L'arrivée massive de députés du Rassemblement National (RN) à l'Assemblée Nationale a mis en lumière les positions parfois divergentes au sein du parti sur des questions sociétales sensibles, notamment l'avortement. Si Marine Le Pen et Jordan Bardella affirment que le RN ne remet pas en cause la loi Veil et le droit à l'IVG, les déclarations et les engagements passés de certains de leurs élus sèment le doute et suscitent la controverse. Cet article se penche sur la position de Christophe Bentz et plus largement sur les nuances et les contradictions qui traversent le RN sur cette question.

Une Entrée Remarquée de l'Extrême Droite à l'Assemblée Nationale

Les élections législatives ont marqué une percée historique pour l'extrême droite française, avec l'élection de 89 députés du Rassemblement National, auxquels s'ajoutent Nicolas Dupont-Aignan et Emmanuelle Ménard. Marine Le Pen a salué cette vague comme l'émergence d'une « nouvelle élite politique ». Cependant, derrière cette façade de nouveauté, se cachent des figures imprégnées de l'histoire et des idéologies de l'extrême droite, notamment en ce qui concerne les questions sociétales.

La Position Officielle du RN : Un Droit Acquis à Protéger ?

Face aux débats sur l'inscription du droit à l'IVG dans la Constitution, suscités par les remises en cause de ce droit aux États-Unis, le président du RN, Jordan Bardella, a déclaré qu'« aucun mouvement politique sérieux ne remet en cause en France la loi Veil, acquis à protéger ». Cette affirmation se veut rassurante, mais elle est contredite par les prises de position de plusieurs députés de son propre groupe parlementaire.

Les Députés RN et l'IVG : Entre Remise en Cause et Comparaisons Choc

Certains députés RN ont tenu des propos virulents assimilant l'IVG à un crime contre l'humanité. Caroline Parmentier, élue du Pas-de-Calais et ancienne attachée de presse de Marine Le Pen, a écrit en 2018 que « après avoir "génocidé" les enfants français à raison de 200 000 par an, on doit maintenant les remplacer à tour de bras par les migrants ». Hervé de Lépinau, député du Vaucluse, a comparé l'IVG à 14 semaines « aux génocides arméniens et rwandais, à la Shoah, aux crimes de Daesh ». Il a également affirmé que « l'IVG reste un délit (très largement dépénalisé) donc un acte intrinsèquement mauvais ».

Laure Lavalette, porte-parole de Marine Le Pen pendant la présidentielle, est une partisane de l'association Choisir la Vie, à l'origine de la Marche pour la Vie, une manifestation anti-choix. En 2014, elle a signé un texte s'engageant à « abroger, à terme, la loi sur l'avortement » et a soutenu la suppression des subventions au Planning familial.

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Marie-France Lorho, députée de la Ligue du Sud soutenue par le RN, a organisé à l'Assemblée un colloque « Journée pour la vie » où sont intervenues des figures opposées au droit des femmes.

Christophe Bentz : Un Passé de Militant Anti-Avortement

Christophe Bentz, député de la Haute-Marne, fait partie de ces élus dont les positions passées sur l'avortement suscitent l'interrogation. En 2011, il déclarait que « l’avortement est un génocide de masse ». Cette déclaration, faite lors d'une « marche pour la vie », témoigne d'un engagement militant contre l'IVG.

Bentz a également été délégué général du Parti chrétien-démocrate, une petite formation de droite extrême et catholique intégriste. Il est cofondateur de l'ISSEP, l'école lyonnaise de Marion Maréchal, destinée à former les cadres de l'extrême droite. Son parcours politique et ses affiliations passées révèlent une sensibilité conservatrice et anti-IVG.

Les Ambiguïtés de Marine Le Pen et du RN

Marine Le Pen elle-même entretient une position ambiguë sur l'IVG. En 2012, ses propos sur « les avortements de confort » avaient suscité une polémique. Plus récemment, elle s'est opposée à l'allongement du délai d'IVG, dénonçant une « dérive idéologique ». Elle défend également la politique de son allié au Parlement européen, le PiS, qui a interdit l'avortement en Pologne.

Malgré ces prises de position, Marine Le Pen affirme que le RN ne souhaite pas revenir sur l'avortement et que ce droit n'est pas menacé en France. Cette stratégie vise à dédiaboliser le parti et à élargir son électorat, mais elle est fragilisée par les déclarations et les engagements passés de certains de ses élus.

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En mars 2023, Marine Le Pen a affirmé que « plus personne ne remet en cause » l’avortement, une déclaration contredite par les propos de plusieurs élus RN. Stéphane Séjourné, secrétaire général de Renaissance, a rappelé les déclarations de Caroline Parmentier, Christophe Bentz et Hervé de Lépinau, ainsi que les changements de pied de Marine Le Pen sur le sujet.

Le Vote sur la Constitutionnalisation de l'IVG : Des Divisions au Sein du RN

Lors du vote sur l'inscription du droit à l'IVG dans la Constitution, le groupe RN s'est montré divisé. Sur les bancs de l'Assemblée Nationale, 11 députés ont voté contre, 20 se sont abstenus et 11 n'ont pas pris part au vote. Parmi les députés ayant voté contre figurent Christophe Bentz, Caroline Colombier, Grégoire de Fournas et Hervé de Lépinau. Ces votes témoignent des divergences de vues au sein du RN sur cette question.

Alexandre Varaut : Un Allié Controversé

Le ralliement d'Alexandre Varaut à la liste du RN pour les élections européennes a également suscité la polémique. Cet avocat ultra-conservateur est farouchement opposé à l'IVG, y compris en cas de handicap détecté in utero. Son recrutement a été perçu comme un signal contradictoire envoyé par le RN, quelques jours après le vote sur la constitutionnalisation de l'IVG.

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