Introduction
Les étirements de Facilitation Neuromusculaire Proprioceptive (PNF), dont la technique contracté-relâché Kabat, représentent une approche avancée pour améliorer la flexibilité et la mobilité. Ces techniques impliquent une contraction volontaire des muscles pour favoriser l'étirement des tissus et sont reconnues comme parmi les plus efficaces pour accroître rapidement et globalement la flexibilité.
Qu'est-ce que la Facilitation Neuromusculaire Proprioceptive (PNF) ?
La Facilitation Neuromusculaire Proprioceptive (PNF) est une technique d'étirement qui utilise les réflexes et les contractions musculaires pour favoriser la relaxation des tissus. Les étirements et principes de PNF sont utilisés par les thérapeutes et coachs sportifs pour améliorer le renforcement musculaire, la stabilité, le contrôle neuromusculaire, la mobilité, la coordination et la flexibilité d’un athlète.
Origines de la PNF
Les techniques de PNF ont été développées à partir des années 1940 par le Dr Herman Kabat, le Dr Margaret Knott et le Dr Dorothy Voss. Leurs méthodes, axées sur le développement de la souplesse, de la flexibilité et la communication des fascias, des muscles et du système nerveux, sont toujours étudiées et utilisées aujourd'hui. Dès le départ, la PNF avait pour but d’aider les patients à devenir efficaces et autonomes dans leurs mouvements et activités quotidiennes.
Avantages et Inconvénients des Étirements PNF
Avantages
- Efficacité: Les techniques de PNF sont parmi les plus optimales pour développer la souplesse, réhabiliter un athlète et améliorer sa flexibilité.
- Simplicité: Facile à réaliser et ne nécessite pas d’être dans des positions compliquées.
- Rapidité: Chaque étirement peut durer à peine une minute pour les meilleurs résultats de flexibilité possible.
Inconvénients
- Assistance requise: Nécessite l’aide d’un coach / thérapeute pour réaliser tous les étirements (bien que certaines techniques puissent être adaptées pour une réalisation individuelle).
Les Différentes Techniques d'Étirements PNF
Les techniques de PNF ont toutes pour similarité d’utiliser les contractions volontaires des muscles pour favoriser l’étirement des tissus. Parmi les plus courantes, on retrouve :
Résisté-Relâché (Contract-Relax)
La technique du résisté-relâché utilise une contraction musculaire contre une résistance (contraction isotonique) pour faciliter la relaxation et donc étirer les tissus. En aidant la relaxation des muscles, la circulation et la souplesse des fascias sont améliorées.
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Protocole:
- Le muscle est placé dans une position d’étirement maximale.
- Une résistance est ensuite appliquée pendant le mouvement de l’articulation pour contracter et relaxer le muscle.
- Après la contraction, la partie du corps est relâchée puis étirée à nouveau en augmentant l’amplitude d’étirement.
Exemple : Étirement des Ischios-Jambiers en Résisté-Relâché
- Méthode 1 :
- Commencer en étant allongé sur le dos, avec une jambe en l’air pour avoir la hanche à 90°.
- Le genou se plie contre la résistance pendant 2 à 5 secondes avant de se relâcher.
- En gardant la hanche à 90°, le genou est étendu pour étirer complètement les ischios-jambiers.
- Méthode 2 :
- Commencer sur le dos, hanche à 90° avec le genou étendu.
- Appliquer la résistance pour que la personne contracte le quadriceps pendant 2 à 5 secondes.
- En contractant le quadriceps, l’ischio-jambier se relaxe ce qui permet de l’étirer davantage en augmentant l’amplitude d’étirement.
Contracté-Relâché (Hold-Relax)
La technique d’étirement PNF en contracté-relâché se fait en utilisant une contraction isométrique plutôt qu’isotonique. Cette technique est plus simple à utiliser seul puisqu’il n’y a pas besoin d’appliquer une résistance extérieure.
Protocole:
- Le muscle est placé dans une position d'étirement.
- L'individu contracte isométriquement le muscle étiré contre une résistance immobile (par exemple, en poussant contre un mur).
- Maintenir la contraction pendant 2 à 5 secondes.
- Relâcher la contraction et se détendre pendant quelques secondes.
- Augmenter l'amplitude de l'étirement en amenant la jambe vers le torse.
Exemple : Étirement des Ischios-Jambiers en Contracté-Relâché
- Commencer en étant allongé sur le dos, jambe en l’air avec le genou étendu.
- Attraper la cheville grâce à une serviette ou un élastique.
- Contracter le quadriceps pendant 2 à 5 secondes.
- Relâcher la contraction pour prendre sa respiration.
- Augmenter l’amplitude de mouvement en amenant la jambe vers le torse.
Précautions: Le problème du contracté-relâché est de maîtriser l’intensité des contractions et de l’amplitude d’étirement pour ne pas avoir une crampe soudaine.
Contracté-Relâché-Contraction-Antagoniste (Contract-Relax-Antagonist-Contract)
Cette technique de PNF commence comme le contracté-relâché. L’étirement débute avec une contraction isométrique pendant 2 à 5 secondes. Une fois cette partie réalisée, c’est le muscle antagoniste qui se contracte directement pendant 2 à 5 secondes avant d’augmenter l’amplitude de mouvement. Dans cette méthode il n’y a pas d’étirement après les contractions.
Protocole:
- Réaliser une contraction isométrique du muscle cible.
- Contracter directement le muscle antagoniste.
- Augmenter l'amplitude de mouvement.
Exemple : Étirement des Ischios-Jambiers en Contracté-Relâché-Contraction-Antagoniste
- Commencer en étant sur le dos, jambe étendue.
- Appliquer une résistance contre la main d’un partenaire pour contracter l’ischios-jambiers
- Reprendre ta respiration et laisser ton partenaire augmenter l’amplitude de mouvement pendant que tu expires
- Il faut maintenant contracter l’antagoniste (le quadriceps) en décollant ton pied de la main de partenaire
Contracté-Relâché-Bougé
Cette technique commence comme le contracté-relâché. La différence se fait après la contraction. Au lieu de se relâcher avec un étirement contrôlé, le mouvement se fait brusquement, sous forme d’à-coups, comme un étirement balistique. Il est généralement déconseillé, car risqué et utilisé par les athlètes avancés qui connaissent très bien leur corps et leur réflexe de stretching. A moins d’avoir des besoins extrêmes de souplesse, cette technique risque de te blesser facilement.
Conseils pour Améliorer la Flexibilité avec la PNF
- Astuce: Fatigue les fibres musculaires avec la technique précédente puis applique le résisté-relâché (la première technique). En contractant volontairement les muscles, les fibres et tissus n’auront plus la force de résister et augmenteront automatiquement leurs souplesses.
Différence entre Étirements Statiques et Étirements de PNF
La différence principale entre étirement statique et étirement de PNF vient du fait qu’il n’y à pas de contraction volontaire pendant un étirement statique. Les recherches ont aussi montrées que les étirements de PNF étaient supérieurs aux étirements statiques. Le fait de contracter volontairement les muscles et d’induire une relaxation permet d’avoir des résultats durables et rapides en souplesse. Les étirements de PNF sont à utiliser après un entraînement ou sur un jour de repos pour améliorer le processus de récupération.
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Paramètres des Étirements de PNF
Les paramètres de stretching de ce genre d’étirements ressemblent à ceux des étirements statiques et autres techniques lentes. Chacune des techniques de PNF peut être appliquée aux exercices des routines.
- Tempo: Lentement voir très lentement, avec au moins trois secondes pour une respiration diaphragmatique complète.
- Intensité: Lente pour relaxer le système nerveux, relaxer les tissus et faire entrer le corps dans la phase de récupération.
- Durée: Autant qu’il en faut pour étirer, assouplir et relaxer tes tissus. Tu peux réaliser deux techniques de PNF par côté ou par étirement. Il est conseillé de combiner le contracté-relâché-contraction-antagoniste avec le résisté-relâché pour les meilleurs résultats.
- Fréquence: Tu peux faire chacune des routines deux à trois fois dans la semaine, en alternant entre haut et bas. En laissant toujours de 48 heures de repos au minimum avant d’étirer la même partie. Si tu viens d’entraîner le corps entier, tu peux faire les deux routines à la suite, en commençant par le bas du corps.
Routine d’Étirements de PNF
Étirements des Mollets
- Place toi face à un mur et pose un des pieds dessus
- Jambe tendue, PNF(mollets)
La Méthode de Kabat dans le Contexte de la Rééducation
Dans les suites de chirurgie orthopédique, une des priorités réside dans la récupération des amplitudes articulaires. Cela justifie une prise en charge précoce du patient et l’utilisation de moyens de prévention de la raideur et des techniques de gain d’amplitude. Le problème majeur qui se pose au thérapeute lors du travail de la mobilité est la douleur. En orthopédie, à l’exclusion de toutes complications inflammatoires ou infectieuses, la douleur a pour origine un balayage articulaire lors du mouvement actif ou la position extrême.
Gestion de la Douleur et Stimulation
La théorie du gate-contrôle a permis de mettre au point des techniques de soins évitant ou inhibant les stimulations nociceptives. L’utilisation d’attelles motorisées permet un balayage passif et lent de l’articulation. Les machines isocinétiques permettent de travailler à vitesse constante. Le travail excentrique est prescrit avec beaucoup de prudence. Pourtant le réflexe d’étirement est utilisé au début de la rééducation afin de faciliter le réveil musculaire. Les réticences des thérapeutes proviennent des complications rapportées dans la littérature après un travail excentrique maximal.
DOMS (Delayed Onset Muscular Soreness)
Le DOMS (Delayed Onset Muscular Soreness) apparait dans les 8 heures qui suivent le travail et peut persister jusqu’au 21ème jour. Ce syndrome musculaire douloureux fait suite à un travail excentrique maximal réalisé à vitesse rapide. Il se traduit par une désorganisation des myofilaments, des microtraumatismes du tissu conjonctif et une libération d’hydroxyproline. Les lésions siègent essentiellement au niveau de la jonction musculo-tendineuse.
Travail Excentrique et Élasticité Musculaire
Lors du travail sous maximal, le travail excentrique permet d’améliorer l’élasticité de la fibre musculaire. Lors du stimulus d’étirement se créé un équilibre entre le réflexe facilitateur de la contraction musculaire provenant des fuseaux neuro-musculaires et le réflexe inhibiteur, du fait d’une augmentation de la tension développée, provenant des organes tendineux de Golgi. A vitesse rapide, le réflexe facilitateur prédomine alors que l’inverse se produit à vitesse lente. Ce mécanisme est bien connu des cliniciens : un étirement brutal augmente la spasticité alors qu’un étirement prolongé, doux permet d’assouplir un muscle spastique.
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Inhibition de la Douleur et Biofeedback
Le gain d’amplitude a comme principal inconvénient d’être source de douleur. L’inhibition de la douleur est possible à tous les niveaux du système nerveux central (moëlle-épinière, substance réticulée, thalamus, cerveau). De nombreuses armes à visée antalgique peuvent être utilisées avec succès (médicaments, stimulation trans-cutanées, soutien psychologique…). L’intervention au niveau médullaire (théorie du gate-contrôle) est très séduisante. De par le travail excentrique, il existe lors du mouvement une stimulation des récepteurs musculo-tendineux, articulaires et cutanés. Cette profusion d’informations en provenance des fibres de gros calibre « noie » l’information sensitive nociceptive véhiculée par les fibres nerveuses de petit calibre. Ces stimulations persistent durant toute la durée de l’exercice, ce qui n’est pas le cas lors du contracté-relâché ou lors de la stabilisation rythmique. De plus, le patient a un contrôle visuel de l’effort fourni grâce à l’écran sur lequel s’affiche la quantification de son travail. Cette information par biofeedback nous paraît être également un gros avantage de cette méthode.
Application sur Différentes Articulations
Enfin, et ce n’est pas le moindre intérêt de cette technique, ce travail peut être effectué sur toutes les articulations et ceci dans toutes les directions du mouvement souhaité et à n’importe quel angle. On peut lutter contre un flexum de genou ou travailler le gain de flexion du genou dans des angles inférieurs à 75°.
Paramètres de Travail et Sécurité
Le travail demandé est sous maximal. Chaque semaine est calculée la 1RM excentrique. Nous notons le pic de couple maximal obtenu pour le ou les muscles étudiés lors d’une contraction excentrique maximale. Nous prenons 50% de la valeur obtenue (1/2 RM) et réglons la sécurité de la machine sur cette valeur. Si le patient développe, à un angle donné, un pic de couple supérieur à 50% du pic de couple maximal le mouvement est arrêté. En mode excentrique, si le pic de couple développé par le patient est inférieur à 10% du pic de couple qui bloque le mécanisme de la machine (1/2 RM) le mouvement est également interrompu. Nous sommes donc certains d’une force développée variant à tout point du mouvement entre 5% et 50% du pic de couple maximal possible (1 RM). Le gain d’amplitude est progressif. Il est possible de régler les limites du mouvement. En fonction de la tolérance du sujet, les butées sont modifiées afin de récupérer de la mobilité dans le sens du mouvement choisi.
Installation et Vitesse du Mouvement
Nous disposons du matériel isocinétique d’évaluation musculaire Biodex. Le travail s’effectue sur un sujet bien installé, en position assise, axe du dynamomètre en regard du centre articulaire, segment de membres sus et sous-jacents bien immobilisés. La vitesse du mouvement est de 10° par seconde. Le mouvement est initié par le groupe musculaire antagoniste du mouvement recherché (fléchisseurs pour l’extension et inversement). Le mouvement aller et retour nécessite un travail musculaire des antagonistes au mouvement. Si la force développée est trop faible ou trop forte, le mouvement s’interrompt.
Collaboration du Patient et Mode Passif
La compréhension et la collaboration du patient doivent être totales. Il est indispensable que le sujet puisse travailler les muscles agonistes et antagonistes en isocinétique. Le mouvement se fait sur un mode passif. On demande au patient de freiner le mouvement qu’exécute la machine. On calcule la 1RM (pic de couple maximal) sur un effort maximal freinateur réalisé par le patient. On règle la sécurité à 50% du pic de couple maximal obtenu. L’absence de contraction musculaire, dans ce cas ne bloque pas le mouvement. On peut donc réaliser l’ensemble ou une partie du mouvement en passif pur. Cet exercice est moins contraignant. Tous nos patients qui justifient de l’utilisation de cette technique de gain d’amplitude commencent à travailler en excentrique sur le mode passif. En fin de progression, dans les indications choisies nous les faisons travailler en isocinétique sur mode excentrique. L’exercice commence dans les amplitudes réalisées par le patient.
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