Introduction
L'axe intestin-cerveau est un domaine de recherche en pleine expansion, révélant des mécanismes complexes impliqués dans la régulation de fonctions physiologiques essentielles. Parmi celles-ci, l'homéostasie glucidique, c'est-à-dire le maintien d'un taux de glucose sanguin stable, est cruciale pour la santé. Cet article explore le rôle de la contraction intestinale et son interaction avec l'hypothalamus dans ce processus, en mettant en lumière les découvertes récentes qui pourraient ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques pour le diabète.
L'Axe Intestin-Cerveau et la Détection des Nutriments
L’axe intestin-cerveau est un acteur majeur dans le maintien de l’homéostasie glucidique. L'intestin grêle, en particulier, a été identifié comme le premier organe impliqué dans le contrôle de l'homéostasie glucidique lors d'un repas. Les informations nutritionnelles en provenance de l’intestin font intervenir des systèmes de détection « classiques » appelés chémorécepteurs, mais également des mécanorécepteurs activés en réponse à des modifications de l’activité contractile de l’intestin. Ainsi, une grande partie des messages partant de l’intestin et se dirigeant vers l’hypothalamus ont une origine nerveuse et les modifications de l’activité des neurones hypothalamiques suite à cette information auront des répercussions sur le maintien de la glycémie.
Le Rôle du Système Nerveux Entérique (SNE)
Le SNE, souvent qualifié de "deuxième cerveau", est un réseau complexe de neurones situé dans la paroi de l'intestin. Il est constitué d'environ 600 millions de neurones interconnectés chez l'Homme, contrôlant les contractions des muscles lisses intestinaux. D'un point de vue régulation, le SNE communique en permanence avec le Système Nerveux Central (SNC) via des voies nerveuses afférentes et efférentes. En situation normale, l’ingestion d’aliments est suivie par une augmentation de la contraction de l’intestin. L’information est transmise au cerveau par le système nerveux qui contrôle le système digestif - le système nerveux entérique. Au niveau central, certains médiateurs, comme le monoxyde d’azote (NO) produit par l’hypothalamus, vont alors agir pour contrôler puis normaliser la glycémie, c’est-à-dire la quantité de sucre disponible dans le sang. Parallèlement, les neurones intestinaux produisent aussi du NO qui participe à cette régulation.
Contraction Intestinale et Glycémie : Un Lien Étroit
La contraction intestinale joue un rôle important dans la régulation de l'absorption du glucose. Des chercheurs ont montré que le glucose stimule les contractions intestinales au cours d’un repas, en interagissant avec deux transporteurs intestinaux du glucose : SGLT‑1 et GLUT2. Lorsque le repas est anormalement riche, le niveau d’expression des gènes codant pour ces deux transporteurs augmente et accroît donc logiquement la glycémie.
En décrivant ces processus et en étudiant leurs dysfonctionnements chez des souris diabétiques, des chercheurs toulousains viennent d’identifier une voie de modulation qui pourrait être utilisée pour mieux contrôler cette maladie métabolique. Mais chez les souris et les humains diabétiques, après un repas, l’hypermotricité de l’intestin est exacerbée et l’absorption intestinale du glucose est anormalement élevée. Le contrôle de la glycémie échappe alors aux mécanismes classiques liés à l’action du NO : le glucose reste en quantité élevée dans le sang, et les tissus périphériques qui l’utilisent comme source d’énergie arrivent moins bien à l’absorber. Un cercle vicieux s’installe, néfaste pour l’équilibre glycémique de l’organisme.
Lire aussi: Grossesse : contractions au 5ème mois
L'Hypothalamus : Un Chef d'Orchestre Central
L'hypothalamus, une région du cerveau située sous le thalamus, joue un rôle essentiel dans la régulation de nombreuses fonctions physiologiques, dont l'homéostasie glucidique. Il reçoit des informations de l'intestin via le SNE et module en retour l'activité intestinale. De plus, notre groupe a également démontré qu'une altération de la détection entérique du glucose, associée à une réponse neuronale hypothalamique anormale, participait à la mise en place d'un Diabète de Type 2 (DT2).
Au niveau central, certains médiateurs, comme le monoxyde d’azote (NO) produit par l’hypothalamus, vont alors agir pour contrôler puis normaliser la glycémie, c’est-à-dire la quantité de sucre disponible dans le sang.
Entérosynes : Des Molécules Clés de l'Axe Intestin-Cerveau
Claude Knauf* et son équipe travaillent justement à décrire comment cet axe intervient sur la régulation du glucose sanguin, en situation normale ou pathologique. Depuis plusieurs années, ils ont développé et confirmé un nouveau concept, celui des entérosynes : « Ce sont des molécules qui peuvent modifier le fonctionnement de l’axe intestin-cerveau en interagissant avec le système nerveux entérique, précise le chercheur. Il s’agit d’hormones, de neurotransmetteurs, de nutriments, de bactéries ou de métabolites bactériens qui sont capables de contrôler les contractions de l’intestin et, ainsi, de moduler les messages envoyés au cerveau. L’objectif de notre laboratoire est donc d’identifier parmi ces molécules celles qui seraient aptes à ralentir la motilité intestinale pour améliorer le contrôle du diabète. »
Cibler la Voie GLUT2 : Une Piste Thérapeutique Prometteuse
Leurs travaux les ont poussés à se pencher sur l’impact du glucose lui-même : quel effet a‑t-il précisément sur la motilité intestinale et par quels mécanismes ? À travers des expériences menées in vitro et chez la souris, les chercheurs ont montré que le glucose stimule les contractions intestinales au cours d’un repas, en interagissant avec deux transporteurs intestinaux du glucose : SGLT‑1 et GLUT2.
Parallèlement, l’équipe a décrit un lien direct entre la concentration de glucose dans le sang et la diminution de la libération du NO par le système nerveux entérique, sous l’effet de GLUT2. Puis, en utilisant un inhibiteur de GLUT2, la phlorétine, elle a observé que le mécanisme était réversible : grâce à cet inhibiteur, il est possible de réduire l’effet du glucose sur les contractions intestinales, chez les souris normales comme chez les animaux diabétiques. Pour Claude Knauf, « cibler ce transporteur pourrait donc être particulièrement pertinent pour mieux contrôler l’absorption du glucose chez les diabétiques de type 2 : cette stratégie pourrait conduire à restaurer un axe intestin-cerveau fonctionnel ».
Lire aussi: Contractions : comment les identifier ?
Apeline et Motilité Duodénale
L'équipe s'intéresse au rôle de l'apeline en tant que nouvelle cible thérapeutique potentielle pour traiter le DT2. En particulier, notre équipe a récemment montré que l'apeline était libérée par les entérocytes dans la partie proximale de l'intestin, et qu'à ce niveau elle contrôlait l'absorption intestinale du glucose. Cependant, le fait que l'apeline puisse également cibler les neurones du SNE, et donc moduler la contractilité intestinale, n'était pas encore démontré. Lors de ce travail de thèse, nous avons ainsi pu montrer qu'en fonction de sa concentration, l'apeline activait des populations neuronales entériques différentes provoquant une stimulation ou, au contraire, une inhibition des contractions duodénales. La stimulation de cette contractilité duodénale par de faibles concentrations d'apeline entraîne une augmentation de l'absorption intestinale de glucose, mais également une diminution de la libération de NO hypothalamique, aboutissant à une moindre utilisation de ce dernier par le muscle squelettique. A l'inverse, de fortes concentrations d'apeline sont associées à une diminution de cette activité duodénale, entraînant un retour de l'ensemble de ces paramètres à des niveaux contrôles.
Dans un second temps, nous avons voulu tester si cette motilité duodénale pouvait être considérée comme une cible thérapeutique pour traiter le DT2. Pour cela, nous avons effectué un traitement oral quotidien, pendant une semaine, avec la concentration d'apeline capable de diminuer l'activité duodénale, chez des souris obèses-diabétiques. Cette stimulation chronique par l'apeline permet de restaurer la contractilité duodénale de ces souris diabétiques au même niveau que celle de souris saines. De plus, cet effet est associé à une amélioration de leur tolérance au glucose ainsi que leur index de résistance à l'insuline.
Implications Cliniques et Perspectives d'Avenir
Dans un contexte pathologique, de nouveaux concepts ont été découverts et leur prise en compte pourrait améliorer l’hyperglycémie et l’insulinorésistance du patient diabétique. Ainsi, il est possible de cibler les neurones du système nerveux entérique pour ralentir les contractions duodénales afin de diminuer l’hyperglycémie chronique, ceci en (1) diminuant l’absorption du glucose et (2) restaurant l’axe intestin-cerveau pour faciliter l’entrée du glucose dans les tissus.
Avant d’envisager plus concrètement une telle approche, le chercheur souhaite désormais étudier la répercussion des mécanismes décrits ici au niveau cérébral. « Nous avons déjà identifié l’impact de plusieurs entérosynes - comme l’apéline, la galanine, ou certains prébiotiques comme l’oligofructose - sur le taux de NO cérébral et l’amélioration du statut diabétique. Nous voudrions maintenant trouver des entérosynes capable d’interagir avec la voie de signalisation déclenchée par GLUT2. De telles molécules constitueraient autant d’alternatives ou d’approches complémentaires à celles aujourd’hui proposées aux personnes qui souffrent de diabète de type 2 », conclut le scientifique.
Lire aussi: Comprendre les mouvements de bébé
tags: #contraction #intestinale #et #hypothalamus #rôle
