La fausse couche est une réalité difficile et souvent entourée de silence, touchant un grand nombre de femmes. Environ 25% des femmes seraient concernées par une grossesse non évolutive au moins une fois dans leur vie. Parmi les différents types de fausses couches, la fausse couche silencieuse, également appelée fausse couche retenue, présente des particularités en termes de symptômes et de diagnostic. Cet article a pour but d’informer sur la fausse couche silencieuse, ses symptômes, son diagnostic et sa prise en charge.
Qu'est-ce qu'une fausse couche silencieuse ?
Une fausse couche silencieuse se produit lorsque la grossesse s’arrête sans que le corps n’expulse spontanément l’embryon ou le fœtus immédiatement. L’expulsion peut survenir des jours ou des semaines après l’arrêt du développement. Elle est ainsi nommée parce que l’interruption de grossesse peut passer inaperçue pendant un certain temps, contrairement à une fausse couche spontanée classique où des saignements et des douleurs sont généralement présents.
La fausse couche est définie comme l’arrêt d’une grossesse intra-utérine évolutive. On distingue la fausse couche précoce, qui survient avant 14 semaines d’aménorrhée (SA), et la fausse couche tardive, qui se produit entre 14 et 22 SA.
Les différents types de grossesses non évolutives
Plusieurs situations peuvent être à l’origine d’une grossesse non évolutive :
- L’œuf clair (grossesse non embryonnée) : L’œuf se développe, mais sans embryon. La femme possède donc un sac ovulaire dépourvu d’embryon.
- La mort embryonnaire : Le cœur de l’embryon cesse de battre.
- La grossesse molaire : Il s’agit d’une anomalie du développement du placenta, appelée maladie trophoblastique gestationnelle.
- La grossesse extra-utérine (ectopique) : L’œuf s’implante en dehors de la cavité utérine, le plus souvent dans les trompes de Fallope.
Symptômes de la fausse couche silencieuse
Les symptômes d’une fausse couche silencieuse peuvent être discrets et difficiles à identifier. Ils peuvent même être absents, ce qui rend le diagnostic plus complexe. Contrairement aux fausses couches spontanées, les saignements abondants et les douleurs intenses sont rares.
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Voici quelques signes qui peuvent évoquer une fausse couche silencieuse :
- Disparition des symptômes de grossesse : Les nausées, la tension mammaire et la fatigue, habituellement présents au début de la grossesse, peuvent diminuer ou disparaître.
- Saignements légers ou spotting : Des pertes de sang minimes, de couleur rosée ou brunâtre, peuvent survenir.
- Crampes légères : Des douleurs abdominales légères, semblables à celles des règles, peuvent être ressenties.
- Malaise dans le bas du dos.
- Etourdissements.
- Fin des signes de grossesse : Les seins se dégonflent et les nausées s'arrêtent soudainement.
Il est important de noter que ces symptômes peuvent également être présents lors d’une grossesse normale. C’est pourquoi seul un examen médical peut confirmer le diagnostic.
Facteurs de risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de fausse couche silencieuse :
- Âge maternel avancé : Le risque de fausse couche augmente avec l’âge de la mère, particulièrement après 35 ans. Si vous êtes enceinte à 35 ans, le taux de risque de fausses couches est de 20%, 40% à 40 ans et 80% au-delà de 45 ans (contre 9% à 20 ans).
- Antécédents de fausses couches : Les femmes ayant déjà vécu une ou plusieurs fausses couches ont un risque accru d’en subir une autre.
- Anomalies chromosomiques : Des anomalies génétiques chez l’embryon peuvent entraîner un arrêt de développement.
- Infections : Certaines infections, comme les infections urinaires (IVU), peuvent augmenter le risque de fausse couche.
- Anémie gestationnelle.
- Facteurs de risques de fausse couche tardive : l’infection vaginale ou les infections vaginales à répétition, le tabac, une béance cervicale (lorsque le col n’est pas tout à fait fonctionnel), un âge maternel avancé ou « extrême » (moins de 16 ans ou plus de 35 ans), la privation de sommeil, un antécédent de fausse couche tardive ou d’accouchement prématuré, une malformation utérine, un antécédent de trachélectomie (ablation chirurgicale du col de l’utérus), un col court ou encore un col ouvert (avec ou sans la poche des eaux dans le vagin).
Il est important de souligner que la présence de ces facteurs de risque n’implique pas nécessairement qu’une fausse couche se produira.
Diagnostic
Le diagnostic de la fausse couche silencieuse est généralement posé lors d’une consultation de suivi de grossesse. Il repose sur :
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- L’échographie : C’est l’examen clé pour confirmer le diagnostic. Elle permet de visualiser l’absence d’embryon dans le sac gestationnel (œuf clair) ou l’absence d’activité cardiaque chez l’embryon. Cet examen peut être effectué dès la 4ème semaine de grossesse, soit 6 semaines d’aménorrhée. Les critères posés pour un diagnostic ont été fondés dans le but d’éviter les erreurs de diagnostic.
- L’analyse de la hCG (hormone gonadotrophine chorionique humaine) : Des dosages sanguins de l’hCG peuvent être réalisés à intervalles réguliers pour vérifier si le taux augmente normalement. En cas de fausse couche, le taux d’hCG stagne ou diminue. Pour savoir si vous faites une fausse couche ou si ce sont vos règles, direction le labo de ville pour une prise de sang. S’il est négatif, ce sont vos règles. Attention : entre le rapport fécondant et la détection sanguine de l’hormone de grossesse, il faut attendre 10 jours pour un test sanguin. Si le test est positif, il est probable que vous faisiez une fausse couche ou qu’il s’agisse de saignements de nidation. Ici aussi, seule une prise de sang et une échographie seront en mesure de confirmer le diagnostic de fausse couche.
Prise en charge
Plusieurs options sont possibles pour la prise en charge d’une fausse couche silencieuse :
- Attente spontanée : Dans certains cas, le corps expulse naturellement les tissus fœtaux quelques jours ou semaines après l’arrêt de la grossesse.
- Traitement médicamenteux : Le médecin peut prescrire du misoprostol, une molécule qui favorise les contractions utérines et l’expulsion des tissus. Il va vous prescrire un traitement médicamenteux au misoprostol. Cette molécule est la version synthétique de la prostaglandine E1.
- Intervention chirurgicale (curetage) : Si l’expulsion n’est pas complète ou si la femme le souhaite, un curetage peut être réalisé pour retirer les tissus restants dans l’utérus. A partir de 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d’aménorrhée, une intervention chirurgicale est nécessaire. Cette intervention peut être réalisée jusqu’à environ 22 semaines. Après vous avoir administré du misoprostol, une anesthésie générale est effectuée. Les protocoles sont très variables d’une équipe à l’autre. Dans le cas où l’expulsion du sac gestationnel n’est pas complète, une intervention médicale est nécessaire pour éviter des complications. Si le corps n’expulse pas naturellement tout le tissu fœtal, un curetage peut être fait. Il s’agit d’un procédé médical au cours duquel le col de l’utérus est dilaté et les tissus qui se trouvent dans l’utérus sont retirés.
Le choix de la méthode dépend de plusieurs facteurs, notamment du stade de la grossesse, de l’état de santé de la femme et de ses préférences personnelles.
Soutien psychologique
La fausse couche silencieuse est une épreuve difficile sur le plan émotionnel. Il est important de se faire accompagner par un professionnel de santé (médecin, sage-femme, psychologue) pour surmonter le deuil périnatal. La perte de la grossesse peut provoquer une certaine angoisse. D’autant plus si la perte survient à un stade avancé de grossesse. Certaines femmes peuvent développer un syndrome dépressif. Un professionnel de santé peut vous aider à mieux traverser cette épreuve.
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Les sentiments négatifs (déception, culpabilité, remise en question de soi, anxiété autour des grossesses futures, etc.) peuvent devenir envahissants et, parfois, déséquilibrer le couple. Lorsqu’il est difficile de surmonter l’impact psychologique d’une fausse couche, il ne faut pas hésiter à en parler avec son médecin et, si nécessaire, à faire appel à un professionnel pour une aide psychologique.
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Grossesse ultérieure
Dans la majorité des cas, une fausse couche n’a pas d’impact négatif sur les grossesses futures. Il est recommandé d’attendre le retour des règles (environ 4 à 6 semaines) avant de reprendre les essais bébé. Il est recommandé de vous sentir prête physiquement et psychologiquement avant de reprendre une activité sexuelle et de retenter un projet bébé. → Pour reprendre les rapports sexuels, votre médecin vous donnera son accord et/ou un délai qui lui semble approprié à votre cas. En règle générale, il est conseillé d’attendre 2 semaines après une fausse couche pour éviter les infections et pour favoriser la cicatrisation de l’utérus et du col. Ce délai permet de diminuer les complications après une fausse couche. Parfois il est conseillé de reprendre le projet bébé uniquement après le retour des règles post fausse couche (4-6 semaines).
Si une nouvelle grossesse survient après une fausse couche tardive, le cerclage n’est pas systématique, et plutôt réservé aux femmes ayant plusieurs antécédents de fausses couches.
Fausse couche tardive
Bien moins fréquente que la fausse couche précoce, la fausse couche tardive résulte de causes différentes de celles des interruptions de grossesse du premier trimestre. La fausse couche tardive désigne l’interruption involontaire d’une grossesse survenant entre 14-15 semaines d’aménorrhée (SA) et 22-24 SA, selon les termes de viabilité du fœtus que l’on prend en compte. Contrairement à la fausse couche précoce, qui concerne une grossesse sur 4 en moyenne, la fausse couche tardive reste un phénomène rare et extrêmement minoritaire. Pour convertir sa date de grossesse (SG) en semaines d’aménorrhée (SA), il suffit d’ajouter deux semaines. On estime qu’une grossesse compte 41 semaines d’aménorrhée (SA), soit 39 semaines de grossesse (SG). Ainsi, la fausse couche tardive intervient entre 16-17 SG et 24-26 SG.
La fausse couche tardive se manifeste par des saignements vaginaux abondants et/ou des contractions utérines douloureuses. S’il y a rarement de signes avant-coureurs, une consultation en urgence est nécessaire dès la moindre alerte.
Parmi les causes de fausse couche tardive, les plus fréquentes sont le fait d’avoir un col de l’utérus ouvert ou raccourci, car non fonctionnel (on parle parfois d’incompétence cervicale ou de béance du col). Cela peut être dû à une malformation utérine congénitale (utérus à fond arqué, utérus cloisonné ou utérus bicorne, par exemple) ou un traumatisme du col, mais ce peut aussi découler d’une infection ou d’une inflammation. Une grippe s’accompagnant d’une forte fièvre non prise en charge peut ainsi conduire à l’ouverture du col et in fine à une fausse couche tardive. Des infections vaginales à répétition (vaginose bactérienne, mycose, etc.) peuvent aussi aboutir à l’ouverture du col et à une fausse couche.
La fausse couche peut se présenter de deux façons. Dans un premier cas, la fausse couche a déjà eu lieu. On parle d’expulsion spontanée. Une échographie viendra alors confirmer que la cavité utérine est vide, que le fœtus a été expulsé. Dans le second cas de figure, la fausse couche tardive est en cours. À l’échographie, le fœtus n’a plus d’activité cardiaque, la grossesse est arrêtée.
Si la patiente peut choisir d’attendre quelques jours que la fausse couche se déroule naturellement et spontanément, il est désormais recommandé de recourir à un traitement médicamenteux pour aider le corps à expulser l’embryon ou le fœtus, voire à un curetage par aspiration, sous anesthésie générale.
Lorsque l’accouchement a lieu avant 22 semaines d’aménorrhée, le congé maternité n’est pas possible. En revanche, le médecin peut établir un arrêt de travail, lequel ouvre droit à une indemnisation par l’Assurance Maladie. Le père peut, quant à lui, bénéficier d’une autorisation exceptionnelle d’absence pour événement familial. Si l’accouchement intervient après 22 semaines d’aménorrhée, le congé maternité est accordé dans sa totalité, et selon les termes habituels (rang de l’enfant dans la fratrie). Quant à la reconnaissance de l’enfant sans vie et à son inscription dans le livret de famille, elle est possible à condition qu’un certificat d’accouchement ait été délivré. Lorsque l’accouchement a eu lieu avant 22 SA, la famille peut en faire la demande à l’équipe médicale, tandis qu’il est systématiquement délivré après le terme de 22 SA.
Il y a bien des facteurs de risques de fausse couche tardive, mais il n’est pas toujours possible de les éviter.
L’interrogatoire du médecin sera alors important pour choisir la meilleure prise en charge à adopter. Il s’agira de rechercher un antécédent de fausse couche tardive ou d’accouchement prématuré, et de procéder à un bilan sanguin à la recherche d’une éventuelle infection. Le corps médical part généralement du principe qu’une patiente ayant déjà fait une fausse couche tardive est à risque d’en faire une autre. D’où la nécessité d’une prise en charge adaptée et d’un bilan, de préférence avant une nouvelle grossesse. On tentera de déterminer la ou les cause(s) de cette fausse couche tardive. Une échographie ou une IRM pelvienne pourra ainsi être prescrite avant une nouvelle grossesse, en vue d’éliminer la présence d’une éventuelle malformation utérine.
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