L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un sujet complexe et émotionnellement chargé, particulièrement au sein des communautés religieuses. Si l'Église catholique condamne fermement l'avortement, considérant l'embryon comme un être humain dès la conception, d'autres courants chrétiens adoptent des positions plus nuancées. Cet article explore les arguments en faveur de l'IVG avancés par certains chrétiens, en tenant compte des diversités théologiques et des contextes sociaux.

Le Tabou de l'Avortement chez les Chrétiennes

Pour de nombreuses femmes chrétiennes, l'IVG reste un acte tabou, souvent vécu dans le silence et la solitude. Confrontées au jugement de leur Église et de leurs proches, elles peuvent se sentir contraintes de cacher leur expérience. Laure, une catholique de 27 ans, témoigne de la difficulté de partager son IVG avec sa famille, opposée à l'avortement. Agathe, une étudiante sage-femme, a gardé son avortement secret pendant six ans, malgré sa conscience de la détresse des femmes face à l'IVG.

La Position de l'Église Catholique

L'Église catholique considère l'avortement comme un meurtre, condamnant fermement cet acte. Le pape François a réitéré cet interdit, désignant les médecins pratiquant l'avortement comme des « tueurs à gages ». Cette position conduit souvent les femmes catholiques à vivre leur avortement dans le secret et la solitude.

Arguments Philosophiques et Éthiques

Le débat sur l'avortement soulève des questions éthiques fondamentales concernant le statut moral de l'embryon/fœtus. Les désaccords portent sur la définition de l'être humain, de la personne, et sur le moment où l'embryon acquiert un statut moral et un droit à la vie.

  • Définition de la personne : La notion de personne renvoie traditionnellement à une entité capable de manifester certaines propriétés mentales, telles que la conscience de soi, la volonté, la capacité de prendre des décisions, de communiquer et d'entretenir des liens affectifs. Ces critères excluent les jeunes enfants, les individus dans le coma ou ayant un handicap cognitif sévère. D'autres critères, comme la conscience, la capacité de ressentir le plaisir et la douleur, sont également discutés.
  • Statut moral de l'embryon : Le désaccord entre partisans et opposants à l'avortement porte sur la question de savoir si l'embryon est un être humain dès la fécondation, ou bien ultérieurement. Certains considèrent qu'il est actuellement ou potentiellement une personne humaine.

L'Évolution Historique de la Perception de l'Avortement

Dans l'Antiquité gréco-romaine, l'avortement était une pratique courante, envisagée en fonction de ce qui était le plus avantageux pour la Cité. Platon était favorable à l'avortement et aux infanticides des nouveau-nés malformés. Aristote considérait que l'avortement devait avoir lieu au début de la grossesse, avant que le fœtus ne commence à sentir et à se mouvoir.

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L'intérêt moral pour l'embryon et le lien entre homicide et avortement seraient apparus pour la première fois à partir de l'ère Chrétienne. L'avortement et l'infanticide sont interdits légalement dès le IVème siècle après J.-C au motif que l'embryon est une créature de Dieu et qu'il est un être humain potentiel.

La Législation Française sur l'Avortement

La loi autorisant l'interruption volontaire de grossesse ou « Loi Veil » est entrée en vigueur en France le 17 juillet 1975. Depuis 2001, le délai légal pour recourir à l'IVG est de douze semaines. La législation française distingue l'IVG de l'interruption médicale de grossesse (IMG), autorisée sans restriction de délai pour motif médical.

Du point de vue légal, l'avortement est toujours réputé volontaire : la notion juridique d'interruption involontaire de grossesse n'existe pas. Les entités anténatales ne jouissent pas de droits civiques puisque la personnalité juridique ne s'octroie qu'à la naissance.

Chrétiens Pro-IVG: Une Perspective Différente

Malgré la position officielle de l'Église catholique, certains chrétiens défendent le droit à l'avortement, en s'appuyant sur des arguments théologiques, éthiques et sociaux.

Arguments Théologiques

Certains théologiens chrétiens estiment qu'il n'existe pas de critères biologiques suffisants pour affirmer que tout ovule fertilisé est déjà un être humain. Ils considèrent que la foi n'a pas de compétence pour en fournir, et qu'il revient aux hommes d'en juger à partir de leur connaissance des facteurs indispensables pour que le fœtus puisse devenir un être humain. Jacques Pohier écrit que s’il n’existe pas de critères biologiques suffisants à eux seuls pour décider que tout ovule fertilisé est déjà un être humain et si la foi n’a pas de compétence pour en fournir, alors il revient aux hommes d’en juger à partir de leur connaissance des facteurs indispensables pour que le fœtus puisse devenir un être humain. Pour qu’un embryon soit déclaré humain, il faut qu’il soit accepté et qu’on décide de l’introduire un jour dans la communauté humaine : « Toute expulsion volontaire d’un foetus n’est pas forcément l’élimination d’un être humain », écrit-il.

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Arguments Éthiques

Ces chrétiens mettent en avant la notion de « morale de la responsabilité », qui privilégie le bien-être de la femme et de l'enfant à naître. Ils estiment que dans certains cas, il peut être plus courageux et aimant de prendre la responsabilité d'un avortement que de laisser venir au monde des vies qui seraient menaçantes pour la santé physique et psychique de la mère, ou menacées dans leur propre viabilité future.

Arguments Sociaux

Ils soulignent également l'importance de la justice sociale et de l'autonomie des femmes. Ils considèrent que l'accès à l'avortement est un droit fondamental qui permet aux femmes de contrôler leur propre corps et leur propre destin.

Diversité au Sein du Christianisme

Il est important de noter que la chrétienté est très hétérogène et contient des mouvements très différents. L'église protestante, et plus précisément l'Eglise Unie regroupant les protestants luthériens et réformés, a toujours soutenu les mouvements féministes et donc la contraception et l'avortement.

Même si l'Eglise évangélique reste moins ouverte à la pratique de l'IVG en particulier quand il n'y a pas la notion de détresse, les pasteurs évangéliques affirment tout de même qu'« on peut avoir une conviction profonde en tant que chrétien et comprendre, en même temps, qu'on ne peut pas imposer cette conviction à une société qui ne la partage pas ».

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