Claude Nougaro, figure emblématique de la chanson française, a marqué son époque par son style unique mêlant jazz, poésie et rythmes latins. Celui qui se définissait comme un « mot-sicien » interprétait ses propres textes de sa voix chaude et rocailleuse. Cet article explore sa vie, de son enfance toulousaine à son héritage musical, en passant par ses inspirations et ses collaborations. Retraçons la vie de cette figure musicale si singulière, de Toulouse à Paris en passant par New York et le Brésil.
Une Enfance Toulousaine Bercée par la Musique
Claude Nougaro est né le 9 septembre 1929 à Toulouse, ville à laquelle il restera profondément attaché. Il grandit dans le quartier des Minimes, au sein d'une famille de musiciens. Son père, Pierre Nougaro (1904-1988), était un baryton de l'Opéra de Paris, tandis que sa mère, Liette Tellini, était professeure de piano. Il est élevé par ses grands-parents à Toulouse, où il écoute Glenn Miller, Édith Piaf et Louis Armstrong (entre autres) à la radio. Bercé par la musique classique, le jazz et la chanson française, Claude Nougaro baigne dès son enfance dans un mélange d'influences musicales éclectiques, auxquelles il ajoutera plus tard sa fascination pour les sonorités africaines et sud-américaines.
Cette atmosphère musicale familiale a profondément influencé le jeune Claude, qui a développé une passion pour le jazz et la poésie dès son plus jeune âge. Il découvre ainsi les musiques de Louis Armstrong, Glenn Miller, Bessie Smith, Duke Ellington et Count Basie. « Le jazz c’est dans mes globules », dira-t-il plus tard. Il avait la musique non seulement dans la peau, mais également dans le sang ! La voie musicale était ouverte au jeune toulousain dès sa naissance.
Cependant, sa scolarité est marquée par des renvois et des exclusions, bien qu'il excelle en littérature et développe son écriture en dehors des cours. Il abandonne l'école avant le baccalauréat et devient pigiste pour divers journaux, dont L'Echo d'Alger et Le Journal des Curistes.
Des Débuts Parisiens : De Poète à Chanteur
Au début des années 1950, Claude Nougaro s'installe à Paris, où il fréquente le milieu artistique et écrit ses premiers textes pour Marcel Amont, Philippe Clay et Jacqueline François. En parallèle, il se produit au Lapin Agile, un cabaret légendaire de Montmartre, où il récite ses poèmes. En 1954, Claude Nougaro fait ses débuts dans l’un des célèbres cabarets parisiens de la butte Montmartre, le Lapin Agile, où il récite ses poèmes.
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C'est Michel Legrand qui lui suggère d'interpréter lui-même ses textes, marquant ainsi le début de sa carrière de chanteur. Il travaille alors sa technique vocale avec sa mère, qui avait accompagné son père, chanteur lyrique. Il enregistre un premier album pour le label Président, Il Y Avait Une Ville (1959), avec la participation de Michel Legrand.
En 1957, le chanteur décide de chanter ses propres textes et se produit dans divers cabarets parisiens. Parmi les grands noms se trouvent La Maison Rose et le Liberty’s. Cependant le succès ne se manifeste qu’en 1962, avec son directeur artistique Jacques Canetti. En 1962, il décida de chanter lui-même ses uvres : Une Petite Fille et Cécile ma fille (dédiée à sa fille, née en 1962 de sa femme Sylvie, rencontrée au Lapin Agile). Ces chansons le firent immédiatement connaître du grand public, bien qu'il ait déjà commencé à percer en participant aux concerts de Dalida.
L'Éclosion du Succès : Jazz, Java et Hommages
Le succès arrive en 1962 avec « Une petite fille » et « Cécile ma fille », bientôt suivis par l'album Le Cinéma et « Le Jazz et la java ». Au début des années 60, Claude Nougaro introduit quelques éléments de jazz empruntés à Glenn Miller et Louis Armstrong dans ses propres compositions comme « Cécile, ma fille ». Sa rencontre avec le pianiste Michel Legrand lui permet d’obtenir son premier succès avec « Une petite fille » en 1962. Une première collaboration qui en préfigure beaucoup d’autres à venir. Le début des années 60 est d'ailleurs auréolé de succès : « Le Jazz et la Java » et « Le Cinéma » (1962), « Cécile, ma fille » (1963), « Armstrong » (chanson en forme d'hommage au jazzman américain, 1965).
En 1965, un voyage au Brésil lui fait rencontrer le guitariste Baden Powell de Aquino, avec lequel il se lie d’amitié. Découvrant la réalité des favelas brésiliens, Claude Nougaro leur consacre un morceau, « Bidonville » qui n’échappe malheureusement pas aux clichés tendance « Qu’est ce qu’ils sont généreux malgré leur misère, ces braves gens ».
Désormais reconnu, le Toulousain multiplie les tours de chant à travers toute la France ainsi que les morceaux que les radios diffusent largement. « À bout de souffle», « Chanson pour le maçon » ou encore « Sing, Sing Song » (tous rassemblés sur le 33-tours de 1966, tout comme « Armstrong ») permettent à l’artiste de développer son style de jazzman languedocien chantant dans le style New Orleans « avé l’assent ».
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En 1968, peu après les événements de Mai (qui lui ont inspiré « Paris Mai », interdit de diffusion à l’époque) et surtout « Toulouse », hommage à sa ville natale, le chanteur obtient la consécration en jouant plusieurs soirs de suite à l’Olympia, à guichets fermés. Les succès s'accumulent, « Armstrong », « Sing Sing Song » et le classique « Toulouse » (1967), hommage à la ville natale qu'il chérit.
Un Artiste Engagé et Innovant
Bien qu'il se dise opposé à la politique, Claude Nougaro signe des chansons aux textes engagés. Lors de son voyage au Brésil en 1965, il découvre les conditions de vie désolantes des favelas brésiliennes. Il décide de leur consacrer la chanson Bidonville, décriant le triste quotidien des habitants. Quelques années plus tard, les évènements de Mai 68 lui inspirent la chanson enflammée Paris Mai, véritable cri du cœur signé en plein révolte : « Le casque des pavés ne bouge plus d'un cil. La Seine de nouveau ruisselle d'eau bénite. Le vent a dispersé les cendres de Bendit, Et chacun est rentré chez son automobile ». Jugée subversive et controversée, la chanson est immédiatement interdite d’antenne sur les radios publiques.
Toujours aussi diversifié, le Toulousain mêle son jazz avec des accents de bossa-nova (avec la complicité de Henri Salvador), de rumba, de blues ou de java. Une influence latino qu’il doit bien évidemment à Baden Powell, mais aussi à Chico Buarque ou à Tania Maria, artistes brésiliens mêlant jazz-rock, sonorités lusitaniennes, fado et chansons engagées contre la dictature militaire de l’époque.
En 1987, suite à la rupture de son contrat avec sa maison de disques, le chanteur décide à contrecœur de vendre sa maison pour partir vers de nouveaux horizons. Face au succès mitigé de l’album Bleu Blanc Blues (1985), la maison de disques Barclay décide de ne pas renouveler le contrat de Claude Nougaro. Le chanteur n’a plus la cote auprès des nouveaux publics : il est l’heure de changer son fusil d’épaule. Direction New York. C’est dans l’ambiance électrique de la Big Apple, entouré de rock et de funk, qu’il trouve sa nouvelle inspiration. Nougaro fait la connaissance du producteur Mick Lanaro et du français Philippe Saisse, arrangeur entre autres pour l’auteur-compositeur-interprète Al Jarreau. Soutenu par un casting de rêve, dont Nile Rodgers du groupe Chic et le bassiste de jazz Marcus Miller, le chanteur produit l’un des plus gros tubes de sa carrière : Nougayork. L’album éponyme aux influences rock et funk vaudra à son auteur deux Victoires de la musique en 1988, « meilleur album » et « meilleur artiste interprète masculin ».
Les Enfants de Claude Nougaro et la Préservation de son Œuvre
Depuis sa disparition en 2004, sa dernière épouse et ses enfants ont eu à cœur de faire vivre sa mémoire et son œuvre. Après avoir publié en 2014 un livre sur la relation d’une fille à son père et sur la transmission intitulé J’entends encore l’écho de la voix de papa (éd. Flammarion), sa troisième fille, Théa, a voulu présenter son père aux enfants d’aujourd’hui. Elle vient de publier Claude Nougaro, enchanté ! (Éditions des Braques), un livre-disque comprenant douze chansons illustrées.
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L'objectif était qu'elles parlent non seulement aux adultes qui voudront les transmettre, mais aussi et surtout aux enfants, parce que chacune d’entre elles raconte une histoire. Toutes véhiculent la profonde espérance en l’homme qui habitait mon père. Le livre s’achève sur une courte biographie présentant l’enfant et l’homme que fut mon père, ainsi que sur de petites anecdotes contextualisant les chansons présentées.
Théa Nougaro voulait avant tout que l’enfant puisse lire ou se faire lire les textes, que ce recueil soit comme un livre de chevet. Il était bien entendu évident qu’il devait être accompagné du CD des chansons interprétées par mon père.
Cécile, Fanny, Théa et Pablo gèrent avec Hélène Nougaro le patrimoine artistique de leur père et mari. Cécile a créé à Toulouse « La Maison Nougaro », inaugurée le 9 septembre 2019, et y organise des expositions et des concerts. Fanny a créé le site officiel « claudenougaro.fr » et gère « Nougaro Éditions » qui regroupent les deux derniers albums et de nombreux inédits.
Les Dernières Années et l'Héritage
Malgré des problèmes de santé en 1995, Claude Nougaro reste actif sur scène jusqu’à la fin des années 1990, participant à des concerts et festivals. Il décède le 4 mars 2004 des suites d'un cancer, laissant derrière lui un riche répertoire et l'image d'un artiste passionné et novateur.
Ses obsèques ont été célébrées à Toulouse, en la basilique Saint-Sernin. Une partie de ses cendres a été dispersée dans la Garonne. Après sa disparition, de nombreuses villes françaises ont décidé de lui rendre hommage en donnant son nom à des écoles, collèges et lycées, des rues, des salles de spectacles. Claude Nougaro ne fait alors plus qu’un avec sa terre natale, qui n’aura cessé de l’habiter toute sa vie.
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