La lactation, ou production de lait maternel, est un processus physiologique complexe qui permet aux mères de nourrir leur nouveau-né. Ce processus est influencé par des facteurs hormonaux, nerveux, musculaires et émotionnels. Comprendre comment fonctionne la lactation est essentiel pour un allaitement réussi et adapté aux besoins du bébé. La Leche League France s’est donné pour mission d’aider les femmes qui souhaitent allaiter en leur transmettant l’art et le savoir-faire de l’allaitement, par le biais d’un soutien de mère à mère.

Mise en place de la lactation

Préparation du corps pendant la grossesse

La préparation du corps à l'allaitement commence tôt, dès la vie fœtale de la future mère. La glande mammaire se développe pendant la croissance du fœtus, puis lentement pendant l'enfance, et s'accélère à la puberté. À chaque cycle menstruel, les canaux lactifères prolifèrent, puis régressent en l'absence de fécondation.

Pendant la grossesse, les seins augmentent de volume et paraissent plus pleins en raison du développement de la glande mammaire. Cependant, cette sensation varie d'une femme à l'autre et n'est pas corrélée à la quantité de lait produite. Dès le 4e ou 6e mois de grossesse, le corps produit du colostrum. Certaines femmes ont des écoulements spontanés, tandis que d'autres en ont des quantités plus ou moins importantes en stimulant les seins. L'absence de fuite de colostrum ou la difficulté à en obtenir quelques gouttes ne sont pas indicatives d'une bonne ou mauvaise production de lait future.

Déclenchement de la lactation après l'accouchement

L'accouchement déclenche un ballet hormonal qui permet la mise en place de l'allaitement. La délivrance du placenta entraîne une chute de la progestérone, ce qui déclenche la production de colostrum, puis la montée de lait. La durée d'apparition de la montée de lait varie selon les femmes et n'est pas corrélée à la capacité d'allaiter. La montée de lait peut être très intense pour certaines femmes et passer inaperçue pour d'autres.

Le colostrum, bien qu'en petites quantités, est un élément hautement nutritif et hydratant. Après la naissance, le bébé ne prend qu'entre 3 et 5 ml par tétée le premier jour, pour arriver à environ 30 ml le troisième jour et 60 ml au bout d'une semaine. Les quantités augmentent rapidement, tout comme la taille de l'estomac du bébé. Le sein passe progressivement de la phase colostrale à la phase lactée, et le lait atteint sa maturité complète en termes de composition et de quantité (800 ml en moyenne par 24 heures) après environ un mois. Le bébé peut alors boire de plus grosses quantités de lait, son estomac ayant grossi (jusqu'à 120 ml voire 150 ml par tétée). La montée de lait arrive en général un à quatre jours après la naissance du bébé et marque le début d'une production de lait plus abondante.

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Hormones clés de la lactation

Plusieurs hormones jouent un rôle essentiel dans la lactation, notamment la prolactine et l'ocytocine.

La prolactine

La prolactine est une hormone qui permet la synthèse du lait. Elle a un rôle permissif, c'est-à-dire que sa présence permet aux lactocytes de produire le lait. Cependant, elle n'a pas de rôle à proprement parler dans la quantité de lait produite, qui est plutôt gérée par des mécanismes locaux dirigés principalement par la quantité de lait extraite. Une exception est l'hyperprolactinémie, qui peut entraîner une hyperlactation.

Le taux de base de prolactine est élevé pendant la grossesse, permettant le développement de la glande mammaire. Ce taux augmente considérablement lors de l'accouchement (grâce à la chute de la progestérone suite à l'expulsion du placenta), autorisant la production de lait. Il diminue ensuite au cours des premières semaines, et vers 3-6 mois, même si l'allaitement continue, ce taux basal redevient équivalent à celui antérieur à la grossesse. Un pic de prolactine est observé à chaque tétée, bien que son intensité diminue au fur et à mesure que les mois d'allaitement passent.

À chaque tétée, un message est envoyé au cerveau de produire de la prolactine, qui est ensuite envoyée vers la glande mammaire. La stimulation joue un rôle important dans la mise en place de la lactation en post-partum. Au cours des premières semaines, les récepteurs à la prolactine se multiplient en réponse à la succion, ce qui permet d'avoir une bonne réponse à la stimulation malgré un taux de prolactine plus bas par la suite. Il est donc important de respecter le principe de l'allaitement à la demande et de permettre aux mères d'avoir une proximité étroite avec leur bébé.

L'ocytocine

L'ocytocine est l'hormone qui permet le réflexe d'éjection et donc l'expulsion du lait hors du sein au travers des canaux lactifères. Quand le bébé commence à téter, cela envoie un signal au cerveau de la mère, qui répond en sécrétant de l'ocytocine. Au cours d'une même tétée, il peut y avoir plusieurs pics d'ocytocine, et donc plusieurs réflexes d'éjection, qui ne sont pas toujours ressentis par la mère.

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L'ocytocine peut être déclenchée par autre chose que la succion de bébé, comme le fait de voir ou de penser à bébé. Elle est sensible au stress physique ou psychologique, à la douleur, à l'anxiété, ou à la peur de mal faire. Tout cela peut gêner la montée d'ocytocine et donc bloquer le réflexe d'éjection. Il est donc important d'éviter le stress et que l'entourage soutienne et motive la maman dans son allaitement.

Autres hormones

Les mécanismes de régulation hormonale de la lactation sont très complexes et mettent en jeu de nombreuses hormones qui interagissent entre elles, notamment les hormones thyroïdiennes, l'œstrogène, la progestérone, l'insuline et les glucocorticoïdes.

Régulation de la production lactée

Les premières semaines

Au cours des premières semaines, la production de lait s'ajuste aux besoins du bébé. Il est donc important de laisser le bébé téter à la demande, notamment pendant les 4 à 6 premières semaines. Il est conseillé d'éviter de tirer son lait, notamment pendant les premiers jours, car cela peut entraîner un cercle vicieux de surproduction et potentiellement provoquer des mastites et des canaux bouchés. Il est également conseillé d'éviter la mise en place d'un allaitement mixte pendant les 6 premières semaines afin de ne pas perturber la production lactée. Cependant, tirer son lait peut être nécessaire dans certaines situations, comme en cas d'absence de la maman, de prématurité ou de troubles de la succion.

Mécanismes de régulation

Par la suite, la production de lait dépend des hormones (ocytocine et prolactine) et de la stimulation régulière et efficace du bébé ou du tire-lait. Au fil du temps, la lactation passe progressivement d'un contrôle hormonal (endocrine) à un contrôle local (autocrine), assurant une production ajustée aux besoins du bébé.

Initialement, la lactation est essentiellement sous contrôle hormonal, mais très rapidement, au cours des premiers jours, le contrôle local prend le relais. Le contrôle hormonal est ce qu'on appelle le contrôle endocrine, tandis que le contrôle local (au niveau du sein) est le contrôle autocrine. Il n'y a pas de passage brutal de l'un à l'autre, mais une disparition progressive du contrôle endocrine pendant les premiers mois, tandis que le contrôle autocrine commence efficacement très tôt et régule la quantité de lait.

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Si un bébé ne tète qu'un seul sein, il y aura rapidement une forte baisse de lactation dans le sein non tété, alors que les hormones produites par le corps le sont pour les deux seins. Il y a donc bien un contrôle local, autocrine.

En début d'allaitement, beaucoup de mères rapportent avoir les seins « plus pleins », « plus durs » etc. Il s'agit principalement de l'œdème lié aux hormones, œdème qui se résorbe progressivement au cours des premières semaines et qui disparaît pendant les premiers mois, une fois que les taux basaux hormonaux sont redevenus normaux. Dans les premiers mois, les mères rapportent ensuite des seins plus mous, un réflexe d'éjection parfois un peu plus lent ou qui semble moins facile, et s'inquiètent d'une baisse de lactation. Il n'en est rien, la quantité produite par le corps de la mère est strictement équivalente aux quantités produites les premières semaines.

Comment fonctionne ce fameux contrôle local ? Les tétées permettent des pics de prolactine et d'ocytocine, ce qui autorise la poursuite de la lactation, même si leurs taux basaux sont retombés à la normale. Le contrôle local, autocrine, permet donc de détecter la quantité de lait extraite par bébé, et donc de répondre en produisant la même quantité, régulièrement.

Quand les alvéoles (petites vésicules où le lait est stocké) se remplissent, elles arrivent à un moment à saturation et ne peuvent pas se distendre. Le lait contenu dans ces alvéoles comporte un « inhibiteur rétroactif de la lactation », le FIL. Plus le lait s'accumule dans les alvéoles, plus la quantité de FIL augmente. Et ce FIL envoie des messages aux lactocytes de diminuer puis d'arrêter la production de lait en attendant la prochaine tétée. Lors de la tétée, ces alvéoles se dégonflent, il n'y a plus de FIL, et les lactocytes se remettent à tourner à plein régime.

Le lait est produit en continu. Quand l'alvéole est presque vide, juste après une tétée, la vitesse de production est maximale, les lactocytes produisent beaucoup de lait plus vite. Quand l'alvéole est pleine, les lactocytes produisent le lait à une vitesse beaucoup plus faible. Cette production peut varier de 5 à 90 ml/h en fonction du degré de remplissage du sein. Le remplissage des seins dépend de la capacité de stockage de chacune.

Des tétées fréquentes et régulières permettent d'entretenir la production de lait, puisque le lait est produit plus vite, plus souvent. Cependant, la façon la plus simple est de respecter les signes de bébé et de donner à la demande. Le temps entre deux tirages de lait, par exemple lors de la reprise du travail, s'il est trop long, diminue la production de lait. Après un tirage, la production est importante, mais ensuite, elle baisse plus ou moins vite en fonction notamment de la capacité de stockage de chacune. Le tirage après la tétée peut être nécessaire dans certains cas (relancer une lactation, aider un bébé qui n'arrive pas à téter efficacement, etc.). Cela permet de drainer au maximum les alvéoles, stimulant ainsi une production de lait rapide plus souvent dans la journée. Lors d'un engorgement ou d'une mastite, le lait stagne longtemps, la production ralentit et le sein enregistre qu'il doit produire moins.

Boire plus d'eau n'augmente pas la quantité de lait produite. Une femme allaitante a besoin de boire un peu plus que la moyenne, mais l'interprétation comme quoi boire plus permet d'augmenter la quantité est fausse. Pour assurer la production de lait, la glande mammaire va puiser l'eau nécessaire dans le corps. Cette quantité d'eau nécessaire est uniquement définie par la demande de bébé, et non par la quantité d'eau disponible dans le corps. Boire moins d'eau ne permet ni une diminution de la quantité produite, ni un sevrage plus rapide. Avant que la production de lait ne soit impactée par un manque d'eau, plusieurs mécanismes vont permettre une compensation (les reins, la transpiration) pour que l'eau soit donnée en priorité à bébé.

Questions et réponses sur la lactation

Plusieurs questions reviennent fréquemment concernant la lactation, notamment en ce qui concerne les écoulements de lait après le sevrage. Voici quelques exemples et éléments de réponse.

  • Q1 : Est-il possible d'avoir encore des pertes de colostrum bien orange plusieurs mois après le sevrage ? Il est possible d'observer des écoulements de lait ou de colostrum plusieurs mois, voire plusieurs années après l'arrêt de l'allaitement. Ces écoulements peuvent être liés à une stimulation des seins, à des variations hormonales ou à d'autres causes. Il est conseillé de consulter un médecin pour en déterminer l'origine et s'assurer qu'il n'y a pas de problème sous-jacent.
  • Q2 : Des écoulements gras au niveau d'un sein après la fin de l'allaitement sont-ils normaux ? Des écoulements de ce type peuvent être liés à une stase de lait dans les canaux lactifères. Ils ne sont généralement pas graves, mais il est préférable de consulter un médecin pour s'en assurer.
  • Q3 : Avoir du lait qui s'écoule d'un sein lors d'un rapport sexuel un an et demi après le sevrage est-il inquiétant ? Ce type d'écoulement peut être lié à une stimulation des seins lors du rapport sexuel. Il est généralement sans gravité, mais il est conseillé de consulter un médecin si cela vous inquiète.
  • Q4 : Comment stopper la production de lait un an après l'arrêt de l'allaitement alors que les seins sont encore pleins ? Il est rare, mais possible, que la production de lait persiste longtemps après l'arrêt de l'allaitement. Il est important de consulter un médecin pour écarter toute cause médicale sous-jacente et discuter des options pour stopper la production de lait.

Dans tous les cas, il est important de consulter un professionnel de santé (médecin, sage-femme, consultante en lactation) pour obtenir un diagnostic précis et des conseils adaptés à votre situation.

Facteurs influençant la lactation

Plusieurs facteurs peuvent influencer la lactation, notamment :

  • La succion du bébé : La succion du bébé est le principal stimulus pour la production de lait. Une succion efficace et fréquente est essentielle pour une bonne lactation.
  • Les hormones : Les hormones, notamment la prolactine et l'ocytocine, jouent un rôle clé dans la lactation.
  • L'état émotionnel de la mère : Le stress, l'anxiété et la fatigue peuvent affecter la lactation.
  • L'alimentation de la mère : Une alimentation équilibrée et une hydratation adéquate sont importantes pour une bonne lactation.
  • La prise de certains médicaments : Certains médicaments peuvent affecter la lactation.
  • Certaines conditions médicales : Certaines conditions médicales, comme l'hypothyroïdie, peuvent affecter la lactation.

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