L'ambitieux projet de Jean-Michel Blanquer, loin d'être une simple "réaction", aspire à redéfinir l'école de demain, une transformation radicale du système éducatif actuel. Cependant, cette vision a suscité de vives critiques et controverses, notamment en ce qui concerne le rôle des neurosciences et l'influence de personnalités comme Stanislas Dehaene.

Le "Fiasco Blanquer" : Une Critique Politique

Dans son ouvrage "Le Fiasco Blanquer", Saïd Benmouffok offre une analyse politique des réformes entreprises par l'ancien ministre de l'Éducation nationale. Il ne s'agit pas d'un examen exhaustif de toutes les mesures adoptées depuis 2017, mais plutôt d'une tentative de décrypter les ambitions réelles de Blanquer, qui semblent orientées vers une école conformée au "nouveau monde hypercompétitif".

Benmouffok, agrégé de philosophie et conseiller éducation de la maire de Paris, plaide pour une Éducation qui retrouve "le chemin de l’apaisement et du respect au sein de la communauté scolaire". Il dénonce un "hiver du mépris blanquérien" et appelle à un "vent de démocratie" pour l'école.

Selon Benmouffok, les Français, initialement séduits par l'image d'un ministre "serein, sûr de ce qu’il pouvait apporter aux élèves de France", ont été déçus par un "fiasco retentissant". Blanquer est devenu le ministre "le plus impopulaire de la rue de Grenelle depuis - au moins - Claude Allègre", et "ses réformes sont toutes marquées du sceau de l’échec". Parmi les mesures critiquées, on retrouve le retour de la semaine de quatre jours, l'obligation de scolarité dès l’âge de 3 ans (perçue comme un avantage pour les écoles privées), et les classes dédoublées qui n'ont pas réussi à réduire l’échec en CP et CE1.

Autoritarisme et Centralisation : La Réforme du Lycée et du Baccalauréat

La réforme du lycée et du baccalauréat est particulièrement ciblée par les critiques. Benmouffok dénonce un "autoritarisme" caractérisé par une "prise de décision ultra-centralisée", "l'effacement de la délibération collective", "l'affaiblissement des contre-pouvoirs institutionnels" et "l'élimination systématique des opposants en interne". Il accuse Blanquer d'avoir révélé "son incapacité à gérer le désaccord démocratique" lors de cette réforme.

Lire aussi: Grossesse : contractions au 5ème mois

La Science Érigée en Dogme : Le Rôle de Stanislas Dehaene

Sur l'école primaire, Benmouffok critique l'utilisation de la science comme un "dogme", accusant Stanislas Dehaene de servir de "caution" au ministre pour "justifier son action". Il voit dans cette approche une logique de droite, privilégiant "la recherche de la performance" et "une plus grande responsabilisation des acteurs" à travers une mise en concurrence généralisée. Il dénonce l'application de "la logique du marché" à l'école.

L'Appel de Stanislas Dehaene à une Mobilisation Générale

Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et président du Conseil scientifique de l’éducation nationale, a lancé un appel à une "mobilisation générale" pour enrayer la baisse des résultats des élèves. Il souligne l'importance de l'éducation dans la transmission du savoir et met en garde contre un possible "effondrement" des acquis si le système éducatif perd de son efficacité.

Dehaene insiste sur l'urgence de la situation et appelle à faire de l'école une "véritable cause nationale". Il s'inquiète des inégalités sociales, soulignant que "plus on vient d’un milieu défavorisé, plus les résultats scolaires plongent".

La Disparition de Notions Essentielles : Travail, Inconscient, Autrui et Bonheur

Certains observateurs ont noté la disparition de notions fondamentales des programmes scolaires, telles que le Travail, l'Inconscient, Autrui et le Bonheur. Cette suppression a été perçue comme une tentative de nier l'inconscient et de faire disparaître toute notion de "sujet".

La disparition de l'Inconscient a suscité une vive réaction, avec de nombreux témoignages d'élèves soulignant l'importance de la découverte de Freud dans leur parcours intellectuel. Face à la "tempête médiatique et populaire", les notions de Travail et d'Inconscient ont finalement été réintégrées au programme de Terminale.

Lire aussi: Contractions : comment les identifier ?

La suppression du "Bonheur" est également significative, car elle articule un point de jonction entre le "Sujet" et "Autrui". Cette disparition est interprétée comme une volonté de vider la pensée de sa substance et de nier son altérité.

Neurosciences et Idéologie : Une Critique de l'Approche Blanquer

L'attrait de Jean-Michel Blanquer pour les neurosciences est perçu par certains comme la restauration d'une idéologie scientiste, réduisant le cerveau à un simple organe manipulable. Les neurosciences sont accusées de promouvoir une vision mécaniste de l'esprit, niant l'inconscient et favorisant un discours managérial.

Les "cinq règles" d'apprentissage promues par Stanislas Dehaene sont critiquées pour leur pauvreté et leur médiocrité, renvoyant à un apprentissage du discours managérial et à une négation de tout esprit critique. La suppression de l'inconscient est considérée comme un geste idéologique visant à automatiser la pensée et à promouvoir une vision de l'homme-machine.

La psychanalyse est reléguée au rang de pseudo-science, comparée à l'astrologie des neurones. Cette opposition entre science et interprétation est perçue comme une tentative de supprimer le sujet et de nier la complexité de l'inconscient.

Le Retour du Scientisme et de l'Idée de Dieu

Certains observateurs voient dans l'éloge des neurosciences contre l'inconscient un retour à une idée bourgeoise datant de la fin du 19e siècle, celle de la pente religieuse-scientiste du débat public. Le scientisme est accusé d'avoir besoin de Dieu pour avancer, d'où la disparition du "sujet" et l'arrivée de l'"idée de Dieu" comme clef ultime du vivant.

Lire aussi: Comprendre les mouvements de bébé

La psychanalyse est présentée comme une contre-rhétorique, un outil linguistique qui défait la langue et dévoile sa furie politique. Il y aurait une explication politique à ce geste macroniste contre la psychanalyse, celle qui veut substituer l’Homme au sujet, la vérité à son procès et qui veut faire croire que la suppression de l’inconscient pourrait être réussie.

Compétences Fondamentales et Retour aux Sources

Face aux critiques d'égalitarisme et de pédagogisme, Jean-Michel Blanquer propose de revenir aux compétences fondamentales dès le plus jeune âge. Il s'inspire des recherches en neurosciences de Stanislas Dehaene et de la pensée de la complexité d'Edgar Morin.

Catherine Kintzler, spécialiste de Condorcet et figure de la gauche laïque, partage avec le ministre l'ambition de concilier instruction et épanouissement des élèves. Elle s'inquiète cependant de l'éventualité d'une suppression de la philosophie dans un baccalauréat réduit à quatre matières.

Philosophie et Éducation : Un Dialogue Essentiel

Jean-Michel Blanquer exprime sa passion pour la philosophie, soulignant son rôle dans la compréhension du monde. Il a été marqué par l'enseignement des stoïciens et a étudié Locke, dont les idées ont eu une influence sur l'histoire. Il considère l'éducation comme l'enjeu suprême de la politique.

Catherine Kintzler, quant à elle, est partie de son expérience de professeure de philosophie pour réfléchir à l'éducation. Elle s'est élevée contre les dérives d'une certaine pédagogie égalitariste, défendant l'école républicaine et la nécessité de l'instruction.

Rythmes Scolaires : Retour à la Semaine de Quatre Jours

La réforme des rythmes scolaires, avec le retour à la semaine de quatre jours, a également suscité des controverses. Jean-Michel Blanquer justifie cette mesure en arguant qu'aucune étude ne montre la supériorité d'une formule sur l'autre. Il souhaite laisser coexister les deux systèmes.

Cependant, la plupart des scientifiques restent critiques sur la semaine de quatre jours. Les chronobiologistes préconisent une meilleure répartition de l'apprentissage dans le temps, avec des matinées de travail plus longues et des après-midi plus courts.

Le retour à la semaine de quatre jours pourrait avoir des conséquences sur le travail des femmes, qui pourraient être contraintes de réduire leur temps de travail pour s'occuper de leurs enfants le mercredi.

Attaque des Contenus Scolaires et Orientation Néolibérale

La contre-réforme Blanquer est perçue par certains comme le démantèlement du bac national, des filières scolaires, des disciplines universitaires et de l’Éducation "nationale", sur fond de casse de l’emploi statutaire et d’alignement régressif de l’école publique française sur les normes européennes. Les contenus scolaires sont également attaqués dans toutes les disciplines sur la base d’une orientation générale franchement néolibérale et réactionnaire.

tags: #Stanislas #Dehaene #réforme #Blanquer #critique

Articles populaires: