L’histoire de Charlie Dalin est celle d’un jeune garçon timide du Havre qui a réussi à atteindre son rêve : remporter le Vendée Globe ! Le Normand, après avoir passé la ligne d’arrivée en tête lors de la neuvième édition, a fini par décrocher son Graal, pulvérisant par la même occasion le record d’Armel Le Cléac’h.

Une Révélation Précoce : Les Premiers Pas d'un Marin

Né au Havre le 10 mai 1984, Charlie Dalin a attrapé le virus de la voile dès l'âge de six ans, lors de vacances en Bretagne. Sa mère, Christine, se souvient avec émotion de ces moments : « Quand Charlie était petit, je l’emmenais tout le temps au bord de l’eau, pour des pique-niques le soir par exemple. On partait en Bretagne en vacances, toujours au bord de l’eau. » C'est sur la presqu'île de Crozon (Finistère) en 1992 que le jeune Charlie est inscrit à l’école de voile. « J’ai inscrit Charlie à l’école de voile parce que je trouvais que c’était sympa. Dès ce moment-là, ça a été une révélation, un coup de foudre, une échappatoire. Il n’a jamais arrêté. Dès qu’il a été sur l’eau, il s’est vraiment épanoui. »

Dès qu'il avait une heure de libre ou deux à l’école, il allait voir les bateaux. Dès que de gros navires arrivaient, on allait sur la jetée pour les voir entrer. Quand il y avait la Transat Jacques-Vabre, il revenait de l’école avec plein de documents, de posters, d’autographes. Il y en avait partout dans sa chambre. Il en parlait même à table. Avec les couverts, il nous montrait le sens du vent. Il cherchait ce qu’il fallait faire, l’angle à prendre. C’était assez pointu, pas des petits trucs d’enfants. »

Entre Études et Passion : Un Parcours d'Architecte Naval

En parallèle de son parcours initiatique de skipper, Charlie Dalin reste concentré sur sa scolarité. Après être passé par le lycée Porte Océane du Havre, il s'oriente vers un cursus universitaire d'architecture marine et suit une formation à Southampton, en Angleterre, où il décroche son diplôme d'ingénieur en 2006. Il est alors âgé de 22 ans.

L'année suivante, il fait son entrée dans le monde des skippers professionnels, en décrochant un poste au pôle Finistère de Port-la-Forêt, l'un des plus prestigieux centres d'entraînement dans la domaine de la course au large, tout en continuant à "régater" sur son temps libre. Couvé par Amel Le Cléac'h, pensionnaire du pôle (et vainqueur du Vendée Globe en 2013), le jeune homme parvient à convaincre Christian Le Pape, directeur-fondateur du centre d'entraînement, de lui donner sa chance en tant qu'apprenti skipper.

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Concarneau : Un Nouveau Port d'Attache et une Vie de Famille

Dalin a également adopté la Bretagne, puisqu'il est installé depuis plusieurs années à Concarneau, après avoir habité à Port-la-Forêt. C'est à Concarneau qu'il construit sa vie de famille avec sa compagne, Perrine Le Pape, et leur fils Oscar. Charlie Dalin a d'ailleurs régulièrement parlé de sa famille, pendant ce Vendée Globe, confiant notamment être en lien quasi quotidien avec sa compagne Perrine et son fils Oscar. Juste après le départ le 8 novembre dernier, il avait notamment indiqué : "Ce départ était rempli d'émotion, avec des aux-revoir dignes d'un Vendée Globe. D'abord avec ma compagne Perrine, mais surtout avec mon fils Oscar qui a 2 ans et demi. Nous avons fait une visio ce matin avec lui, car il est resté en Bretagne. Ça m'a fait du bien de le voir, de lui dire "papa part faire le tour du monde et il entre après à la maison".

Perrine Le Pape : Une Compagne Discrète et un Soutien Indéfectible

En 2007, après avoir terminé un cursus universitaire en architecture marine et décroché son diplôme d’ingénieur, le Havrais d'origine obtient un poste au pôle Finistère de Port-la-Forêt. C'est là qu'il fait la connaissance de Christian Le Pape, le père de sa future épouse, et ancien directeur et cofondateur du pôle national d’entraînement Finistère Course au Large. Les deux tourtereaux tombent amoureux l'un l'autre et s’installent ensemble à Concarneau, comme le souligne Madame Le Figaro. La jeune femme baigne dans l'univers de la voile et des sports nautiques depuis son plus jeune âge. Mais cela n'empêche pas la jeune femme d'être stressée à chaque fois que sa moitié part en mer.

Si Charlie Dalin se dit affaiblit par la maladie, il tient bon pour son fils âgé de 7 ans et sa femme, ses deux piliers. "Ce n’est pas facile pour elle. Maintenant, elle est un petit peu moins stressée par le Vendée Globe que la première fois, même si je continue d’aller dans des zones assez dangereuses. Elle est bien soutenue par son entourage", confiait l'architecte naval dans les colonnes de Paris Match. Et d'ajouter : "Quand je ne suis pas là, c’est elle qui doit tout faire à la maison, forcément. C’est peut-être pour ça qu’on n’a qu’un enfant (il rit). Elle a aussi une carrière professionnelle et des ambitions. Le Vendée Globe pour la vie de famille, ce n’est pas forcément facile, mais ce n’est pas le pire métier pour ça".

Le Vendée Globe : La Consécration d'un Rêve

Charlie Dalin a franchi en premier la ligne d’arrivée du Vendée Globe 2020-2021 ce mercredi à 20 h 36, après 80 jours, 6 heures et 15 minutes. Lors du Vendée Globe 2024-2025, le navigateur avait été sacré champion, après 64 jours en mer. Fier de lui, le skippeur français entrait dans l'histoire. "Je l’ai, j’ai le Vendée Globe ! On l’a eu !", avait-il crié en apprenant sa victoire. Quatre ans après avoir vu la victoire lui filer entre les doigts, alors qu'il a passé la ligne d'arrivée en premier, Charlie Dalin a remporté le Vendée Globe 2024. Et avec la manière : 64 jours, 19 heures, 22 minutes et 52 secondes, soit 9 jours et 8 heures de moins que le précédent meilleur temps.

Sur cette édition du Vendée Globe, qu’est-ce qui a fait la différence pour que vous soyez le premier à franchir la ligne d’arrivée ? Mon bateau était déjà très bien préparé par mon équipe, ce qui m’a permis de disposer d’un outil performant face aux conditions de mer et de vent typiques de l’Atlantique, sur lequel j’ai passé 42 des 65 jours de course. J’ai aussi bénéficié d’une part de réussite : chaque fois qu’un problème technique survenait, j’avais la pièce de rechange nécessaire à bord et je parvenais à réparer l’élément endommagé. Grâce à cela, j’ai pu arriver aux Sables-d'Olonne avec un bateau à 100 % de son potentiel, ce qui est assez rare sur une course comme le Vendée Globe.

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Seul pendant 64 jours, loin de toute civilisation, quelle relation entretient-on avec son bateau, vous qui êtes aussi architecte naval de formation ? De nature plutôt cartésienne, je me suis surpris à parler à mon bateau de temps en temps : « Allez mon petit bateau, on va se sortir de ce vent fort. Allez mon petit bateau, on va se sortir de ce vent faible. » Une véritable connexion s’installe avec lui. Après des heures, des jours, des mois passés à bord, tu connais chaque bruit, chaque vibration. Si quelque chose ne va pas, tu le ressens immédiatement. Par exemple, dans les mers du Sud, près de la zone des glaces, je devais creuser l’écart avec Yoann Richomme et parcourir plus de 1 000 km en 24h. Mais j’allais trop vite, la mer était formée, le bateau tapait énormément. Je n’aimais pas du tout cette sensation : j’avais l’impression de le malmener, de le fragiliser. Quelques jours plus tard, j’ai découvert une fissure d’1m50 dans la coque… Je l’avais senti.

Face à l'Adversité : Courage et Détermination

À l'occasion de la sortie de son ouvrage, La Force du destin (Gallimard), le père de famille a révélé qu'il souffrait d'un cancer de l'intestin depuis deux ans, bien avant de devenir la figure incontournable du Vendée Globe.Malgré son diagnostic tombé à l'automne 2023, Charlie Dalin avait tout de même décidé de prendre le départ de son deuxième Vendée Globe au mois de novembre 2024. Une détermination à toute épreuve qu'il doit à son courage, mais aussi au soutien sans faille de sa compagne, Perrine Le Pape, qui ne l'a jamais lâché.

Un Imperturbable Marin

Il y un mot qui revient souvent dans la bouche des gens qui connaissent bien Charlie Dalin: Imperturbable. Surtout dans l’adversité ! Plus c'est dur, déclare-t-il, plus j'ai l'impression d'être bon. Exemple en 2007 sur le finish de la Transgascogne au large de Santander en Espagne. A l’époque, Charlie Dalin a 23 ans. Il fait la course en double avec la navigatrice Laurence Château et est à la barre d’un petit bateau, 6 mètres 50, et le vent cogne fort. Il raconte la suite dans le podcast spécial voile "Into the Wind". "Laurence se met à l'abri dans le bateau, moi je suis enfermé dehors. Je barre, je ne sais pas combien d'heures d'affilée mais en fait je m'éclate (…) je m'amuse" dans la tempête, rigole-t-il. Ce jour-là, dans sa catégorie, il gagne, avec 10 centimètres d’eau dans le bateau, il en rit encore.

Certains pensent que Charlie Dalin n’a jamais peur mais attention, il n'est pas kamikaze pour autant. "Je lui fais confiance, confie sa mère. Je sais qu’il est hyper prudent." Il faut dire que l’ingénieur - architecte naval - se décrit comme cartésien. Derrière l'apparente décontraction, un travail acharné, de la rigueur, de la méthode, de la concentration mais une implication rare dans la conception des engins pour ses deux Vendée Globe, comme il l'explique dans le podcast Génération Do It Yourself de l’entrepreneur Matthieu Stefani. "J'adore cette partie là, c'est passionant. Il y a tout à décider : ta forme de coque, quel type de carbone, où tu mets tes foils… ca parait anodin mais rien que de décider position longitudinale des foils, c'est une prise de tête" raconte-t-il.

Le Havre : Un Attachement Indéfectible

Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance au Havre ? J'en ai plein ! Mes stages en Optimist, petit, sur le bassin du Commerce. En classe de voile à Joliot Curie en sixième, tous les vendredis après-midi on allait naviguer sur le bassin Vauban. Je me souviens aussi des départs de la Transat Jacques Vabre, c'était un moment fort pour moi parce que j'allais admirer les bateaux sur les quais. La disparition de Paul Vatine m’a particulièrement marqué, c’était une figure locale, et j’avais même des posters de lui dans ma chambre. Je me souviens aussi des descentes en roller ou en skate avec mon cousin sur ce que l’on appelait la piste rouge, la fameuse descente de la Petite Rade qui mène à la digue de la plage. Et puis, il y avait ces moments avec mes grands-parents, quand ils m’emmenaient aux jeux de la plage ou aux jeux de l’Hôtel de Ville.

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Quel lien entretenez-vous aujourd’hui avec la ville ? Ma maman vit toujours au Havre, alors j’y retourne de temps en temps pour lui rendre visite. Et, bien sûr, il y a les départs de la Transat Jacques Vabre (devenue la TRANSAT CAFÉ L'OR Le Havre Normandie). Chaque fois que j’arrive dans la baie du Havre avec mon bateau, c’est un moment particulier. Je revois la plage où j’allais enfant, l’endroit où j’ai appris à naviguer en 420, à régater et où j’ai acquis des compétences qui me servent encore aujourd’hui. Quand je franchis la digue, que j’ai traversée des centaines de fois, je mesure le chemin parcouru et je réalise que j’ai accompli mon rêve d’enfant.

Perspectives d'Avenir

La suite pour vous Charlie, c’est quoi ? Mes deux grands objectifs à venir sont de tenter une deuxième victoire sur la TRANSAT CAFÉ L'OR Le Havre Normandie en fin d’année, et d’aller chercher un succès sur la Route du Rhum en 2026. Rendez-vous au Havre le 26 octobre pour le départ de la Route du Café !

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