La grossesse et l'accouchement sont des étapes cruciales de la vie, mais ils peuvent être associés à des complications potentielles. Parmi celles-ci, la "souffrance fœtale" est un terme qui suscite souvent l'inquiétude. Cet article vise à démystifier ce concept, à explorer ses causes, ses conséquences et les mesures de prise en charge disponibles.
Qu'est-ce que la Souffrance Fœtale?
La notion de souffrance fœtale englobe différentes situations, notamment un défaut d’apport en oxygène ou en nutriments. Ces éléments sont essentiels au bon développement et à la survie du fœtus. Cependant, le terme "souffrance fœtale" est aujourd'hui considéré comme trop négatif et anxiogène. Les professionnels de la santé préfèrent utiliser des termes plus spécifiques tels que "anoxie" (manque d'oxygène), "anomalie du rythme" ou "RCIU" (retard de croissance intra-utérin).
Les Causes de la Souffrance Fœtale
Différents facteurs peuvent être à l’origine d’une souffrance fœtale durant la grossesse :
- Problèmes placentaires : Un placenta qui ne remplit pas bien sa fonction nourricière, par exemple en cas d'hématome placentaire ou de malformation des vaisseaux sanguins du placenta, peut entraîner une prééclampsie.
- Maladies maternelles : Certaines maladies chez la mère, comme une pathologie cardiaque, un diabète gestationnel, une hypertension artérielle (pouvant provoquer une toxémie gravidique) ou une maladie rénale chronique, peuvent affecter le bien-être du fœtus. Le tabagisme maternel induit également une mauvaise oxygénation du fœtus.
- Infections : Une infection chez la mère peut avoir des répercussions sur le fœtus.
- Malformations fœtales : Les malformations fœtales peuvent également être une cause de souffrance fœtale.
- Facteurs inexpliqués : Dans environ 30 % des cas, aucune cause précise n'est identifiée.
Types de Souffrance Fœtale
On distingue principalement deux types de souffrance fœtale :
- Souffrance fœtale chronique : Elle peut apparaître aux environs du 5ème mois de grossesse et se manifeste souvent par un RCIU (retard de croissance intra-utérin). Elle peut être due à une cause embryonnaire ou fœtale : une malformation fœtale par anomalie chromosomique ou par tératogenèse, p. ex. une embryopathie virale (rubéole, infection à cytomégalovirus) ou parasitaire (toxoplasmose). Elle peut être la conséquence d’une intoxication chronique maternelle par le tabac, l’alcool ou les stupéfiants. Elle peut être secondaire à une maladie maternelle, p. ex. une toxémie gravidique. Dans un tiers des cas elle est idiopathique.
- Souffrance fœtale aiguë : Elle survient généralement à la fin de la grossesse ou pendant l'accouchement. Elle peut être causée par un travail qui n’avance pas pour cause de contractions inefficaces, une difficulté pour s’engager dans le bassin, un cordon ombilical autour du cou, une procidence du cordon, des contractions mal supportées par le bébé, un placenta praevia hémorragique sont autant de causes possibles pour une souffrance fœtale aigüe. L’asphyxie fœtale à la naissance en fait également partie, résultant d'une baisse du flux sanguin irriguant les tissus du bébé ou d'une diminution du taux d’oxygène dans le sang de celui-ci avant, pendant ou juste après l’accouchement. Cet état fœtal peut faire suite à un décollement placentaire, à une exposition à certaines substances au cours de la grossesse, à une obstruction sanguine dans le cordon ombilical. Elle est contemporaine de l'accouchement, peut compliquer une souffrance chronique.
Diagnostic de la Souffrance Fœtale
Le diagnostic de la souffrance fœtale repose sur différents examens et surveillances :
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- Doppler des vaisseaux utérins : Cet examen utilise les ondes sonores pour étudier la circulation du sang chez le fœtus, dans l'utérus et le placenta. Une mauvaise vascularisation du placenta vers le bébé, que l’on peut voir au doppler, peut induire des conséquences au niveau ombilical ou cérébral.
- Monitoring fœtal (cardiotocographie) : Il consiste à vérifier la fréquence cardiaque fœtale (à l'aide d'un capteur qui émet des ultra-sons) et la fréquence des contractions utérines. Au monitoring, les bruits du cœur du fœtus ralentissent, notamment au moment des contractions utérines ou juste après.
- Analyse du liquide amniotique : La teinte du liquide amniotique est vérifiée. Normalement, elle est transparente, mais lorsqu'elle devient verdâtre, cela peut indiquer que le bébé commence à rejeter le méconium, signe de souffrance fœtale.
- Micro-prélèvement de sang fœtal : En cas de doute, un prélèvement de quelques gouttes de sang au niveau du crâne de bébé est parfois effectué afin de mesurer le taux d’oxygène du bébé.
L’expertise médicale judiciaire montre que la prévention d’un manque d’oxygène pendant l’accouchement nécessite une interprétation rigoureuse du rythme cardiaque fœtal puisque la spécificité de celui-ci n’est pas parfaite.
- Lorsque le rythme de base est supérieur à 160 bpm pendant plus de 10 minutes, il s’agit d’une tachycardie.
- Ce sont des décélérations périodiques du rythme cardiaque fœtal. Il en est ainsi car lorsqu’il y a une diminution de l’apport en oxygène, le fœtus possède des moyens physiologiques pour ralentir le cœur afin de l’aider à s’y adapter. De fait, lorsque ces récepteurs sont bloqués par des molécules spécifiques, une asphyxie modérée ne provoque pas de ralentissement. Enfin, les données de l’expérimentation animale ont aussi montré que les récepteurs de la tension artérielle ne sont pas impliqués dans des ralentissements du rythme cardiaque fœtal. Les ralentissements variables sont dits modérés si leur point le plus bas est supérieur à 70 bpm et leur durée inférieure à 60 secondes.
- Une accélération est une hausse abrupte (le point maximum atteint en moins de 30 secondes) du rythme cardiaque fœtal supérieure ou égale à 15 bpm. La durée d’une accélération est entre 15 secondes et 2 minutes. Lorsque la durée est entre 2 minutes et 10 minutes, il s’agit d’une accélération prolongée.
- La variabilité est normalement entre 6 et 25 bpm. Une variabilité normale est un élément de bon pronostic contrairement à une variabilité réduite. En revanche, cette étude prospective a montré que l’aire totale des ralentissements pendant les deux heures avant la naissance possède la meilleure valeur prédictive pour l’acidose fœtale.
- En effet, l’asphyxie correspond à une altération sévère des échanges gazeux entre l’utérus et le placenta avec des conséquences energétiques néfastes outre la production d’une acidose métabolique. C’est pourquoi la composante respiratoire de l’acidose globale doit être dégagée pour arriver à la composante métabolique de celle-ci.
- Une anomalie isolée traduit souvent un tracé de niveau jaune à risque d’acidose. Par exemple, il s’agit de ralentissements tardifs non-répétés ou de ralentissements variables d’amplitude supérieure à 60 bpm mais d’une durée inférieure à 60 secondes. Un tracé de niveau orange, à risque important d’acidose, se voit souvent avec des ralentissements tardifs répétés ou des ralentissements variables de durée supérieure à 60 secondes ou sévères éventuellement associés à une réduction de la variabilité (entre 3 et 5 bpm). Les parents d’un enfant atteint d’une infirmité motrice d’origine cérébrale (paralysie cérébrale) doivent demander à l’établissement de santé en question une copie de l’entier dossier d’accouchement y compris le partogramme (diagramme d’accouchement), l’enregistrement du rythme cardiaque fœtal et les comptes rendus des interventions telles que forceps ou césarienne.
Conséquences de la Souffrance Fœtale
Les conséquences de la souffrance fœtale peuvent varier en fonction de sa sévérité et de sa durée :
- À court terme : Une souffrance fœtale chronique peut mener à la mort du bébé in utero. Une souffrance fœtale aiguë sévère peut entraîner une asphyxie du nouveau-né, se traduisant à des degrés divers par une perte de l’activité cardiaque, respiratoire ou musculaire du nouveau-né, dont le score d’Apgar exprime la gravité, et que quantifie la mesure des gaz du sang au cordon (pH, pO2, pCO2, excès de base, et lactates). Elle réalise au pire une mort apparente du nouveau-né.
- À long terme : Le bébé peut présenter des séquelles du système nerveux et des handicaps sévères. Plusieurs études suggèrent également qu’un bébé ayant eu un retard de croissance in utero présenterait un risque accru d’obésité, d’hypertension et de diabète. En cas d’hypoxie fœtale (manque d’oxygène) sévère, il peut y avoir des séquelles neurologiques. Dans les cas les plus graves, très rares heureusement, le bébé peut décéder.
Prise en Charge et Traitement
La prise en charge de la souffrance fœtale dépend de sa cause et de sa sévérité :
- Souffrance fœtale chronique : La prise en charge s'appuie avant tout sur le repos, la future mère doit absolument lever le pied et prendre soin d'elle, accompagné d’une surveillance étroite, très souvent par monitorage. Si le bébé n’est pas bien alimenté par la maman, il peut être temps de le sortir, si son poids et sa taille sont suffisants.
- Souffrance fœtale aiguë : Si les examens secondaires sont rassurants, l’accouchement peut suivre son cours. En revanche, si les examens montrent un signe de souffrance ou de détresse fœtale, le bébé est en danger et il est alors nécessaire de provoquer sa naissance. Cela peut impliquer un déclenchement artificiel du travail ou une césarienne. Une réanimation du nouveau-né est parfois nécessaire.
En cas d’hyperstimulation utérine conduisant à des contractions trop fortes ou trop fréquentes, la perfusion de Syntocinon* doit être arrêtée. L'avocat spécialiste doit ainsi être attentif à la dose d'oxytocine, à la fréquence des contractions et à la qualité du relâchement entre les contractions
Prévention
En dehors des comportements à risque évidents (comme la prise de toxiques ou d’alcool, par exemple) qui mettent le fœtus en danger, il n’existe pas réellement de prévention possible pour éviter une souffrance fœtale. Il faut surtout rappeler aux mères que ce n’est pas leur faute. On sait que les femmes souffrant d’hypertension, par exemple, font de plus petits bébés et que cette pathologie reste une source de retard de croissance, mais les mamans ne sont pas fautives. Cela arrive, nous surveillons et nous faisons tout pour sauver un bébé en souffrance. La prévention de l'hypertension gravidique et de la prééclampsie réside avant tout dans la surveillance mensuelle de la femme enceinte. Elle consiste à prendre la tension artérielle et à réaliser un test d'urines pour y rechercher la présence de protéines. Ces mesures permettent de commencer un traitement au plus vite si nécessaire. Une femme qui a déjà présenté une prééclampsie a une chance sur quatre d’en souffrir à nouveau lors d'une nouvelle grossesse. En prévention, son médecin peut lui prescrire de l'aspirine à faible dose, dès la 12e semaine de cette nouvelle grossesse. Attention toutefois : chez les femmes enceintes, l'aspirine doit TOUJOURS être prise sous contrôle médical (et jamais avant la 12e semaine d'aménorrhée). Enfin, lorsqu'une prééclampsie a été diagnostiquée, la prévention d'une éventuelle crise d'éclampsie consiste à prescrire un traitement antihypertenseur et anticonvulsivant.
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La Prééclampsie: Une Complication Grave de la Grossesse
La prééclampsie est une pathologie de la grossesse, rare mais parfois grave. Elle est une maladie liée à la grossesse (ou « gravidique »), dont elle représente une complication sérieuse. En effet, elle met en danger la vie de la mère et du fœtus. Autrefois appelée « toxémie gravidique », elle est due à une malformation des vaisseaux sanguins du placenta. Cette pathologie se caractérise par la présence, chez la femme enceinte :
- d'une hypertension artérielle accompagnée d'œdèmes (gonflements) ;
- d'une perte de protéines dans les urines.
De plus, du fait de ces anomalies placentaires :
- le fœtus ne reçoit pas suffisamment de nutriments et d'oxygène, et développe un retard de croissance ;
- la mère peut souffrir de troubles de la coagulation sanguine, ainsi que de lésions au niveau des vaisseaux des reins, du foie et du cerveau (parce que le placenta n'est pas assez oxygéné).
La prééclampsie survient généralement pendant la seconde moitié de la grossesse, à partir de 20 semaines d'aménorrhée (depuis les dernières règles). Son nom provient du fait qu'elle peut conduire à une crise d'éclampsie, phénomène grave se traduisant par des convulsions (comme une crise d'épilepsie). D'autres complications graves se déclarent aussi parfois, et justifient l'hospitalisation de la patiente jusqu'à la naissance du bébé. Cette affection cesse avec l’accouchement et l'expulsion du placenta. Tous les traitements médicaux mis en œuvre servent à prolonger la grossesse jusqu'à un terme compatible avec la survie du fœtus. Après la naissance de l’enfant, les symptômes s'estompent en quelques jours.
Diagnostic de la Prééclampsie
Il est posé chez une patiente enceinte qui souffre à la fois d'hypertension artérielle (tension supérieure à 14/9) et de la présence de protéines dans ses urines. La prééclampsie est dite « sévère » et justifie une hospitalisation lorsqu'il existe certains signes de gravité, qu'ils soient :
- physiques (par exemple, une tension artérielle supérieure à 16/11, une aggravation des œdèmes ou une diminution de la quantité d'urine émise) ;
- biologiques (une augmentation de la quantité de protéines présentes dans les urines, une concentration sanguine d'urée élevée, des signes sanguins de souffrance du foie ou des reins, etc.) ;
- échographiques (un retard de croissance du fœtus, un volume de liquide amniotique insuffisant, une irrigation sanguine anormale des artères ombilicales ou cérébrales du fœtus, etc.)
Complications de la Prééclampsie
En France, la prééclampsie et ses complications comptent parmi les principales causes de décès maternel et fœtal. Outre la crise d'éclampsie, la prééclampsie peut donner lieu à de nombreuses pathologies chez la femme enceinte :
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- L'hématome rétroplacentaire : Il s’agit d’un décollement prématuré du placenta, provoquant un hématome (poche de sang) entre le placenta et l'utérus. Ce phénomène douloureux gêne (voire interrompt) les échanges sanguins entre la mère et le fœtus. Une césarienne doit être pratiquée en urgence.
- Le syndrome HELLP ( Hemolysis, Elevated Liver enzymes and Low Platelets count) : Il associe une destruction des globules rouges, des cellules hépatiques et des plaquettes sanguines. Dans ce cas, une césarienne doit également être réalisée au plus vite.
- Les autres complications maternelles : Il peut s’agir, par exemple, d’une coagulation du sang dans les petits vaisseaux sanguins (coagulation intravasculaire disséminée), d’une insuffisance rénale aiguë, d’une rupture hémorragique du foie, d’un accident vasculaire cérébral (AVC), d’un œdème aigu du poumon, ou encore d’un décollement de rétine.
Le fœtus peut, lui aussi, souffrir de problèmes liés à la prééclampsie, à savoir :
- un retard de croissance pendant la grossesse ;
- une souffrance aiguë lors d'un hématome rétroplacentaire ou d'une crise d'éclampsie ;
- une prématurité, parfois extrême, et ses conséquences potentielles ;
- un décès dans 2 à 5 % des cas (soit à cause du manque chronique d'oxygène et de nutriments, soit à la suite d'une complication aiguë).
Traitements Prescrits
L'hypertension artérielle gravidique et la prééclampsie cessent après l’accouchement. Pendant la grossesse, en cas d'hypertension artérielle gravidique ou de prééclampsie sans complication, la patiente peut demeurer à son domicile. Elle doit alors rester couchée sur le côté gauche, afin de faciliter l'arrivée du sang au placenta. Elle reçoit également un traitement contre l'hypertension artérielle. Si la maladie est grave, la patiente est hospitalisée et doit également rester couchée sur le côté gauche. Elle prend un traitement contre l'hypertension artérielle, voire un médicament pour prévenir les convulsions. Jusqu'à la 34e semaine d'aménorrhée, des corticoïdes (dérivés de la cortisone) lui sont également administrés. Ils favorisent la maturation des poumons du fœtus, ce qui est préférable en cas de naissance prématurée. Une césarienne est réalisée en urgence au moindre symptôme d'aggravation chez la mère ou le fœtus.
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