L'immobilisation par plâtre est une technique courante utilisée pour traiter diverses affections musculo-squelettiques, allant des fractures aux entorses. Bien que généralement efficace pour favoriser la consolidation osseuse ou articulaire, elle peut entraîner des complications musculaires significatives si certaines précautions ne sont pas respectées. Cet article explore en détail ces complications, en mettant l'accent sur leur prévention, leur diagnostic précoce et leur prise en charge appropriée.
Introduction
La pose d'un plâtre est un acte médical qui impose de prendre certaines précautions individuelles et d’être suivi durant toute la durée de port du plâtre. Le plâtre, qu'il soit en plâtre traditionnel ou en résine synthétique, offre un soutien et une immobilisation essentiels. Cependant, il crée également un environnement confiné qui peut potentiellement compromettre la santé musculaire. Comprendre les risques associés et adopter des mesures préventives sont cruciaux pour minimiser les complications et assurer une récupération optimale.
Complications Musculaires Potentielles
Syndrome des Loges
Le syndrome des loges est une complication grave qui peut survenir après la pose d'un plâtre. Il se caractérise par une augmentation de la pression à l'intérieur d'une loge musculaire, entraînant une diminution du débit sanguin et une ischémie musculaire.
Mécanisme et Facteurs de Risque
La confection d’un plâtre revient à créer une loge artificielle non extensible autour d’un membre à la suite d’un traumatisme ayant engendré une fracture. Dans le cadre d’une compression sous plâtre, le syndrome des loges est secondaire à la fracture, mais le plâtre va aggraver la situation et peut la masquer. Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement du syndrome des loges sous plâtre, notamment:
- Traumatisme initial: Une fracture, une contusion ou un écrasement peuvent provoquer un œdème et un hématome, augmentant la pression dans la loge.
- Plâtre trop serré: Un plâtre mal ajusté peut exercer une pression excessive sur les muscles et les nerfs, compromettant la circulation sanguine.
- Œdème post-opératoire: L'inflammation et l'enflure après une intervention chirurgicale peuvent contribuer à l'augmentation de la pression dans la loge.
- Revascularisation: Une revascularisation après un arrêt prolongé de l’apport sanguin à un membre.
Diagnostic
Le diagnostic du syndrome des loges repose sur des signes cliniques évocateurs et, si nécessaire, sur la mesure de la pression intramusculaire (PIM). Les signes cliniques comprennent :
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- Douleur intense et disproportionnée: La douleur est souvent décrite comme profonde, lancinante et ne répondant pas aux analgésiques classiques.
- Douleur à l'étirement passif des muscles: La mise en tension des muscles de la loge affectée provoque une douleur vive.
- Paresthésies et hypoesthésie: Des sensations anormales telles que des picotements, des engourdissements ou une diminution de la sensibilité peuvent être présentes.
- Paralysie: Dans les cas graves, une faiblesse ou une paralysie des muscles de la loge peut se développer.
- Pouls distaux présents: Les pouls distaux sont difficiles à palper et le plus souvent encore présents.
La mesure de la PIM est réalisée à l'aide d'un cathéter inséré dans la loge musculaire. Une PIM supérieure à 30 mmHg est généralement considérée comme indicative d'un syndrome des loges.
Traitement
Le syndrome des loges est une urgence chirurgicale qui nécessite une intervention immédiate. Le traitement consiste en une fasciotomie, une incision chirurgicale qui permet de relâcher la pression dans la loge musculaire. La fasciotomie doit être réalisée le plus tôt possible, idéalement dans les 6 heures suivant l'apparition des symptômes, pour éviter des lésions musculaires irréversibles. Il faudra alors immédiatement ouvrir largement le plâtre et surveiller la diminution, voire la disparition, des symptômes.
Atrophie Musculaire
L'immobilisation prolongée sous plâtre peut entraîner une atrophie musculaire, une diminution de la masse et de la force musculaires.
Mécanisme et Facteurs de Risque
L'inactivité musculaire due à l'immobilisation réduit la synthèse des protéines musculaires et augmente leur dégradation, entraînant une perte de masse musculaire. La durée de l'immobilisation est le principal facteur de risque d'atrophie musculaire.
Prévention
La prévention de l'atrophie musculaire sous plâtre repose sur plusieurs stratégies :
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- Mobilisation précoce: Dès que possible, mobiliser les articulations libres aux extrémités du plâtre. Cela réduit le risque de faire une complication thromboembolique (phlébite ou embolie pulmonaire).
- Exercices isométriques: Effectuer des contractions musculaires statiques sous le plâtre pour stimuler les muscles et réduire la perte de masse musculaire. En prévention, bougez fréquemment vos extrémités et contractez vos muscles sous le plâtre.
- Stimulation électrique: Utiliser la stimulation électrique neuromusculaire pour activer les muscles et prévenir l'atrophie.
Traitement
Le traitement de l'atrophie musculaire consiste en une rééducation physique intensive après le retrait du plâtre. Les exercices de renforcement musculaire progressifs, associés à des techniques de mobilisation et d'étirement, permettent de restaurer la masse et la force musculaires.
Raideur Articulaire
L'immobilisation sous plâtre peut également entraîner une raideur articulaire, une limitation de l'amplitude des mouvements articulaires.
Mécanisme et Facteurs de Risque
L'inactivité articulaire prolongée favorise la formation d'adhérences et de rétractions capsulaires, limitant la mobilité de l'articulation. La durée de l'immobilisation et la présence d'une inflammation sont les principaux facteurs de risque de raideur articulaire.
Prévention
La prévention de la raideur articulaire repose sur :
- Mobilisation précoce: Dès que possible, mobiliser les articulations libres aux extrémités du plâtre.
- Exercices d'amplitude des mouvements: Effectuer des exercices doux pour maintenir la mobilité articulaire.
Traitement
Le traitement de la raideur articulaire consiste en une rééducation physique intensive après le retrait du plâtre. Les techniques de mobilisation articulaire, les exercices d'étirement et les thérapies manuelles permettent de restaurer l'amplitude des mouvements.
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Complications Nerveuses
La compression nerveuse est une autre complication potentielle de l'immobilisation sous plâtre. Elle peut affecter les nerfs périphériques qui passent à proximité du plâtre, entraînant des symptômes tels que des douleurs, des paresthésies et une faiblesse musculaire.
Mécanisme et Facteurs de Risque
La compression nerveuse peut être causée par un plâtre trop serré, un œdème ou un hématome qui exerce une pression sur le nerf. Les nerfs les plus fréquemment touchés sont le nerf fibulaire commun au niveau du genou et le nerf médian au niveau du poignet.
Diagnostic
Le diagnostic de la compression nerveuse repose sur l'examen clinique et, si nécessaire, sur des tests électrophysiologiques tels que l'électromyographie (EMG) et les études de conduction nerveuse.
Traitement
Le traitement de la compression nerveuse dépend de la gravité des symptômes. Dans les cas légers, le simple relâchement du plâtre peut suffire à soulager la pression sur le nerf. Dans les cas plus graves, une intervention chirurgicale peut être nécessaire pour libérer le nerf comprimé.
Autres Complications Possibles
Outre les complications musculaires et nerveuses, l'immobilisation sous plâtre peut entraîner d'autres problèmes, tels que :
- Complications thromboemboliques: L’immobilisation par plâtre expose à un risque de complication thromboembolique (phlébite ou embolie pulmonaire). Il faut savoir la prévenir par un traitement préventif systématique anti-thrombo-embolique par héparines de bas poids moléculaire (HBPM) dès la pose du plâtre et pendant 4/6 jours après l’ablation du plâtre.
- Escarres: Une pression prolongée sur la peau peut entraîner la formation d'escarres, en particulier au niveau des proéminences osseuses.
- Infection: Une mauvaise hygiène ou une plaie sous le plâtre peuvent favoriser le développement d'une infection.
- Allergie: Dans certains cas, une réaction allergique aux matériaux du plâtre peut survenir.
Surveillance et Prise en Charge
Une surveillance attentive est essentielle pour détecter précocement les complications potentielles de l'immobilisation sous plâtre. Les patients doivent être informés des signes d'alerte et encouragés à consulter un médecin en cas de problème.
Surveillance Clinique
La surveillance clinique comprend :
- Inspection du plâtre: inspecter le plâtre : aspect général, présence de fissures, zones de faiblesses, etc.
- Évaluation de la douleur: interroger sur la présence d’une douleur. A quoi ressemble-t-elle ? Brûlure, démangeaisons, lancement … Où est-elle localisée ?
- Évaluation de la fonction nerveuse: évaluer la motricité des extrémités (doigts, orteils). Les plaintes d’un patient plâtré doivent toujours être prises au sérieux. vous avez des fourmillements, des picotements ou un engourdissement à l’extrémité du plâtre.
- Surveillance de la circulation sanguine: surveiller la couleur, la température et la sensibilité des extrémités. Le plâtre est trop serré. Cela se manifestera par des douleurs, des extrémités (doigts ou orteils) de couleur bleue (cyanose) ou au contraire pâle. Les extrémités peuvent aussi être gonflées (œdème).
- Rechercher les signes d’alarme: calor, color, dolor, odor.
Education du Patient
Il est essentiel d'éduquer les patients sur les précautions à prendre pendant l'immobilisation sous plâtre, notamment :
- Surélévation du membre: surélever le membre immobilisé surtout au début au-dessus du niveau du cœur afin de favoriser le retour veineux.
- Hygiène: le patient doit prendre soin de l’appareil plâtré afin de garantir une bonne consolidation. Il ne doit pas le mouiller (même un appareil en résine) ni le souiller.
- Exercices: mobiliser les articulations libres aux extrémités du plâtre. En prévention, bougez fréquemment vos extrémités et contractez vos muscles sous le plâtre.
- Signes d'alerte: Le patient doit toujours avoir à l’esprit les quatre signes d’alarme : calor, color, dolor, odor.
Prise en Charge Multidisciplinaire
La prise en charge des complications musculaires liées à l'immobilisation sous plâtre nécessite une approche multidisciplinaire impliquant des médecins, des chirurgiens orthopédistes, des physiothérapeutes et des infirmières.
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