En France, le tabagisme pendant la grossesse reste une préoccupation majeure de santé publique. Malgré les campagnes de sensibilisation et les efforts de prévention, près d'un tiers des femmes fument encore en fin de grossesse en 2022. Les conséquences néfastes du tabac sur le développement du fœtus sont largement documentées, ce qui incite certaines femmes enceintes à se tourner vers la cigarette électronique comme alternative. Cependant, l'utilisation de la cigarette électronique pendant la grossesse suscite de nombreuses questions et controverses. Cet article vise à explorer les avis médicaux actuels, les études scientifiques disponibles et les recommandations des professionnels de santé concernant la cigarette électronique et la grossesse.
Les dangers du tabac pendant la grossesse
La cigarette, avec ses substances toxiques telles que le monoxyde de carbone, le goudron et les métaux lourds, nuit gravement au développement normal du fœtus. Les risques encourus par le bébé sont considérables, incluant :
- Retard de croissance intra-utérin
- Accouchement prématuré
- Complications obstétricales
- Troubles respiratoires chez le nouveau-né
- Risque doublé de fausse couche
- Augmentation d'environ 25 % du risque de naissance prématurée
- Risque de mort subite du nourrisson
Face à ces dangers, le sevrage tabagique est un enjeu primordial pour la santé de la mère et de l'enfant.
Substituts nicotiniques : une solution ?
Depuis 1999, la France autorise la prescription de substituts nicotiniques (patchs, gommes, bonbons) pour les femmes enceintes, car ils disposent d'un taux de nicotine établi. Ces substituts permettent de soulager les symptômes de manque liés à l'arrêt du tabac, réduisant ainsi le stress et l'irritabilité chez la future maman. Cependant, ces substituts ne répondent pas à tous les aspects de la dépendance tabagique, notamment les composantes comportementales et psychologiques.
La cigarette électronique : une alternative controversée
La question de l'utilisation de la cigarette électronique pendant la grossesse reste un sujet sensible et fait l'objet de débats parmi les professionnels de santé. Si le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français (CNGOF) préconise l'utilisation de patchs ou de chewing-gums en premier lieu, de nombreux spécialistes considèrent que la cigarette électronique peut être une option préférable si la femme enceinte ne trouve pas de substitut nicotinique adapté à ses besoins.
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Le Dr Philippe Presles, médecin, psychothérapeute et tabacologue, est clair sur le sujet : « Il vaut mieux pour une femme enceinte d’arrêter de fumer en vapotant, dès lors qu’elle qu’elle aurait déjà essayé sans succès d’autres méthodes de sevrage. » Le Dr Cyril Huissoud, gynécologue-obstétricien, ajoute : « On préfère qu’une patiente vapote plutôt qu’elle ne fume, cela ne fait aucun débat. »
Cette position se base sur le principe de réduction des risques : la cigarette électronique est considérée comme moins nocive que la cigarette traditionnelle, car elle ne contient pas les produits de combustion du tabac, tels que le goudron et le monoxyde de carbone.
Les avantages potentiels de la cigarette électronique
Selon les tabacologues Alice Denoize et Jacques Le Houezec, la cigarette électronique offrirait également l'avantage de soigner la réaction de l'organisme face au manque, un état qui entraîne du stress et de l'irritabilité chez la future maman. De plus, contrairement aux substituts nicotiniques, la cigarette électronique répond aux parties comportementales et psychologiques de l'addiction, en reproduisant le geste de fumer et en offrant une sensation similaire.
Une étude réalisée à l'hôpital Coombe de Dublin en Irlande et parue en 2020 a montré que la cigarette électronique peut être une aide au sevrage tabagique intéressante chez les femmes enceintes. En effet, cette étude révèle que les femmes qui utilisent la cigarette électronique ne présentent aucun symptôme néfaste du tabac durant leur grossesse.
La question de la nicotine
La nicotine est une substance présente dans les e-liquides, ce qui soulève des inquiétudes quant à son impact sur le fœtus. La nicotine est un vasoconstricteur, c'est-à-dire qu'elle rétrécit les vaisseaux sanguins. Cela peut s'avérer néfaste pour le fœtus à des doses très importantes. En effet, la nicotine traverse le placenta et agit directement sur le système nerveux du bébé, entraînant un potentiel risque d'accélération de son rythme cardiaque.
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Cependant, selon la Royal Society of Public Health au Royaume-Uni, la nicotine est une substance proche de la caféine en termes de toxicologie. Le Dr Cyril Huissoud précise que « la nicotine ne présente pas de soucis, jusqu’à une certaine dose. » Il est important de noter que la nicotine présente dans les substituts nicotiniques ainsi que dans la vape est moins addictive que celle présente dans le tabac. Cela est notamment dû au fait que lorsque l’on fume une cigarette, la nicotine passe très rapidement dans l’organisme, ce qui provoque des pics de nicotine, et amplifie ainsi ses effets délétères.
Les précautions à prendre
Si une femme enceinte souhaite vapoter, il est primordial qu'elle s'intéresse aux composants des e-liquides. Il est nécessaire de vérifier que les e-liquides ne contiennent ni diacétyle, ni acétoïne, ni acetyl propionyl dans les arômes. De plus, il est recommandé de choisir des e-liquides avec un taux de nicotine adapté à ses besoins, en évitant les surdosages.
Études et recherches sur la cigarette électronique et la grossesse
Plusieurs études se sont penchées sur l'impact de la cigarette électronique pendant la grossesse.
- Études britanniques : Selon un rapport du Public Health England, la vapeur d'une cigarette électronique serait 95 % moins nocive que la fumée d'une cigarette traditionnelle. Bien que cela ne signifie pas que la vape est sans danger, elle présente un niveau de danger significativement réduit en comparaison au tabac fumé. Le Royal College of Midwives a publié un rapport en faveur de la vape en mai 2019, suggérant que l'usage de la cigarette électronique, dans une démarche de réduction des risques, n'a pas été associé à des effets majeurs identifiés sur la santé maternelle, la santé néonatale et l'allaitement.
- Études françaises et suisses : Une étude menée par l'Université de Berne suggère que la cigarette électronique pourrait être associée à un taux de réussite plus élevé dans le cadre d'une démarche de réduction ou d'arrêt du tabac. Le CHU de Lyon indique que si des femmes enceintes ont choisi d'arrêter de fumer à l'aide d'une ecigarette " il serait "contre-productif" de leur interdire cette utilisation au risque de faire rechuter leur tabagisme actif ".
Cependant, une nouvelle étude française publiée en juillet 2025 affirme que même pour les fumeuses enceintes, la cigarette électronique serait aussi dangereuse que le tabac, pointant la nicotine comme grande responsable des désordres occasionnés. Cette étude est critiquée par la FIVAPE, qui souligne que mélanger des profils différents dans un même groupe fausse considérablement les résultats.
Recommandations des professionnels de santé
Malgré les avis nuancés, les spécialistes sont formels : la cigarette électronique est une bien meilleure option pour une femme enceinte que de continuer à fumer. En mai 2019, le Collège Royal des sages-femmes Britanniques s'est appuyé sur les études scientifiques à disposition, et a publié une prise de position concernant le soutien du sevrage tabagique durant la grossesse : « Le vapotage contient certaines toxines, mais à des niveaux bien inférieurs à ceux de la fumée de tabac. »
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Cependant, en France, le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF), la Société Francophone de Tabacologie (SFT), le Haut Conseil pour la Santé Publique (HCSP), le Ministère de la Santé et Santé Publique France s'accordent pour déconseiller le vapotage aux femmes enceintes, qu'elles soient fumeuses ou ex-fumeuses. Cette prise de position date de 2020 et a même poussé certains gynécologues à enjoindre leurs patientes ex-fumeuses à reprendre à fumer quelques cigarettes dans le but d'arrêter de vapoter, une pratique dénoncée par le Pr Bertrand Dautzenberg.
Face à ces recommandations contradictoires, il est essentiel que les femmes enceintes soient bien informées et qu'elles puissent discuter de leurs options avec un professionnel de santé.
L'importance de l'accompagnement
L'arrêt du tabac est un défi difficile pour de nombreuses femmes enceintes, et il est important qu'elles bénéficient d'un accompagnement adapté. Les aides psychologiques et comportementales sont utiles, et le soutien des prestataires de soins est crucial. Les substituts nicotiniques (TSN) sont recommandés comme aide à l'arrêt tabagique aux femmes enceintes qui fument, et ils sont remboursés par l'assurance maladie en France.
Dans certains cas précis, si les substituts nicotiniques ou les méthodes comportementales s'avèrent inefficaces, la cigarette électronique peut être une option, mais elle doit être envisagée dans le cadre d'un suivi médical personnalisé.
Vapotage passif et allaitement
Il est important de noter que le vapotage passif est moins nocif que le tabagisme passif, car la vapeur de cigarette électronique ne contient pas les composés toxiques du tabac brûlé. Cependant, il est préférable d'éviter d'exposer une femme enceinte à la vapeur de cigarette électronique dans un espace clos.
De plus, des études ont montré que la nicotine du tabac ou émise par une cigarette électronique passe dans le lait maternel, via le plasma de la maman. Chez la mère, la nicotine a pour effet de diminuer la quantité de lait produit. La nicotine peut entraîner chez le bébé des nausées, des vomissements, de l’irritabilité et des modifications du rythme cardiaque. La priorité est donc de ne pas fumer pendant l’allaitement.
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