L'avortement clandestin, défini comme toute interruption volontaire de grossesse (IVG) réalisée en dehors du cadre légal du pays de résidence de la femme, représente un enjeu majeur de santé publique. Bien que l'IVG soit légalisée en France depuis la loi Veil du 17 janvier 1975, ce droit est loin d'être acquis partout dans le monde. Lorsque le droit à l'IVG est restreint, les avortements clandestins augmentent, entraînant des risques importants pour la santé et la vie des femmes.

Les dangers de l'avortement clandestin

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit un avortement non sécurisé comme "un acte destiné à mettre fin à une grossesse effectué par des personnes ne disposant pas des qualifications adéquates ou bien se déroulant dans un environnement non conforme aux normes médicales minimales, ou encore dans ces deux circonstances". Contrairement à un avortement légal réalisé par un professionnel de santé qualifié, les avortements non sécurisés peuvent entraîner des conséquences mortelles, à tel point qu’ils sont la troisième cause de mortalité maternelle à travers le monde.

Risques physiques

Les avortements clandestins sont souvent pratiqués dans des conditions insalubres, avec des instruments non stérilisés et par des personnes non qualifiées. Cela peut entraîner :

  • Hémorragies: L'utilisation d'instruments tranchants ou perforants peut provoquer des lésions de l'utérus et des saignements abondants.
  • Infections: Le manque d'hygiène favorise la prolifération de bactéries et peut entraîner des infections graves, voire une septicémie.
  • Perforations utérines: L'introduction d'objets dans l'utérus peut provoquer des perforations, endommageant d'autres organes comme la vessie et l'intestin.
  • Infertilité: Les infections et les lésions de l'utérus peuvent entraîner une infertilité secondaire.
  • Décès: Dans les cas les plus graves, les complications d'un avortement clandestin peuvent entraîner la mort de la femme.

Des instruments aussi inquiétants que dangereux et des dizaines de milliers de vies perdues. C’est pour documenter la violence engendrée par l’absence d’accès à l’IVG que la photographe Laia Abril a entrepris sa série « On Abortion ». Dans « On Abortion », une exposition qui voyage dans le monde depuis 2016, l’artiste espagnole Laia Abril met en lumière les dangers des avortements pratiqués hors du cadre légal. Pour illustrer cette triste réalité, la trentenaire a choisi une description clinique, aussi bien pour les objets qu’elle donne à voir que pour les textes qui les accompagnent. La couleur sépia de ses photos n’empêche pas de ressentir la froideur du métal acéré de cette panoplie d’instruments ayant servi à pratiquer des avortements clandestins tout au long des XIXe et XXe siècles. « Les forceps et les spéculums ouvrent le col de l’utérus (…). Des instruments pointus et tranchants, comme la sonde urinaire, étaient utilisés pour nettoyer l’utérus, de même que des objets ménagers détournés, tels que des cintres », indique Laia Abril en légende, rappelant l’extrême dangerosité de tels outils « en raison du risque élevé de perforation d’autres organes, la vessie et l’intestin notamment ». Elle a tiré un livre intitulé On Abortion : And the Repercussions of Lack of Access (Dewi Lewis Publishing, 2018, non traduit).

Risques psychologiques

Outre les risques physiques, les avortements clandestins peuvent avoir des conséquences psychologiques importantes. Les femmes peuvent ressentir :

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  • Culpabilité et honte: La clandestinité de l'acte peut engendrer un sentiment de culpabilité et de honte.
  • Traumatismes: Les conditions dans lesquelles l'avortement est pratiqué peuvent être traumatisantes et laisser des séquelles psychologiques durables.
  • Dépression et anxiété: Les complications physiques et psychologiques peuvent entraîner une dépression et de l'anxiété.
  • Troubles de stress post-traumatique: Dans les cas les plus graves, les femmes peuvent développer des troubles de stress post-traumatique.
  • Impact négatif d’une grossesse non désirée sur la santé mentale: L’impact négatif d’une grossesse non désirée sur la santé mentale a été observé au cours de l’étude Turnaway, menée pendant plus de 10 ans par des chercheurs universitaires américains et publiée en 2020.

Risques socio-économiques

L'impact de l'interdiction du droit à l'avortement n'est pas le même en fonction de la catégorie sociale à laquelle on appartient. Ainsi, limiter l'IVG ne remet pas seulement en cause le droit des femmes à disposer de leur corps mais contribue aussi plus largement à l'augmentation des inégalités au sein des populations. Les femmes qui ont recours à un avortement clandestin peuvent également être confrontées à :

  • Exclusion sociale: La stigmatisation liée à l'avortement peut entraîner une exclusion sociale.
  • Difficultés financières: Le coût d'un avortement clandestin peut être élevé et entraîner des difficultés financières.
  • Perte d'emploi: Les complications liées à l'avortement peuvent entraîner une perte d'emploi.
  • Discrimination: Les femmes qui ont eu recours à un avortement clandestin peuvent être victimes de discrimination.

Exemples concrets et témoignages

De nombreux témoignages illustrent les dangers et les conséquences de l'avortement clandestin.

  • Maroc: Au Maroc, l’avortement est interdit, même en cas de viol. Chaque jour, des centaines de femmes sont contraintes d’avorter clandestinement au risque de la prison et, souvent, de leur vie. Certaines se tournent alors vers des méthodes dangereuses pour mettre un terme à leur grossesse. Alors qu’une réforme se fait attendre depuis 9 ans, combien de victimes d’avortements clandestins faudra-t-il encore dénombrer ? Il est urgent que l’Etat abandonne ses politiques rétrogrades en dépénalisant l’avortement et se conforme ainsi au droit international. L’avortement est un soin de santé et un droit fondamental pour toutes les femmes !Dans notre nouveau rapport « Ma vie est brisée » : L’urgence de dépénaliser l’avortement au Maroc, nous nous sommes entretenus avec une trentaine de femmes, des ONG marocaines travaillant sur les droits des femmes, des juristes et des professionnel·les de santé. Le constat est accablant. Nous y démontrons que la criminalisation de l’avortement dans le pays, même pour les cas de grossesse résultant d’un viol, a des conséquences dévastatrices pour les femmes et les filles. Aucun État ne doit dicter les décisions en matière de grossesse et priver les femmes et les filles des services de santé sexuelle et reproductive essentiels, y compris des services d’avortement, auxquels elles ont le droit au titre du droit international Amjad Yamin, notre directeur régional adjoint pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.Selon L’Organisation mondiale de la santé (OMS), 22 millions d’avortements non sécurisés sont pratiqués chaque année. Ils sont la 3ème cause de mortalité maternelle dans le monde. L’accès à l’avortement est fondamentalement lié à la protection et au respect des droits humains des femmes, des jeunes filles et des autres personnes qui peuvent être enceintes. Il est essentiel pour atteindre la justice sociale et entre les genres.
  • Meriem au Maroc: Au Maroc, pays musulman où l’avortement est prohibé, la question de l’encadrement de l’IVG a été soulevée le mois dernier, après le décès d’une jeune fille de 15 ans après un avortement clandestin. Meriem, enceinte après un viol commis par un homme de 10 ans son ainé, est ainsi décédée d’une hémorragie lors d’une opération clandestine d’avortement dans la nuit du 6 au 7 septembre. L’Association marocaine de la lutte contre l’avortement clandestin, l’Amlac, explique qu’entre six et huit cents avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc et que derrière ce chiffre se cachent également des suicides, des jeunes femmes rejetées par leurs familles, des crimes d’honneur, des infanticides, ou encore des médecins emprisonnés, en bref c’est tout une cascade de conséquences que le Maroc n’avait pas l’habitude de regarder en face.
  • Farah au Maroc: Parmi elles, Farah, décrit le calvaire qu’elle a enduré. Violée par un de ses collègues, la jeune femme s’est rapprochée d’un gynécologue lorsqu’elle a découvert qu’elle était enceinte. Celui-ci a refusé de lui pratiquer un avortement. Farah a alors tenté d’avorter par ses propres moyens : J’ai pris toutes sortes de plantes, et tout ce que l’on peut boire pour avorter, nous a-t-elle raconté. J’ai acheté des plantes chez un herboriste, je les ai bues, j’ai eu des douleurs insupportables et j’ai vomi. J’ai senti mes intestins se tordre, mais cela ne m’a pas permis d’avorter. Farah*, qui a tenté d’avorter par ses propres moyens après un viol.
  • Témoignages de femmes ayant avorté clandestinement en France avant 1975: « Quand ça arrivait, les femmes étaient seules » ; « J’étais prête à tout, j’étais prête à mourir » ; « Je veux témoigner pour que mes petites filles ne subissent jamais ça ». « Ça » ? C’est l’avortement clandestin. Avant la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse en 1975, près de 800 000 femmes ont recours chaque année en France à l’avortement clandestin. Trois femmes en meurent tous les jours. Pour ces femmes, nos mères et nos grands-mères, mettre fin à une grossesse non désirée est une déchirure. Avorter clandestinement avant 1975 est aussi un déchirement de l’âme. En France, l’avortement est un crime depuis un édit pris à la Renaissance. Et après l’hécatombe de la Grande Guerre, une loi de 1920 punit de prison la simple incitation à l’avortement. Avorter dans ce contexte, c’est une grande solitude, disent les témoins de l’époque.

Ces témoignages poignants mettent en lumière la détresse et les risques auxquels sont confrontées les femmes qui n'ont pas accès à un avortement sûr et légal.

Facteurs favorisant l'avortement clandestin

Plusieurs facteurs peuvent favoriser le recours à l'avortement clandestin :

  • Restrictions légales: Lorsque l'avortement est illégal ou soumis à des conditions restrictives, les femmes sont contraintes de recourir à des méthodes clandestines.
  • Manque d'accès à la contraception: Le manque d'accès à la contraception augmente le risque de grossesses non désirées et, par conséquent, le recours à l'avortement.
  • Pauvreté: Les femmes vivant dans la pauvreté ont souvent moins accès à l'information et aux services de santé, ce qui les rend plus vulnérables à l'avortement clandestin.
  • Stigmatisation: La stigmatisation liée à l'avortement peut dissuader les femmes de rechercher des soins médicaux appropriés.
  • Manque d'information: Le manque d'information sur les méthodes d'avortement sûres et légales peut conduire les femmes à recourir à des pratiques dangereuses.

Prévention de l'avortement clandestin

Pour prévenir l'avortement clandestin, il est essentiel de :

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  • Légaliser et faciliter l'accès à l'avortement: La légalisation de l'avortement permet de garantir que les femmes puissent bénéficier de soins médicaux sûrs et appropriés.
  • Améliorer l'accès à la contraception: L'accès à la contraception permet de réduire le nombre de grossesses non désirées et, par conséquent, le recours à l'avortement.
  • Lutter contre la pauvreté: La lutte contre la pauvreté permet d'améliorer l'accès à l'information et aux services de santé pour les femmes les plus vulnérables.
  • Lutter contre la stigmatisation: La lutte contre la stigmatisation liée à l'avortement permet d'encourager les femmes à rechercher des soins médicaux appropriés.
  • Améliorer l'information: L'amélioration de l'information sur les méthodes d'avortement sûres et légales permet de réduire le recours à des pratiques dangereuses.

L'importance de l'éducation et de la planification familiale

L'éducation à la vie familiale offerte à l'école pourrait aider les jeunes à retarder l'activité sexuelle et à mieux utiliser la contraception le moment venu. «Pour prévenir l'avortement, il faut aussi envisager le droit à l'éducation, à l'information et aux services de planification familiale et de santé reproductive dans leur ensemble», affirme Luisa Cabal, avocate au Center for Reproductive Law and Policy aux Etats-Unis. «Nous devons élaborer des principes d'action et établir des dispensaires qui soient sensibles aux besoins des adolescents, ouverts à des heures commodes, bien situés et qui offrent des services à un prix abordable», signale A. Montague, de l'Ipas. «Nous avons besoin de prestataires qui ne s'érigent pas en juges et qui ont reçu une formation spéciale pour travailler avec les adolescents. «Les programmes de santé devraient offrir toute une panoplie de méthodes, y compris le préservatif féminin et la contraception d'urgence. Les prestataires doivent se renseigner pour savoir si la jeune femme a besoin d'une méthode qui ne nécessite pas la coopération de son partenaire ou qu'elle peut facilement cacher aux membres de sa famille. Ils doivent tout faire pour aborder les mythes et les inquiétudes relatifs à la contraception. Le fait de relever le niveau de connaissances des jeunes et de leur faciliter l'accès à la contraception d'urgence pourrait contribuer à réduire le taux de grossesse accidentelle et d'avortement, ajoute A. Montague.

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