Introduction

L'histoire de Moïse sauvé des eaux est un récit biblique puissant qui a captivé l'imagination des artistes et des théologiens pendant des siècles. Cet article explore la fortune iconographique de Moïse sauvé des eaux au XVIIe siècle en Europe, en mettant en lumière la diversité des interprétations symboliques et en réfutant l'idée que la référence allégorique de cet épisode se limite uniquement au Christ échappant au massacre des Innocents.

La Popularité du Thème de Moïse au XVIIe Siècle

Nombreux sont les tableaux, tapisseries, dessins, estampes, sculptures et objets d’art divers conservés à ce jour qui représentent Moïse découvert près des rives du Nil. Une quête patiente a permis de recenser un peu plus de quatre cents œuvres françaises, italiennes et néerlandaises datées du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle. S’il n’est certes pas exhaustif, ce corpus abondant signale cependant la vogue de ce sujet biblique.

Réfutation de la Thèse d'Émile Mâle

Émile Mâle, historien de l'art religieux, estimait que le symbolisme de Moïse sauvé des eaux comme préfiguration du Christ était oublié par les artistes du XVIIe siècle. Il affirmait que si Moïse sauvé des eaux a été si fréquemment peint, c’est qu’on admettait encore au temps de la Contre-Réforme que Moïse sauvé au berceau était une figure de l’Enfant échappant à la persécution d’Hérode. Mâle constatait le succès de l’iconographie mosaïque au XVIIe siècle, et trahissait une nette prédilection pour la production artistique médiévale, jugée -de façon réfutable - plus riche, du point de vue du sémantisme des œuvres, que celle du XVIIe siècle. Cette vision est aujourd'hui remise en question grâce aux avancées considérables ménagées depuis les années 1960 par le renouveau des travaux sur l’art français, néerlandais et italien du XVIIe siècle.

L'Allégorisme Biblique au Coeur des Interprétations

Ce qu’Émile Mâle appelle « symbolisme » correspond à l’« allégorisme » des théologiens, pratique exégétique héritée de la rhétorique antique et qui consiste à dire une chose et à en signifier une autre simultanément. Aussi l’allégorie in factis des biblistes fait-elle de chaque événement vétéro-testamentaire une préfiguration du Nouveau Testament. L'allégorisme biblique était d'autant plus familier des esprits du XVIIe siècle que depuis le Moyen Âge, la publication régulière de « bibles pour illettrés » telles que la Biblia pauperum, le Speculum Humanae salvationis, les Figures de la Bible et autres ouvrages illustrés similaires, a modelé l’imaginaire des chrétiens en leur infusant une multitude de poncifs iconiques aisément identifiables. Ces supports iconiques variés mais tous chargés d’inculquer les rudiments et les topoï de l’exégèse allégorique à l’ensemble des fidèles, même analphabètes, par la juxtaposition systématique et autorisée d’images vétéro-testamentaires et néo-testamentaires, ont fini par constituer le socle d’une culture exégétique et visuelle commune.

L'opuscule de Jacob Girard des Bergeries publié en 1610 multiplie les parallèles entre Moïse et le Christ, et s’adresse à un lectorat pieux, tandis que les sermons prêchés par Nicolas l’Escalopier en l’église S. Gervais de Paris à l’Avent 1639 propagent ce type d’allégorie typologique aux fidèles lettrés et illettrés venus les écouter.

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L'Influence de la Contre-Réforme

Les préoccupations contre-réformées des commanditaires semblent modeler le sémantisme de ces œuvres. Rendre les mystères et les allégories de la religion accessibles même aux plus frustes des croyants, tel est l’enjeu de cette publication pénétrée de la pensée tridentine. L'exégèse allégorique n’est toutefois pas l’apanage des théologiens, et son rayonnement excède les publications et déclamations pieuses. Ainsi transparaît-elle sensiblement dans l’idylle héroïque de Saint-Amant Moyse sauvé, publiée en 1653 pour un lectorat moins dévot que mondain. À l’époque, la pratique de l’allégorie et de son déchiffrement (allégorèse) semblent une habitude mentale voire un réflexe intellectuel perdus aujourd’hui.

L'Exemple de Nicolas Poussin

Poussin est soupçonné d’ignorance par Émile Mâle, qui voit dans ses tableaux mosaïques une désertion de la nature allégorique du sujet représenté. Cependant, un extrait d’une lettre à Chantelou montre que Poussin connaissait la lecture allégorique de la Bible et qu’il la pratiquait usuellement. Ses tableaux mosaïques portent semble-t-il aussi la trace de sa fidélité à l’exégèse allégorique. Citons à cet égard son Moïse sauvé des eaux de 1638, celui de 1641, ou son Moïse exposé sur le Nil conservé à Dresde. Le premier tableau puise vraisemblablement sa substance allégorique dans une savante métaphore végétale, car les deux souches coupées pourvues chacune d’un scion, placées dans le coin inférieur gauche de la composition, décrivent sans doute le Christ échappant au massacre des Innocents, entre autres significations. Le Moïse sauvé peint par Poussin vers 1647 n’est pas dépourvu non plus de référence au Nouveau Testament. Le peintre représente l’épisode de la découverte de Moïse à l’aube : un subtil rehaut de blanc de plomb et d’étain signale, en haut à droite de la composition, le lever du soleil sur l’eau sombre du Nil.

La lecture de Jacob Girard des Bergeries et de Nicolas Talon jette semble-t-il quelque lumière sur la teneur allégorique du tableau de Poussin, et suggère l’idée que la découverte de Moïse peinte vers 1647 correspond à une aube qui commence d’estomper les ténèbres du paganisme, mais que seule la venue ultérieure du Christ, Soleil de Justice à son zénith, dissipera tout à fait. Le Moïse exposé conservé à Dresde semble suivre aussi la tradition allégorique, en évoquant apparemment le Christ dans sa crèche par le biais d’une habile contamination iconographique qui ressuscite le processus exégétique.

Ces peintures vétérotestamentaires du XVIIe siècle se distinguent des images qui accompagnent traditionnellement les textes apologétiques médiévaux et posttridentins, car par un effet de condensation nouveau, il ressort que l’expérience visuelle de l’exégèse allégorique ne naît plus de la juxtaposition du type et du modèle de l’image vétérotestamentaire et de l’image néotestamentaire. Désormais, la seule représentation vétérotestamentaire évoque par ses propres moyens picturaux sa clé néotestamentaire sans la figurer ostensiblement : celle-ci n’est qu’allusive et laissée à l’initiative sagace du spectateur. Elle s’avère contenue pour ainsi dire en puissance, et fait donc du tableau ce qui pourrait s’appeler une allégorie in absentia qui compte sur une culture exégétique et visuelle oubliée du spectateur du XXIe siècle. Les trois exemples poussinesques ajoutés aux œuvres exécutées ultérieurement par les confrères italiens et français de Poussin prouvent donc que la peinture religieuse du XVIIe siècle n’est pas hermétique aux spéculations allégoriques des théologiens. Ces œuvres suggèrent même une appropriation de l’allégorie in factis par les peintres grâce à des artifices plastiques divers qui aspirent tous à souligner de manière concise les analogies entre Ancien et Nouveau Testament, bien connues de la plupart des chrétiens du XVIIe siècle. Du fait de leur richesse sémantique, ces peintures assument selon toute vraisemblance une fonction de méditation sur les sens cachés des Ecritures.

Moïse, un Symbole de l'Enfance Retrouvée

Sans céder à un travers téléologique qui limiterait l’histoire de l’art à un rôle d’instrument docile de l’histoire, il apparaît toutefois que la prolifération des œuvres qui prennent pour sujet la découverte de Moïse sur le Nil n’est pas étrangère au regard sensible et particulièrement attentif que porte le xviie siècle sur la petite enfance. Les édits de 1556, 1586 et l’ordonnance de Moulins datée de février 1566, qui répriment de mort l’infanticide en disposant que les mères doivent déclarer toute grossesse, sont les signes bien connus d’un intérêt accru pour les petits enfants. La figure de Moïse n’est pas étrangère à cette reconsidération positive de l’enfance.

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Moïse: Un Personnage Central dans Plusieurs Religions et Cultures

Comme Abraham, Moïse est un personnage central pour les juifs. Il l’est aussi pour les chrétiens. Sa vie est racontée principalement dans le Livre de l’Exode, un des premiers livres de la Bible. Moïse est le personnage le plus cité dans l’ensemble des textes bibliques, apparaissant à 765 reprises dans la bible hébraïque et à 79 reprises dans le Nouveau Testament. Il y apparait essentiellement comme le médiateur de la révélation, le législateur fondamental et l’auteur du Pentateuque.

Le Contexte de la Vie de Moïse

Le peuple juif avait suivi Joseph (le fils d’Isaac) en Égypte pour fuir la famine. Il s’était ainsi installé librement. Mais quelques générations plus tard, il n’est plus le bienvenu. Pour autant, il garde confiance en Dieu et espère un libérateur. Champion de Dieu contre l’idolâtrie, Moïse est l’intercesseur auprès de Dieu en faveur de son peuple qui pourtant trahit sa confiance et lui témoigne même parfois de l’hostilité.

Une Jeunesse Dorée que Rien ne Prédestinait

Les parents de Moïse, sont tous deux issus de la maison de Lévi. Ils sont de la première génération des Hébreux qui naissent en Égypte. Moïse est donc de la deuxième génération qui voit le jour en Égypte. C’est au cours de cette génération que Pharaon donne l’ordre à son peuple d’éliminer les nouveau-nés mâles et de ne laisser vivre que les filles. Après sa naissance sa mère cache l’enfant durant trois mois puis l’abandonne dans une corbeille sur le Nil, près de la rive. La fille de Pharaon découvre sur la rive du fleuve un berceau où flotte un nourrisson. Elle le nomme « Moïse » ; ce qui veut dire « Sauvé des eaux ». Moïse est élevé à la cour de Pharaon. Mais il découvre son origine juive et constate la misère de son peuple d’origine. Il devient alors un renégat et n’a d’autre choix que de s’enfuir dans le désert d’Égypte vers le pays de Madian. Parvenu à un puits, il défend des bergères de Madian contre d’autres bergers. Celles-ci lui offrent l’hospitalité en remerciement. Moïse se retrouve donc à Madian, où le prêtre, Jethro lui donne sa fille Séphora en mariage.

L’épisode du Buisson Ardent

Alors qu’il est réfugié en Madian et qu’il garde les troupeaux de son beau-père, Moïse vit une expérience qui va lui donner le sens de sa mission : Dieu l’appelle de l’intérieur d’un buisson en feu mais qui ne consume pas. Dieu lui révèle son nom, ce nom est le tétragramme YHWH. Après cet événement, Moïse abandonne sa situation de berger et retourne en Égypte.

La Libération d’Égypte

Moïse et son frère Aaron tentent de persuader Pharaon de laisser les Hébreux quitter l’Égypte. Pour cela, ils le menacent de terribles fléaux qui chaque fois se réalisent. Pharaon leur oppose ses magiciens et ne cède qu’après la dixième plaie, d’où la formule les 10 plaies d’Égypte :

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  • Les eaux du Nil deviennent sang.
  • Les grenouilles envahissent l’Égypte.
  • Les mouches et les moustiques attaquent la population.
  • Les vermines apparaissent.
  • Une épidémie de peste attaque le bétail.
  • Les habitants attrapent des furoncles (lèpre).
  • La grêle détruit les récoltes.
  • Les sauterelles dévorent la végétation.
  • Les ténèbres règnent pendant trois jours.
  • Les premier-nés (hommes et animaux) égyptiens meurent durant la nuit.

Après sa sortie d’Égypte, Dieu fait traverser au peuple la mer des Joncs (et non la Mer Rouge, comme on le trouve trop souvent) qui se referme ensuite sur l’armée égyptienne qui tentait de les rattraper. Moise conduit ensuite le peuple au pied du mont Sinaï, où il monte recevoir les dix commandements, les Tables de la Loi. Mais lorsque Moïse descend du mont Sinaï, il voit les Hébreux adorer un veau d’or. De colère, il fracasse les Tables de la Loi sur un rocher puis ordonne le massacre de trois mille adorateurs du veau d’or. Moïse retourne alors au sommet du mont Sinaï afin de recevoir de nouvelles tables.

L’errance dans le Désert avant l’Entrée en Terre Promise

Au fil des miracles, Dieu affermit l’autorité de Moïse sur le peuple, prouvant ainsi qu’il est bien son envoyé. Cependant le peuple Hébreu ne cesse de murmurer contre Moïse et contre Dieu, répétant qu’il vivait mieux en Égypte. Moïse ayant, pour abreuver le peuple hébreu, frappé de son bâton par deux fois le rocher de Meriba en attirant l’attention sur lui et Aaron au lieu du Dieu d’Israël, n’est pas autorisé à entrer en Terre promise. Avant de mourir, il nomme Josué comme successeur pour conquérir la Terre promise.

Les Migrations de Moïse

Tout au long de sa vie, Moïse endosse trois nationalités différentes. Hébreu, Égyptien et Arabe, il doit son salut à l’accueil que les étrangers lui ont réservé.

Moïse et les Chrétiens

Dans le Nouveau Testament, Moïse est présenté comme celui qui annonce la venue de Jésus de Nazareth comme le Messie. Ce dernier est présenté comme un second Moïse, incompris et rejeté comme son prédécesseur. La naissance de Moïse se fait dans un contexte bien particulier qui est la naissance du peuple d'Israël. C'est le Pharaon qui va désigner la famille de Jacob comme étant le peuple d'Israël.

Une Naissance dans la Souffrance

Moïse entame sa vie à contre-courant. ll a une identité qui est condamné, de par son peuple qui est en train de se construire mais aussi sa famille. La fille de Pharaon, lorsqu'elle voit le berceau de Moïse dériver sur les eaux du Nil, se prend d'amour pour ce bébé dont elle voit directement son identité hébraïque. Malgré cela, et en sachant que ce geste s'oppose aux ordres du Pharaon, elle recueille le nourrisson qu'elle confiera à une nourrice qui n'est autre que la mère de Moïse, Yokheved.

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