Introduction

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de santé publique important en France. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie régulièrement des études détaillées sur les recours à l'IVG, offrant un aperçu précieux des tendances, des profils des femmes concernées, des méthodes utilisées et des disparités territoriales. Cet article s'appuie sur les données récentes de la Drees pour dresser un portrait précis de la situation de l'IVG en France.

Évolution du Nombre d'IVG

En 2024, selon les sources médico-administratives, 251 270 IVG ont été réalisées en France, soit 7 000 de plus qu’en 2023. Parmi celles-ci, 16 370 concernent des résidentes des départements et régions d’outre-mer (DROM), y compris Mayotte. La hausse du nombre d’IVG depuis 2022 se poursuit, après la nette baisse en 2020 et 2021 en lien avec la pandémie de Covid-19. Le taux de recours à l’IVG atteint ainsi 17,3 ‰ en 2024 contre 16,8 ‰ en 2023. Dans les DROM, il ne progresse pas mais reste élevé, passant de 32,3 ‰ en 2023 à 32,2 ‰ en 2024.

En 2022, 234 300 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été enregistrées en France, soit 17 000 de plus qu’en 2021 et environ 7000 de plus qu’en 2019. En 2022, 232 000 IVG ont été pratiquées en France, dont 216 000 en France hexagonale. Le nombre d’IVG a augmenté après deux années où il avait été plus faible (215 000 en 2020 et 216 000 en 2021). Alors que la diminution de 2020 et 2021 par rapport à 2019 (224 000) semblait s’expliquer par une baisse des conceptions liées à la crise sanitaire du Covid-19, observée également dans la baisse des naissances, la hausse prononcée observée en 2022 survient alors que la natalité continue de diminuer.

L'étude publiée par la Drees montre également une augmentation du taux de recours de 2,3 points depuis 2021.

Il est important de noter qu'à partir de 2022, le décompte des IVG prend en compte uniquement le 1er acte pour une grossesse (« IVG sans reprise »). Cette nouvelle méthode de repérage des IVG a pu être également être appliquée pour les années 2020 et 2021. En revanche, pour l’année 2019, seule une estimation basée sur ce qui a été observé en 2020, 2021 et 2022 a pu être réalisée.

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Taux de Recours par Âge

En 2024, les taux de recours augmentent pour toutes les classes d’âge, avec un taux de recours qui reste le plus élevé parmi les 25-29 ans : 29,8 ‰ contre 29,4 en 2023. Parmi les moins de 20 ans, le taux de recours demeure plus faible qu’il n’était il y a dix ans (5,5 ‰ contre 8,7 ‰).

C’est dans le groupe d’âge des 20 à 29 ans que les IVG restent les plus fréquentes : le taux de recours s’élève à 26,9 ‰ en 2022 parmi les jeunes femmes âgées de 20-24 ans (+ 2,6 points par rapport à 2021) et atteint 28,6 ‰ pour celles âgées de 25-29 ans (+2,2 points). Un taux de recours le plus fréquent entre 25 et 29 ans Les IVG sont concentrées aux âges compris entre 20 et 34 ans, et le taux de recours est le plus élevé entre 25 et 29 ans. Entre 2019 et 2022, le taux a augmenté pour les plus de 25 ans alors qu’il a diminué pour les 15-19 ans. En d’autres termes, le recours à l’IVG a augmenté principalement aux âges d’entrée dans la maternité et au-delà.

Disparités Territoriales

En 2024, les taux de recours à l’IVG augmentent dans toutes les régions métropolitaines et se stabilisent dans les DROM, où leur niveau moyen est deux fois plus élevé qu’en métropole. Les disparités territoriales sont marquées puisque les taux de recours varient du simple au quadruple entre Les Pays de la Loire et la Guyane. En France métropolitaine, ils oscillent entre 12,4 ‰ dans les Pays de la Loire à 23,1 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les DROM, les taux fluctuent entre 19,0 ‰ à Mayotte et 46,5 ‰ en Guyane.

En 2022, les taux de recours à l’IVG augmentent dans toutes les régions métropolitaines ainsi que dans les DROM, à l’exception de la Guadeloupe. Les disparités territoriales sont marquées puisque les taux de recours varient du simple au double selon les régions. En France métropolitaine, ils varient de 11,6 ‰ en Pays de la Loire à 22,6 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur. En outre, la Drees a constaté des disparités territoriales "marquées", avec des taux de recours variant "du simple au quadruple entre Les Pays de la Loire et la Guyane". "En France métropolitaine, ils oscillent entre 12,4 pour 1 000 dans les Pays de la Loire à 23,1 pour 1 000 en Provence-Alpes-Côte d'Azur", expliquent encore les auteurs de l'étude.

Méthodes et Lieux de Réalisation

Depuis 2005 et l’autorisation de sa pratique hors établissement de santé, l’IVG est de plus en plus souvent réalisée de façon médicamenteuse, seule méthode permise hors établissement (excepté dans certains centres de santé où la méthode instrumentale peut être utilisée, ce qui concerne moins de 200 IVG). Par ailleurs 64 % des IVG en établissement sont désormais pratiquées par voie médicamenteuse. Ainsi en 2024 45 % des IVG sont réalisées hors des établissements de santé, et la méthode médicamenteuse concerne 80 % de l’ensemble des IVG. En 2024, 251 270 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été réalisées en France, selon une étude publiée jeudi 25 septembre par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees). Parmi ces avortements, 80% ont été effectués de manière médicamenteuse, poursuit cette même source.

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En 2022, 38 % des IVG étaient réalisées en ville par méthode médicamenteuse, 40 % à l’hôpital par méthode médicamenteuse et 22 % par méthode chirurgicale (figure 2). Les IVG médicamenteuses représentent donc plus des trois quarts des IVG, prolongeant ainsi la tendance de long terme à la prédominance de cette technique. En 2022 toujours, 39 % des IVG en ville ont été réalisées par des sages-femmes, proportion également en hausse, dans le prolongement de la tendance observée depuis qu’elles disposent du droit de pratiquer des IVG en ville, mis en place en 2016 - ce qui contribue à l’augmentation globale de la part d’IVG médicamenteuses. Jusqu’en 2005, toutes les IVG étaient réalisées dans des établissements de santé, qui regroupent les établissements d’hospitalisation quel que soit leur statut (public, privé à but lucratif, privé d’intérêt collectif). À partir de 2005, les IVG médicamenteuses ont été autorisées en ville, puis en centre de santé et centre de santé sexuelle. Depuis 2020, la part des IVG réalisées hors des établissements de santé progresse, atteignant 38 % en 2022. La méthode médicamenteuse est la plus utilisée, y compris en établissement de santé.

Seules 6 % des IVG sont pratiquées dans un hôpital privé, ce qui témoigne également de la tendance de long terme au recul de la prise en charge des IVG par ces établissements. A l’inverse, 58 % des IVG sont réalisées dans un hôpital public et cette proportion monte à 76 % pour les 15-18 ans. Enfin, la part d’IVG chirurgicales est plus élevée chez les jeunes (29 % pour les 15-19 ans contre 15 % pour les 45-49 ans), à une durée moyenne de grossesse plus élevée (figures 2 et 3). Le recours à l’hôpital public, particulièrement important chez les jeunes, peut s’expliquer par le fait que ce lieu soit mieux identifié que les structures de médecine de ville et offre plus d’anonymat que les cabinets de ville où les femmes et/ou leurs proches sont régulièrement suivis.

Rôle des Sages-Femmes et Téléconsultation

En 2024, 1 442 sages-femmes, 900 gynécologues ou gynéco-obstétriciens et 920 médecins généralistes ont réalisé des IVG en cabinet libéral. Les sages-femmes ont réalisées plus de 50 000 IVG, soit la moitié des IVG réalisées en cabinet libéral. Près de 1600 médicaments ont été remis directement à la femme par une pharmacie, dans le cadre d’une IVG en téléconsultation.

Allongement du Délai Légal et IVG Tardives

En établissement de santé, trois IVG sur quatre sont réalisées avant 10 semaines d’aménorrhée (SA). Après l’allongement de deux semaines de la durée légale pour les IVG réalisées en établissement de santé (de 14 à 16 SA), les IVG dites tardives, réalisées à partir de 12 SA, représentent 9,8 % de l’ensemble des IVG hospitalières. Les conditions d’accès à l’IVG ont été élargies par la loi du 2 mars 2022 avec un allongement de deux semaines de la durée légale pour les IVG réalisées en établissement de santé. Parmi ces dernières, 55% le sont à moins de huit semaines d’aménorrhée (SA) et 76 % à moins de dix SA. L’allongement de deux semaines du délai légal de recours ne suffit pas à expliquer cette augmentation car les IVG les plus tardives représentent moins d’un cinquième du surplus observé par rapport à l’année 2021.

Contexte Socio-Économique et Désir d'Enfant

La France connaît un paradoxe : en 2024 le désir d’enfant des Français (2,27 enfants par femme) est bien plus élevé que sa réalisation effective (1,62 enfant par femme). La même année les IVG ont augmenté de 3% par rapport à 2023. En parallèle, la natalité continue de s’effriter avec une baisse de 17% des naissances. Dans un article publié par Le Figaro, Pascale Morinière, présidente de la Confédération nationale des AFC (CNAFC), souligne que la « baisse du pouvoir d’achat des familles et le contexte de crise actuel diminuent la capacité à accueillir des enfants ». En moyenne les Français ont le sentiment qu’il leur manque 507 euros par mois pour vivre normalement et seulement 18% d’entre eux estiment avoir un pouvoir d’achat élevé.

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Après deux années de crise sanitaire ayant entraîné une baisse des conceptions (notamment pendant le premier confinement), la dégradation du contexte socioéconomique était toujours marquée en 2022. Cette situation explique certainement en partie l’augmentation des IVG dans les tranches d’âges où la fécondité est la plus élevée : l’avortement a pu être davantage mobilisé dans une période possiblement jugée peu propice à la décision d’accueillir un enfant. L’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 explique également, bien que dans une bien moindre mesure, cette augmentation.

Facteurs de Risque et Soutien aux Familles

Dans un communiqué de presse, la CNAFC soutient la lutte contre les facteurs de risque de recourir à l’avortement en cas de grossesse imprévue. Les deux principaux facteurs sont la pauvreté et la déscolarisation. Afin de répondre aux inquiétudes des mères et de leurs familles, il est essentiel de mettre en place des aides matérielles et financières. La CNAFC soutient la valorisation de l’accouchement sous le secret.

Diversification des Lieux et des Professionnels

La diversification des lieux et des professionnels permet une plus grande souplesse dans la prise en charge. Elle n’est cependant pas égale sur le territoire, ni selon l’âge des personnes ayant besoin de recourir à une IVG, notamment pour les plus jeunes. L’accès à l’information et à des structures de soins de proximité est essentiel pour assurer une prise en charge correspondant au choix de la méthode, au moment souhaité.

Autres Données Complémentaires

  • On compte trois IVG pour cinq grossesses d'adolescentes.
  • Le nombre total d'IVG pratiquées est influencé par l'accès à la contraception du lendemain.
  • Environ 13% des grossesses sont interrompues.
  • 10 % des IVG concernent des femmes de moins de 20 ans.

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