contraction des oreillettes, puis des ventricules. Le sang pauvre en oxygène arrive dans l’oreillette droite, qui l’envoie dans le ventricule droit avant d’être propulsé dans l’artère pulmonaire en direction des poumons afin d’être oxygéné. Le rythme cardiaque normal se situe entre 60 et 80 battements par minute au repos et s'accélère lors d'un effort.
Qu'est-ce qu'une Extrasystole Ventriculaire ?
Une extrasystole est un trouble du rythme cardiaque qui se traduit par la survenue d’une contraction cardiaque anormalement prématurée. Les extrasystoles ventriculaires se caractérisent par une activation prématurée directement dans les ventricules. L'impulsion émise par un foyer ectopique ventriculaire se propage de manière anormale, car elle ne pénètre pas dans les ventricules via le faisceau de His. Cette dépolarisation aberrante induit une repolarisation également anormale, ce qui explique les modifications secondaires du segment ST et de l’onde T observées lors des complexes ventriculaires prématurés.
Types d'Extrasystoles
Selon leur origine, on distingue trois principaux types d'extrasystoles :
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- Ventriculaires : Originaires des ventricules, elles sont rarement détectées sur un cœur sain et nécessitent une attention particulière.
- Auriculaires : Originaires des oreillettes, elles sont souvent bénignes sur un cœur sain.
- Jonctionnelles : Originaires de la jonction auriculo-ventriculaire, elles sont également généralement bénignes.
Causes des Extrasystoles Ventriculaires
Les extrasystoles sont généralement causées par une hyperexcitabilité d’une zone du myocarde (ou muscle cardiaque). Les extrasystoles ventriculaires peuvent être favorisées par de nombreux facteurs, notamment :
- Facteurs liés au style de vie: Le stress émotionnel ou physique, la consommation d'excitants tels que l'alcool, la caféine, le tabac ainsi que d'autres drogues illicites.
- Déséquilibres électrolytiques: Un taux bas en potassium et magnésium.
- Médicaments: Certains médicaments, comme les antihistaminiques, ou des médicaments contre le rhume comme les vasoconstricteurs nasaux (décongestionnant) tel que la pseudo-éphédrine.
- Cardiopathies sous-jacentes: La présence d’une cardiopathie sous-jacente (cardiopathie ischémique, hypertrophique ou dilatée), ou l’insuffisance cardiaque.
- Autres conditions médicales: Problèmes de thyroïde (hyperthyroïdie), troubles digestifs comme une hernie hiatale ou un reflux gastro-oesophagien (RGO).
De nombreux facteurs influencent le risque des extrasystoles ventriculaires comme la présence d’une cardiopathie sous-jacente (cardiopathie ischémique, hypertrophique ou dilatée), ou l’insuffisance cardiaque, les paramètres même de l’extrasystole, la morphologie des extrasystoles, l'endroit d’où elles proviennent dans les ventricules.
Symptômes des Extrasystoles Ventriculaires
Les extrasystoles sont la plupart du temps asymptomatiques. Toutefois, une sensation de palpitations accompagnée d’une impression d’arrêt du cœur, ainsi que des douleurs dans le thorax peuvent survenir chez certains patients. Après une extrasystole ventriculaire apparaît parfois un repos compensateur très court, le remplissage du ventricule dure plus longtemps et la contraction suivante est donc plus forte. C’est cette contraction plus efficace, après ce repos compensateur, qui est ressentie par le patient et non l’extrasystole en elle-même. Les symptômes décrits peuvent être variables comme des palpitations, des sensations de “choc” thoracique, une sensation de pause, de “raté”. Les extrasystoles ventriculaires peu fréquentes sur un patient sans antécédent cardiaque par ailleurs ne représentent pas un risque et sont anodines, souvent même asymptomatiques. Cependant, quand elles commencent à être fréquentes sur un patient dont le cœur est déjà malade, elles peuvent être à l’origine d’arythmies plus graves comme une tachycardie ventriculaire, qui peut évoluer en fibrillation ventriculaire (arrêt cardiaque).
Diagnostic des Extrasystoles Ventriculaires
Le diagnostic d’extrasystoles ventriculaires se pose sur un électrocardiogramme (ECG). Cet examen est réalisé rapidement en consultation par exemple, à l’aide d’électrodes positionnées sur le thorax, les poignets et les chevilles, qui enregistrent l’activité électrique du cœur. Ces extrasystoles ventriculaires sont souvent retrouvées lors d’ECG effectués pour d’autres indications. D’autres examens peuvent être pratiqués lorsque les extrasystoles n’apparaissent pas à l’ECG en consultation, mais que le diagnostic est fortement suspecté par le clinicien. Un ECG réalisé sur 24-48 h, un Holter, peut être prescrit, avec un boîtier que le patient doit garder sur lui afin d’obtenir une meilleure vue d’ensemble. Il existe d’autres examens comme l’enregistreur d'événements, qui reprend le principe de l’ECG portable et que le patient active lorsqu’il ressent les symptômes afin d’enregistrer son rythme cardiaque pendant la crise, ou encore l’ECG réalisé lors d’un test d’effort où le clinicien cherche à potentialiser l’arrivée d’une extrasystole afin de l’enregistrer. Classiquement, il est reconnu que les extrasystoles qui disparaissent à l’effort sont en général bénignes, en particulier quand il n’existe aucune maladie cardiaque.
Pour confirmer le diagnostic, une échographie cardiaque et un électrocardiogramme sont nécessaires. Une échocardiographie ou échographie cardiaque ou encore écho-doppler cardiaque est une technique d’imagerie médicale extrêmement courante permettant de visualiser et d’analyser la morphologie, les mouvements et les dimensions des différentes structures du cœur, de ses valves, et des vaisseaux environnants. Elle est basée sur l’utilisation des ultrasons via une sonde placée sur le thorax du patient. L’électrocardiogramme donne des informations sur la fréquence, la régularité et la synchronicité des excitations des oreillettes et des ventricules.
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Examens Complémentaires
- Holter ECG : Un électrocardiogramme ambulatoire permettant d'enregistrer l'activité cardiaque sur une période prolongée (24 heures ou plus).
- Enregistreur d'événements : Un dispositif portable que le patient active lors de la survenue des symptômes pour enregistrer l'activité cardiaque pendant la crise.
- Test d'effort : Un ECG réalisé pendant un exercice physique pour évaluer l'impact de l'effort sur les extrasystoles.
- Échocardiographie : Une technique d'imagerie médicale utilisant des ultrasons pour visualiser la structure et la fonction du cœur.
Classification des Extrasystoles Ventriculaires
Les contractions ventriculaires prématurées (CVP) sont fréquentes chez les individus en bonne santé, et des données robustes indiquent qu’elles n’altèrent pas le pronostic cardiovasculaire à long terme dans cette population. Elles sont encore plus courantes chez les patients présentant une cardiopathie structurelle ou ischémique. Toutefois, les CVP peuvent être symptomatiques et invalidantes, y compris chez des sujets sans pathologie cardiaque connue.
- Bigéminisme ventriculaire : Lorsqu’un complexe ventriculaire prématuré (CVP) survient après chaque battement sinusal normal, le rythme est qualifié de bigéminisme ventriculaire.
- Trigéminisme ventriculaire : Lorsque le CVP apparaît après deux battements normaux, on parle de trigéminisme ventriculaire.
Deux contractions ventriculaires prématurées consécutives sont désignées sous le terme de « paire » ou « couplet ». Lorsqu’une séquence de 3 à 30 contractions ventriculaires prématurées survient de façon consécutive, on parle de tachycardie ventriculaire non soutenue si la fréquence cardiaque est supérieure à 100 battements par minute, ou de rythme ventriculaire si elle est inférieure à 100 battements par minute. Au-delà de 30 battements ventriculaires prématurés consécutifs, il s’agit d’une tachycardie ventriculaire soutenue lorsque la fréquence cardiaque dépasse 100 battements par minute.
Les complexes ventriculaires prématurés issus d’un même foyer ectopique présentent généralement une morphologie identique et un intervalle de couplage régulier. Ces complexes sont qualifiés de monomorphes (ou unifocaux). Les complexes ventriculaires prématurés polymorphes présentent une régularité de survenue mais une morphologie variable. Les complexes ventriculaires prématurés multifocaux présentent des morphologies et des intervalles de couplage variables. Il est également possible de localiser le foyer ectopique en analysant la morphologie du complexe prématuré dans la dérivation V1. Une morphologie en V1 évoquant un bloc de branche droit (onde R prédominante) suggère un foyer ectopique situé dans le ventricule gauche, tandis qu’une morphologie en V1 évoquant un bloc de branche gauche (onde S prédominante) indique un foyer ectopique localisé dans le ventricule droit.
Traitement des Extrasystoles Ventriculaires
Du point de vue thérapeutique, il faut tout d’abord savoir que les patients présentant des extrasystoles ventriculaires asymptomatiques ou sans maladies cardiaques surajoutées ne doivent suivre aucun traitement médical et se cantonner à des recommandations qui visent uniquement à diminuer la fréquence ou l’apparition des extrasystoles ventriculaires. Ce changement de style de vie passe donc par l’arrêt du tabac, la limitation de la consommation de caféine et d’alcool, et la gestion de son stress. Il faut aussi éviter les médicaments pour le rhume à base de pseudoéphédrine en vente libre. Chaque patient peut alors noter les facteurs déclenchant chez lui et les supprimer. L’anxiété, qui favorise la survenue des extrasystoles ventriculaires, ne doit pas être négligée et peut se résoudre par une aide médicamenteuse, la pratique de yoga et autres techniques de méditation.
Un traitement médicamenteux peut être prescrit par le clinicien lorsque le patient est très gêné, ou du fait de ses antécédents cardiaques tel qu’un infarctus du myocarde récent ou une insuffisance cardiaque. Le traitement consiste en la prise de bêta-bloquants qui vont supprimer les contractions supplémentaires. Lorsque le traitement médicamenteux se révèle inefficace et que les symptômes persistent, le clinicien peut recommander l’ablation, c’est-à-dire la destruction des zones du cœur responsables des contractions prématurées par radiofréquence.
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Options de Traitement
- Modifications du style de vie :
- Réduction ou arrêt de la consommation de caféine et d'alcool.
- Arrêt du tabac.
- Gestion du stress par des techniques de relaxation (yoga, méditation).
- Éviter les médicaments contenant de la pseudoéphédrine.
- Médicaments :
- Bêta-bloquants : Ils limitent les troubles du rythme cardiaque et agissent sur l’anxiété.
- Antiarythmiques : Prescrits en cas de symptômes persistants ou de risque élevé d'arythmies graves.
- Ablation par radiofréquence : Une procédure invasive consistant à détruire les zones du cœur responsables des contractions prématurées.
Quand Consulter un Spécialiste ?
Il est recommandé de consulter un médecin généraliste ou un cardiologue dans les situations suivantes :
- Extrasystoles fréquentes, survenant en salves ou accentuées à l'effort.
- Présence de symptômes gênants (palpitations, douleurs thoraciques, etc.).
- Antécédents de cardiopathie ou de facteurs de risque cardiovasculaires.
Le cardiologue est le médecin spécialiste des extrasystoles ventriculaires. Votre médecin traitant peut vous adresser à un cardiologue. La consultation chez un cardiologue spécialiste des extrasystoles ventriculaires dure en général une demi-heure. Elle débute par un interrogatoire sur vos antécédents familiaux et personnels. Le cardiologue pratiquera ensuite un examen clinique, en prenant notamment votre tension artérielle. Il vous prescrira, si nécessaire, différents examens complémentaires.
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