Le cytomégalovirus (CMV) est un virus courant de la famille des herpès virus qui peut affecter le bébé pendant la grossesse. Environ 40 % des femmes ne sont pas immunisées contre ce virus en début de grossesse. L'infection à CMV est la plus fréquente des infections materno-fœtales. En France, on estime qu'une femme sur deux en âge de procréer a déjà rencontré ce virus.

Qu'est-ce que le CMV ?

Le CMV est un virus de la même famille que celui de l'herpès génital, de la varicelle et du bouton de fièvre. Il n'existe que dans l'espèce humaine. La contamination par le CMV se fait par contact direct avec des sécrétions contenant le virus : salive, sécrétions nasales, urine, larmes, sang, lait maternel, sécrétions génitales, rapport sexuel ou dépôt sur les mains de gouttelettes contaminées (salive, éternuement, urine, larmes, etc.).

L’infection à CMV est la plus fréquente des infections virales du nouveau-né, touchant 1% des naissances vivantes. C’est aussi la principale cause de malformation congénitale, de retard mental et de surdité chez l’enfant.

Risques pour le bébé en cas d'infection au CMV pendant la grossesse

Lorsqu'une femme enceinte est infectée par le virus, le risque de transmission au bébé est de 30 % à 40 %. Parmi les nouveau-nés infectés pendant la grossesse, 90 % n'ont aucun symptôme, tandis que 10 % présentent des atteintes dues au CMV. Le risque de séquelles chez le bébé est d'autant plus important que la première infection maternelle survient tôt au cours de la grossesse.

En cas de contamination précoce pendant la grossesse, les atteintes possibles pour le bébé sont :

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  • Des atteintes auditives avec une surdité (5% hypoacousie).
  • Des anomalies oculaires.
  • Un retard de croissance intra-utérin (c’est-à-dire pendant la grossesse).
  • Des atteintes neurologiques (retard psychomoteur, épilepsie, etc.).

Selon les chiffres publiés par la Haute Autorité de santé, des séquelles importantes d'une infection à CMV materno-fœtale sont constatées dans 1 à 6 cas pour 100 000 naissances. Parmi les fœtus atteints, 10 % sont symptomatiques à la naissance et présentent un risque important de séquelles neurologiques graves (profond retard psychomoteur, surdité bilatérale profonde). En revanche, chez les nouveau-nés asymptomatiques, l’atteinte neurosensorielle (surdité) est la plus fréquente et peut survenir tardivement.

Il faut savoir également que lorsqu’ils naissent sans séquelles, les enfants dont la mère a contracté le CMV durant la grossesse risquent tout de même de développer une surdité avant l’âge de 5 ans.

Comment éviter l'infection au CMV pendant la grossesse ?

Prévention primaire

La prévention primaire consiste en des mesures pour limiter l’apparition d’une infection à CMV. Le virus se transmet par contact direct avec les sécrétions : salive, larmes, urine, etc. Les enfants de moins de 3 ans sont, le plus souvent, porteurs du virus dans leurs sécrétions, sans pour autant être malades.

Il est recommandé aux femmes enceintes et aux conjoints, en contact familial ou professionnel avec des enfants de moins de 3 ans, de respecter les mesures hygiéno-diététiques suivantes :

  • Ne pas sucer leur cuillère ou leur tétine, et de ne pas finir leur repas.
  • Ne pas partager leurs affaires de toilette (gant et serviette de toilette, brosse à dents).
  • Limiter le contact buccal avec les larmes et/ou la salive (ne pas les embrasser sur la bouche ou sur les yeux).
  • Se laver soigneusement les mains à l’eau et au savon après chaque change ou contact avec leurs urines et après chaque contact avec leur salive (mouchage, repas, jeu, etc.).

D’après des études, l’application de ces mesures d’hygiène divise par deux le nombre de contamination par le CMV d’adultes s’occupant d’enfants, qu’il s’agisse de leur métier ou en famille.

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Dépistage et sérologie

Il est recommandé de réaliser un dépistage avant d’être enceinte, lors du désir de grossesse. Il s’agit de faire une sérologie « préconceptionnelle » : une prise de sang en laboratoire d’analyse.

Si cette sérologie n’a pas pu être réalisée en « préconceptionnelle » et que le statut vis-à-vis du CMV est non connu : une sérologie au 1er trimestre de grossesse sera réalisée.

Si la sérologie « préconceptionnelle » et/ou du 1er trimestre de grossesse est négative (= absence de contact avec le CMV), une nouvelle sérologie sera réalisée à 16 semaines d’aménorrhée environ (soit début du 4e mois de grossesse). Si cette dernière est négative, arrêt de la surveillance.

Aujourd’hui, la HAS se prononce en prenant en compte l’évolution des connaissances. Elle recommande au ministère chargé de la Santé de mettre en place un dépistage systématique chez les femmes enceintes dont le statut sérologique est inconnu ou négatif, sous réserve qu’un suivi et qu’une collecte de nouvelles données soient mis en place.

Le dépistage devra être réalisé au premier trimestre de grossesse chez les femmes enceintes séronégatives ou de statut sérologique inconnu. La séquence des examens sérologiques de dépistage recommandée s’intègrera dans la liste des examens proposés aux femmes enceintes au premier trimestre de grossesse. Dans ce cadre, la HAS préconise de ne recourir qu’à des tests d’avidité IgG avec des seuils minimaux de performance en matière de sensibilité et de spécificité de 95% dans le cadre de la séquence actuellement utilisée (IgM, IgG, avidité IgG).

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Prévention secondaire

La prévention secondaire consiste en des mesures pour réduire le développement de l’infection à CMV. Une sérologie positive à la recherche d'une infection récente à CMV confirme le diagnostic.

Soit parce qu'elle est demandée en cas de symptômes évocateurs :

  • chez le bébé : anomalies vues à l'échographie (retard de croissance, taille de la tête insuffisante, anomalies du cerveau, ect…).
  • chez la mère : l'apparition d'un syndrome grippal avec fièvre, fatigue et maux de tête.

Soit parce qu’elle est demandée dans le cadre du dépistage lors du 1er trimestre de grossesse.

Si l’infection récente à CMV est confirmée, une surveillance de la grossesse dans un Centre de diagnostic anténatal, avec échographie tous les mois est mise en place.

Une amniocentèse (prélèvement de liquide amniotique) permettant la recherche du virus dans le liquide amniotique est réalisée en cas d'anomalies à l'échographie. Dans les cas avérés d’infection maternelle, seule la présence du virus dans le liquide amniotique établit l’infection fœtale, et la présence de lésions cérébrales visibles sur une imagerie anténatale lui donne une valeur pronostique péjorative.

Prévention tertiaire

La prévention tertiaire consiste en des mesures pour réduire les conséquences de l’infection à CMV. Un traitement antiviral par Valaciclovir est proposé à la femme enceinte dès que l’infection est identifiée. Ce traitement diminue la transmission de 29% à 11% selon les études. Seul traitement médicamenteux actuellement disponible, le valaciclovir permet de limiter la transmission au fœtus en cas de séropositivité maternelle et les données disponibles sur ce traitement ne montrent aucun signal de tératogénicité (anomalie ou déformation fœtale) sur la période 2007-2023.

Il n'existe pas aujourd'hui de consensus sur les traitements à administrer aux femmes enceintes infectées par un CMV. La prise en charge par traitement médicamenteux diffère selon les services d'obstétrique.

Témoignages

Plusieurs témoignages soulignent l'importance de la prévention et du dépistage du CMV pendant la grossesse. Olivia et Daniel, parents d'un enfant atteint de surdité à cause du CMV, insistent sur le manque d'information et l'errance médicale qu'ils ont vécus. Sarah et Nicolas, dont la fille a subi des implants cochléaires à cause du CMV, soulignent les difficultés financières et émotionnelles liées à la prise en charge du handicap. Edoardo et Raphaëlle, parents d'un enfant malentendant à cause du CMV, insistent sur le manque de communication sur ce sujet et la nécessité d'informer les futurs parents sur les gestes barrières. Arantza, une jeune maman, a bénéficié d'un suivi spécialisé et d'un traitement antiviral pendant sa grossesse, ce qui a permis de limiter les risques pour son bébé.

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