Introduction

André Lwoff, né le 8 mai 1902 à Ainay-le-Château et décédé le 30 septembre 1994 à Paris, fut un biologiste français d'exception, reconnu comme l'un des fondateurs de la génétique moderne. Son parcours scientifique, marqué par des découvertes fondamentales sur les virus et la régulation génétique, lui valut le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1965, aux côtés de Jacques Monod et François Jacob.

Jeunesse et Formation

André Lwoff est né dans une famille d'origine russe. Son père était médecin-psychiatre des Asiles de la Seine. Sa mère était peintre et sculpteur. Après des études secondaires au lycée Voltaire, il entreprend des études supérieures à la faculté de médecine de Paris et à la Sorbonne. Il obtient son doctorat en médecine en 1927, puis un doctorat ès sciences en 1932.

Débuts à l'Institut Pasteur et Étude des Protozoaires

En 1921, Lwoff rejoint l'Institut Pasteur, où il commence à étudier les protozoaires avec Édouard Chatton. Cette collaboration marque le début de son intérêt pour la microbiologie et la génétique. De 1929 à 1938, il dirige le laboratoire consacré aux parasites responsables de maladies exotiques à l'Institut Pasteur, après y avoir été boursier (1921) et assistant (1925). Il effectue également des séjours à l'étranger, notamment auprès d'Otto Meyerhof à Heidelberg en 1932, où il étudie le métabolisme cellulaire, et auprès de David Keilin à Cambridge en 1936, où il se familiarise avec les cytochromes.

Le Service de Physiologie Microbienne et l'Émergence de la Génétique Moléculaire

En 1938, l'Institut Pasteur crée le service de physiologie microbienne et en confie la direction à André Lwoff. C'est à cette époque que Jacques Monod rejoint son laboratoire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lwoff s'engage dans la Résistance, au sein du réseau Cohors-Asturies dirigé par Jean Cavaillès, et collabore avec les services britanniques.

Après la guerre, le laboratoire d'André Lwoff, surnommé « le grenier », devient un centre d'attraction pour les chercheurs du monde entier. Avec François Jacob, Élie Wollman et Jacques Monod, Lwoff contribue à faire de ce laboratoire un pôle majeur de la recherche en biologie moderne.

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Découvertes Fondamentales et Prix Nobel

Les travaux d'André Lwoff ont porté sur plusieurs domaines de la microbiologie et de la génétique. Il étudie l'alimentation des ciliés et le problème de l'hétérotrophie. En 1932, il propose l'hypothèse selon laquelle le besoin en un facteur de croissance traduit un défaut de synthèse de ce dernier, et que ce défaut est la conséquence d'une perte de fonction.

Lwoff est surtout connu pour ses recherches sur les bactéries lysogènes, c'est-à-dire la manière dont certains virus s'intègrent au chromosome bactérien, mais peuvent en être excisés sous l'effet de facteurs extérieurs. Ces travaux constituent la partie « virus » des découvertes relatives à l'expression des gènes, qui lui valent le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1965, conjointement avec Jacques Monod et François Jacob.

En 1955, il aborde l'étude des poliovirus, de la lutte de l'organisme contre l'infection virale et du mécanisme d'action des températures supra-optimales. En 1962, il propose, avec Robert Horne et Paul Tournier, une nouvelle classification des virus, qui prend en considération quatre caractères : la nature du matériel génétique (ADN ou ARN), la symétrie de la capside (hélicoïdale ou cubique), l'absence ou l'existence d'une enveloppe entourant la nucléocapside, les dimensions. Cette classification, qui a fait l’objet de débats très vifs, a été largement adoptée depuis.

Distinctions et Reconnaissance

Outre le prix Nobel, André Lwoff a reçu de nombreuses distinctions pour son œuvre scientifique. Il était membre de plusieurs académies françaises et étrangères, titulaire de la chaire de microbiologie à la faculté des sciences de Paris, et directeur de recherche au CNRS. Il a également été directeur de l'Institut de Recherche Scientifique sur le Cancer (IRSC) de Villejuif, qui porte aujourd'hui son nom.

L'Enseignement et la Transmission du Savoir

André Lwoff a également été un remarquable professeur à l’université de Paris, jouant un rôle déterminant dans l’enseignement de la génétique moléculaire moderne. Il était soucieux de porter les fruits de la recherche scientifique à la connaissance de tous. À partir de 1968, il devient chef de service honoraire à l’Institut Pasteur et professeur honoraire à la faculté des sciences.

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L'Ordre Biologique et la Réflexion Philosophique

Plus de trois cents publications témoignent de son œuvre scientifique. Parmi elles, citons son livre L'Ordre biologique (1962), un ouvrage de conférences destiné à l’origine à amener les physiciens et les chimistes du Massachusetts Institute of Technology à s'intéresser aux problèmes de la biologie moderne. Ce livre traduit une réflexion personnelle sur l’idée qu’un ordre biologique, tout comme une information biologique, serait essentiellement qualitatif et donc différent de l’ordre thermodynamique des physiciens et des chimistes. L’ordre biologique ne se dissout donc pas, comme on pouvait le craindre, dans le mécanicisme de la biologie moléculaire. C’est en ce sens qu’il faut noter que les deux dernières publications scientifiques de Lwoff, en 1990, qui portent sur la génétique des ciliés, sont aussi une sorte de réflexion sur ses premiers travaux ainsi que sur le flou entourant la notion d’héritabilité de caractères morphologiques chez les protistes.

Héritage et Influence

André Lwoff est décédé à Paris, le 30 septembre 1994, à l’âge de quatre-vingt-douze ans. Son héritage scientifique est immense. Il a été un des fondateurs du renouveau de la génétique en France, directement et surtout au travers du groupe qu’il a constitué autour de lui à l’Institut Pasteur. Il a formé de nombreux chercheurs de talent et a contribué à l'essor de la biologie moléculaire. En France, l’image publique des sciences de la vie connaît un renouveau important à la suite de l’attribution en 1965 du prix Nobel de physiologie ou médecine aux généticiens André Lwoff, Jacques Monod et François Jacob.

François Jacob, lui rendant hommage en 2002, rappelait qu’André Lwoff était aussi un peintre apprécié. « La science, il la pratiquait en artiste : il était d’abord un artiste. Avec lui, disparut toute une époque de la science pastorienne et de la recherche française.

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