Introduction
Le théâtre africain contemporain, à l'image des œuvres de Sony Labou Tansi, s'est ouvert sur le monde, confrontant les préjugés occidentaux et explorant l'identité africaine de manière inattendue. Cette quête identitaire, souvent marquée par les cicatrices de la colonisation, se manifeste à travers des personnages en errance, des corps fragmentés et une remise en question des normes sociales. Cet article se propose d'explorer cette thématique à travers l'analyse des œuvres de plusieurs auteurs clés.
L'Émergence d'une Nouvelle Génération d'Auteurs Africains
Dans les années 1990, une nouvelle génération d'auteurs africains a investi le théâtre, avec la conviction de s'inscrire dans la scène des écritures contemporaines. Ces auteurs s'attaquent résolument aux préjugés occidentaux, cherchant à situer l'identité africaine là où on ne l'attend pas. Koffi Kwahulé, Caya Makhélé, Koulsy Lamko et Gustave Akakpo sont parmi les figures marquantes de ce mouvement. Ils ont choisi d'écrire en français, la langue de la métropole, pour la transformer et la faire résonner autrement, comme l'explique Koffi Kwahulé.
La Quête Identitaire et le Théâtre de l'Errance
La quête de soi et la tentative de reconstruire une identité sont au cœur du théâtre de ces auteurs. Leurs personnages errent en scène, souffrant d'un défaut d'identité. Ils apparaissent souvent sous la figure du vagabond ou du clochard, à l'image de Makiadi dans La Fable du cloître aux cimetières de Caya Makhélé, un ancien fonctionnaire devenu sans-abri.
Le Corps Fragmenté, Métaphore de la Colonisation
Le personnage est souvent réduit à un corps désolidarisé, rongé et parasité par des corps étrangers, métaphore de l'impact de la colonisation sur l'intime. Makiadi est menacé par l'éclatement, l'incapacité d'exister comme un tout. Sa vision de lui-même est parcellaire et incomplète : « Aïe, coupure d'un sale miroir qui ne me laisse voir que ma tête et pas le reste de mon corps. » Cette image du corps dégradé rappelle les êtres de Beckett, caractérisés par un corps souffrant et une impossibilité d'action.
Passivité et Refus du Monde
Le sujet est également vacant par sa passivité et son refus d'entrer en adéquation avec le monde. Le vieillard de Tout bas… si bas qui a élu domicile dans un arbre et refuse d'en descendre illustre cette attitude. Le héros de La Fable du cloître des cimetières, quant à lui, ne peut intervenir dans sa propre histoire qu'à contre-courant.
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La Métamorphose de Makiadi : Un Parcours Initiatique
La Fable du cloître des cimetières apparaît comme un parcours initiatique, une quête identitaire. Les titres didascaliques rappellent les paroles d'un conteur narrant le destin du héros : « Ici commence la métamorphose de Makiadi. » Durant toute la pièce, Makiadi change de visage, se cherche dans le reflet d'un miroir brisé, se travestit en femme, revêt la soutane d'un pasteur. À chaque transformation, personne ne le reconnaît. Car la reconnaissance par autrui est la condition sine qua non pour exister.
Big Shoot de Koffi Kwahulé : Violence et Dépossession de l'Identité
Big Shoot de Koffi Kwahulé suscite un désarroi initial du lecteur. Pas de distribution des personnages, pas de didascalie, pas de sujet de parole. Le personnage n'est presque pas repérable dans le texte. La pièce débute par une série d'insultes proférées à un être immobile. L'un des personnages cherche à faire raconter à l'autre un souvenir qui n'a jamais existé, à l'inventer par ses questions.
L'Autre comme Extériorité Violente
Les personnages entrent sur scène indéfinis et s'inventent l'un l'autre. L'autre intervient comme une extériorité violente, qui détermine l'essence de celui qui est en face. La violence verbale et la domination président à ce processus. Le rapport entre le bourreau et la victime permet une dépossession totale de l'autre. La victime est créée par son oppresseur : son nom, ses souvenirs.
Le Show et la Définition Tortionnaire de l'Identité
Cette définition tortionnaire de l'identité apparaît sur un plateau de télévision. Le personnage est dépossédé de lui-même au profit d'une société avide de vie privée et d'un système en quête d'audimat. Le participant est un objet sur lequel chacun peut exercer ses vices, projeter ses envies de domination. À tous les niveaux, on existe à travers l'autre, et c'est contre cette existence forcée que s'insurgent les dramaturges.
Les Difficultés de la Construction du Personnage
La construction du personnage représente pour les dramaturges africains une double difficulté. Créer un personnage est vécu comme un acte despotique qui reproduit la violence avec laquelle l'histoire s'est acharnée à définir l'Afrique. La distribution des personnages elle-même est problématique. Chez Koulsy Lamko, dans Tout bas… si bas, chaque personnage est accompagné d'un commentaire qui correspond à une note d'intention plus ou moins délayée.
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