Le cœur, un muscle vital d'environ 300 grammes chez l'adulte, consomme à lui seul 10% de l'oxygène nécessaire à l'organisme. Il est composé de quatre cavités fonctionnant par paires : les oreillettes, qui reçoivent le sang, et les ventricules, qui l'éjectent dans les artères. La synchronisation des contractions de ces cavités assure la circulation sanguine générale. Le muscle cardiaque est stimulé par un système électrique qui lui permet de se contracter (systole) et de se relâcher (diastole). Le rythme cardiaque normal se situe entre 60 et 80 battements par minute au repos.
Le Cycle Cardiaque : Une Vue d'Ensemble
Le cycle cardiaque est la dynamique pulsatile assurée par la pompe cardiaque. Il comprend les phases de systole (contraction) et de diastole (relaxation) auriculaires et ventriculaires, qui se produisent de manière quasi simultanée à droite et à gauche. L'activité auriculaire précède légèrement l'activité ventriculaire.
Les Courbes de Pression
Il existe trois courbes de pression principales : auriculaire (o), ventriculaire (v) et artérielle (a). Les courbes de pression droites et gauches ont des formes similaires, mais des amplitudes différentes. L'oreillette est une cavité à basse pression, tandis que le système artériel est un système clos à haute pression. Le ventricule transporte le sang de la cavité à basse pression vers le système à haute pression, puis la pression ventriculaire revient au niveau de la cavité à basse pression.
Systole Ventriculaire : Les Étapes Clés
La systole ventriculaire est la phase du cycle cardiaque où les ventricules se contractent pour éjecter le sang dans les artères pulmonaire et aorte. Elle se divise en deux phases principales : la contraction isovolumétrique et l'éjection systolique.
Phase de Contraction Isovolumétrique
Le début de la systole ventriculaire correspond au complexe QRS de l'ECG. Pendant cette phase, la contraction de la pointe des ventricules pousse le sang vers leur base, ce qui provoque la fermeture des valves auriculo-ventriculaires. Ces valves étant fermées, le sang ne peut pas refluer vers les oreillettes. À ce stade, la pression dans les ventricules est inférieure à la pression dans les artères, de sorte que les valves pulmonaire et aortique sont également fermées, empêchant tout flux de sang entre les ventricules et les artères.
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La contraction isovolumétrique commence avec la fermeture de la valve mitrale (FM). La vitesse d'augmentation de la pression par rapport au temps (dP/dt) peut être mesurée. Elle passe par un maximum (dP/dt max) et un minimum (dP/dt min ou -dP/dt) contemporains de la phase de contraction et de relaxation isovolumétrique.
Juste après la fin de la dépolarisation auriculaire, l'onde de stimulation myocardique traverse le nœud auriculo-ventriculaire et se propage rapidement dans la masse ventriculaire, la dépolarisant. Celle-ci se contracte alors, marquant le début de la systole ventriculaire. Le sang intraventriculaire est comprimé, la pression intra-ventriculaire augmente rapidement et dépasse la pression dans l'oreillette, ce qui ferme les valves auriculo-ventriculaires et empêche tout reflux. Il faut un certain temps pour que la pression intraventriculaire gauche atteigne et dépasse la pression aortique et ouvre les sigmoïdes. Ainsi, pendant les premiers centièmes de seconde de la systole ventriculaire, le volume de sang emprisonné dans le ventricule par la fermeture de la valve mitrale ne peut pas sortir par l'aorte.
Phase d'Éjection Systolique
Lorsque la pression ventriculaire atteint le niveau de la pression artérielle, l'ouverture des sigmoïdes se produit (OS). Ce phénomène est passif et ne dépend que de la différence de pression. L'éjection ventriculaire commence alors, d'abord rapidement, jusqu'au pic de pression, puis plus lentement. Au pic de pression, la contraction musculaire s'arrête et la relaxation commence.
L'éjection systolique débute lorsque la pression dans le ventricule dépasse celle dans l'aorte ou l'artère pulmonaire, permettant l'ouverture des valves pulmonaires et aortiques et l'expulsion du sang hors des ventricules. Le volume de sang éjecté à chaque contraction ventriculaire, appelé volume d'éjection systolique (VES), ne constitue qu'une partie (fraction d'éjection) du volume télédiastolique (environ 80 ml sur 120-150 ml, soit entre les deux tiers et la moitié).
Remplissage Ventriculaire : La Phase Diastolique
Après la systole, les ventricules se relâchent et se remplissent de sang. Le remplissage ventriculaire est subdivisé en deux phases : le remplissage rapide et le remplissage lent. Lorsque la pression intra-ventriculaire devient inférieure à la pression auriculaire, les valves atrio-ventriculaires s'ouvrent et le sang, accumulé jusque-là dans les oreillettes, passe dans les ventricules, dont le volume augmente rapidement d'abord, puis de plus en plus lentement, jusqu'à la contraction auriculaire.
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En effet, tout à la fin de la diastole ventriculaire, le nœud sinusal décharge, déclenchant la dépolarisation du myocarde auriculaire et donc sa contraction : c'est la systole auriculaire. Un supplément de sang est alors brusquement déplacé de l'oreillette vers le ventricule, entraînant une élévation transitoire de la pression auriculo-ventriculaire.
Extrasystoles : Perturbations du Rythme Cardiaque
Une extrasystole est une contraction anormale du rythme cardiaque qui peut apparaître lors des battements normaux, sans en perturber le rythme, ou être suivie d'une pause brève (pause post-extrasystolique, généralement compensatrice). L'extrasystole peut être unique, multiple ou survenir en salve. Selon le lieu d'origine de la contraction, on distingue notamment les extrasystoles auriculaires et ventriculaires.
Les extrasystoles sont généralement causées par une hyperexcitabilité d'une zone du myocarde. Une extrasystole est un trouble du rythme cardiaque qui se traduit par la survenue d'une contraction cardiaque anormalement prématurée.
Types d'Extrasystoles
- Extrasystoles auriculaires : Survenant sur un cœur sain, elles sont bénignes. Sur un cœur malade, elles peuvent annoncer des troubles du rythme comme un flutter, une fibrillation ou une tachycardie paroxystique supraventriculaire.
- Extrasystoles ventriculaires (ESV) : Elles n'ont pas de signification particulière sur un cœur sain et augmentent de fréquence avec l'âge. Sur un cœur malade ou secondaires à une intoxication médicamenteuse, elles peuvent entraîner des troubles du rythme graves.
Les extrasystoles sont dites bigéminées lorsqu'elles surviennent après chaque battement cardiaque normal et trigéminées tous les deux battements ; elles peuvent être groupées en doublets, triplets, salves.
Extrasystoles Ventriculaires : Diagnostic et Prise en Charge
Les extrasystoles ventriculaires correspondent à des battements supplémentaires du cœur qui s’intercalent entre deux battements normaux. Physiologiquement, le rythme cardiaque débute au niveau de l’oreillette droite dans le nœud sinusal. L’activité électrique traverse les oreillettes puis le nœud auriculoventriculaire et le faisceau de His et ses branches avant d’aller activer les ventricules pour permettre la contraction cardiaque. Lors d’une extrasystole ventriculaire il y a une activation prématurée directement dans les ventricules.
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Tout le monde peut en avoir, et le plus souvent on ne les ressent pas. Cependant, elles peuvent parfois être gênantes ou être le signe d'un risque de trouble du rythme plus grave pouvant conduire à une mort subite.
Facteurs Favorisants
Les extrasystoles ventriculaires peuvent être favorisées par de nombreux facteurs comme le stress émotionnel ou physique, la consommation d’excitants tels que l’alcool, la caféine, le tabac ainsi que d’autres drogues illicites, un taux bas en potassium et magnésium, ainsi que par certains médicaments, comme les antihistaminiques, ou des médicaments contre le rhume comme les vasoconstricteurs nasaux (décongestionnant) tel que la pseudo-éphédrine.
De nombreux facteurs influencent le risque des extrasystoles ventriculaires comme la présence d’une cardiopathie sous-jacente (cardiopathie ischémique, hypertrophique ou dilatée), ou l’insuffisance cardiaque, les paramètres même de l’extrasystole, la morphologie des extrasystoles, l'endroit d’où elles proviennent dans les ventricules.
Symptômes
Après une extrasystole ventriculaire apparaît parfois un repos compensateur très court, le remplissage du ventricule dure plus longtemps et la contraction suivante est donc plus forte. C’est cette contraction plus efficace, après ce repos compensateur, qui est ressentie par le patient et non l’extrasystole en elle-même. Les symptômes décrits peuvent être variables comme des palpitations, des sensations de “choc” thoracique, une sensation de pause, de “raté”.
Les extrasystoles ventriculaires peu fréquentes sur un patient sans antécédent cardiaque par ailleurs ne représentent pas un risque et sont anodines, souvent même asymptomatiques. Cependant, quand elles commencent à être fréquentes sur un patient dont le cœur est déjà malade, elles peuvent être à l’origine d’arythmies plus graves comme une tachycardie ventriculaire, qui peut évoluer en fibrillation ventriculaire (arrêt cardiaque).
Diagnostic
Le diagnostic d’extrasystoles ventriculaires se pose sur un électrocardiogramme (ECG). Cet examen est réalisé rapidement en consultation, à l’aide d’électrodes positionnées sur le thorax, les poignets et les chevilles, qui enregistrent l’activité électrique du cœur. Ces extrasystoles ventriculaires sont souvent retrouvées lors d’ECG effectués pour d’autres indications.
D’autres examens peuvent être pratiqués lorsque les extrasystoles n’apparaissent pas à l’ECG en consultation, mais que le diagnostic est fortement suspecté par le clinicien. Un ECG réalisé sur 24-48 h, un Holter, peut être prescrit, avec un boîtier que le patient doit garder sur lui afin d’obtenir une meilleure vue d’ensemble. Il existe d’autres examens comme l’enregistreur d'événements, qui reprend le principe de l’ECG portable et que le patient active lorsqu’il ressent les symptômes afin d’enregistrer son rythme cardiaque pendant la crise, ou encore l’ECG réalisé lors d’un test d’effort où le clinicien cherche à potentialiser l’arrivée d’une extrasystole afin de l’enregistrer. Classiquement, il est reconnu que les extrasystoles qui disparaissent à l’effort sont en général bénignes, en particulier quand il n’existe aucune maladie cardiaque.
Une échocardiographie, ou échographie cardiaque, est une technique d’imagerie médicale courante permettant de visualiser et d’analyser la morphologie, les mouvements et les dimensions des différentes structures du cœur, de ses valves, et des vaisseaux environnants. Elle est basée sur l’utilisation des ultrasons via une sonde placée sur le thorax du patient. L’électrocardiogramme donne des informations sur la fréquence, la régularité et la synchronicité des excitations des oreillettes et des ventricules. Le Holter est un électrocardiogramme ambulatoire.
Traitement
Du point de vue thérapeutique, il faut tout d’abord savoir que les patients présentant des extrasystoles ventriculaires asymptomatiques ou sans maladies cardiaques surajoutées ne doivent suivre aucun traitement médical et se cantonner à des recommandations qui visent uniquement à diminuer la fréquence ou l’apparition des extrasystoles ventriculaires. Ce changement de style de vie passe donc par l’arrêt du tabac, la limitation de la consommation de caféine et d’alcool, et la gestion de son stress. Il faut aussi éviter les médicaments pour le rhume à base de pseudoéphédrine en vente libre. Chaque patient peut alors noter les facteurs déclenchant chez lui et les supprimer. L’anxiété, qui favorise la survenue des extrasystoles ventriculaires, ne doit pas être négligée et peut se résoudre par une aide médicamenteuse, la pratique de yoga et autres techniques de méditation.
Un traitement médicamenteux peut être prescrit par le clinicien lorsque le patient est très gêné, ou du fait de ses antécédents cardiaques tel qu’un infarctus du myocarde récent ou une insuffisance cardiaque. Le traitement consiste en la prise de bêta-bloquants qui vont supprimer les contractions supplémentaires. Lorsque le traitement médicamenteux se révèle inefficace et que les symptômes persistent, le clinicien peut recommander l’ablation, c’est-à-dire la destruction des zones du cœur responsables des contractions prématurées par radiofréquence.
Spécialistes
Le cardiologue est le médecin spécialiste des extrasystoles ventriculaires. Votre médecin traitant peut vous adresser à un cardiologue. La consultation chez un cardiologue spécialiste des extrasystoles ventriculaires dure en général une demi-heure. Elle débute par un interrogatoire sur vos antécédents familiaux et personnels. Le cardiologue pratiquera ensuite un examen clinique, en prenant notamment votre tension artérielle. Il vous prescrira, si nécessaire, différents examens complémentaires.
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