Claude Monet, figure emblématique de l'impressionnisme, a marqué l'histoire de l'art par sa vision novatrice et sa capacité à capturer la lumière et l'atmosphère. Cet article explore les premières années de sa vie, son éducation artistique et l'émergence de son style unique.
Naissance et enfance au Havre
Oscar-Claude Monet voit le jour le 14 novembre 1840 au 45 rue Laffitte, à Paris. Sa famille, établie dans la capitale depuis au moins la fin du XVIIIe siècle, l'appelle Oscar. Son père, Adolphe Monet, est un commerçant aux activités mal définies, tandis que sa mère, Louise-Justine, est femme au foyer. En 1845, la famille déménage au Havre, en Normandie, où Adolphe accepte un poste dans l'entreprise d'épicerie en gros de son beau-frère, Jacques Lecadre.
Au Havre, le jeune Oscar fréquente d'abord une pension privée, puis le collège communal à partir de 1851. L'enseignement, limité à quatre heures par jour, lui pèse. Son professeur de dessin, Jacques-François Ochard (1810-1870), un ancien élève de David, décèle rapidement son talent. Monet s'essaie à la caricature et aux esquisses de bateaux et de paysages.
Premiers pas artistiques
Dès son plus jeune âge, Monet manifeste un intérêt pour le dessin et la peinture. Il commence par réaliser des caricatures, qui lui valent une certaine notoriété locale. Ses dessins sont exposés dans la vitrine du papetier Gravier, rue de Paris, où il rencontre Eugène Boudin (1824-1898), un peintre de marines qui l'encourage à peindre des paysages en plein air. Boudin initie Monet à la peinture sur le motif dans les environs du Havre, une expérience déterminante pour le jeune artiste.
La mort de sa mère en 1857 marque un tournant. Claude est pris en charge par sa tante, Marie-Jeanne Lecadre, une artiste amateur qui possède un atelier et fréquente des peintres locaux. C'est également en 1857 que Monet semble abandonner ses études au collège du Havre.
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En 1858, Monet expose pour la première fois une Vue prise à Rouelles, signée O. Monet, à l'exposition municipale du Havre, aux côtés d'Eugène Boudin. La similitude entre les œuvres des deux artistes est frappante.
Formation à Paris
Sur les conseils de Boudin, Monet se rend à Paris en avril 1859 pour étudier la peinture. Il visite le Salon officiel de peinture et de sculpture et est impressionné par le paysagiste Charles-François Daubigny (1817-1878). Il entre en contact avec des artistes de second ordre et envisage d'intégrer l'atelier de Thomas Couture (1815-1879), un peintre d'histoire réputé. Cependant, l'entretien se passe mal et Monet renonce à l'enseignement académique, qu'il juge trop coûteux.
Il s'inscrit alors à l'Académie Suisse, une école de peinture peu onéreuse qui offre une grande liberté aux élèves. Monet apprécie ce climat libéral et y rencontre Camille Pissarro (1830-1903). Il fréquente également la Brasserie des Martyrs, un lieu de rencontre pour les artistes et les écrivains.
Service militaire en Algérie
Début 1861, Monet doit retourner au Havre pour son incorporation dans l'armée. Il tire un "mauvais numéro" et doit effectuer un service de sept ans. Il refuse la proposition de sa famille de payer une dispense, car son père exige en contrepartie qu'il travaille dans l'entreprise familiale. Monet s'engage donc pour sept ans et est affecté au 1er régiment de chasseurs d'Afrique, stationné près d'Alger.
Il arrive en Algérie le 10 juin 1861, mais contracte la fièvre typhoïde un an plus tard. Il bénéficie de six mois de convalescence en métropole. Durant son séjour en Algérie, Monet continue à peindre et ses talents sont appréciés par les gradés.
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Retour en France et influences artistiques
De retour en France, Monet est libéré de ses obligations militaires grâce à l'intervention de sa tante, qui paie le prix de la résiliation de son engagement. Il est alors placé sous la tutelle artistique d'Auguste Toulmouche (1829-1890), un peintre installé à Paris et cousin des Lecadre. Toulmouche, élève de Charles Gleyre (1806-1974), l'encourage à entrer dans l'atelier de ce dernier.
Dans l'atelier de Gleyre, Monet rencontre Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Alfred Sisley (1939-1899) et Frédéric Bazille (1841-1870), avec lequel il se lie d'amitié. Cependant, Gleyre tombe malade et doit fermer son atelier en juillet 1864.
En mai 1864, Monet et Bazille séjournent à Honfleur, sur la côte normande, pour peindre des paysages en plein air. Monet reste quelque temps à Honfleur puis séjourne à Sainte-Adresse. Durant ce séjour, il peint de nombreux paysages qui témoignent de l'influence de Jongkind et d'une évolution vers l'impressionnisme. La rencontre avec Jongkind est fondamentale pour l'évolution ultérieure de Monet : « Il fut à partir de ce moment mon vrai maître, et c’est à lui que je dus l’éducation définitive de mon œil. »
Vers l'impressionnisme
À partir de ce moment, l'œuvre de Monet prend résolument la direction de l'impressionnisme. Cette évolution est progressive et comporte des hésitations, ainsi que des concessions à l'académisme pour être accepté au Salon. Cependant, Monet est engagé dans une recherche fondamentale qui fera de lui l'un des plus grands artistes de l'histoire de l'art occidental.
Au Salon de 1865, il présente deux vues de l'Estuaire de la Seine, l'une prise de Honfleur, l'autre de Sainte-Adresse. Elles reçoivent un accueil favorable du public. Fin 1865, il entame un tableau, Le Déjeuner sur l'herbe, qui, par sa taille (4,65 × 6 mètres), témoigne de l'importance de la peinture historique. Cependant, le tableau est d'orientation impressionniste et Monet ne le terminera jamais. Plusieurs études de cette vaste composition ont été conservées dans différents musées.
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Camille Doncieux et les difficultés financières
Fin 1865, Monet rencontre Camille Doncieux, un modèle qui deviendra sa première épouse en juin 1870. Pour le Salon de 1866, il exécute rapidement un portrait de Camille, La Femme à la robe verte, qui rencontre le succès. Émile Zola écrit dans le journal L'Événement : « J'avoue que la toile qui m'a le plus longtemps arrêté est la Camille de M. Monet… Eh oui ! voilà un tempérament, voilà un homme dans la foule des eunuques. »
Cependant, le jury du Salon de 1867 refuse les deux toiles présentées par Monet. Le peintre se trouve alors en difficulté financière, car personne ne lui offre un bon prix pour Femmes au jardin, refusé au salon. Frédéric Bazille, dont la famille est fortunée, achète alors le tableau pour 2 500 francs.
Camille est enceinte et la naissance est attendue pour août 1867. La famille de Claude Monet désapprouve sa relation avec Camille, car ils ne sont pas mariés. Le couple, confronté à des problèmes financiers, se sépare provisoirement : Claude ira vivre dans sa famille au Havre, tandis que Camille restera à Paris sous la surveillance d'Ernest Cabadé, un étudiant en médecine.
Après la naissance de son fils Jean, Claude Monet reste résider dans sa famille, où il dispose du gîte et du couvert. Au Salon de 1868, Monet présente Les navires sortant des jetées du Havre, toile aujourd'hui disparue. Au printemps 1868, il s'installe avec Camille et son fils à l'auberge de Gloton, proche du hameau de Bennecourt, sur les bords de la Seine. Les difficultés financières l'obligent à quitter l'auberge. Ayant placé Camille et Jean chez des villageois, il part pour le Havre fin juin 1868.
En 1869 et 1870, les tableaux de Monet sont refusés par le jury du Salon. Il vit à divers endroits sur les bords de la Seine dans le dénuement relatif et reçoit l'aide de Bazille et de Renoir. C'est avec ce dernier qu'il travaille sur l'île de Croissy pour peindre le café flottant de la Grenouillère. Ses compositions s'éclaircissent et, comme Renoir, il cherche surtout à saisir les reflets de la lumière sur les vaguelettes de la Seine en juxtaposant de petites touches de couleurs restant apparentes.
Mariage et guerre franco-prussienne
Le 28 juin 1870, Claude Monet épouse Camille Doncieux à la mairie du 8e arrondissement de Paris. Le mariage est approuvé par la famille Doncieux, qui est assez modeste, mais condamné par les Monet et les Lecadre du Havre. Marie-Jeanne Lecadre, qui a toujours senti le grand artiste chez son neveu, est très malade et meurt le 7 juillet 1870.
Le 19 juillet, la France entre en guerre contre la Prusse. Monet, Camille et le petit Jean s'installent dans un petit hôtel à Trouville, sur la côte normande, localité balnéaire qui fera l'objet de plusieurs tableaux. En novembre 1870, Frédéric Bazille, qui s'était engagé, trouve la mort à Beaune-la-Rolande.
Monet n'envisage absolument pas de servir à nouveau dans l'armée et part pour Londres. Il y fait rapidement une rencontre décisive pour la suite de sa carrière : Paul Durand-Ruel (1831-1922), marchand d'art et organisateur d'expositions, lui propose d'abord d'exposer ses œuvres à Londres puis de les lui acheter. Avec Pissarro, également réfugié à Londres, Monet visite les musées et découvre les grands paysagistes anglais : John Constable (1776-1837) et Joseph Mallord William Turner (1775-1851).
Le père de Monet meurt en janvier 1871, laissant une succession qui améliorera la situation financière du peintre. Au lieu de rentrer en France, Monet part aux Pays-Bas, à Zaandam, fin mai 1871. Sans doute le choix de cette petite ville de 12 000 habitants résulte-t-il de conversations avec Jongkind ou de conseils de Pissarro qui connaît l'endroit. Monet s'installe à l'hôtel des Beurs avec Camille et Jean, qui l'avaient accompagné à Londres. Canaux, moulins à vent et bateaux s'offrent au peintre qui indique être « dans le feu du travail.
Argenteuil et l'éclosion de l'impressionnisme
À l'automne 1871, la famille revient à Paris et s'installe provisoirement à l'hôtel du Havre et de New York, proche de la gare Saint-Lazare. En décembre, Monet trouve, par l'intermédiaire de la famille de Manet, une maison à louer à Argenteuil, localité de 8 000 habitants située sur la rive droite de la Seine. L'héritage paternel, la dot de sa femme et les achats de Durand-Ruel ont considérablement amélioré la situation financière de l'artiste.
L'année 1874 représente une date historique pour l'impressionnisme. Monet, Renoir, Pissarro, Sisley, Degas et Berthe Morisot fondent la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs qui a pour objectif de permettre aux impressionnistes d'exposer librement sans passer par le salon officiel organisé par l'Académie des Beaux-arts. Ces artistes voyaient en effet leurs tableaux systématiquement refusés par le jury officiel.
La première exposition impressionniste ouvre ses portes le 15 avril 1874 dans les ateliers parisiens du photographe Nadar. 165 toiles sont exposées dont 8 de Claude Monet. Parmi elles, Impression, soleil levant, peint en 1872, deviendra emblématique du mouvement. Le critique Louis Leroy, du journal Le Charivari, utilise le terme "impressionnistes" de manière péjorative, donnant ainsi son nom au mouvement.
Monet participe à quatre des huit expositions impressionnistes, de 1876 à 1882, avec un succès commercial mitigé.
Vétheuil, Alice Hoschedé et les drames familiaux
La rencontre d'Ernest Hoschedé (1837-1891) aura des conséquences artistiques et familiales. Hoschedé est un riche commerçant en tissus et un mécène appréciant la peinture impressionniste. Il achète à Monet Impression soleil levant et lui demande en 1876 de peindre des panneaux de grandes dimensions pour son salon du château de Rottembourg, situé à Montgeron, près de Paris. Monet fréquente donc beaucoup le domicile des Hoschedé où vivent également Alice (1844-1911), la femme d'Ernest, et leurs enfants. Il utilise un pavillon du parc du château comme atelier.
En 1875 ou 1876, une liaison commence entre Claude Monet et Alice Hoschedé. Début 1877, il loue un pied-à-terre dans le quartier de la Gare Saint-Lazare afin de peindre l'intérieur de celle-ci. La location est enregistrée au nom du peintre Gustave Caillebotte (1848-1894), qui dispose d'une fortune familiale importante.
Durand-Ruel étant confronté à des difficultés et Hoschedé étant en faillite, Monet a perdu deux acheteurs importants. Sa situation financière se dégrade à nouveau et il se trouve dans l'incapacité de régler le loyer de la maison d'Argenteuil. Il explore la campagne à partir d'août 1878, en tenant le plus grand compte de l'aspect visuel.
En 1878, Monet s'installe à Vétheuil avec Camille, leurs deux fils, Jean et Michel, et les six enfants d'Alice Hoschedé, dont le mari, Ernest, est ruiné. Camille, affaiblie par la maladie, décède en 1879. Monet peint alors Camille sur son lit de mort, une œuvre poignante qui témoigne de son émotion face à la disparition de sa femme.
Giverny : Un havre de paix et d'inspiration
En 1883, Monet s'installe à Giverny avec Alice Hoschedé et leurs enfants. Il loue une maison avec un grand jardin, qu'il transforme progressivement en un véritable paradis terrestre. En 1890, il achète la propriété et se consacre à la création de son jardin d'eau, avec son célèbre pont japonais et ses nymphéas.
Giverny devient un lieu d'inspiration majeur pour Monet, qui y peint ses séries les plus célèbres, comme les Meules, les Cathédrales de Rouen et les Nymphéas. Il y accueille de nombreux amis et admirateurs, dont Georges Clemenceau, qui l'encourage à léguer les Nymphéas à l'État français.
Après la mort d'Ernest Hoschedé en 1891, Claude Monet épouse Alice Hoschedé en 1892. Ils vivent heureux à Giverny jusqu'à la mort d'Alice en 1911.
Les dernières années
Les dernières années de la vie de Monet sont marquées par des problèmes de vue. Atteint de cataracte, il subit une opération en 1923, qui lui permet de retrouver une partie de sa vision. Il continue à peindre jusqu'à sa mort, le 5 décembre 1926, à l'âge de 86 ans.
Claude Monet laisse derrière lui une œuvre immense et novatrice, qui a profondément marqué l'histoire de l'art. Il est considéré comme l'un des pères de l'impressionnisme et son influence se fait encore sentir aujourd'hui.
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