Gisèle Halimi, figure emblématique du féminisme français, a consacré sa vie à la défense des droits des femmes, en particulier sur la question de l'avortement. Ses plaidoiries, ses écrits et ses interventions publiques ont marqué l'histoire et continuent d'inspirer les générations actuelles. Cet article explore les citations les plus percutantes de Gisèle Halimi sur l'avortement et le combat pour l'égalité des sexes, en mettant en lumière leur contexte et leur portée.
Un combat fondateur : Le procès de Bobigny et la loi Veil
L'une des étapes les plus marquantes de la carrière de Gisèle Halimi fut sa plaidoirie au procès de Bobigny en 1972. Elle y défendait Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de 16 ans jugée pour avoir avorté après un viol. Ce procès, largement médiatisé, a contribué à sensibiliser l'opinion publique sur la question de l'avortement et à préparer le terrain pour la loi Veil de 1975, qui dépénalisait l'interruption volontaire de grossesse (IVG).
Halimi rappelait l'importance de ce moment fondateur : « Tous les éléments importants figurent dans cette fiction. Quels que soient ses manques, elle est essentielle et positive à plusieurs titres. D'abord parce que ce combat, qui a constitué le socle de la libération des femmes, est une histoire souvent constituée de silences. »
Elle soulignait également le clivage socio-économique qui caractérisait l'accès à l'avortement à l'époque : « Si Michèle/Martine avait été, comme je l'ai dit en plaidant à Bobigny, épouse de PDG, il n'y aurait pas eu de procès. Les femmes des milieux aisés avortaient dans des conditions sûres et n'étaient jamais poursuivies, à l'inverse des plus vulnérables. »
Pour Halimi, le manifeste des 343 et le procès de Bobigny ont été des actes éclatants de désobéissance civique, accomplis par une minorité de femmes qui ont fait avancer l'Histoire. « Ce moment unique représente un grand événement dans ma vie, une grande fierté pour les femmes. Parce que cette minorité agissante, à l'avant-garde de la société, a fait avancer l'Histoire. Et tout ce qui fait avancer les femmes fait avancer la société. »
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La liberté des femmes : Un droit fondamental
Gisèle Halimi considérait que le droit à l'avortement était indissociable de la liberté des femmes et de leur droit à disposer de leur corps. Elle dénonçait la loi de 1920, qui criminalisait l'avortement, comme une atteinte à la dignité et à l'autonomie des femmes.
Dans sa plaidoirie à Bobigny, elle affirmait : « Pour ma part, je pourrais me borner à dire : parce qu’elle est contraire, fondamentalement, à la liberté de la femme, cet être, depuis toujours opprimé. »
Elle rappelait que, tout au long de l'histoire, les femmes ont été soumises à des diktats et à des oppressions de toutes sortes. « La femme était esclave disait Bebel, avant même que l’esclavage fût né. Quand le christianisme devint une religion d’État, la femme devint le « démon », la « tentatrice ». Au Moyen Âge, la femme n’est rien. La femme du serf n’est même pas un être humain. C’est une bête de somme. »
Pour Halimi, la revendication de disposer de son corps est une revendication élémentaire, physique, première. « Nous vous disons : « Nous, les femmes, nous ne voulons plus être des serves ». »
Elle dénonçait l'idée que les femmes devraient être considérées comme de simples « boîtes, des réceptacles dans lesquels on sème par surprise, par erreur, par ignorance, dans lesquels on sème un spermatozoïde. »
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Halimi considérait que « l’acte de procréation est l’acte de liberté par excellence. La liberté entre toutes les libertés, la plus fondamentale, la plus intime de nos libertés. »
L'éducation et la contraception : Des outils essentiels
Gisèle Halimi soulignait l'importance de l'éducation sexuelle et de l'accès à la contraception pour permettre aux femmes de faire des choix éclairés et responsables en matière de procréation. Elle dénonçait l'absence d'une véritable contraception publique, populaire et gratuite.
Dans sa plaidoirie à Bobigny, elle demandait : « L’accusation, je le lui demande, peut-elle établir qu’il existe en France une contraception véritable, publique, populaire et gratuite ? Je ne parle pas de la contraception gadget, de la contraception clandestine qui est la nôtre aujourd’hui. Je parle d’une véritable contraception. »
Elle soulignait que, même avec une éducation sexuelle et une contraception parfaites, il peut y avoir des échecs, des oublis, des erreurs. « Voulez-vous contraindre les femmes à donner la vie par échec, par erreur, par oubli ? »
Pour Halimi, le progrès de la science est précisément de barrer la route à l’échec, de faire échec à l’échec, de réparer l’oubli, de réparer l’erreur.
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Un appel à la vigilance et à la mobilisation
Gisèle Halimi était consciente que les droits des femmes sont toujours fragiles et qu'il est nécessaire de rester vigilant et de se mobiliser pour les défendre. Quelques mois avant son décès, elle lançait un appel aux femmes du XXIe siècle pour qu'elles reprennent le flambeau des luttes qu'elle avait menées toute sa vie.
« J’attends qu’elles fassent la révolution. Je n’arrive pas à comprendre, en fait, qu’elle n’ait pas déjà eu lieu. »
Elle insistait sur la nécessité d'une révolution complète des mœurs, des esprits, des mentalités, et d'un changement radical dans les rapports humains, fondés depuis des millénaires sur le patriarcat.
Halimi encourageait les jeunes femmes à être indépendantes économiquement, à être égoïstes, à penser à elles, à ce qui leur plaît, à ce qui leur permettra de s’épanouir et d’exister pleinement.
« Fichez-vous des railleries et autres jalousies. Vous êtes importantes. »
Elle les exhortait à ne pas avoir peur de se dire féministes, un mot magnifique qui désigne un combat valeureux qui n'a jamais versé de sang.
« Soyez donc sur le qui-vive, attentives, combatives; ne laissez pas passer un geste, un mot, une situation, qui attente à votre dignité. La vôtre et celle de toutes les femmes. Organisez-vous, mobilisez-vous, soyez solidaires. »
L'importance des mots : Un héritage à transmettre
Gisèle Halimi accordait une importance particulière aux mots, qu'elle considérait comme des vecteurs d'idéologies et de mentalités. Elle affirmait que « les mots ne sont pas innocents. Ils traduisent une idéologie, une mentalité, un état d'esprit. Laisser passer un mot, c'est le tolérer. Et de la tolérance à la complicité, il n'y a qu'un pas. »
Cette citation, l'une des plus célèbres de Gisèle Halimi, souligne la nécessité d'être attentif au langage que nous utilisons et de ne pas laisser passer les mots qui véhiculent des stéréotypes sexistes ou qui minimisent les violences faites aux femmes.
L'héritage de Gisèle Halimi est immense. Ses combats, ses écrits et ses citations continuent d'inspirer les féministes du monde entier. Elle nous a rappelé que la lutte pour les droits des femmes est un combat permanent, qui exige vigilance, courage et solidarité.
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