L'expérience de l'accouchement est un moment crucial dans la vie d'une femme, mais malheureusement, pour certaines, elle peut se révéler traumatisante. Un tiers des femmes vivent leur accouchement comme un événement traumatique, et plus de 12% développent des symptômes de stress post-traumatique liés à l'accouchement (PTSD-A). Ces expériences négatives ont des conséquences importantes sur la santé de la mère et de l'enfant, et engendrent des coûts considérables pour les assurances de santé.
Face à ce constat, il est essentiel d'évaluer et d'adapter les cours de préparation à l'accouchement afin de mieux répondre aux besoins des femmes d'aujourd'hui. Le CHUV (Centre Hospitalier Universitaire Vaudois) s'est engagé dans cette démarche en proposant un plan d'action visant à réduire le risque de stress post-traumatique après un accouchement.
Constat : Les Cours de Préparation à la Naissance Actuels Sont-Ils Suffisants ?
Une étude rétrospective transversale menée en 2021 auprès de femmes ayant accouché de leur premier enfant à terme entre 2018 et 2020 a révélé des résultats surprenants. Bien que les trois quarts des participantes aient suivi des cours de préparation à la naissance, dont un peu moins de la moitié au sein de l'hôpital, aucune différence significative n'a été observée entre les groupes (avec ou sans préparation) en termes de mode d'accouchement, d'analgésie et de score d'Apgar à la naissance.
De manière inattendue, l'étude a même constaté une meilleure expérience de l'accouchement chez les femmes n'ayant pas suivi de cours de préparation, bien que ces dernières aient rapporté plus de symptômes d'intrusions (flashbacks, cauchemars).
Une analyse qualitative des réponses de 248 patientes ayant suivi les cours de préparation à la naissance au CHUV a permis de nuancer ces résultats. Si 55,6% des femmes ont jugé les sessions très ou extrêmement utiles, le détail session par session était plus mitigé. La session sur l'accouchement a été considérée comme très ou extrêmement utile par 44% des patientes, tandis que celles sur les soins post-partum à la mère ou à l'enfant ont été jugées utiles par moins de 25% des femmes.
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Les principales critiques formulées concernaient la difficulté de transposer la théorie en pratique, le manque d'exercices pratiques pendant les sessions, et la réticence des sages-femmes à aborder les difficultés potentielles. Le contenu des sessions semblait incomplet et trop axé sur l'accouchement naturel, avec un manque d'informations sur les difficultés de l'allaitement et les soins maternels post-partum.
Ces résultats suggèrent que les cours de préparation à la naissance actuels ne garantissent pas une meilleure expérience de l'accouchement. Cela pourrait être dû à un contenu trop éloigné de la réalité, qui ne prend pas suffisamment en compte les complications possibles et encourage ainsi le développement d'attentes irréalistes. La confrontation avec la réalité et la non-satisfaction des attentes créées lors des sessions peuvent entraîner une expérience de naissance moins positive.
Le Plan d'Action du CHUV : "Votre Accouchement, Parlons-en !"
Face à ces constats, le CHUV a mis en place un plan d'action novateur intitulé "Votre accouchement, parlons-en !", visant à réduire le risque de stress post-traumatique après un accouchement. Ce dispositif propose deux nouvelles consultations gratuites aux femmes et à leurs partenaires, avant et après l'accouchement au CHUV.
L'Entretien de Projet d'Accouchement
Proposé à partir du deuxième semestre aux femmes enceintes entre la 26e et la 34e semaine de grossesse et à leur partenaire, cet entretien est mené par une sage-femme. Il offre un espace pour exprimer les souhaits et les craintes du couple, et pour discuter du projet d'accouchement. Cet entretien permet d'identifier les besoins spécifiques de chaque couple et de personnaliser l'accompagnement en conséquence.
L'Entretien de Vécu d'Accouchement
Dès maintenant, toutes les femmes ayant accouché au CHUV se verront proposer systématiquement un rendez-vous pour un entretien de vécu d'accouchement avec une sage-femme, et si souhaité, avec un médecin, dans le délai qui leur convient. Cette nouvelle prestation vise à aider et accompagner les femmes ayant vécu un accouchement difficile ou traumatique, en leur offrant un espace d'écoute, de partage et d'information sur le déroulement des faits a posteriori.
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L'entretien permettra également de dépister d'éventuelles complications postnatales et d'orienter les femmes ou leur partenaire vers d'autres professionnels de la santé, si le besoin s'en fait ressentir. Les témoignages anonymisés seront utilisés dans le cadre de la formation continue des médecins et des sages-femmes. Des études scientifiques ont montré une réduction de 75% du risque de stress post-traumatique chez les patientes ayant bénéficié de ce type d'entretien.
Complémentarité avec les Offres Existantes
Ces deux entretiens viennent compléter les rendez-vous déjà existants de suivi de grossesse réalisés par les gynécologues installés ou ceux de la Maternité du CHUV, les cours de préparation à la naissance, le Conseil en périnatalité et le suivi avec les sages-femmes indépendantes.
Quantification du Temps de Grossesse : Un Enjeu de Surveillance
La quantification du temps de grossesse, omniprésente dans le parcours de soins prénatal, est un autre aspect à considérer. Dès l'inscription à la maternité, les patientes sont confrontées à des dates estimées d'accouchement et à des "semaines d'aménorrhée", des notions souvent ésotériques pour elles.
Cette quantification du temps est centrale dans la mise en œuvre de l'encadrement légal et social des grossesses : la date estimée de début de grossesse est le point de départ d'un calendrier qui impose des obligations aux personnes enceintes, en particulier celle de déclarer leur grossesse auprès de la Sécurité sociale avant le 3e mois révolu pour bénéficier de la prise en charge des soins ; la date prévue d'accouchement détermine les dates de début et de fin du congé dit de maternité.
Bien que les modes de calculs ne soient pas maîtrisés par toutes les personnes enceintes, cette mise en nombre du temps de la grossesse s'est largement imposée. Ainsi, la date prévue d'accouchement est très généralement connue par les personnes qui la communiquent à leurs proches, à leur employeur, et à la Sécurité sociale.
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Cependant, il est important de souligner que la durée "normale" d'une grossesse varie dans le temps et selon les pays. En France, elle est de 39 semaines de grossesse (soit 41 semaines d'aménorrhée), au Québec de 38 semaines (40 semaines d'aménorrhée), et en Suisse, elle est comprise entre 37 et 39 semaines de grossesse (entre 39 et 41 semaines d'aménorrhée). Ces variations pointent le caractère arbitraire de la détermination de la durée "normale" de la grossesse.
La mise en nombre du temps de la grossesse peut être analysée sous l'angle de la quantification, qui suppose deux opérations : s'accorder sur ce que l'on veut mesurer (par exemple, la prématurité) et réaliser une mesure (un nombre de naissances prématurées). L'analyse de la mise en nombre ne doit donc pas se contenter d'examiner la mesure, mais elle doit aussi se pencher sur les conventions préalables.
Prévention et Sensibilisation : Une Communication Transparente
Avec le dispositif "Votre accouchement, parlons-en !", le Service d'obstétrique du CHUV souhaite privilégier une communication transparente sur la prise en charge, afin que les couples puissent être entendus dans leur ressenti et mieux comprendre les enjeux des choix médicaux, en particulier en situation d'urgence. Une quinzaine de vidéos sont en cours de réalisation détaillant la prise en charge durant l'accouchement. Dès l'automne, un feuillet d'information sur l'accouchement sera également remis à toutes les femmes prévoyant d'accoucher à la Maternité du CHUV.
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