La gastro-entérite aiguë est une affection courante chez les enfants, caractérisée par une inflammation de l'estomac et des intestins. Elle se manifeste généralement par des vomissements et une diarrhée, et peut être causée par divers facteurs, notamment des virus, des bactéries, des parasites ou des réactions indésirables à certains aliments ou médicaments. Cet article vise à fournir aux parents et aux professionnels de la pédiatrie des informations complètes sur la gastro-entérite aiguë chez l'enfant, en abordant ses causes, ses symptômes, son diagnostic, son traitement et sa prévention.
Causes de la gastro-entérite aiguë chez l'enfant
Les causes de la gastro-entérite aiguë varient en fonction de l'âge de l'enfant :
Chez le nourrisson
Causes fréquentes :
- Reflux gastro-œsophagien
- Gastro-entérite virale (rotavirus, adénovirus, norovirus, etc.)
Causes plus rares et plus graves :
- Obstruction de la sortie de l'estomac (sténose du pylore) chez le nourrisson de 3 à 6 semaines
- Obstruction intestinale congénitale ou rétrécissement de l'intestin
- Invagination intestinale aiguë (glissement d'un segment de l'intestin dans un autre) chez le nourrisson et l'enfant de moins de 3 ans
- Intolérance alimentaire ou allergie aux protéines de lait de vache
Chez l'enfant et l'adolescent
Causes fréquentes :
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- Gastro-entérite virale
- Mal des transports
Causes plus rares et plus graves :
- Infections (rénale, méningite, urinaire, trouble ORL)
- Appendicite
- Ulcère gastroduodénal
- Occlusion intestinale
- Tumeur cérébrale ou blessure grave à la tête
- Allergies alimentaires
- Troubles de la conduite alimentaire
- Ingestion de substances toxiques ou intoxication alimentaire
Il est important de noter que la diarrhée aiguë liquidienne est la plus fréquente et est majoritairement d’origine virale. Les rotavirus sont les premiers agents responsables de diarrhée aiguë chez le nourrisson (30 à 50 %), et la gastro-entérite à rotavirus est la première cause de diarrhée grave avec déshydratation avant 5 ans. La contagion se fait par l’eau, les selles ou les mains souillées.
Symptômes de la gastro-entérite aiguë chez l'enfant
Les symptômes de la gastro-entérite aiguë peuvent varier en fonction de la cause et de la gravité de l'infection. Les symptômes les plus courants comprennent :
- Diarrhée (selles liquides ou molles, fréquentes)
- Vomissements
- Douleurs abdominales
- Fièvre (légère à modérée)
- Nausées
- Manque d'appétit
- Fatigue
Il est essentiel de distinguer le vomissement de la régurgitation. La régurgitation n'est pas précédée de nausées et est indolore, étant due, chez le nourrisson, à une faible fermeture de la valve œsophage/estomac.
Signes de gravité et situations à risque
Le principal risque de la gastro-entérite aiguë est la déshydratation, en particulier chez les nourrissons et les jeunes enfants. Il est donc crucial de surveiller les signes de déshydratation, tels que :
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- Diminution de la production d'urine
- Bouche sèche et collante
- Yeux enfoncés
- Absence de larmes lors des pleurs
- Fontanelle déprimée chez les nourrissons
- Pli cutané persistant (la peau met du temps à revenir à sa position normale après avoir été pincée)
- Léthargie ou irritabilité
- Cernes péri-oculaires
Les situations à risque nécessitant une attention particulière comprennent :
- Âges extrêmes de la vie (nourrissons et personnes âgées)
- Nombre de selles par jour important
- Impossibilité de s'alimenter ou de boire
- Perte de poids importante (plus de 5 % chez le nourrisson et plus de 8 % chez l'adulte)
- Troubles de la conscience ou du tonus
- Troubles hémodynamiques (tachycardie, hypotension, marbrures, extrémités froides)
- Vomissements incoercibles avec impossibilité de prise du SRO
- Vomissements bilieux
- Conditions de prise en charge à domicile ne permettant pas d’assurer la sécurité de l’enfant
- Échec de la réhydratation orale
Diagnostic de la gastro-entérite aiguë chez l'enfant
Le diagnostic de la gastro-entérite aiguë est généralement clinique, basé sur les symptômes présentés par l'enfant. En cas de symptômes atypiques ou de signes de gravité, des examens complémentaires peuvent être nécessaires.
Diagnostic clinique
Le diagnostic clinique repose sur la présence de :
- Diarrhée aiguë liquidienne
- Vomissements (éventuels)
- Douleurs abdominales (éventuelles)
- Fébricule (éventuelle)
Examens complémentaires
En cas d'atypie ou de suspicion d'une cause bactérienne, des examens complémentaires peuvent être prescrits, tels que :
- Analyse des selles : recherche de bactéries, de parasites ou de virus
- Hémoculture : en cas de suspicion de dissémination bactérienne systémique
- Ionogramme sanguin : pour évaluer le retentissement hydroélectrolytique et adapter la composition de la réhydratation, notamment les apports sodés (utile pour les formes les plus sévères)
Traitement de la gastro-entérite aiguë chez l'enfant
Le traitement de la gastro-entérite aiguë vise principalement à prévenir et à corriger la déshydratation, ainsi qu'à soulager les symptômes.
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Réhydratation orale
La réhydratation orale est la pierre angulaire du traitement de la gastro-entérite aiguë. Elle consiste à administrer des solutés de réhydratation orale (SRO) pour compenser les pertes en eau et en électrolytes dues à la diarrhée et aux vomissements.
- SRO : Les SRO sont disponibles en pharmacie sous forme de sachets de poudre à diluer dans 200 ml d'eau pure. Ils contiennent une quantité équilibrée de sels minéraux et de sucres, adaptée à la réhydratation des nourrissons et des jeunes enfants. Les SRO sont remboursés sur ordonnance jusqu'à 5 ans.
- Administration : Le SRO doit être proposé à l'enfant "à volonté", sans forcer ni limiter, mais par petites quantités régulières (40-50 ml) et à intervalles rapprochés (15-30 minutes), tant que les selles liquides persistent. Des vomissements initiaux ne sont pas une contre-indication à leur utilisation. La prise fractionnée et répétée de SRO les atténuera le plus souvent.
- Alimentation : L'alimentation habituelle doit être poursuivie en parallèle de la réhydratation orale. Chez les nourrissons, le lait maternel ou le lait infantile habituel est maintenu. Si l'alimentation de l'enfant est diversifiée, il peut manger de tout, y compris les laitages. La réhydratation exclusive par SRO sans alimentation ne doit pas excéder 4 à 6 heures maximum.
Il est important de noter que les sodas, les jus de fruits et les solutés de réhydratation "maison" ne sont pas adaptés à la réhydratation d'un nourrisson car ils sont trop sucrés, hyperosmolaires et pauvres en électrolytes.
Médicaments
Les médicaments anti-diarrhéiques et anti-vomissements sont généralement déconseillés chez les enfants, car leur efficacité est limitée et ils peuvent entraîner des effets secondaires indésirables. Le racécadotril et le diosmectite ont une AMM dans les diarrhées aiguës de l’enfant, mais leur efficacité sur la réduction du débit des selles ou la durée de l’épisode est très modérée. Ils ne traitent pas la déshydratation et ne corrigent pas les troubles ioniques qu’elle entraîne. Dans certains cas, des antiémétiques peuvent être prescrits chez les enfants de plus de 2 ans en cas de persistance des vomissements malgré une réhydratation orale adéquate.
Autres traitements
- Acupuncture et bourgeons : L’acupuncture offre l’avantage de l’absence d’effets secondaires et la nausée fait partie des indications remboursées ; l’auriculothérapie (avec de petites graines ou aimants) ou l’acupression peuvent remplacer les aiguilles si l’enfant en a peur. D’autres remèdes naturels sont efficaces chez l’enfant, par exemple les gouttes issues de bourgeons (une goutte sous la langue) : figuier et tilleul. En homéopathie, on peut également donner Phosphorus 9CH une dose.
- Mesures d'hygiène : Des mesures d'hygiène rigoureuses sont essentielles pour limiter la propagation de l'infection. Il est important de se laver les mains fréquemment à l'eau et au savon, en particulier après être allé aux toilettes ou avoir changé une couche. Les surfaces contaminées doivent être nettoyées et désinfectées.
Traitement spécifique des diarrhées bactériennes
Dans les cas de diarrhées bactériennes sévères (salmonelloses, shigelloses, diarrhées à Campylobacter), un traitement antibiotique peut être nécessaire. Le choix de l'antibiotique dépend de la bactérie en cause et de la sensibilité aux antibiotiques.
- Fièvre typhoïde et autres salmonelloses sévères : en 1re intention, ceftriaxone ou céfotaxime ou amoxicilline. En cas d'échec après 48 à 72 heures de traitement, en 2e intention : ciprofloxacine (informer les parents de l'absence d'AMM dans cette indication pour l'enfant).
- Diarrhées à Campylobacter : azithromycine est recommandé dans les formes dysentériques et pour réduire les transmissions en collectivité, à condition que le traitement débute dans les 3 jours suivant le début clinique.
Il est important de noter que les quinolones par voie systémique font l’objet d’une restriction d’usage selon l’ANSM (2019) du fait de leur profil de tolérance (risque valvulaire cardiaque).
Prévention de la gastro-entérite aiguë chez l'enfant
La prévention de la gastro-entérite aiguë repose sur des mesures d'hygiène et la vaccination contre le rotavirus.
Mesures d'hygiène
- Lavage des mains : Se laver les mains fréquemment à l'eau et au savon, en particulier après être allé aux toilettes, avoir changé une couche, avant de préparer les repas et avant de manger.
- Hygiène alimentaire : Respecter les règles d'hygiène alimentaire, telles que la conservation des aliments à la bonne température, la cuisson adéquate des aliments et le lavage des fruits et légumes.
- Nettoyage et désinfection : Nettoyer et désinfecter régulièrement les surfaces contaminées, en particulier les toilettes, les lavabos et les tables à langer.
Vaccination contre le rotavirus
La vaccination contre le rotavirus est recommandée pour tous les nourrissons âgés de 6 semaines à 6 mois. Elle permet de prévenir les gastro-entérites causées par le rotavirus, qui sont la principale cause de diarrhée grave chez les nourrissons.
- Vaccins disponibles : Deux vaccins oraux vivants atténués sont actuellement disponibles en France : Rotarix® et Rotateq®.
- Schéma vaccinal : Le schéma de vaccination diffère selon le vaccin utilisé : deux doses pour Rotarix® (à 2 et 3 mois de vie) et trois doses pour Rotateq® (à 2, 3 et 4 mois de vie). Le strict respect de ce calendrier vaccinal est primordial afin d’assurer la complétude du schéma vaccinal avant l’âge limite (6 mois pour Rotarix® et 8 mois pour Rotateq®). La première dose de vaccin doit être administrée avant l’âge de 16 semaines, et doit être terminé avant l’âge de 24 semaines.
- Efficacité : La vaccination diminue d’environ 85% des cas de gastroentérites liées aux rotavirus et de plus de 80% les passages aux urgences et hospitalisations dues aux infection à rotavirus. Les données de la littérature confirment une bonne efficacité croisée des deux vaccins contre les différents sérotypes circulant majoritairement en France à ce jour.
Il est important de noter que la vaccination contre les rotavirus ne protège pas contre les gastro-entérites aiguës dues à d’autres causes que le rotavirus.
Précautions liées à la vaccination contre le rotavirus
- Contre-indications : La vaccination contre le rotavirus est contre-indiquée chez les nourrissons ayant une immunodéficience connue ou suspectée. L’administration de ces vaccins doit être différée en cas de diarrhée, de vomissements, ou de maladie fébrile sévère aiguë. La présence d’une infection bénigne n’est pas une contre-indication à la vaccination.
- Effets indésirables : Le vaccin contre les rotavirus est bien toléré. Un enfant sur 10 peut présenter des troubles digestifs mineurs (diarrhée), de l’irritabilité parfois un peu de fièvre. Chez les nourrissons nés grands prématurés (à 28 semaines de grossesse ou moins) des pauses respiratoires peuvent survenir pendant 2 à 3 jours après la vaccination.
- Invagination intestinale aiguë (IIA) : Bien que rare, la vaccination contre le rotavirus peut être associée à un risque légèrement accru d'invagination intestinale aiguë (IIA) dans la semaine suivant la première dose. Les parents doivent être informés des signes cliniques évocateurs d'IIA chez le nourrisson (accès de pâleur, accès de pleurs, refus alimentaire, hypotonie, vomissements persistants, selles sanglantes, ballonnement abdominal) et doivent être incités à consulter sans délai en cas de suspicion.
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