La maltraitance infantile est un problème grave et complexe, aux conséquences désastreuses sur le développement et le bien-être de l'enfant. Elle englobe un large éventail de comportements, allant des violences physiques et sexuelles aux négligences et aux violences psychologiques. Cet article vise à explorer les différentes formes de maltraitance, leurs conséquences sur l'enfant, en particulier au collège, et les mesures de protection et de prise en charge disponibles.

Définition et Formes de Maltraitance

Selon l'article L., la maltraitance vise toute personne en situation de vulnérabilité lorsqu'un geste, une parole, une action ou un défaut d'action compromet ou porte atteinte à son développement, à ses droits, à ses besoins fondamentaux ou à sa santé et que cette atteinte intervient dans une relation de confiance, de dépendance, de soin ou d'accompagnement. Les situations de maltraitance peuvent être ponctuelles ou durables, intentionnelles ou non, et peuvent avoir une origine individuelle, collective ou institutionnelle. Elles peuvent revêtir des formes multiples et associées.

Violences Sexuelles

Les violences sexuelles ne se limitent pas au viol, mais concernent tous les actes à connotation sexuelle imposés aux enfants. On parle d’agression sexuelle pour désigner toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. Le viol, caractérisé par un acte de pénétration sexuelle (vaginale, anale ou buccale), en fait partie.

Depuis la loi du 3 août 2018 relative aux violences sexuelles et sexistes, le Code pénal précise que la contrainte peut résulter de la différence d’âge entre l’auteur et sa victime, ou de l’autorité que l’auteur exerce sur la victime. De plus, les atteintes sexuelles commises sur un mineur sont punies par la loi même en l’absence de violence, de contrainte, de menace ou de surprise. Les mutilations sexuelles, la prostitution de mineurs, la pédopornographie et la corruption de mineurs entrent également dans le champ des violences sexuelles.

Un enquête Inserm de 2021 indique que 13 % des femmes et 5,5 % des hommes ont subi des violences sexuelles dans leur enfance et 4,6 % des femmes et 1,2 % des hommes ont subi des violences incestueuses durant leur enfance. Parmi les enfants, ceux qui sont en situation de handicap ont un risque 2,9 fois plus élevé d’être victime de violences sexuelles. Les enfants dont le handicap est lié à une maladie mentale ou à une déficience intellectuelle sont 4,6 fois plus victimes.

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La notion d'"incestuel" ou de "climat incestuel" désigne un climat psychique et de relations interpersonnelles intrafamiliales proches de l'inceste, mais sans passage à l'acte. Il s'agit plutôt d'une relation de dépendance érotisée entre un parent souvent omniprésent et son enfant, qui s'accompagne d'une confusion des places pouvant avoir autant de conséquences qu'une agression ou un viol physique.

Violences Physiques

Les violences physiques se traduisent par l’usage de la force ou de la violence contre un enfant, de telle sorte qu’il soit blessé ou risque de l’être : frapper (avec la main, avec le poing, avec le pied, avec un objet, etc.), mordre, brûler, empoisonner, droguer ou inciter à consommer des substances dangereuses (alcool, tabac, stupéfiants etc.), étouffer, étrangler, secouer, bousculer, noyer, etc. Les violences commises contre les enfants n’ont pas besoin d’être habituelles ou répétées pour tomber sous le coup de la loi.

Les cas de bébés secoués ne sont pas des faits isolés. Chaque année, plusieurs centaines d’enfants en sont victimes. Cette maltraitance, perpétrée volontairement par des adultes, parfois dans le déni de la gravité de leur acte, représente la forme la plus grave de traumatisme crânien de l’enfant. En France, un bébé sur dix, victime de secouements, décède, les autres en subiront les conséquences toute leur vie. Le « syndrome » du bébé secoué est à l’origine de graves séquelles neurologiques qui se manifestent par des déficiences intellectuelles, visuelles ou motrices, ainsi que des troubles du comportement, de la parole ou de l’attention.

Le syndrome du bébé secoué n’est généralement pas une violence isolée. Les symptômes antérieurs suggérant une maltraitance sont particulièrement fréquents chez les bébés diagnostiqués.

Violences Psychologiques

Plus méconnues, peut-être plus difficiles à déceler que les violences physiques, les violences psychologiques ne sont pourtant jamais anodines, a fortiori lorsque la victime est un enfant. La sécurité affective et relationnelle fait partie des besoins fondamentaux de l’enfant. Les violences faites aux femmes sont aussi, bien souvent, des violences faites aux enfants. Les violences au sein du couple ont des conséquences graves, parfois fatales, sur les enfants qui y sont exposés et en deviennent ainsi pleinement victimes. 143 000 enfants vivent dans un foyer où une femme a déclaré être victime de violences commises par son conjoint ou son ex-conjoint, qu’elles soient physiques et sexuelles. 42 % de ces enfants ont moins de 6 ans.

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Négligences

Les négligences sont le fait, pour la personne responsable de l’enfant (parents, grands-parents, etc.), de le priver des éléments indispensables à son bon développement et à son bien-être. Il peut s’agir par exemple de privations de nourriture, de sommeil, de soins, d’attention, etc. La négligence est ainsi une forme de maltraitance par omission, à savoir l’absence de mobilisation de l’adulte dont dépendent le présent et l’avenir de l’enfant.

Conséquences de la Maltraitance sur l'Enfant au Collège

La maltraitance est toujours lourde de conséquences pour les enfants qui en sont victimes. Les séquelles ne sont pas seulement physiques : cicatrices ou douleurs, troubles sensoriels, troubles du sommeil, perte de capacités, état de santé durablement dégradé, handicap, voire décès prématuré. L’impact de la maltraitance sur le cerveau, sur la psychologie et sur le développement des enfants est largement documenté.

Impact sur le Développement Cérébral et la Santé Mentale

La maltraitance peut générer chez l’enfant des difficultés relationnelles, de la colère, de l’angoisse, ou encore de la détresse. Ce stress risque d’avoir des effets néfastes sur la santé :

  • Perturbation du développement cérébral, notamment dans le traitement de l'information, augmentant le risque de désordres de l'attention, des émotions, de la cognition et du comportement.
  • Altération du développement du système biologique de la gestion du stress, générant un risque accru de problèmes anxieux, dépressifs et cardiovasculaires, ainsi que d'autres problématiques de santé à l'âge adulte.
  • Risque significatif de difficultés émotionnelles et interpersonnelles, incluant des niveaux élevés de négativité, une faible maîtrise des impulsions et des désordres de la personnalité reliés à de faibles capacités de motivation, de confiance et d'affirmation de soi.

L’enfant victime de mauvais traitements psychologiques et qui n’a bénéficié d’aucune intervention protectionnelle et d’aucun soutien thérapeutique affronte la période de l’adolescence avec un manque extrême d’estime de soi et une image dégradée de sa personne. S’il a été bafoué émotionnellement depuis l’enfance, cette situation consolide davantage ses conduites autopunitives et destructrices à l’adolescence. Toutes ses décisions sont alors conditionnées par l’influence chronique de la maltraitance psychologique. L’adolescent s’engage dans des relations abusives avec les autres et s’intéresse de plus en plus aux activités illicites telles que la consommation de drogue, l’alcool, la prostitution, les fugues, et les actes délictueux ou criminels.

Impact sur les Apprentissages et le Rendement Scolaire

La maltraitance peut également avoir un impact significatif sur les apprentissages et le rendement scolaire de l'enfant :

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  • Faiblesse des capacités d'apprentissage et du rendement scolaire, incluant des déficits des fonctions d'exécution et de régulation de l'attention, un QI peu élevé, des difficultés de lecture et un faible niveau d'étude.

Difficultés Relationnelles et Comportementales

Les enfants maltraités peuvent développer des difficultés relationnelles et comportementales, telles que :

  • Difficultés à établir des relations de confiance avec les autres.
  • Comportements agressifs ou violents.
  • Isolement social.
  • Troubles du comportement alimentaire.
  • Troubles du sommeil.
  • Conduites à risque (consommation de substances, comportements sexuels précoces).

Risque de Suicide

Selon une étude publiée dans la revue Nature Neuroscience, la maltraitance dans l’enfance, à travers le stress induit, modifie l’expression des gènes régulant les récepteurs aux glucocorticoïdes dans l’hippocampe et accroît le risque de suicide. Le niveau de ces neurorécepteurs mesuré dans l’hippocampe de personnes suicidées adultes ayant été victimes de maltraitance dans leur enfance est inférieur à celui des suicidés n’ayant pas été maltraités et à celui du groupe témoin.

Rôle du Collège dans la Détection et la Protection de l'Enfant Maltraité

L'école, et en particulier le collège, joue un rôle crucial dans la détection et la protection de l'enfant maltraité. En effet, l'Éducation nationale est à l'origine d'environ un quart des transmissions d'informations préoccupantes aux conseils départementaux et des signalements à la justice. L'École est un lieu privilégié d'observation, de repérage, d'évaluation des difficultés scolaires, personnelles, sociales, familiales et de santé des élèves.

Formation et Sensibilisation des Personnels

Dans le courant de l’année scolaire 2023-2024, deux adultes par établissement sont formés au secourisme en santé mentale (premiers secours en santé mentale), dont prioritairement un conseiller principal d’éducation. Cette formation doit permettre de mieux repérer les élèves en situation de mal-être, d’engager une évaluation par les personnels ressources de l’éducation nationale (médecins, infirmiers, psychologues, assistants de service social) et de les orienter ensuite si nécessaire vers une prise en charge adaptée. Ces personnels sont également formés en leur qualité de référents secourisme en santé mentale. Des superviseurs sont formés dans chaque académie en 2024 pour accompagner ces équipes.

Les enseignants transmettent aux élèves des écoles, collèges et lycées des connaissances sur les risques qu’ils peuvent encourir dans la vie quotidienne et les différentes formes de dangers auxquels ils peuvent être confrontés. Cette transmission s’effectue dans le cadre des programmes et des séances de sensibilisation. Les enseignants aident les élèves à acquérir des compétences pour savoir se prémunir et demander de l’aide. Les personnels sociaux et de santé apportent expertise et conseils techniques aux élèves et aux personnels de l'institution. Médecins, infirmières et assistants de service social sont à l’écoute des élèves et des familles.

Signalement des Situations de Danger

Face à une situation de danger ou de maltraitance sur mineurs, la loi oblige tout citoyen, qu’il soit ou non soumis au secret professionnel, à protéger les enfants et adolescents en danger (article 434-3 du Code pénal modifié par la loi n°2018-703 du 3 août 2018). Un professionnel soumis au secret peut (article 226-14 du CP) ou doit (article 40 du CPP), en fonction de son statut, se délier du secret afin de saisir les autorités administratives ou judiciaires compétentes.

La cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) peut être saisie par tout professionnel ou toute personne en contact avec un enfant en situation de danger ou de risque de danger par le biais d’un écrit (information préoccupante). À réception, elle le traite en interne et évalue dans un délai de 3 mois quelles suites donner. Cette structure est sous la responsabilité du président du conseil départemental. Elle s’articule avec les services de l’aide sociale à l’enfance, en lien avec le médecin référent de la protection de l’enfance.

S’il existe une situation de danger imminent et une nécessité de protection urgente, il convient d’adresser directement un signalement au procureur de la République (avec copie à la CRIP). Le doubler d’un appel téléphonique à la permanence du parquet des mineurs constitue également une bonne pratique.

Accompagnement et Soutien aux Élèves Victimes

Le collège peut également offrir un accompagnement et un soutien aux élèves victimes de maltraitance :

  • Mise en place d'un suivi psychologique.
  • Orientation vers des services spécialisés (associations, centres médico-psychologiques).
  • Aménagement de la scolarité (soutien scolaire, adaptation des évaluations).
  • Médiation avec la famille, si cela est possible et dans l'intérêt de l'enfant.

Au collège et au lycée, votre enfant peut trouver du soutien auprès d’un élève ambassadeur de la lutte contre le harcèlement.

Le Conseil de Discipline

Le chef d'établissement décide s'il faut réunir le conseil de discipline. Dans certains cas, le chef d’établissement doit engager une procédure disciplinaire soit en décidant seul de la sanction de l’élève, soit en saisissant le conseil de discipline. Il s’agit des cas suivants :

  • Un élève est l'auteur de violence verbale à l'égard d'un membre du personnel de l'établissement
  • Un élève commet un acte grave à l'égard d'un membre du personnel ou d'un autre élève
  • Un élève commet un acte portant une atteinte grave aux principes de la République, notamment au principe de laïcité
  • Un élève commet des actes de harcèlement, notamment de cyberharcèlement, à l'encontre d'un autre élève, y compris lorsque ce dernier est scolarisé dans un autre établissement.

Par contre, le chef d’établissement doit saisir obligatoirement le conseil de discipline dans l’un des cas suivants :

  • Un membre du personnel de l'établissement a été victime de violences physiques
  • Un élève introduit une arme dans l'établissement scolaire ou porte une arme sur lui.

Lorsqu'un membre de la communauté éducative a demandé par écrit la réunion du conseil de discipline, le chef d'établissement doit notifier à cette personne sa décision de refus et la motiver.

Le chef d'établissement peut interdire à votre enfant d'accéder à l'établissement jusqu'à la réunion du conseil de discipline. Il ne s'agit pas d'une sanction mais d'une mesure exceptionnelle.

Le conseil peut prononcer les sanctions suivantes :

  • Avertissement
  • Blâme
  • Mesure de responsabilisation jusqu'à 20 heures maximum
  • Exclusion temporaire de la classe jusqu'à 8 jours maximum
  • Exclusion temporaire de l'établissement jusqu'à 8 jours maximum
  • Exclusion définitive de l'établissement.

À savoir le sursis peut être prononcé pour la mesure de responsabilisation et l'exclusion temporaire de la classe ou de l'établissement. Une mesure de responsabilisation peut être décidée pour remplacer l'exclusion temporaire de la classe ou de l'établissement avec l'accord de votre enfant. Les sanctions sont inscrites au dossier administratif de votre enfant.

Que Faire en Cas de Soupçon de Maltraitance ?

Si vous êtes témoin ou si vous avez connaissance d'une situation de maltraitance d'un enfant, vous devez signaler les faits. Vous pouvez :

  • Appeler le 119, numéro national d'appel d'urgence gratuit et confidentiel pour toute situation d'enfant en danger.
  • Contacter les services du département : aide sociale à l'enfance (ASE) ou cellule de recueil des informations préoccupantes (Crip).
  • Adresser directement un courrier au procureur de la République.

En cas de doute sur une situation d’enfant en danger ou en risque de l’être, il est possible d’appeler le 119, numéro national d’appel d’urgence gratuit et confidentiel pour toute situation d’enfant en danger, pour demander conseil. Il est aussi possible d’envoyer un écrit au 119 via le formulaire à remplir en ligne ou d’entrer en relation via un chat. Il doit être affiché obligatoirement dans tous les lieux accueillant habituellement des mineurs.

Dans les situations de violences justifiant une prise en charge médicale urgente, les enfants et les adolescents doivent être adressés dans les services d’urgences pédiatriques territorialement compétents ou l'UAPED (unité pédiatrique enfance en danger) qui accueille les enfants et adolescents en urgence pour lesquels une situation de danger est suspectée. Ces services participent aux soins et aux traitements de ces situations en lien avec les services du département, les autorités judiciaires et les praticiens de terrain dans une volonté de parcours de soins.

Actions Éducatives et Mesures de Protection

Les actions éducatives peuvent être prononcées à un titre administratif (AED) ou judiciaire (AEMO). L'AEMO est une mesure judiciaire civile ordonnée dans le cadre de la protection de l’enfance par le juge des enfants au bénéfice d'un ou de plusieurs enfants d'une même famille (article 375-2 du code civil). Elle consiste en l'intervention à domicile d'un travailleur social pour une durée variable (de 6 mois à 2 ans, renouvelable jusqu'aux 18 ans de l'enfant) en vue de permettre d’apporter aide et conseil à la famille, afin de surmonter les difficultés matérielles ou morales qu’elle rencontre. La mission de l’AEMO est de protéger les mineurs dont la santé, la sécurité ou la moralité sont en danger ou lorsque leurs conditions d’éducation sont compromises. Le travailleur social intervient à domicile pour soutenir et conseiller les parents dans leur rôle éducatif. Il les aide à retrouver leur autorité afin que les enfants grandissent dans un environnement stable et sécurisé.

Conséquences Légales pour les Auteurs de Maltraitance

La loi prévoit des peines plus sévères en cas de violences à caractère sexuel (couramment appelées abus sexuels) sur mineurs. En outre, les délais pendant lesquelles des poursuites peuvent être engagées contre le(s) auteur(s) des faits sont allongés.

Les peines varient selon l'auteur et les circonstances. Ainsi, lorsqu'un ascendant prive l'enfant d'aliments ou de soins au point de compromettre sa santé, la peine est de 7 ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende. Le fait de forcer un mineur à consommer des substances dangereuses (alcool, tabac, stupéfiants), ou à en faire un usage illicite, est également sanctionné par la loi.

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