L'avortement au Japon est un sujet complexe, oscillant entre des contraintes légales persistantes et des avancées médicales récentes. Bien que l'interruption volontaire de grossesse (IVG) soit légale dans le pays jusqu'à 22 semaines, elle est soumise à des conditions restrictives qui entravent l'accès des femmes à ce droit. Cependant, l'approbation récente de la pilule abortive marque une avancée significative, bien que son accessibilité financière et les exigences de consentement restent problématiques.

Un cadre légal contraignant

La loi japonaise sur la santé maternelle exige le consentement des deux parents pour pratiquer un avortement. Cette exigence pose des problèmes considérables pour les femmes divorcées, séparées ou victimes de violences conjugales, car peu de cliniques acceptent de prendre le risque de poursuites judiciaires en l'absence de consentement paternel. En juin 2020, le Forum de soutien aux victimes de violences sexuelles a déposé une demande auprès de l'Association médicale japonaise (AMJ) pour réviser la loi, suscitant un débat sur la question du consentement au sein de l'AMJ et de l'Association Japonaise des Obstétriciens et Gynécologues (JAOG). La JAOG a proposé qu'un médecin désigné ou un tiers connaissant le couple détermine si un couple est séparé ou non, sur la base des déclarations de la femme.

L'arrivée de l'IVG médicamenteuse : Une avancée majeure

Jusqu'à récemment, les deux seules méthodes d'IVG pratiquées au Japon étaient le curetage et l'aspiration, des procédures chirurgicales souvent jugées risquées et traumatisantes. L'approbation de la pilule abortive, fabriquée par la société pharmaceutique britannique Linepharma International, représente donc une avancée majeure. Ce médicament peut interrompre une grossesse jusqu'à neuf semaines de gestation, offrant ainsi une alternative moins invasive aux femmes.

La gynécologue japonaise Ruriko Tsushima, qui se bat depuis des années pour l'introduction de l'IVG médicamenteuse au Japon, considère cette approbation comme un premier combat gagné. Elle souligne que le Japon a 30 ans de retard dans ce domaine, en raison du manque d'intérêt du ministère de la Santé et du corps médical pour cette méthode.

Des conditions d'accès encore difficiles

Malgré l'approbation de la pilule abortive, l'IVG reste difficile d'accès au Japon. En effet, l'IVG n'est pas considérée comme un droit pleinement octroyé aux femmes. Il faut justifier ce choix par des difficultés réelles à élever un enfant et obtenir l'accord de son partenaire pour une femme mariée ou en concubinage. Par ailleurs, le coût total de la pilule abortive et de l'hospitalisation, qui est une condition pour l'obtenir, est entièrement à la charge de la patiente et dépasse les 1 000 euros. Un coût prohibitif qui ne répond pas au souhait des femmes d'avoir accès à une pilule abortive abordable.

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Le consentement du conjoint reste une exigence controversée. Selon Yasuhiro Hashimoto, haut responsable du ministère de la Santé, le consentement du conjoint est nécessaire même pour un avortement médicamenteux. Cette position maintient le Japon parmi les onze pays au monde où l'accord d'un tiers est requis pour un avortement chirurgical, malgré les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de cesser cette pratique.

Conséquences des restrictions et perspectives d'avenir

Les conditions d'accès difficiles à l'IVG entraînent des grossesses non désirées, notamment chez les adolescentes, ce qui peut conduire à des accouchements dans des circonstances terribles et mettre des nourrissons en danger.

Selon le ministère de la Santé, 126 174 avortements ont été pratiqués au Japon au cours de l'année fiscale 2021. Les militants japonais font pression depuis des années pour que les pilules abortives soient approuvées, et cette décision est considérée comme une étape importante pour les droits reproductifs dans le pays. Kanako Inaba, obstétricienne et gynécologue, estime que l'approbation de cette pilule est une occasion de sensibiliser la population aux méthodes contraceptives et à l'éducation sexuelle.

Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour garantir un accès équitable et abordable à l'IVG au Japon. La suppression de l'exigence du consentement du conjoint, la prise en charge des coûts par l'assurance maladie publique et la mise en place de programmes d'éducation sexuelle sont autant de mesures nécessaires pour améliorer la santé et les droits reproductifs des femmes japonaises.

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