Deux phénomènes éditoriaux majeurs du début du millénaire, Harry Potter de J.K. Rowling et Twilight de Stephenie Meyer, ont popularisé le concept de littérature « jeune adulte ». Bien que partageant des similitudes dans leur mélange de magie et de quotidien, ainsi que dans leur forme transmédiatique, leur réception a été radicalement différente. Alors que Harry Potter a transcendé le succès populaire pour obtenir une reconnaissance critique, Twilight reste largement dénigré. Cet article se propose d'explorer les raisons de ce rejet persistant.

Un Phénomène Paradoxal

La saga Twilight a suscité une multitude de réactions, presque tout le monde ayant un avis sur les amours de Bella et de son vampire, à l'exception notable des universitaires. En France, seule Isabelle-Rachel Casta s'est véritablement penchée sur ce phénomène. L'auteur de cet article, spécialiste des réécritures de Perrault, est elle-même tombée sur la saga par hasard, découvrant après coup pourquoi elle avait tant hésité à la lire. Ses a priori négatifs étaient alimentés par un discours ambiant reposant sur trois présupposés : un défaut esthétique (l'auteure ne sait pas écrire), une trahison du mythe du vampire, et une vision idéologique rétrograde de la femme. Ce consensus critique est d'autant plus paradoxal que des millions de lecteurs ont trouvé dans Twilight le plaisir de la lecture. D'un point de vue formel, l'écriture ne diffère pas fondamentalement des réécritures de contes traditionnels. Il s'agit de réinvestir un personnage de la tradition littéraire dans un univers contemporain. Alors, pourquoi un tel rejet du vampire quand le Petit Chaperon rouge subit toutes sortes de transformations sans susciter de controverse ?

Le Poids du Succès et la Réaction Critique

Avec 155 millions d'exemplaires vendus dans le monde, dont 6 millions en France, la saga Twilight a indéniablement rencontré son public. Cependant, contrairement à Harry Potter ou Hunger Games, elle n'a pas réussi à convertir ce succès commercial en reconnaissance critique, restant cantonnée au rang d'œuvre de second ordre. Le premier tome, tiré à 8000 exemplaires en 2005 grâce au coup de cœur de Cécile Térouanne chez Hachette, a d'abord connu un succès modeste, reposant sur le bouche-à-oreille et l'émergence de nouvelles formes de partage de lectures en ligne (forums, blogs, fanfictions). C'est à partir de 2008, avec le succès américain, que la machine marketing s'est emballée. Le film, sorti en 2008 aux États-Unis et en 2009 en France, a propulsé la saga vers un public plus large, transformant une production Young Adult en un phénomène familial, simplifiant l'histoire et se concentrant sur le couple charismatique formé par Kristen Stewart et Robert Pattinson.

Analyse des Critiques : Amazon et Babelio

Les critiques publiées sur Amazon reflètent l'évolution de la réception de la saga. Bien que la moyenne des notes attribuées par les lecteurs soit positive (4,4 étoiles sur 5), les avis sont plus nuancés selon les années. L'enthousiasme unanime des débuts (2006-2007) laisse place à l'apparition de "déçus" en 2008, puis à une explosion de commentaires en 2009, où les lecteurs ayant apprécié le livre commencent à s'en excuser. Cette tendance persiste aujourd'hui.

Babelio, un réseau social dédié aux livres et aux lecteurs, offre un espace plus argumenté pour les critiques. Bien que la moyenne des notes pour Fascination soit positive (3,79/5), la première page des critiques les plus recommandées révèle une prédominance d'avis négatifs. Ce contraste met en évidence un décalage entre le ressenti des lecteurs, qui ont globalement apprécié le livre, et le poids accordé aux critiques négatives. Le plaisir de lecture de Twilight est un plaisir discret, souvent nuancé par des réserves sur la qualité littéraire.

Lire aussi: Grossesse : contractions au 5ème mois

Anti-Fans et Hiérarchies Culturelles

Il existe un large éventail de détracteurs de Twilight, allant d'un plaisir coupable à des manifestations extrêmes comme les "Book Burning Parties" sur YouTube. Des mouvements d'anti-fans se développent en parallèle des fans, opposant les "Twi-hards" aux "Twi-haters". Jonathan Gray souligne que la haine ou l'aversion pour un texte peuvent être aussi puissantes que l'admiration, et que les anti-fans construisent leur identité à partir du livre, tout comme les fans.

L'Anti-Twilight Movement (ATM) utilise l'ironie et les outils de l'institution scolaire (correction de l'orthographe des fans, recours à des figures d'autorité) pour construire un contre-modèle du "rabid fan" et imposer une hiérarchie littéraire qui reflète en réalité une hiérarchie culturelle. Bien que le site affiche une façade de tolérance, les fans doivent d'abord reconnaître la piètre qualité de l'ouvrage pour être acceptés.

Littérature Adolescente, Littérature de Genre et Institution

Matthieu Letourneux retrace les relations complexes entre littérature pour adolescents, littérature de genre et institution. La littérature pour adolescents n'est pas un phénomène nouveau, mais elle a longtemps été associée aux romans de genre (aventure, fantasy, SF) qui comblent un besoin initiatique. Dans les années 1970, un marché éditorial se développe pour répondre aux besoins de l'école, privilégiant une littérature "intimiste" et "miroir" qui reflète la société.

Aujourd'hui, les loisirs des jeunes générations se caractérisent par une désinstitutionnalisation et une individualisation croissante. La légitimité verticale des pères est remplacée par l'influence des pairs sur internet. Les éditeurs accompagnent cette tendance, notamment en collaborant avec les blogueurs et en développant des collections moins pédagogiques. On assiste ainsi à un retour du genre sur la scène des pratiques culturelles de masse sous l'étiquette Young Adult. Cependant, l'institution résiste, d'autant plus que l'imaginaire du grand écrivain s'est construit en France en opposition à la littérature populaire.

Twilight : Entre Romance Paranormale et Confusion des Genres

L'institution commence à s'ouvrir à la littérature Young Adult, comme en témoigne la reconnaissance d'Harry Potter. Les dystopies et la sick-lit trouvent également leur place. Cependant, Twilight dérange et il est difficile de le classer. Le public français l'associe à la bit-lit, mais cette association est rejetée par les fans de ce genre, qui rappellent que la bit-lit s'adresse à un public adulte et met en scène des femmes actives et indépendantes, à l'opposé de Bella.

Lire aussi: Contractions : comment les identifier ?

En réalité, il y a une confusion des genres. Bella n'est pas un personnage de bit-lit, mais un personnage de roman sentimental, plus précisément de romance paranormale, dans la continuité du roman Harlequin. La saga Twilight, du moins dans ses trois premiers tomes, suit la logique du roman sentimental, axant l'enjeu de la narration sur la réussite du couple plutôt que sur la personnalité de la protagoniste. Cette filiation générique explique en partie les reproches concernant le traitement du mythe du vampire. Stephenie Meyer réinterprète le mythe, mais la véritable reconfiguration est générique. Le processus s'inscrit dans la mutation entamée par Anne Rice, qui renvoyait la figure du monstre vers celle de l'humain.

Le Vampire Romantique

La saga Twilight s'inscrit dans une tradition de réécriture du mythe du vampire, le transformant en un personnage romantique et idéalisé. Ce vampire, contrairement à ses prédécesseurs, est capable de maîtriser ses pulsions et de renoncer au sang humain par amour. Il brille au soleil, fréquente le lycée et rêve de mariage. Cette transformation du vampire en "gendre idéal" est au cœur de la controverse.

Cette réappropriation du mythe du vampire par Stephenie Meyer, en le dépouillant de sa dimension monstrueuse et en l'intégrant dans un récit sentimental, heurte les puristes du genre et contribue au rejet critique de la saga.

Lire aussi: Comprendre les mouvements de bébé

tags: #contraction #de #texte #le #vol #du

Articles populaires: