L'utilisation du placenta, que ce soit sous forme de complément alimentaire ou autre, suscite un intérêt croissant, mais aussi de nombreuses interrogations. Cet organe, essentiel au développement fœtal, est vanté par certains pour ses potentuels bienfaits post-partum, tandis que d'autres mettent en garde contre les risques sanitaires et l'absence de preuves scientifiques. Cet article explore les différentes facettes de cette pratique controversée, en abordant les arguments pour et contre, ainsi que le cadre légal en vigueur.

L'Attrait du Placenta: Mythes et Réalités

Depuis une vingtaine d’années, la placentophagie, c'est-à-dire la consommation du placenta après l'accouchement, connaît un essor notable, notamment aux États-Unis. Des célébrités telles que Katie Holmes, Kim Kardashian et Hilary Duff ont publiquement partagé leurs expériences, affirmant que la consommation de leur placenta, sous forme de capsules ou de smoothies, leur avait apporté divers bienfaits.

Kourtney Kardashian a même suscité une polémique en partageant une photo de gélules de placenta, qu'elle présentait comme une source d'énergie, un moyen d'améliorer la connexion avec son bébé et de prévenir le baby blues et la dépression post-partum.

Les adeptes de la placentophagie soutiennent que le placenta est riche en hormones, vitamines (notamment B12) et nutriments bénéfiques, tels que le fer. Ils affirment que sa consommation peut prévenir la dépression post-partum, améliorer le taux de fer, augmenter l'énergie, favoriser la lactation et renforcer les liens entre la mère et l'enfant. Ils s'appuient également sur le fait que de nombreux mammifères consomment leur placenta après la naissance.

Certaines entreprises ont même vu le jour, proposant des services d'encapsulation du placenta, transformant ainsi l'organe en gélules vendues comme des compléments nutritionnels quotidiens, parfois à des prix élevés. Ces gélules sont commercialisées comme contenant des vitamines, du fer, des protéines, des cellules souches et des hormones naturellement produites par le corps, censées aider les mères à récupérer plus rapidement après l'accouchement et à diminuer les risques de baby-blues.

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Brigitte Mytnik, docteur en psychanalyse, considère que la placentophagie peut être une manière pour les mères de faire le deuil de leur grossesse et de se réapproprier leur accouchement, surtout si elles ont eu le sentiment d'être dépossédées de quelque chose pendant l'accouchement en raison de la surmédicalisation.

Les Risques Potentiels et l'Absence de Preuves Scientifiques

Malgré les témoignages et les croyances populaires, les experts médicaux mettent en garde contre les risques potentiels de la placentophagie et soulignent l'absence de preuves scientifiques solides étayant ses bénéfices.

Le Dr Ellie Cannon, médecin généraliste au Royaume-Uni, qualifie ces affirmations de "pseudo-science" potentiellement dangereuse et met en garde contre le danger de promouvoir ces pilules comme un remède contre la dépression post-partum.

En 2017, le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américain a alerté sur l'absence de normes pour le traitement du placenta destiné à la consommation et a souligné que le processus d'encapsulation n'éradique pas les agents pathogènes infectieux. Le CDC a donc recommandé d'éviter l'ingestion de capsules de placenta.

Une étude publiée en 2018 dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology a conclu qu'il n'existe aucune preuve scientifique d'un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie chez l'humain et qu'aucun nutriment ni aucune hormone placentaire n'est conservé en quantité suffisante après l'encapsulation placentaire pour être potentiellement utile à la mère après l'accouchement.

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Le placenta est un organe qui filtre les substances toxiques pendant la grossesse, mais il ne les élimine pas complètement. Il existe donc un risque d'ingérer ces substances en consommant le placenta, quelle que soit sa forme. De plus, l'encapsulation ne permet pas d'éliminer le risque d'infection, tant pour la mère que pour le nouveau-né. Un nourrisson a même été hospitalisé en 2016 pour une infection causée par des gélules de placenta contaminées aux streptocoques B.

Le Cadre Légal et Sanitaire

La législation concernant l'utilisation du placenta varie considérablement d'un pays à l'autre.

En France, le placenta est considéré comme un déchet opératoire à risque infectieux (DASRI) lorsqu'il n'est pas utilisé à des fins thérapeutiques et scientifiques. Il doit donc être incinéré ou prétraité par désinfection. Le Ministère de la santé rappelle qu'il est interdit aux parturientes de récupérer leur placenta après leur accouchement ou de le confier à des organismes non autorisés à le préparer, le conserver et le distribuer sous quelque forme que ce soit. Le placenta n'appartient ni à la mère, ni au père, ni à l'enfant.

Dans l'Union européenne, le placenta humain et animal est strictement interdit à la consommation humaine depuis les affaires du sang contaminé et de la vache folle. Il ne peut donc pas être un ingrédient d'un complément alimentaire. Un exposant japonais a d'ailleurs été pris en fraude lors d'un congrès à Monaco pour avoir vendu des produits à base de placenta humain et porcin, interdits en Europe.

Aux États-Unis, certains États ont pris des mesures pour légaliser la placentophagie et encadrer sa pratique, tandis que les autorités sanitaires, comme le CDC, déconseillent formellement la consommation de placenta en raison des risques infectieux et de l'absence de preuves de bénéfices.

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Placenta Party: Une Tendance Controversée

La "placenta party" est une tendance émergente aux États-Unis, où des jeunes mamans organisent une fête dédiée au placenta, considéré comme un symbole de force et de lien maternel. Certaines vont même jusqu'à consommer le placenta lors de cette fête, en croyant à ses vertus thérapeutiques.

Cette pratique est controversée, car elle met en lumière l'absence de preuves scientifiques sur les bénéfices du placenta et les risques potentiels pour la santé. Elle interroge également notre rapport à la maternité, au sacré et à la santé, ainsi que la commercialisation du corps des femmes.

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