La procréation médicalement assistée (PMA) est devenue une réalité pour de nombreux couples confrontés à l'infertilité. Face à ce défi, les croyants, et plus particulièrement les chrétiens, se questionnent sur la compatibilité de ces techniques avec leur foi. Cet article explore les différentes perspectives chrétiennes sur la PMA, en s'appuyant sur des réflexions théologiques, des témoignages et des analyses éthiques.
La Douleur de l'Infertilité à la Lumière de la Foi
L'infertilité est une épreuve douloureuse pour les couples qui désirent fonder une famille. La Bible elle-même témoigne de cette souffrance à travers les histoires de Sara, Anne ou Rachel, qui ont connu l'attente et la difficulté d'enfanter. Un livre récent, écrit par un chrétien ayant traversé cette épreuve, offre une exhortation spirituelle aux couples en souffrance. Il les encourage à garder foi en Dieu malgré la douleur, les fausses couches ou les diagnostics d'infertilité. L'auteur aborde les impacts psychologiques, les pressions sociales et familiales, et les parcours médicaux, tout en explorant les alternatives comme la PMA, l'adoption ou les méthodes naturelles.
PMA : Un Débat Éthique au Sein du Christianisme
La PMA soulève des questions éthiques complexes pour les chrétiens. Les différentes confessions chrétiennes ont des positions nuancées sur ces techniques. Un ouvrage récent met en perspective les éléments du débat éthique entre les deux confessions chrétiennes, leurs convergences et leurs divergences, sous la forme d'un dialogue imaginaire entre Isabelle, protestante évangélique, et Ghislain, catholique, éprouvés par un problème de stérilité.
En éthique protestante, le recours à la PMA est souvent considéré comme légitime pour assister l'union des gamètes du couple parental, dans les limites du respect de la vie de l'embryon. Cependant, cette ouverture est souvent accompagnée d'une grande vigilance. Certaines Églises protestantes laissent la liberté de choix entre les différentes techniques d'aide médicale à la procréation, certaines acceptant l'insémination artificielle avec donneur lorsque cela est nécessaire.
L'Église catholique, quant à elle, s'est longuement exprimée sur ce sujet. Elle considère que la procréation ne doit pas être l'objet d'une volonté à tout prix, mais le fruit du désir d'accueillir. Elle s'oppose à la GPA et exprime des réserves sur certaines techniques de PMA qui impliquent la destruction d'embryons ou le recours au don de gamètes. Pour Monseigneur Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail bioéthique de la Conférence des Évêques de France, la première question à se poser est de savoir si la dignité de l’enfant est respectée dans le processus de la PMA. La Conférence des évêques de France recommande de privilégier l’insémination artificielle à la FIV, technique la plus proche de la nature et la plus à même de respecter la dignité de l’enfant tout en excluant le recours au don de gamètes comme à la fertilisation in vitro car elle implique le diagnostic préimplantatoire, soit l’élimination volontaire d’un nombre conséquent d’embryons porteurs d’éventuelles anomalies sans oublier la difficile question du devenir des ovules fécondés surnuméraires. Leur destruction comme leur utilisation pour la recherche scientifique ne sont pas envisageables pour le catholicisme.
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L’Église orthodoxe rejette la plupart des techniques de PMA et n’autorise aucune manipulation sur l’embryon.
Perspectives Bibliques et Théologiques
Les textes sacrés des trois religions monothéistes - judaïsme, christianisme, islam - prônent la procréation comme le but majeur de l’union physique intraconjugale d’un homme et d’une femme. "Croissez et multipliez et remplissez la terre" (Genèse 1, 28). La Torah, soit les cinq premiers livres de la Bible, rappelle plusieurs fois ce commandement de procréer, le premier des 613 que Dieu donna à Adam et Eve (1).
Cependant, l'absence d'enfant n'est pas perçue comme une malédiction dans la Bible. Jésus lui-même a vécu sans avoir d'enfants, et il a valorisé la famille spirituelle au-delà de la famille biologique. De plus, le Nouveau Testament met l'accent sur l'amour, la compassion et le service, des valeurs qui peuvent s'exprimer pleinement même en l'absence d'enfants.
Alternatives à la PMA : Adoption et Autres Voies
Face à l'infertilité, la PMA n'est pas la seule option. L'adoption est une autre voie possible pour les couples qui désirent fonder une famille. Elle permet d'offrir un foyer aimant à un enfant qui en a besoin.
Certaines personnes se tournent également vers des méthodes naturelles pour améliorer leur fertilité. Ces méthodes peuvent inclure des changements de régime alimentaire, des exercices physiques et des techniques de relaxation.
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Le Respect de la Dignité Humaine : Un Principe Fondamental
Quel que soit le choix que font les couples confrontés à l'infertilité, il est essentiel de respecter la dignité humaine à chaque étape du processus. Cela signifie prendre en compte les implications éthiques de chaque technique de PMA, éviter la marchandisation du corps humain et protéger la vie de l'embryon. Les trois religions monothéistes privilégient le respect de la dignité de l’enfant dans toute démarche de procréation médicalement assistée d’un couple stérile, soucieuses de son développement psychologique et sociétal à tous les âges de la vie.
L'Accompagnement des Couples en Souffrance
Les couples qui traversent l'épreuve de l'infertilité ont besoin d'être accompagnés et soutenus. Les Églises et les communautés chrétiennes peuvent jouer un rôle important en offrant un espace d'écoute, de prière et de réconfort. Il est également essentiel de sensibiliser les fidèles aux réalités de l'infertilité et de lutter contre les préjugés et les stigmatisations.
PMA et les Trois Religions Monothéistes
Bible et Coran expriment l’un et l’autre la douleur liée à la difficulté d’enfanter en contant l’histoire de Sarah, épouse d’Abraham, et de bien d’autres femmes, qui ne peuvent donner une descendance à leurs époux. De nos jours, la médecine propose aux couples stériles la Procréation Médicalement Assistée (PMA) pour vivre le bonheur d’être parents.
Si les différents courants de l’islam sont plus ou moins conservateurs envers les perspectives offertes par la PMA, la plupart des Églises protestantes laissent la liberté de choix entre les différentes techniques d’aide médicale à la procréation, certaines acceptant l’insémination artificielle avec donneur lorsque cela est nécessaire.
Quant au judaïsme, La principale objection halakhique (4) à la PMA réside dans la transgression majeure et incontournable qu’elle implique : celle dite de “l’émission de semence en vain”, c’est-à-dire le fait pour un homme d’éjaculer en dehors d’un rapport sexuel. Les gamètes mâles sont considérés par la Halakha comme sacrés parce que potentiellement créateurs de vie. Néanmoins, Les décisionnaires contemporains […], majoritairement, autorisent la PMA lorsqu’il n’y a pas d’autre alternative en prenant en considération la peine et le désespoir que fait régner cette attente au sein du couple, voire le risque de sa séparation. Certaines autorités rabbiniques s’appuient même sur des textes qui comparent celui qui n’a pas d’enfants à un mort ; la PMA devient alors un moyen de sauver une vie, ce qui dans la Loi juive est un impératif supérieur qui justifie la transgression de tous les commandements, à l’exception des trois péchés capitaux que sont l’idolâtrie, certaines transgressions sexuelles (inceste, adultère) et le meurtre.
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L’insémination artificielle avec le sperme du conjoint (IAC), technique qui se rapproche le plus du rapport sexuel puisqu’elle consiste à placer les spermatozoïdes préalablement sélectionnés dans l’utérus, est préférée à la fécondation in vitro (FIV) qui requiert plusieurs étapes, depuis la stimulation ovarienne jusqu’au transfert embryonnaire. Aujourd’hui, la plupart des décisionnaires autorisent la FIV si l’insémination artificielle s’avère infructueuse. Comme préciser par le rabbin Azoulay, l’autorisation préalable d’un rabbin décisionnaire est nécessaire, il la délivrera après un échange raisonné avec le couple. Le judaïsme ne s’oppose pas au diagnostic préimplantatoire en vue de déceler d’éventuelles anomalies chromosomiques ou pathologies graves, l’embryon extra-utéro n’étant pas considéré comme un être vivant. Si la question des embryons surnuméraires n’est pas un problème pour leur devenir, l’autoconservation ovocytaire non plus : la loi israélienne l’autorise jusqu’à l’âge de 45 ans. La loi musulmane s’apparente à la loi juive, exception faite de l’autorisation préalable d’un imam, non requise pour entreprendre une demande de PMA. Les trois religions monothéistes s’opposent au don de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes).
PMA et la filiation
Avec l’ouverture de la procréation médicalement assisté (PMA) pour toutes, c’est toute une dimension de l’éthique biblique sur la la filiation et la généalogie qui devient sujet de débat.
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