L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un événement de la vie qui peut fragiliser le couple. Si c’est une épreuve pour les femmes, cela peut aussi l’être pour l’homme. Quant au couple, il peut en pâtir et parfois mener à la rupture. Il est donc essentiel de comprendre les enjeux émotionnels et psychologiques liés à cette expérience afin de mieux la surmonter ensemble.

Une décision à prendre à deux

Jeune couple ou déjà parent d’un ou plusieurs enfants, la décision d’avorter n’est pas toujours facile à prendre. Pas le bon moment, des enfants en nombre suffisant, il y a de multiples raisons qui mènent à faire ce choix. Poursuivre ou non une grossesse est une décision impactante pour un couple. Pour celles et ceux qui n’ont pas encore d’enfant, soit on reste à deux, soit on prend la décision de devenir une famille, au sens classique du terme. Si la décision finale revient souvent à la femme puisque c’est elle qui porte l’enfant, le choix de l’IVG se fait avant tout à deux. On ne peut pas imposer un enfant à un homme ni imposer une IVG à une femme quand on sait les conséquences psychologiques que cela peut présenter. L’important est donc de parler ensemble afin de trouver la meilleure solution pour le couple. Comme le raconte Claire, il est souvent question d’une décision rapide qui ne laisse pas le temps aux deux partenaires de considérer leurs envies profondes.

Les défis émotionnels et psychologiques

Après son intervention, Claire a traversé une “période d’après choc“. Après son avortement, Claire a traversé « une période de choc ». Elle a eu l’impression que la situation était « beaucoup plus simple » pour son petit ami que pour elle. Choisir d’interrompre une grossesse peut laisser des traces au sein du couple. Avorter n'est pas anodin, c'est un acte médical qui est consenti et réfléchi par la femme mais aussi dans votre cas en accord avec votre conjoint.

Le vécu de la femme

Subir une IVG ou interruption volontaire de grossesse peut avoir des conséquences très importantes pour la femme. Or, c'est souvent à elle seule qu'il revient de prendre cette décision. Cela peut entraîner des conséquences psychologiques telles que culpabilité, questionnement éthique, souffrance psychologique mais surtout solitude dans cet acte médical. Il est important que cela concerne le couple. Car cela peut entrainer des problèmes conjugaux.

Le vécu de l'homme

Si c’est une épreuve pour les femmes, cela peut aussi l’être pour l’homme. 220 000 IVG sont pratiquées chaque année. Ce nombre élevé banaliserait-il ce geste ? On peut déplorer le manque d’accompagnement psychologique des femmes surtout quand on sait que certaines d’entre-nous ont du mal à vivre cette décision, que ce soit le jour de l’IVG ou post-IVG. Les hommes, eux, sont d’autant plus laissés-pour compte et ont encore moins le droit à la parole bien qu’ils puissent trouver des interlocuteurs dans les centres de planification : ils n’en sont tout simplement pas informés, mis à l’écart dans ce moment difficile. Pourtant, 50 % des hommes vivent cette expérience de manière douloureuse.

Lire aussi: Apaiser la douleur des coliques chez l'adulte

Les dynamiques de couple mises à l'épreuve

Selon Caroline Van Assche, cette situation met au jour les mécanismes du couple, voire ses problèmes souterrains. Dans un couple qui a déjà une communication où l’un et l’autre échangent leur point de vue de manière apaisée, l’avortement ne va pas remettre en question le lien, bien qu’il puisse y avoir de la déception, de la tristesse. Mais chez les couples où l’on n’ose pas trop dire à l’autre ce qu’on ressent, cela peut être plus compliqué. La spécialiste observe généralement un décalage de registre entre les partenaires : “L’un est dans le pratico-pratique de l’intervention, l’autre dans l’émotionnel. Et quand on n’est pas sur le même registre, ou qu’on est dans des émotions opposées - la joie et la colère - on ne peut pas se comprendre.“

L'importance de la communication et du soutien

Comme souvent, la clé pour se préserver est la communication. Il faut pouvoir entendre les ressentis de l’autre, ses arguments, ses peurs, et oser exprimer ses propres ressentis, conseille Caroline Van Assche. Et ça, on ne peut le faire que quand on a suffisamment ce sentiment de sécurité dans le lien à l’autre. Consulter un.e thérapeute de couple, se rendre ensemble aux rendez-vous médicaux, peuvent être de bonnes solutions pour dialoguer. Une personne tierce va permettre de faciliter la compréhension de l’un et de l’autre. Justement, notre thérapeute de couple insiste sur le fait que, au-delà de la prise de décision et de l’avortement en lui-même, le plus décisif est la façon dont le couple se soutient dans cette épreuve. Ce que j’entends souvent en consultation, c’est que la personne ne s’est pas sentie assez accompagnée, écoutée. Est-ce que le conjoint est venu le jour J ? Il y a des couples où la question ressort des années après, alors que la décision de pratiquer une IVG avait fait consensus. Parce que le souci c’est qu’elles ont eu le sentiment d’avoir vécu ça toute seule.

Conseils pour une communication efficace :

  • Écoute active : Accordez une attention particulière aux sentiments et aux préoccupations de votre partenaire, sans jugement.
  • Expression des émotions : Partagez vos propres émotions et sentiments de manière ouverte et honnête, en utilisant le "je" pour éviter les accusations.
  • Empathie : Essayez de vous mettre à la place de votre partenaire pour comprendre son point de vue et ses besoins.
  • Reconnaissance de la souffrance : Validez la douleur et la tristesse de votre partenaire, même si vous ne la ressentez pas de la même manière.

Les ressources disponibles

Il est important de savoir que de nombreuses ressources sont disponibles pour accompagner les couples confrontés à un avortement.

Soutien médical et psychologique :

  • Centres de planification familiale : Ces centres offrent des consultations médicales, des conseils psychologiques et un accompagnement personnalisé pour les femmes et les couples.
  • Psychologues et thérapeutes de couple : Un professionnel de la santé mentale peut aider à gérer les émotions, à améliorer la communication et à renforcer le lien conjugal.
  • Associations de soutien : De nombreuses associations proposent un soutien émotionnel, des groupes de parole et des informations pratiques pour les personnes ayant vécu un avortement. Etre en couple pour la soutenir, pour permettre une présence tierce face à un corps médical et des propos parfois très jugeant et enfin parce que lui aussi se sépare d'un enfant. Si cela n'est pas possible de s'y rendre en couple, on peut se faire accompagner par une proche ou un proche. Un accompagnement par une psychologue permet d’aider la femme ou le couple dans le cadre d’un soutien au choix d'effectuer ou pas l'IVG, mais aussi par la suite de tenter de réduire ses conséquences psychologiques et les craintes de ne plus pouvoir concevoir.

Information et contraception :

  • Consultations post-IVG : Ces consultations permettent de vérifier que la grossesse est bien interrompue, de discuter des options contraceptives et de répondre aux questions éventuelles.
  • Information sur la contraception : Il est essentiel de choisir une méthode contraceptive adaptée à ses besoins et à sa situation pour éviter une nouvelle grossesse non désirée.
  • Centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) : délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.

Le deuil et la reconstruction

Attention à ne pas tout mélanger. Vous avez mis fin à un bébé en devenir et non pas un bébé tel que notre imagination nous le montre. Certes, vous avez mis fin à la croissance du fœtus, mais pensez-vous que cet enfant aurait pu naitre dans de bonnes conditions s’il n’était pas vraiment désiré par l’un de ses parents ? Il vous faut faire le deuil de cette grossesse. Il est important enfin de remettre la décision dans une temporalité : si l’on ne veut pas d’un enfant à ce moment-là, pour X ou Y raisons, cela ne veut pas forcément dire qu’on n’en voudra jamais.

Les étapes du deuil :

  • Acceptation : Reconnaître la réalité de la perte et accepter les émotions qui y sont associées.
  • Expression des émotions : Permettre à la tristesse, à la colère, à la culpabilité et aux autres émotions de s'exprimer librement.
  • Adaptation : S'adapter à une nouvelle réalité sans l'enfant et trouver un sens à cette expérience.
  • Reconstruction : Se reconstruire émotionnellement et psychologiquement, et se projeter dans l'avenir.

Lire aussi: Comment refuser une assistante maternelle ?

Lire aussi: vérifier le cœur de bébé

tags: #comment #surmonter #un #avortement #en #couple

Articles populaires: