Le syndrome de Down, plus communément appelé trisomie 21, est l'anomalie chromosomique la plus fréquente. Des chercheurs déploient des efforts considérables pour décrypter les mécanismes complexes par lesquels ce chromosome surnuméraire influence le développement de l'organisme. Cet article explore les avancées récentes, les défis persistants et les perspectives d'avenir dans la recherche sur la trisomie 21, incluant l'identification des acteurs clés comme Marthe Gautier, dont la contribution a été longtemps sous-estimée.
Comprendre la Trisomie 21: Un Surdosage Protéique
La trisomie 21 est due à la présence d'un chromosome 21 supplémentaire dans les cellules de l'individu. Cette anomalie chromosomique, qui toucherait environ une naissance sur 700, entraîne un « surdosage » de protéines. Les cellules se retrouvent alors confrontées à une situation qui dépasse les capacités du mécanisme cellulaire chargé de réguler la production des protéines.
Seulement 20 % des fœtus porteurs de cette anomalie poursuivent leur développement jusqu’à la naissance, ce qui signifie que quatre grossesses sur cinq n’arrivent pas à terme. Dans les 20 % restants, les enfants trisomiques naissent, grandissent et peuvent vivre jusqu’à l’âge de 65 ans.
L'étude des protéines par les chercheurs contribue à une meilleure compréhension de la trisomie 21 et de ses symptômes, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour la recherche.
Le « Super Génome » des Trisomiques: Une Découverte Surprenante
Le génome est l’ensemble du matériel génétique d’un individu. Certains génomes sont de meilleure qualité que d’autres, ce qui pourrait expliquer pourquoi certaines personnes sont moins sujettes aux maladies. Pour tester cette hypothèse, des généticiens ont étudié la variation, la régulation et l’expression des gènes de 380 personnes trisomiques et les ont comparées à celles de personnes non trisomiques.
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Les résultats de cette étude révèlent que les enfants nés trisomiques possèdent un génome de qualité supérieure à celui des enfants non atteints d’une anomalie chromosomique. Cette découverte du « super génome » est une avancée importante dans la compréhension de la trisomie 21.
Marthe Gautier: Une Figure Clé Longtemps Oubliée
Marthe Gautier, pédiatre et cardiologue, a joué un rôle essentiel dans la découverte de la trisomie 21. Issue d'une famille d'agriculteurs, elle entreprend des études de médecine et rejoint le service de pédiatrie du professeur Raymond Turpin à l’hôpital Trousseau à Paris.
En 1956, Turpin informe l’équipe que le nombre de chromosomes dans l’espèce humaine n’est pas de 48, mais de 46 seulement. Il fait l’hypothèse que c’est une anomalie chromosomique qui est à l’origine de ce qu’on appelle alors « le mongolisme ». Marthe Gautier crée alors de toute pièce un laboratoire artisanal et met en culture des cellules de patients atteints de mongolisme. Elle découvre que les enfants dits "mongoliens" ont un chromosome surnuméraire, 47 chromosomes au lieu de 46.
En 1958, Jérôme Lejeune annonce seul la découverte de ce chromosome surnuméraire lors d’un séminaire de génétique au Canada. La publication d’un article qui fera date suit, sur lequel le nom de Marthe est mal orthographié. Jérôme Lejeune recevra seul le prix Kennedy pour ces travaux et se présentera ensuite comme le seul découvreur de la trisomie 21.
Ce n’est que tardivement, en 2009, que Marthe revendique sa place dans la découverte, et que son rôle majeur est peu à peu reconnu. En 2014, elle est empêchée de donner une conférence sur « la découverte de la trisomie 21 » à Bordeaux, intimidée par la Fondation Lejeune.
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Le comité d’éthique de l’Inserm émet un avis documenté et circonstancié, après une étude approfondie des archives et témoignages des protagonistes, reconnaissant la contribution essentielle de Marthe Gautier. Marthe est une des nombreuses femmes scientifiques victimes de l’effet Matilda, phénomène d’invisibilisation des découvertes des femmes en sciences.
Nouvelles Approches Thérapeutiques: L'Édition Génétique et au-Delà
Des chercheurs explorent des approches novatrices pour traiter la trisomie 21. Des chercheurs japonais ont réussi à éliminer, in vitro, le chromosome 21 surnuméraire dans des lignées cellulaires de trisomie 21, grâce à la technique des « ciseaux moléculaires » CRISPR-Cas9.
Selon l’équipe de Ryotaro Hashizume, des démarches similaires à cette « preuve de concept in vitro » pourraient être utilisées dans les neurones et les cellules gliales et constituer « la base de nouvelles interventions médicales » pour les personnes porteuses de trisomie 21.
D'autres essais sont en cours dans le monde, ciblant les troubles cognitifs liés à la trisomie 21. En France, la société Perha Pharmaceuticals teste un médicament inhibant l’enzyme issue du gène DYRK1A pour améliorer les capacités cognitives. La Fondation Jérôme Lejeune porte également un projet d’inhibition du gène CBS, lui aussi impliqué dans la déficience intellectuelle. La société Aelis Farma évalue une molécule régularisant le neurotransmetteur GABA (gamma-aminobutyric acid), en excès dans le cerveau des personnes concernées. Une équipe franco-suisse explore également l’injection de gonadolibérine (GnRH), une hormone dont la production est perturbée dans la trisomie 21.
L'Importance du Suivi Médical et de la Prise en Charge Spécialisée
Un suivi médical spécialisé est indispensable et bénéfique pour les personnes atteintes de trisomie 21. Une prise en charge spécialisée (kinésithérapie, orthophonie, psychomotricité), permet à chaque enfant de développer au mieux ses capacités, de bénéficier d’une scolarité adaptée, et d’acquérir la plus grande autonomie possible.
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Les pédiatres aident les enfants avec trisomie 21 dès les premiers jours de la vie, en détectant de possibles pathologies associées. Ils peuvent accompagner les parents dans le suivi cardiaque si un geste chirurgical est nécessaire et prescrire certains options thérapeutiques pour contrôler des anomalies hormonales ou des infections. Ils vont proposer de détecter des apnées du sommeil préjudiciables à l’apprentissage en particulier. À l’âge adulte, les personnes avec trisomie 21 doivent continuer ce suivi et permettre une détection précoce de potentielles autres pathologies.
La Fondation Jérôme Lejeune: Un Acteur Majeur dans la Recherche et le Soutien
La Fondation Jérôme Lejeune, reconnue d’utilité publique depuis 1996, agit pour les personnes atteintes de déficience intellectuelles d’origine génétique. Elle développe et soutient de nombreux programmes de recherche sur la trisomie 21, visant la mise au point de traitements. La Fondation soutient et finance les trois volets traditionnels de la recherche : la recherche fondamentale, le recherche translationnelle et la recherche clinique.
La Fondation a créé l’Institut Jérôme Lejeune, en charge de la consultation et de la recherche clinique. Les médecins cliniciens de l’Institut sont également des chercheurs. La Fondation accompagne et finance la totalité des projets de recherche de l’Institut Jérôme Lejeune. Elle favorise le développement de nouveaux essais ayant reçu l’avis favorable du Conseil Scientifique, dès lors qu’ils sont compatibles avec la charge de travail de l’Institut.
Défis Éthiques et Perspectives d'Avenir
Les avancées scientifiques dans le domaine de la trisomie 21 soulèvent des questions éthiques importantes. L’élimination du chromosome 21 surnuméraire grâce aux ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9, bien que prometteuse, suscite des inquiétudes quant au risque de racisme chromosomique et d’eugénisme.
Il est essentiel d'envisager ces risques et de les mesurer, en veillant à ce que la balance bénéfices/risques soit toujours favorable. La recherche sur la trisomie 21 continue d'évoluer, offrant de nouvelles perspectives pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de cette anomalie chromosomique.
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