Si l'on pense aux bananes, le nom "Chiquita" vient souvent à l'esprit. Chiquita est bien plus qu'une simple marque ; c'est une entreprise mondiale de premier plan dans le secteur de la banane, employant 18 000 personnes dans 25 pays et présente dans près de 70 pays. Son histoire, riche en événements, remonte à plus d'un siècle, une époque où l'expédition de bananes fraîches et leur conservation étaient de véritables défis.
Les Origines : De la United Fruit Company à la Grande Flotte Blanche
L'histoire de Chiquita commence en 1899 avec la fondation de la United Fruit Company (UFCO). Cette création est le résultat de la fusion entre la Boston Fruit Company, détenue par le capitaine Baker et Andrew Preston, et la compagnie de chemin de fer de Minor C. Keith.
Le nom de la Grande Flotte Blanche remonte à 1907, quand le président Teddy Roosevelt a envoyé une flotte de navires de guerres dans un tour du monde.
Miss Chiquita : Une Icône Publicitaire
La marque Chiquita est devenue mondialement populaire, en grande partie grâce à ses publicités télévisées et imprimées. Au début, Miss Chiquita était une banane animée qui enseignait comment conserver les bananes. En 1987, l'artiste Oscar Grillo, créateur de la Panthère rose, l'a transformée en une femme.
Chiquita a adopté un ensemble de valeurs fondamentales et a mis à jour son code de conduite pour inclure la norme de travail SA8000 de la Social Accountability International. En 2015, Chiquita a lancé sa campagne Just Smile!, une plateforme créative pour lier les bananes Chiquita aux consommateurs de manière ludique.
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La Banane : Un Aliment de Base Mondial
La banane est la quatrième plus grande culture vivrière au monde après le riz, le blé et le maïs. Plus de 10 milliards de bananes Chiquita sont consommées chaque année.
Scandales et Controverses : Le Côté Sombre de l'Histoire
L'histoire de Chiquita, en tant qu'héritière de la United Fruit Company, est entachée de controverses et de scandales. La United Fruit Company, tristement célèbre, a pesé lourd dans l’économie et la politique de certains pays de la région, qui ont gagné le surnom de « républiques bananières ».
En 1928, la United Fruit Company faisait appel à l’armée colombienne pour réprimer une grève dans ses plantations, un événement connu sous le nom de « le massacre des bananières ».
Les premiers soupçons contre la moderne Chiquita Brands remontent à la fin des années 1990. Le conflit armé colombien atteint alors des sommets d’horreur. Sous prétexte de lutter contre les guérillas marxistes, les AUC massacrent, torturent, séquestrent, menacent. Des centaines de syndicalistes sont assassinés, des milliers de paysans sont contraints d’abandonner leurs terres.
En 2007, la justice américaine ouvre une enquête sur les agissements de la compagnie. Lundi 10 juin, un tribunal fédéral du district sud de la Floride, aux Etats-Unis, a condamné l’entreprise américaine Chiquita Brands à payer 38,3 millions de dollars aux familles de huit Colombiens assassinés dans leur pays par les paramilitaires d’extrême droite. Les jurés de Floride ont considéré que la multinationale de la banane était responsable de la mort de ces huit victimes. Il ne s’agit que d’un premier jugement. Plus de six mille autres victimes attendent réparation.
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United Fruit Company : L'Ascension et la Domination
Pour comprendre la puissance de l'United Fruit et son influence sur les destinées de l'Amérique centrale, il faut remonter à 1871. Cette année-là, arrive au Costa Rica un ingénieur ferroviaire américain répondant au nom de Enri Meiggs. Chargé par son oncle de recruter la main-d'oeuvre nécessaire à la réalisation du chantier, le jeune homme fait appel à des vétérans de la Guerre de sécession, à des matelots en rupture de ban et à des individus louches trouvés dans les bars ou à la sortie des prisons de la Nouvelle-Orléans.
Minor C. Keith décide de rester. Il faut dire que, depuis quelque temps déjà, un nouveau projet mobilise son attention : les bananes. Dès 1871, il en a planté tout au long de la ligne avec l'idée de les exporter, notamment vers les Etats-Unis. Pour exporter ses premières cargaisons de bananes vers la Nouvelle-Orléans, Minor C. Keith s'associe à un capitaine de steamer, Lorenzo Baker. L'affaire s'est révélée suffisamment juteuse pour envisager de passer à un stade plus industriel.
Il accepte donc de reprendre du service pour le compte des nouveaux contractants qui ont succédé à son oncle. Pour eux, il embauche plusieurs milliers de travailleurs, notamment des Italiens, des Noirs et des Chinois. Sous-payés, honteusement exploités, travaillant dans des conditions épouvantables, ils meurent par milliers - on parle de 5.000 morts pour les seuls 40 premiers kilomètres !
Et lorsqu'en 1882, à nouveau incapable de payer ses contractants, le gouvernement du Costa Rica lui propose de reprendre à son compte la construction du chemin de fer, Minor C. Keith n'hésite pas : en échange de prêts qu'il a lui-même négociés avec des banques européennes et américaines, il obtient plus de 3.000 kilomètres carrés de terres libres de toutes taxes ainsi qu'une concession de 99 ans pour exploiter librement le chemin de fer entre San José et Puerto Limon. L'homme d'affaires est désormais libre de se livrer totalement au négoce de la banane. Pour ce faire, il s'associe avec un gros importateur de fruits exotiques basé à Houston, Andrew Preston, et crée avec lui en 1899 la United Fruit Company (Ufco). Elle s'impose dès le départ comme la première compagnie bananière du monde.
Surnommé " le Roi sans couronne d'Amérique centrale ", marié à la fille d'un ancien président de la République du Costa Rica, très bien introduit dans les milieux officiels qu'il rétribue généreusement, Minor C. Keith entreprend, à partir du Costa Rica, de partir à la conquête de l'Amérique centrale. Panama, Cuba, Jamaïque, Colombie, république Dominicaine, Guatemala… Dans les années 1900, l'United Fruit contrôle des dizaines de milliers d'hectares dans cette partie du monde.
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En plus des trains, l'United Fruit obtient le contrôle de très nombreux services publics : électricité, eau, transports municipaux… Certains Etats comme le Guatemala deviennent ainsi des annexes pures et simples de la firme de Boston. Ce pays à lui seul assure 25 % des profits de l'Ufco. Un pouvoir acquis à grand renfort de corruption, de menaces et de manoeuvres frauduleuses.
Samuel Zemurray : Un Nouveau Tournant
Quelques mois à peine après sa disparition, l'United Fruit passe sous le contrôle d'un individu peu recommandable et qui finira par en devenir le président : Samuel Zemurray. Né en Russie en 1877 dans une famille juive misérable, il est arrivé aux Etats-Unis en 1892, fuyant les pogroms qui, à intervalles réguliers, secouent l'immense empire des tsars. Installé à la Nouvelle-Orléans, il s'est lancé dans le commerce des bananes en 1899, achetant à bas prix et revendant avec un bénéfice confortable des bananes presque pourries !
Le Honduras, dont Zemurray a décidé de faire son terrain de chasse, est alors dirigé par le général Manuel Bonilla, un dictateur fort bien disposé envers les investisseurs étrangers. C'est sur lui que " Banana Man ", comme on le surnomme déjà aux Etats-Unis, a décidé de miser et ce, avec l'accord de l'Ufco.
En 1911, bien que surveillé de très près par les services secrets américains qui soupçonnent quelque chose, l'homme d'affaires parvient à monter une équipée. Ayant acheté une petite canonière et recruté une poignée de mercenaires, il lance une expédition sur le Honduras dans le but de réinstaller Bonilla au pouvoir. L'affaire, soutenue en sous-main par l'Ufco, réussit contre toute attente. Trop heureux de récupérer son siège, le dictateur s'empresse de concéder à Zemurray tout ce qu'il demande.
Ce jour-là, Zemurray fait une sortie fracassante lors d'un conseil d'administration de la firme. Durement atteinte par la crise économique mondiale, l'Ufco a en effet vu le cours de son action passer de 158 à 10 dollars en moins de trois ans ! Terrorisé, le conseil d'administration lui confie la direction générale des opérations, puis la présidence de l'Ufco.
Chiquita : Une Marque Mondiale
L’histoire de Chiquita (United Fruit Company), un des plus grands producteurs de bananes au monde, remonte à 1899. Fyffes, une autre entreprise, irlandaise, cette fois distribuait les bananes en Europe. Cette denière changea le nom de ses produits en Chiquita en 1967, un nom plus vendeur.
Migros, qui est de loin le plus important vendeur de bananes en Suisse, est fière de vendre la banane Chiquita, et surtout fière de savoir vous l'offrir toute l'année au même prix.
Les Campagnes Publicitaires Mémorables
Au fil des ans, la banane Chiquita a été la vedette de nombreuses campagnes publicitaires mondiales vraiment formidables. Comment peut-on oublier la charmante Miss Chiquita et le parcours qui l’a mené à devenir la figure emblématique qu’elle est aujourd’hui ? Au fil du temps, les gens ont commencé à comprendre les avantages nutritionnels des bananes, et aujourd’hui nos fidèles amies aux doigts jaunes sont connues dans le monde entier comme l’un des meilleurs superaliments.
Au fil des années, la « Première dame des fruits » a pris vie, avec de nombreux mannequins et célébrités jouant son rôle, et son visage souriant orne nos célèbres autocollants bleus depuis 1963. Pour nous, Chiquita a toujours représenté le plaisir, l’imagination et la créativité.
Parmi les autres grandes campagnes du passé, citons la campagne très appréciée « Probablement, l’aliment le plus parfait au monde » des années 1990, qui soulignait la commodité et les qualités énergétiques des bananes Chiquita pour aider tout le monde, des enfants aux athlètes, à maintenir un mode de vie actif. Une autre grande campagne des années 1960 a pris le taureau (ou plutôt la banane !) par les cornes et a abordé la question intéressante de savoir pourquoi Chiquita est la meilleure marque de banane au monde.
Au début, nous enseignions au monde comment et pourquoi manger des bananes. Ce délicieux dessert constitue également une excellente collation pour les enfants et se prépare au micro-ondes en moins de cinq minutes. Les bananes Chiquita ont toujours constitué une collation vraiment savoureuse et saine, en particulier pour les végétaliens !
Nous promouvons des modes de vie amusants et actifs depuis les années 80, lorsque nous avons parrainé les Jeux olympiques d’hiver de Lake Placid cette année-là, suivis de grands tournois de tennis et d’autres événements sportifs. Par exemple, nous avons offert un soutien continu à des marathons comme celui de New York, de Miami, d’Athènes et Disney, et d’autres dans le monde entier, aidant les coureurs et les spectateurs à garder leur niveau d’énergie élevé en faisant don de centaines de milliers de bananes Chiquita.
Financement de Groupes Paramilitaires en Colombie
L’affaire a commencé en 1997. C’est à cette date que le directeur de la Banadex [filiale colombienne du producteur de bananes Chiquita] a autorisé une série de paiements maquillés en “contributions” à une Convivir [coopérative de sécurité privée] servant de façade aux paramilitaires. A partir de cette date et jusqu’au 2 février 2004, le producteur de bananes a effectué plus de cent versements pour un montant total de 1,7 million de dollars, tous autorisés par les dirigeants de la filiale colombienne et du siège de la multinationale Chiquita, aux Etats-Unis. à payer une amende de 25 millions de dollars pour avoir rémunéré les AUC (Autodéfenses unies de Colombie), inscrites sur la liste des “organisations terroristes étrangères” du ministère des Affaires étrangères des Etats-Unis. A cette époque, il était déjà de notoriété publique que les AUC étaient responsables de dizaines d’assassinats dans la zone de production de Chiquita ; leur fondateur, Carlos Castaño, était d’ailleurs l’un des criminels les plus recherchés par la justice.
L’accord secret entre Chiquita et les AUC vacille pour la première fois le 10 septembre 2001. Ce jour-là, à la veille d’un voyage en Colombie, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell annonce le classement des AUC sur la liste des organisations terroristes. Chiquita continuera néanmoins à payer pendant trois ans, mais sous forme de versements en espèces et non plus en chèques à l’ordre de Convivir.
Le 13 mai 2004, alors que l’enquête avait déjà commencé, Chiquita a reconnu publiquement avoir versé de l’argent à un groupe terroriste [c’est-à-dire les paramilitaires]. Un mois plus tard, en juin, Chiquita vendait sa filiale Banadex et quittait définitivement la Colombie.
La "République Bananière" et l'Ingérence Étrangère
Mais que se cache-t-il derrière l’expression « république bananière » ? Une world company américaine, la United Fruit Company (UFC), qui va faire de la banane un élément du rêve américain. Le « Poulpe », son surnom, va s’étendre sur toute l’Amérique centrale et la Colombie. Un empire incarnant toutes les dérives du capitalisme américain.
« Dans la stratégie première qui est de s’approprier des terres pour créer ces immenses plantations de bananes, la compagnie a privatisé des biens communs, des terres qui appartenaient à de petites communautés agricoles ou à des paysans indiens. Elle a réitéré ainsi l’acte fondateur du capitalisme contemporain : le mouvement des “Enclosure” en Grande-Bretagne au XVIIe et XVIIIe siècle à l’origine de la révolution industrielle et de l’implantation du capitalisme en Europe.
Manger des bananes va devenir une évidence et gare à ceux qui s’y opposent. « Edward Bernays, qui est présenté dans cet extrait, est le père des relations publiques et de la propagande politique institutionnelle. C’est un personnage assez fascinant et son petit pamphlet, Propaganda, réédité en français il y a quelques années, témoigne de sa pensée. Il y écrit noir sur blanc qu’il est légitime de manipuler les esprits pour faire passer des messages. Il revendique le terme de manipulation. “Une manipulation consciente des masses par une minorité éclairée.”
« On est tombé sur ces belles images en couleur d’hélicoptères qui arrosent abondamment de pesticides les plantations. Des images de la compagnie avec les commentaires originaux de l’UFC où elle explique littéralement qu’elle se bat contre la nature ! Pour éradiquer ces parasites virulents, elle fait déverser des tonnes de bouillie bordelaise avant d’utiliser un autre produit à base de sulfate de cuivre qui, à haute dose, est excessivement toxique. L’UFC communique là-dessus. Avec ces images d’hélicoptères. Nous avons également découvert ces photos d’ouvriers. On les appelait les “perroquets”. Leur peau était teintée de bleu car il maniait le sulfate de cuivre. Ces hommes sans protection aspergeaient sans relâche moyennant une paie plus élevée. On sait que beaucoup en sont morts.
La Guerre de la Banane : Un Conflit Géoéconomique
L’histoire de la « guerre de la banane » et celle de la United Fruit Company (UFCO) sont intrinsèquement liées. Elles témoignent parfaitement de la manière dont une entreprise multinationale a influencé, voire déterminé les dynamiques géopolitiques en Amérique centrale tout au long du XXe siècle.
L’UFCO ne se contentait pas de cultiver et d’exporter des bananes, elle contrôlait également les infrastructures nécessaires à cette activité : chemins de fer, ports, télégraphes, et même services publics dans certains pays. La stratégie de développement de l’UFCO est simple, mais efficace : terres et avantages fiscaux contre infrastructures.
Le terme de « république bananière » a été popularisé par l’écrivain américain O. Henry en 1904 (Cabbages and Kings) pour décrire des pays d’Amérique centrale dont les politiques et les économies étaient dominées par les intérêts étrangers, principalement ceux de l’UFCO.
Le cas le plus emblématique de l’influence de l’UFCO sur la politique étrangère américaine est sans doute le coup d’État au Guatemala en 1954. L’opération PB Success voit alors le jour en 1954. Orchestrée par la CIA, qui arme les groupes rebelles locaux, elle aboutit au renversement de Guzmán et à l’instauration d’une dictature militaire favorable à l’UFCO. Cet événement illustre donc la manière dont les intérêts économiques d’une entreprise privée peuvent déclencher des actions géopolitiques majeures. Celles-ci entraînent ensuite des conséquences durables pour la région. À la suite du coup d’État, le Guatemala plonge dans 30 ans de guerre civile.
Leçons de l'Histoire
L’une des leçons majeures de la guerre de la banane est l’importance cruciale de la souveraineté économique pour les pays en développement.
Un autre enseignement de cette histoire est la question du rapport de force entre les multinationales et les États. L’UFCO a démontré qu’une entreprise privée pouvait exercer un pouvoir comparable à celui d’un État.
Les monopoles, comme celui de l’UFCO, posent plusieurs dangers pour les économies locales et les sociétés. Tout d’abord, ils conduisent souvent à une exploitation économique extrême. Les bénéfices sont alors centralisés chez une minorité d’investisseurs étrangers, tandis que la majorité de la population locale reste appauvrie.
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