Les métiers de la puériculture et de la petite enfance, quasi-exclusivement occupés par des femmes, sont essentiels pour le développement et le bien-être des jeunes enfants. Ces professions, exercées dans les nurseries des maternités, les pouponnières, crèches, garderies, centres de protection maternelle et infantile (PMI) et à domicile, sont confrontées à de multiples risques, qu'ils soient physiques, biologiques ou psychologiques. Une prise de conscience de ces risques et la mise en œuvre de mesures de prévention adaptées sont indispensables pour garantir la santé et la sécurité des professionnels de la petite enfance.
Identification des risques dans les métiers de la petite enfance
Les professionnels de la petite enfance, tels que les puéricultrices, auxiliaires de puériculture et assistantes maternelles, sont exposés à une variété de risques inhérents à leur activité. Il est crucial de les identifier afin de mettre en place des mesures de prévention efficaces.
Risques physiques
Les contraintes physiques sont une composante majeure des risques professionnels dans ce secteur. Elles sont liées aux tâches quotidiennes telles que :
- Manutention d'enfants : Le port répété des enfants, les soins aux bébés impliquent des efforts physiques importants.
- Postures contraignantes : L'obligation de se pencher souvent en avant, de s’accroupir, de travailler à genoux pour s'occuper des enfants sollicite fortement le dos et les articulations. Le déplacement des berceaux et chariots, le rangement des objets souvent ramassés au sol contribuent également à ces contraintes.
- Chutes et glissades : De nombreux accidents sont liés aux manutentions, aux chutes et glissades.
Ces contraintes peuvent entraîner des troubles musculosquelettiques (TMS), tels que des troubles dorsolombaires et des tendinopathies des membres supérieurs. Selon les statistiques, 46 % des accidents dans les métiers de la petite enfance sont liés aux manutentions manuelles et 45 % aux chutes, représentant 280 000 journées de travail perdues par an.
Risques biologiques
Les activités de la petite enfance exposent les professionnels à un risque accru de contracter des infections. Les contacts étroits avec les enfants favorisent la transmission de :
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- Affections oto-rhino-laryngologiques (ORL) : Rhumes, angines, otites sont fréquents.
- Gastro-entérites : Très contagieuses, elles se propagent rapidement dans les collectivités d'enfants.
- Maladies infantiles : Rubéole, toxoplasmose, varicelle, infections à cytomégalovirus et parvovirus B19 (mégalérythème épidémique), hépatites virales sont autant de risques potentiels.
Ces risques biologiques nécessitent une vigilance constante et le respect strict des règles d'hygiène.
Risques psychologiques
La dimension relationnelle de l'emploi et les conditions de travail difficiles peuvent engendrer une lourde charge psychologique. Les facteurs de risques psychosociaux (RPS) sont multiples :
- Bruit : Surtout dans les grandes structures où les enfants sont nombreux, le bruit généré par les enfants (cris, pleurs,…) entraine un niveau sonore élevé source de stress et de fatigue. Le bruit continuel et prolongé des enfants, à l’intérieur des structures comme lors des pauses et des récréations, exige à la fois une utilisation constante et une élévation de la voix, ce qui provoque une aphonie (perte de la voix) et des douleurs laryngées passagères.
- Exigences et violences des parents : La gestion des relations avec les parents peut être source de stress et de conflits. Frédérique Noel, psychologue du travail, souligne que même dans un cadre collectif, les professionnels doivent répondre à des besoins de plus en plus individualisés, ce qui occasionne parfois des discussions difficiles avec les familles.
- Agitation perpétuelle des enfants : Le rythme de travail intense et la nécessité de surveiller constamment les enfants peuvent être épuisants.
- Cas de maltraitance infantile : La confrontation à des situations de maltraitance infantile peut être traumatisante.
- Surcharge de travail : Les équipes sont souvent sursollicitées, ce qui augmente la pression et le risque de burnout.
- Difficultés à poser des limites entre vie professionnelle et vie personnelle : Les intervenants de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) sont particulièrement concernés par ce risque.
Ces facteurs peuvent entraîner stress, troubles du sommeil, burnout, voire dépression.
Prévention des risques : une approche globale
La prévention des risques professionnels dans les crèches et autres structures d'accueil de la petite enfance doit être une priorité. Elle repose sur une approche globale qui prend en compte les aspects physiques, biologiques et psychologiques.
Évaluation des risques et document unique (DUERP)
La première étape de la prévention consiste à évaluer les risques présents dans chaque structure. Conformément à la législation, tout employeur doit prendre “les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale” de ses salariés. Il est ainsi tenu d'évaluer les risques et de mettre en place des actions de prévention, d'information et de formation. L’évaluation des risques doit être consignée dans le document unique d’évaluation des risques (DUER).À l’instar de toute activité professionnelle, il est à la charge de l’employeur d’évaluer l’ensemble de ces risques et de consigner le résultat de cette évaluation dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Cette étape clé doit couvrir toutes les activités, y compris les activités support, et associer le personnel concerné. Afin d'aider les entreprises du secteur de l’accueil de jeunes enfants à la réaliser, un outil OiRA d’évaluation des risques professionnels, disponible sur le site de l’INRS, a été spécifiquement élaboré.
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L'évaluation des risques doit être régulière et impliquer l'ensemble du personnel. Il s'agit de faire un état des lieux de la situation à l’instant t (identifier les postes et les situations à risques, les facteurs de pénibilité, etc.) et de relever les informations disponibles. Pour cela, enrichir le tableau de bord élaboré lors de l’évaluation des risques avec de multiples indicateurs, pour réaliser une veille de chaque risque identifié.
Mesures de prévention techniques et organisationnelles
Découlant de l’évaluation des risques, les mesures de prévention concernent l’organisation des espaces de travail et leur aménagement, le rangement pour éviter ce qui pourrait occasionner des chutes, l’achat d’équipements ergonomiques permettant de supprimer les manutentions inutiles, l’aménagement acoustique, l’aération et l’éclairage des locaux ou encore, pour les professionnels travaillant dans des collectivités d’enfants, le respect de règles d’hygiène et de certaines exigences vaccinales. La mise en place de mesures de prévention efficaces passe par :
- Aménagement des locaux :
- Ergonomie : Les équipements mis à disposition doivent comporter des aides techniques comme des chariots de service, des tabourets sur roulettes… Il faut prévoir une profondeur minimale pour une bonne position du dos du professionnel, un espace au sol pour les pieds et l’intégration d’un change-debout afin de réduire les contraintes physiques pour s’occuper des enfants qui marchent. Constamment, il faut allier la préservation des travailleurs et la stimulation de l’enfant. Prenons l’exemple de plans de change réglables en hauteur auxquels l’enfant accède de façon autonome avec l’assistance d’un adulte. L’équipement (sièges, tables, etc.), quant à lui, doit être choisi pour faciliter l’adaptation de l’adulte à la taille de l’enfant, à l’image des sièges de travail spécialement conçus pour un environnement comme une école maternelle ou une crèche. La mise à disposition de matériels et d’équipements adaptés aux adultes, réglables en hauteur et faciles à déplacer (lits, postes de change, sièges, équipements à roulettes, etc.) permet d’éviter les mauvaises postures répétées.
- Sécurité : Si le risque 0 n’existe pas, il est possible de réduire les risques de chute, en installant par exemple des sols anti-dérapants et en gardant les sols et les escaliers propres, secs et non encombrés.
- Acoustique : Mais aussi en choisissant des jouets et des équipements, notamment électroménagers, avec le niveau sonore le plus bas possible.
- Dans les prochains mois, l’INRS va mettre en ligne un nouvel outil Mavimplant, conçu avec la fédération française des entreprises de crèche, pour penser les futurs établissements d’accueil du jeune enfant et anticiper les spécificités du secteur.
- Organisation du travail :
- Rotation des tâches : Varier les activités pour limiter les contraintes physiques et psychologiques.
- Aménagement des horaires : Prévoir des temps de pause réguliers pour permettre aux professionnels de se reposer et de se détendre.
- Limitation du bruit : Réduire les sources de bruit dans les locaux et sensibiliser les enfants et les professionnels à l'importance du calme.
- Hygiène : Ces risques peuvent être limités par des mesures générales d’hygiène (lavage régulier des mains, nettoyage des surfaces, jouets, autres objets, ventilation des pièces, etc). Le personnel doit être formé à leur application rigoureuse.
- Vaccinations : Les vaccinations obligatoires (tétanos, diphtérie, poliomyélite, hépatite B, BCG après intradermo réaction tuberculinique) doivent être complétées par des vaccinations recommandées (hépatite A, coqueluche par le vaccin DTPCoq lors d’un rappel par exemple).
Formation et information
La formation et l'information des professionnels sont essentielles pour les sensibiliser aux risques et leur donner les outils nécessaires pour les prévenir. Il est indispensable de former et d’informer les personnels des établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE) sur les risques et leur prévention6. La formation (Prap, RPS…) et l’information des collaborateurs tout au long de la carrière constituent également l’un des moyens permettant à chacun d’être acteur de sa santé.
Les thèmes abordés peuvent inclure :
- Les risques physiques (TMS, chutes, etc.) et les mesures de prévention (gestes et postures, utilisation du matériel, etc.).
- Les risques biologiques (infections, maladies transmissibles) et les mesures d'hygiène (lavage des mains, désinfection, etc.).
- Les risques psychosociaux (stress, burnout, violence) et les stratégies de gestion (communication, gestion des émotions, etc.).
Soutien psychologique et analyse des pratiques professionnelles
Côté RPS, la prévention s’appuie beaucoup sur l’échange de pratiques. « Il s’agit de métiers qui requièrent des qualités et compétences émotionnelles et pour lesquels il est fondamental de confronter son vécu professionnel avec ses pairs », estime Carole Gayet, experte d’assistance-conseil à l’INRS. « L’un des garde-fous est de souder l’équipe, avec des réunions régulières permettant d’exprimer ses difficultés et d’échanger sur les moyens de les surmonter. À cela s’ajoutent, à fréquence régulière, des analyses de pratiques professionnelles menées sous le regard d’un psychologue externe. Elles permettent aux intervenants du secteur social et médico-social de mettre des mots sur des situations concrètes, de prendre du recul sur la pression du quotidien et d’envisager des pistes d’amélioration. « C’est libérateur, ça participe à la cohésion d’équipe et redonne du sens », affirme Sophie Jeannin, référente aide sociale à l’enfance. Un sens qui concourt à une meilleure qualité de la prestation.
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Le soutien psychologique est un élément clé de la prévention des RPS. Il peut prendre différentes formes :
- Groupes de parole : Permettre aux professionnels d'échanger sur leurs difficultés et de partager leurs expériences.
- Analyse des pratiques professionnelles : Animer des séances d'analyse des pratiques pour aider les professionnels à prendre du recul sur leur travail et à trouver des solutions aux problèmes rencontrés.
- Soutien individuel : Proposer un accompagnement psychologique individuel aux professionnels qui en ont besoin.
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