Introduction

La paternité, un sujet étonnamment peu exploré par les sciences sociales, particulièrement en France, suscite un intérêt croissant. Malgré l'absence d'institutions nationales dédiées comme on en trouve aux États-Unis, au Royaume-Uni ou au Québec, et une féminisation notable de la recherche sur le sujet, la paternité demeure un domaine complexe et en pleine mutation. Cet article se propose d'examiner l'évolution de la paternité à travers le prisme de la sociologie, en mettant en lumière les transformations historiques, les enjeux contemporains et les perspectives d'avenir.

Un Intérêt Tardif et Discret pour la Paternité

Il est frappant de constater le peu d'attention accordée à la paternité dans le paysage scientifique français. L'absence d'institutions dédiées, contrairement à d'autres pays, témoigne d'une certaine négligence. Même dans la recherche, la paternité est souvent abordée sous un angle féminin, comme en témoignent la composition des équipes de recherche internationales et franco-espagnoles. Ce manque de considération, voire de déconsidération, a été souligné par des chercheurs comme Marc Mangin, qui va jusqu'à envisager une disparition programmée de la paternité.

La Maternité Omniprésente : Un Contexte Défavorable au Père ?

L'entrée en scène de la vie se déroule majoritairement dans un lieu dédié à la mère : la maternité. Les soins post-natals sont confiés à la protection maternelle et infantile (PMI), renforçant l'idée que seuls la mère et l'enfant nécessitent une protection. Cette omniprésence maternelle peut reléguer le père à un rôle secondaire, voire le percevoir comme un potentiel danger. L'entrée de l'enfant dans la vie est ainsi placée sous le signe de la mère, laissant peu de place au père.

L'Autodépréciation Paternelle : Un Processus Historique

La situation actuelle de la paternité est le résultat d'un long processus d'autodépréciation, marqué par des étapes symboliques importantes. La disparition progressive de la puissance maritale, amorcée en 1938 et achevée en 1965, a considérablement réduit le pouvoir du mari au sein du couple. Cette évolution, bien que justifiée par un souci d'égalité, s'est faite sans contrepartie pour les hommes, qui ont accepté de se laisser déposséder de leur pouvoir sans réagir.

La suppression de la puissance paternelle en 1970, remplacée par l'autorité parentale conjointe, constitue une autre étape cruciale. Ce changement de paradigme a transformé la nature de l'autorité parentale, la dissociant de la puissance. L'autorité parentale conjointe, dépourvue de la puissance nécessaire à son exercice, nécessite l'intervention d'une autorité supérieure, l'État, pour résoudre les conflits.

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L'État-Providence : Un Rôle Croissant dans la Famille

Le développement de l'État-providence a contribué à l'étatisation de la famille, où l'État prend en charge des fonctions traditionnellement assurées par les parents, telles que l'éducation. Le monopole de l'État sur l'éducation, officialisé en 1932, marque une étape importante dans ce processus. Cette emprise de l'État sur l'enfance, inspirée par des modèles collectivistes, a été peu contestée par les parents, souvent satisfaits d'être déchargés de cette responsabilité.

L'État moderne, par essence totalitaire, tend à affaiblir les liens qui pourraient protéger le citoyen de sa puissance, notamment la famille. Les lois sur le divorce, facilitant la dissolution du mariage, et l'éradication des pères s'inscrivent dans ce mouvement.

L'Autorité Parentale Conjointe : Une Illusion ?

L'autorité parentale conjointe, bien qu'elle semble équitable, pose problème dans son application. L'autorité, par définition, ne se partage pas. Elle peut être déléguée, mais son exercice est toujours le fait d'une seule personne. Dans les couples parentaux, l'exercice conjoint de l'autorité ne pose pas de problème tant que les deux parents sont d'accord. Mais en cas de désaccord, l'absence d'une autorité décisionnelle claire peut entraîner des conflits et des blocages.

Diversité des Définitions et des Rôles du Père

La définition du père varie considérablement selon les sociétés et les cultures. Le père peut être l'homme qui a couché le plus fréquemment avec la mère au début de la grossesse, celui qui donne son nom à l'enfant, celui qui élève l'enfant, ou même un membre du clan familial. Les rôles et fonctions du père peuvent être divisés entre plusieurs hommes. Cette diversité témoigne de la complexité de la paternité et de son caractère socialement construit.

Dans les sociétés contemporaines, où les mères travaillent et partagent l'autorité parentale, le rôle du père est en pleine redéfinition. Les fonctions traditionnelles du père, telles que la reproduction, l'éducation et la transmission du patrimoine, sont désormais partagées ou assumées par la mère seule. Le père doit donc gagner sa légitimité, autrefois acquise de droit.

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Paternité et Pouvoir : Un Lien Historique

Le père a longtemps été associé au pouvoir et à la vie de la cité. Les termes liés à la paternité, tels que "patronyme", "patrimoine" et "patriote", témoignent de ce lien historique. La remise en cause de ce lien par les mouvements sociaux et féministes a contribué à la transformation de la paternité.

La question du père est intrinsèquement liée à la question du genre, à la répartition du pouvoir et des valeurs symboliques entre les sexes. L'histoire de la paternité est marquée par les rapports de domination des hommes sur les femmes, et son évolution reflète les changements sociaux et culturels.

Histoire de la Paternité : Entre Pouvoir et Déclin

L'histoire de la paternité est marquée par une alternance de périodes de pouvoir et de déclin. La figure du pater familias romain, puissant et autoritaire, représente l'apogée du pouvoir paternel. L'Église chrétienne, en établissant un lien direct entre paternité et mariage, a modifié la nature de la paternité, la soumettant à une institution.

L'âge d'or de l'autorité paternelle s'étend de 1500 à 1750, période pendant laquelle le père exerce tous les pouvoirs. La Révolution française, en mettant les fils au pouvoir, a ébranlé le pouvoir paternel. Le Code civil de 1804 a restauré le pouvoir paternel, mais l'effritement s'est poursuivi avec l'urbanisation et l'industrialisation.

Depuis la fin du XIXe siècle, l'idée de "carence paternelle" s'est imposée, soulignant l'inaptitude de certains pères à exercer leur autorité. Aux États-Unis, le rôle du père a été marginalisé au profit de la mère, considérée comme le parent le plus important.

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Paternité au Québec : Entre Conquête et Modernité

L'histoire de la paternité au Québec est marquée par les effets de la Conquête sur la virilité des hommes. L'influence durable de la Conquête, la domination cléricale et la mainmise économique exercée par les Anglais ont contribué à affaiblir la figure paternelle. Certains ont parlé d'un matriarcat qui détruisait la virilité des hommes, tandis que d'autres ont nuancé cette vision.

Malgré ces spécificités, le père a longtemps incarné l'autorité familiale au Québec, soutenu par un Code civil patriarcal. L'après-guerre a été marquée par la diffusion de l'idéologie d'un père engagé dans la famille, mais respectant la séparation des sphères d'activité entre le père et la mère.

La Paternité Aujourd'hui : Reconstruction et Contradictions

La paternité contemporaine est marquée par un vaste mouvement de dépréciation de l'image du pater familias, suivi d'une reconstruction accélérée et contradictoire. Les changements sociaux, démographiques et culturels ont révolutionné la vie sociale et familiale.

La montée de l'individualisme et de la société de consommation a transformé la famille en un lieu d'épanouissement affectif. Les combinatoires familiales se sont multipliées, remettant en question les certitudes du passé.

Les "Nouveaux Pères" : Mythe ou Réalité ?

L'image des "nouveaux pères", impliqués dans les tâches parentales autant que les femmes, se diffuse dans la société. Ces pères préparent le biberon, changent les couches et emmènent les enfants à l'école. Cependant, les femmes continuent d'assumer la majeure partie du travail domestique et familial.

Une enquête récente souligne le manque d'investissement des hommes dans les tâches parentales. Même si les pères ont doublé leur implication depuis les années 80, celle des mères reste deux fois supérieure. Les hommes sont souvent plus investis dans leur vie professionnelle, perpétuant ainsi les inégalités entre les sexes.

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