La transmission d'un bien immobilier à ses enfants est une étape importante de la planification successorale. Elle permet d'assurer l'avenir de ses proches, de réduire les droits de succession et d'éviter les conflits familiaux. Plusieurs options s'offrent aux parents souhaitant léguer leur maison à leurs enfants, chacune présentant des avantages et des inconvénients. Cet article explore les différentes stratégies disponibles, en mettant l'accent sur les aspects fiscaux, juridiques et pratiques.

Pourquoi anticiper la transmission de son patrimoine immobilier ?

Après le décès, un bien immobilier se transmet aux héritiers, en premier lieu les enfants du défunt. Cela occasionne des frais de succession importants, calculés sur la valeur du bien et le lien de parenté. Anticiper permet d'assurer une transmission de biens immobiliers en douceur au fil des ans, notamment en bénéficiant des abattements tous les 15 ans.

Une succession immobilière peut s'avérer longue et complexe, avec des héritiers qui reçoivent un bien en indivision et peuvent ne pas être d'accord sur sa conservation. Les coûts de la succession peuvent contraindre les héritiers à vendre le bien pour payer les frais. Les conflits au sein des familles recomposées sont fréquents, particulièrement entre le conjoint survivant et les enfants d'une autre union. La gestion future en indivision peut poser problème si tous les enfants n'ont pas les mêmes besoins au même moment : prise de décision, paiement des travaux, transmission à ses propres enfants, etc.

Prévoir ce qui se passera après votre décès est rassurant pour vous et permet d'éviter les conflits et de limiter les frais de succession.

Les différentes options pour transmettre un bien immobilier

Plusieurs solutions existent pour optimiser la transmission d'un patrimoine immobilier : donation ou donation-partage, en pleine propriété ou en démembrement de propriété, ou encore la création d'une SCI (Société Civile Immobilière). Le choix de la solution la plus adaptée dépend de votre situation familiale et patrimoniale, ainsi que de vos objectifs.

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La donation en pleine propriété

Tout propriétaire dispose du droit de donner son bien immobilier à tout moment. La donation en pleine propriété peut se réaliser de deux manières :

  • Donation en avance sur héritage : le parent donateur transmet le bien à un ou plusieurs de ses héritiers légaux. Il peut ainsi avancer la transmission et répartir les biens à sa guise entre ses héritiers.
  • Donation hors part successorale : le parent donateur transmet le bien à une personne qui n'est pas un héritier légal (un ami, un concubin, etc.). Cette donation est limitée à la quotité disponible, c'est-à-dire la part du patrimoine qui n'est pas réservée aux héritiers légaux.

Vous pouvez faire une donation à tout âge, même après 70 ou 80 ans ! Et les abattements continuent de se régénérer tous les 15 ans. Exemple : un parent âgé de 85 ans peut donner à sa fille un appartement évalué à 80 000 € en profitant de l'abattement de 100 000 € s'il n'a pas été utilisé au cours des 15 dernières années. En revanche, s'il lui donne l'équivalent en somme d'argent, le don ne bénéficie plus de l'abattement de 31 865 €. Il doit alors payer 14 921 € de droit de mutation à titre gratuit (DMTG) ou droit de donation, selon le barème progressif applicable.

Il est important de noter que vous ne pouvez pas donner tous vos biens à n'importe qui ! En réalité, si vous avez des enfants, ils héritent obligatoirement d'une partie de vos biens (appelée la réserve héréditaire). En l'absence de dispositions spécifiques (par testament ou donation de son vivant), la quotité disponible se transmet aux enfants ou aux héritiers selon les règles légales.

La donation simple concerne un seul héritier tandis que la donation-partage concerne tous vos héritiers réservataires. Depuis 2006, vous pouvez également effectuer une donation transgénérationnelle en associant vos enfants et vos petits-enfants dans une donation-partage. Si vos enfants renoncent à tout ou partie de leur part au profit de leurs propres enfants, vous pouvez optimiser les droits de donation.

Frais de notaire et droits de donation

Les droits de donation sur un bien immobilier sont identiques aux droits de succession. Mais alors pourquoi anticiper ? Pour profiter des abattements renouvelables ! L'article 779 du Code général des impôts (CGI) prévoit un abattement sur les droits à hauteur de :

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  • 100 000 € tous les 15 ans pour chaque enfant ;
  • 31 865 € pour un petit-enfant ;
  • 5 310 € pour un arrière-petit-enfant ;
  • 80 724 € pour un époux ou un partenaire de Pacs ;
  • 15 932 € pour un frère ou une sœur ;
  • 7 967 € pour un neveu ou une nièce.

Notez que les abattements s'appliquent par enfant (ou petit enfant, arrière et petit-enfant) et par parent.

Puis, le barème progressif des droits de donation s'applique en fonction du lien de parenté. Par exemple, 20 % pour la partie entre 15 933 à 552 324 € pour une donation en ligne directe (parent, enfant, petit-enfant). Les abattements peuvent se cumuler : chaque parent peut donner à chaque enfant 100 000 € tous les 15 ans sans payer de droit de donation.

Exemple : un couple dispose d'une maison évaluée à 450 000 €. Il souhaite le donner à ses 3 enfants. Chaque parent donne 75 000 € à chaque enfant. Le bien est transmis en indivision sans payer de droits : (75 000 + 75 000)*3 = 450 000 €.

Au sein de l'acte de donation, vous pouvez prévoir l'obligation d'obtenir votre accord pour la vente du logement tant que vous êtes vivant ou un retour du bien en cas de décès du donataire (celui qui reçoit la donation). En fonction de votre situation personnelle, votre notaire vous conseillera sur les clauses à insérer pour vous protéger vous et votre famille.

La donation de la nue-propriété

Au lieu de donner la pleine propriété d'un bien immobilier, vous pouvez donner seulement la nue-propriété et conserver l'usufruit. L'usufruit est le droit d'habiter ou de percevoir les revenus locatifs du bien et il s'éteint automatiquement lors de votre décès.

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Pourquoi démembrer la propriété du bien ?

La nue-propriété (le droit de céder le bien) est valorisée selon l'âge du donateur. Par exemple, si vous avez entre 51 ans et 60 ans, l'administration fiscale prend en compte 50 % de la valeur du bien immobilier ! Et lors de votre décès, l'extinction de l'usufruit rend la pleine propriété à vos enfants, sans aucun droit supplémentaire à payer.

En pratique, vous conservez le droit d'habiter dans la maison ou le droit de louer l'appartement tant que vous êtes en vie. Vous payez les charges et les frais d'entretien mais percevez les revenus. Vous pouvez décider de mettre le bien immobilier en location à tout moment, notamment si vous devez déménager pour des raisons de santé.

En combinant habilement donation de la nue-propriété tant que vous êtes relativement jeune et abattement, vous pouvez transmettre un ou plusieurs biens immobiliers, y compris si vous êtes à la tête d'un patrimoine conséquent ! Par exemple, un couple possède une maison, résidence principale, et deux studios, investissements locatifs. L'ensemble du patrimoine immobilier est estimé à 1 000 000 €. Âgés de 55 et 59 ans, ce couple donne la nue-propriété à leurs deux enfants. Chaque parent peut donner 100 000 € à chaque enfant, soit 400 000 €. Dans 15 ans, ils procéderont à une nouvelle opération pour finaliser la donation.

La transmission via une SCI

Autre moyen de faciliter la transmission de patrimoine immobilier : la création d'une SCI, société civile immobilière. En pratique, les parents créent une SCI et y apportent leurs biens immobiliers (ce qui a un coût) ou investissent directement à travers la SCI. Les enfants, même mineurs, sont associés de la société. Tous les 15 ans, chaque parent peut donner 100 000 € de parts sociales à chaque enfant.

Les règles de gestion de la SCI sont définies dans les statuts. Cela peut éviter les conflits entre héritiers. En outre, les avantages fiscaux de la SCI familiale peuvent intéresser certains contribuables. Il est toujours plus facile de donner des parts d'une SCI qu'une fraction d'un bien immobilier. Cerise sur le gâteau, vous pouvez combiner donation de la nue-propriété et donation des parts sociales… Et pour vos héritiers, il est plus simple de vendre ses parts sociales qu'une part d'un bien immobilier en indivision !

L'achat direct au nom des enfants

Enfin, vous pouvez choisir d’acheter directement un bien au nom de vos enfants dans le but de leur transmettre. S’ils sont mineurs, ils deviendront propriétaires à leur majorité. À leur tour, ils prendront alors en charge la gestion du bien. À ce moment-là, ils pourront notamment décider de le mettre en location. Cette option n’est donc pas à prendre à la légère, car c’est une responsabilité importante. Désormais, l’intervention du juge des tutelles peut d’ailleurs s’avérer nécessaire dans certains cas afin d’éviter que cette transmission ne mette en danger la situation financière de l’enfant à sa majorité.

Les avantages de la donation immobilière

La donation immobilière présente de nombreux avantages, notamment :

  • Préparer sa succession : La donation immobilière permet d'organiser la transmission de son patrimoine de son vivant, en choisissant librement les personnes que l’on souhaite gratifier (sous réserve de respecter la part réservataire des héritiers dans le cas où il y a plusieurs enfants) et les modalités de la donation. Cette anticipation offre plusieurs avantages : une meilleure maîtrise de la répartition des biens entre les héritiers, la possibilité d'éviter les conflits familiaux au moment de la succession, une réduction significative des coûts liés à la succession future, la transmission facilitée du patrimoine aux générations suivantes.
  • Compléter sa retraite : Cela peut également s’avérer être une bonne stratégie pour préparer sa retraite et disposer d’un complément de revenu. Prenons un exemple concret : un couple de futurs retraités peut donner son appartement locatif à ses deux enfants, tout en continuant de percevoir les loyers grâce à une réserve d'usufruit. Cette solution garantit des revenus complémentaires pour la retraite, avec un cadre fiscal avantageux.
  • Bénéficier d’une fiscalité avantageuse : La donation immobilière bénéficie d’un barème fiscal progressif selon le lien de parenté. Plus le lien est proche, plus les abattements sont élevés. En 2025, les abattements sont les suivants : 100 000 € par enfant, 31 865 € par petit-enfant, 80 724 € pour un conjoint ou partenaire de PACS, 159 325 € pour une personne handicapée. De plus, certaines donations peuvent bénéficier de réductions de droits si elles sont réalisées avant un certain âge ou dans un cadre spécifique (donation-partage, donation avec réserve d’usufruit, etc.).

Les inconvénients de la donation immobilière

Il est également important de prendre en compte les inconvénients de la donation immobilière :

  • Un acte irréversible : La donation d’un bien immobilier est un acte définitif. Elle devient irréversible dès lors que le donataire a formalisé l’acceptation de la donation par écrit en signant l’acte notarié. L'annulation de la donation est, en principe, impossible sauf cas exceptionnel. En tant que donateur, si vous donnez votre bien en pleine propriété, vous n’avez plus aucun droit dessus : ni pour y vivre, ni pour le louer, ni pour le vendre. Cela peut causer des problèmes si votre situation financière évolue ou si vous avez besoin de liquidités.
  • Des frais de notaire à anticiper : La donation immobilière entraîne des frais de notaire, calculés sur la valeur du bien transmis. Ces frais incluent : les droits de mutation (droits de donation), les émoluments du notaire, les frais d’enregistrement. En plus des frais de notaire, des impôts et des taxes sont également à payer afin de finaliser une opération de donation immobilière.

Comment faire une donation d’un bien immobilier de son vivant ?

Une donation immobilière doit obligatoirement être réalisée devant un notaire. Il s'agit d'un acte officiel encadré par l’État. Des frais seront à régler à la signature, car le notaire s’occupe de toutes les démarches fiscales (droits de donation, déclaration de donation, inscription au service de publicité foncière).

Pour être valable, le bénéficiaire du don doit accepter la donation par écrit, en signant l’acte.

Pour réaliser un don, il existe trois conditions :

  • Être majeur,
  • Avoir la capacité juridique de gérer ses biens,
  • Disposer de toutes ses capacités mentales (être sain d’esprit et pouvoir prendre des décisions en toute autonomie, sans influence extérieure).

Donation immobilière et stratégie patrimoniale : un duo gagnant ?

La donation immobilière peut s’inscrire dans une véritable stratégie patrimoniale, notamment à la retraite. Par exemple, elle peut être pertinente dans les cas suivants :

  • Vous disposez de plusieurs biens immobiliers et souhaitez réduire votre base taxable à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).
  • Vous souhaitez aider vos enfants à se loger ou à investir, tout en gardant un revenu locatif.
  • Vous souhaitez éviter les conflits successoraux en organisant la répartition de votre patrimoine de votre vivant.

Les dons manuels

En principe une donation doit être faite sous forme d’acte notarié. Toutefois, certains biens peuvent faire l’objet d’un simple don manuel et doivent alors seulement être déclarés à l’administration fiscale. Le don manuel prévu à l'article 757 du Code général des impôts (CGI) consiste en une simple remise matérielle de la main à la main, ou par virement de compte à compte, d’un bien meuble quelconque (un objet, une somme d’argent, un chèque, voire des actions). Les immeubles sont exclus des dons manuels, un acte notarié est obligatoire.

Calcul des droits de donation et abattements

Le calcul des droits de donation est effectué en plusieurs étapes, au sein desquelles figure l’application d’abattements. Ainsi, chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 € par enfant sans qu'il y ait de droits de donation à payer. Un couple peut donc transmettre à chacun de ses enfants 200 000 € en exonération de droits. Cet abattement de 100 000 € peut s’appliquer en une seule ou en plusieurs fois tous les 15 ans. Si l'abattement n'a pas été utilisé en totalité lors d'une première donation, le donataire peut utiliser le solde sur cette période de 15 ans.

Sous les mêmes conditions, les donations consenties aux petits-enfants bénéficient d’un abattement de 31 865 €, et celles consenties aux arrière-petits-enfants de 5 310 €. Ces dispositions sont applicables que le bénéficiaire soit majeur ou mineur.

Les abattements s’appliquent à un même duo « donateur - donataire ». Par conséquent, un enfant peut recevoir 200 000 € (100 000 par parent) de ses deux parents et 127 460 € (31 865 x 4) de ses quatre grands-parents tous les 15 ans sans droit de donation à régler.

À noter : ces abattements peuvent, le cas échéant, se cumuler avec :

  • l'abattement spécifique aux personnes handicapées (159 325 €) ;
  • l'exonération des dons familiaux de sommes d'argent (dans la limite de 31 865 € sous conditions restrictives) prévue à l’art. 790 G du Code Général des Impôts (CGI).

La somme, après application de l'exonération et/ou de l'abattement est imposée au barème progressif prévu pour les donations en ligne directe.

Nouveauté : exonération temporaire pour dons de sommes d'argent

La loi de finances du 14 février 2025 exonère les dons de sommes d'argent consentis dans le cadre familial entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026 pour l'acquisition d'un logement ou pour effectuer des travaux de rénovation énergétique (article 790 A bis du CGI). Cette nouvelle exonération de 100 000 € par donateur avec un plafond global de 300 000 € par donataire (celui qui reçoit) s’applique sur les dons de somme d'argent effectués au profit des descendants (enfant, petit-enfant, arrière petit-enfant ou à défaut de descendance aux neveux et nièces).

L'exonération est soumise à une double condition de délai. Le donataire doit utiliser les sommes reçues au plus tard le dernier jour du 6ème mois suivant le versement soit pour :

  • l'acquisition d'un logement neuf ou en l'état futur d'achèvement affecté à sa résidence principale ou à celle de son locataire.
  • des travaux de rénovation énergétique dans sa résidence principale dont il est propriétaire (ces travaux de rénovation énergétique doivent faire partie de ceux donnant droit à MaPrimeRénov).

Le donataire doit conserver le logement rénové comme résidence principale pendant une durée de cinq ans à compter de la date d'achèvement des travaux. Le logement acquis doit rester affecté à usage de résidence principale du donataire ou d'un locataire pendant au moins cinq ans à compter de la date de son acquisition ou de son achèvement. En cas de location, il n'est pas possible de louer à un membre de son foyer fiscal.

Modalités de déclaration des dons manuels

Le don manuel doit être déclaré à l'administration fiscale même s’il n'est pas imposé. La déclaration doit être faite par le donataire c’est-à-dire la personne qui reçoit le don. À compter du 1er janvier 2026, vos enfants et petits-enfants doivent effectuer en ligne la déclaration du don reçu (s’il s’agit d’un don d’argent, actions, objets d’art). Cependant, ils peuvent déposer, auprès du service chargé de l'enregistrement de leur domicile, un imprimé 2735 en double exemplaire si leur situation fait partie des exceptions à l’obligation de télédéclaration des dons .

Exemples concrets

  • Donation de la nue-propriété : Monsieur et Madame Cerise, mariés sous le régime de la communauté, souhaitent donner à leur fille une maison d’une valeur de 200 000 €. Ils sont tous deux âgés de 75 ans. Selon le barème fiscal, l’usufruit vaut 30 % de la valeur du bien, et la nue-propriété en vaut 70 %. La valeur taxable de la donation est donc de 140 000 € (70% de 200 000 €). Puisque chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 € par enfant tous les 15 ans, sans qu’il n’y ait de droits de donation à payer, cette donation n’entraîne aucun droit à payer. Chaque parent dispose d’un reliquat d’abattement de 30 000 € (100 000 - 70 000) pour les transmissions futures (donation ou succession).
  • Donation en pleine propriété : Une femme veuve souhaite donner à ses deux enfants sa maison d'une valeur de 250 000 euros. Elle est âgée de 75 ans et n'a jamais effectué de donations à ses enfants par le passé. Elle souhaite conserver l'usufruit de sa résidence principale. La valeur de l'usufruit est estimée à 30% de la valeur du bien immobilier, soit 75 000 euros. La valeur de la nue-propriété, sur laquelle les enfants seront taxés, équivaut donc à 175 000 euros (70% de 250 000 euros). C'est-à-dire 87 500 euros par enfant. Puisque ce montant est inférieur à l'abattement de 100 000 euros par enfant dont cette mère de famille bénéficie, aucun frais de donation ne s'applique.

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