Pendant longtemps, l'accès à l'écriture a été un privilège masculin, laissant les femmes dans un semi-analphabétisme où elles savaient lire mais pas écrire. L'article explore la lutte des femmes pour accéder à l'écriture et à la reconnaissance de leur production littéraire, en se basant sur des portraits d'auteures à travers les siècles et les cultures. Il examine les obstacles rencontrés, les motivations profondes et la manière dont l'écriture a permis à ces femmes de transcender les contraintes sociales et de s'exprimer pleinement.

L'Accès des Femmes à l'Écriture : Une Longue Lutte

Dans la répartition traditionnelle des tâches entre les sexes, l'écrit est longtemps resté la chasse gardée des hommes. La majorité des femmes savaient lire, mais pas écrire. Quand elles accédèrent enfin au droit à l'écriture, elles durent mener une lutte encore plus longue, celle de la reconnaissance de leur production écrite. Cette reconnaissance s’adressait - et à maints égards, s’adresse encore - tout naturellement aux hommes, surtout lorsque cette activité n’était pas purement occasionnelle.

Portraits de Femmes Auteurs : Une Diversité de Voix

L'ouvrage de Laure Adler et Stefan Bolmann, dont s'inspire cet article, propose une cinquantaine de portraits de femmes qui vivent dangereusement, du Moyen-Âge à aujourd'hui, de toutes nationalités. Ces portraits sont accompagnés de notices biographiques et d'une introduction sur le rapport des femmes à l'écrit et sur les difficultés qu'elles ont pu rencontrer à exercer leur passion. Les auteurs s'attachent à nous présenter ces femmes écrivaines passionnées, simplement et succinctement, et des photographies ou illustrations nous aident à mettre un visage sur ces portraits. Ce livre est aussi bien un régal pour les yeux (les illustrations, pertinentes, ont été soigneusement choisies et imprimées) qu'un bonheur de lecture. Il donne envie d'en apprendre davantage sur les auteures qu'il présente grâce à sa bibliographie.

Vivre Dangereusement : La Question de la Féminité et de l'Écriture

Les femmes pensent, mais aux yeux de la majorité des hommes, elles sont ridicules quand elles le font car elles en perdent leur nature, leur essence, leur charme. Elles deviennent des caricatures. Le titre de l'ouvrage, "Les femmes qui écrivent vivent-elles dangereusement ?", pose une question fondamentale sur la perception des femmes écrivains et les risques qu'elles encourent en défiant les normes sociales. Les sœurs Brontë et Jane Austen reconstruisent le réel par leur imaginaire, d'où la nécessité de leur solitude.

Le Sexe et l'Évaluation de l'Œuvre : Un Angle de la Petite Différence

Dans la perception que l’on a des hommes qui écrivent, le sexe ne joue guère de rôle, tandis que les femmes doivent s’attendre à ce que leur œuvre soit évaluée sous l’angle de la petite différence, qui a de si grandes conséquences. Cette observation souligne l'inégalité persistante dans la manière dont les œuvres des femmes sont perçues et critiquées, souvent réduites à leur identité de genre plutôt qu'à leur valeur intrinsèque.

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Proust et la Féminitude : Une Exploration de l'Identité et du Désir

L'œuvre de Marcel Proust, notamment à travers le personnage d'Albertine, offre une perspective complexe sur la féminitude, l'homosexualité féminine et l'identification du narrateur à celle-ci. L'article explore les aspects fondamentaux de l'expérience de Proust, tels qu'ils apparaissent sous la forme d'une écriture romanesque. Il interroge le féminin que Proust dévoile à travers Albertine, suggérant que l’homosexualité féminine ou, plus spécifiquement, l’identification du narrateur à celle-ci, devient le centre de la sublimation proustienne. Ceci conduit à soutenir que la position féminine du narrateur est « le point de fuite » de l’imaginaire masculin, littéraire et artistique.

Sexualisation et Désexualisation paradoxale

Chez Proust, cette sexualisation est une étape décisive vers une désexualisation paradoxale, qu’il semble considérer, dans Albertine disparue comme l’aboutissement de l’acte imaginaire. Il s’agira en somme de sexualiser, en se mettant dans la position féminine de l’acte sexuel, afin de pouvoir désexualiser.

La Jalousie comme Échec de l'Imaginaire

Le deuxième thème abordé est la jalousie, centrale dans la traversée proustienne de l’expérience amoureuse. L'article démontre que la jalousie est un échec de l’imaginaire, comme le montre le personnage de Swann.

Clés d'Albertine : Dominante Mâle et Sensibilité Féminine

Le détective le plus scrupuleux est forcé de reconnaître la dominante mâle dans les « clés » d’Albertine, sans négliger l’intimité proustienne avec la sensibilité des femmes. La théorie que le narrateur développe dans La Prisonnière sur une homosexualité non pas de « coutume » mais diffuse, « involontaire » (comme la mémoire ?), « nerveuse », « celle qu’on cache aux autres et qu’on travestit à soi-même », laisse penser que le narrateur est un adepte du transsexualisme : appartenance de chaque individu à (au moins) deux sexes, et passage implicite, sous-jacent, « involontaire » de chacun de nous à travers la cloison, officiellement infranchissable, de la différence sexuelle.

Qu'est-ce qu'une femme pour le narrateur?

La femme ici n’a pas d’identité ; par principe, une femme ne serait pas individuée. Pétale dans un bouquet de fleurs, mouette dans une bande de volatiles, ou simple reflet, détail, trait indistinct et interchangeable. Unes femmes est toujours au pluriel indifférencié : elle va par groupe ou essaim, dans la promiscuité.

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L'homosexualité féminine: Culpabilité et Mélancolie

Proust projette sur Albertine le fantasme d’une homosexualité passive, plus dépressive que criminelle, qui sera un passage obligé dans le processus de sublimation. En d’autres termes, la culpabilité s’inverse en mélancolie : je ne suis pas un fou criminel, mon désir est follement coupable. Ainsi, il ne suffit pas de dire qu’Albertine masque Albert, qui serait Agostinelli. Elle fait beaucoup plus.

Le Deuil et la Renaissance de l'Écriture

Enfin, en supprimant l’objet de désir par le deuil, en le faisant mourir. Un télégramme annonce la mort de la moderne Béatrice. La disparition d’Albertine, au sens banal et au sens fatal du terme, provoque la providentielle résurrection de ce temps incorporé qu’est l’écriture.

La Jalousie : Détournement de la Haine

Chaque fois que je l’ai rencontrée, personnellement ou chez mes patients, la jalousie m’est apparue comme un détournement de la haine. La vie amoureuse de Swann met en scène ce qu’on pourrait résumer sous la forme du « soliloque du jaloux » : « Elle n’est pas ce que je veux posséder, elle n’est pas moi, donc je devrais la rejeter - ce que veut dire la haïr. Or, il n’y a que moi. Et je ne peux me haïr moi-même, cela me conduirait à la dépression ou la maladie.

Féminisme et Éducation : Une Analyse Critique

L'article aborde également la question du féminisme et de l'éducation, en analysant les discours féministes de la deuxième vague et leur critique de l'éducation contemporaine. Il examine les réformes qui ont permis aux filles d'accéder à l'éducation et de réussir scolairement, tout en soulignant les mécanismes de ségrégation et les inégalités qui persistent.

La Mixité et l'Égalité des Chances

La mixité va être instituée par décret dans les collèges d’enseignement secondaire en 1963 et dans les établissements d’enseignement élémentaire en 1965. La loi Haby, en 1975, la généralise. Cependant, cette réforme n’est pas l’occasion d’un débat public, c’est l’administration qui la met en place. C’est qu’il est bien question de mixité et non de coéducation ; le changement de vocable est une façon d’éviter le retour de vieux débats et aucun enjeu idéologique ou égalitaire n’est attaché à ce changement - il apparaît plutôt comme la conséquence de la croissance démographique, de l’allongement de l’âge de la scolarité obligatoire (passé de 14 ans à 16 ans en 1959), bref, comme un moyen pour faire face à la massification scolaire. Ce n’est que plus tard, en 1982, dans une circulaire, que la mixité sera présentée comme un atout pour l’égalité des chances et pour la lutte contre les préjugés et discriminations.

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Les Limites de l'Égalité Formelle

En éducation comme ailleurs, « la nouvelle donne de l’égalité formelle » permet d’observer d’autres obstacles que ceux qui sont strictement juridiques. Les freins ne sont plus explicitement inscrits dans la loi, mais ils sont à la fois plus profonds et plus diffus.

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