Charles Trenet, figure emblématique de la chanson française, a marqué des générations par sa joie de vivre, sa fantaisie et sa poésie. Cet article explore sa date et son lieu de naissance, ainsi que les influences qui ont façonné son parcours exceptionnel.
Naissance à Narbonne
Charles Trenet est né le 18 mai 1913 à Narbonne, dans le département de l'Aude. Il aurait eu 110 ans. Narbonne, ville qu'il célébrera à de nombreuses reprises, est le lieu d'éveil d'une vocation artistique exceptionnelle et d'un talent unique. Située au n°13 de l’avenue Charles Trenet, cette « maison aux volets verts » a vu naître le poète. En effet, « cette vieille baraque pleine de souvenirs et de nostalgie» était pour Charles Trenet, la source de toutes les inspirations.
Contexte familial et enfance
Fils d’un notaire, Lucien Trenet, et de Marie-Louise Caussat, Charles grandit dans un univers familial marqué par la musique et l'art. Son père, notaire respecté et mélomane averti, jouait du violon, tandis que sa mère cultivait un goût pour les arts. Une grande complicité le lie avec son frère aîné, qui lui permet en partie de résister au choc que représente la séparation de leurs parents. Sa vie familiale est marquée par l’absence et la séparation : son père est mobilisé durant la guerre de 14-18, puis ses parents divorcent en 1920. Il passe son enfance tiraillé entre deux foyers mais c’est à Narbonne, dans la maison maternelle, qu’il puise ses plus beaux souvenirs et l’inspiration de nombreuses chansons. Bien qu’ayant longtemps été séparé de son père, le petit Charles aura hérité de son tempérament artistique ; le notaire Lucien Trenet était en effet un violoniste de talent.
En janvier 1911 Lucien Trenet, notaire natif de Perpignan, prend en charge le notariat de Saint-Chinian, succédant à Maître LAUCAGNE en départ à la retraite. En 1910 est né à la même adresse un premier fils prénommé Antoine. Vivant seul à Saint-Chinian le notaire retrouvait en fin de semaine son épouse Marie-Louise et son fils Antoine à Narbonne. En juillet 1913, deux mois après la naissance de Charles, Mme Trenet accompagnée de ses deux enfants et de la nounou Jeanne rejoint l’étude de Saint-Chinian. A Saint-Chinian, le petit Charles, promené par sa nounou Jeanne, grandit sans histoires, bercé par le violon de son père, musicien et mélomane. En janvier 1915 Lucien le père est mobilisé et doit rejoindre son unité à Perpignan. A Narbonne la nounou Jeanne est congédiée au grand désespoir de Charles. Plusieurs ouvriers travaillaient dans la Tonnellerie nouvelle à Narbonne. L’un d’eux était chanteur et entonnait La Marseillaise. En 1918, grand-mère Caussat est décédée et le grand-père Auguste est allé se remarier à Toulouse avec une buraliste de tabac. Le 11 novembre 1918, c’est enfin l’armistice. Au retour de la guerre il retrouve son ami pâtissier Joseph LAURENS, domicilié au Temple des Douceurs, rue de l’Eglise et sa fille Isaure alors âgée de 20 ans, virtuose du piano. C’est à Saint-Chinian que Lucien Trenet avait acheté une voiture à deux places, flanquée d’un “spider” à l’arrière, sorte de banquette que l’on découvrait en tirant sur une poignée. Le notaire l’avait baptisée Caroline. Cette voiture faisait la joie des enfants et était rangée dans son garage attenant à la maison, un ancien entrepôt de pommes de terre et de caroubes qui fleurait bon la moisissure et l’essence. Le 30 septembre un gros incendie avait éclaté dans les granges du moulin Martinet. Le notaire avait emmené les enfants avec Caroline pour voir cet événement. A la rentrée scolaire Antoine et Charles sont placés en pension à l’école de la Trinité, anciennement avenue de Verdun, actuellement avenue Jean-Moulin. Ils viendront à Saint-Chinian quatre fois par mois les samedis et dimanches par le train d’intérêt local et tante Emilie d’Ouveillan, retirée à Narbonne, seule dans la maison des Caussat, ira à Béziers pour les faire sortir le jeudi, promenades sur les allées, au plateau des Poètes ou aux 7 écluses de Fontseranne. Plus tard il raconte : “Passer sous silence ma période biterroise à l’école libre de la Trinité ne serait pas honnête, encore moins d’écrire qu’elle fut exempte de langueur et de mélancolie. L’année 1923 va enfin changer le destin de la famille Trenet. Dans Mes jeunes Années, Charles Trenet a écrit : “Mon vrai papa de Saint-Chinian, officier ministériel et guitariste montmartrois, ruminait une idée de derrière les archives. Il songeait à s’établir ailleurs, à Perpignan par exemple, sa ville natale. Ce fut tante Emilie qui, la première, nous mit au courant des projets paternels. A Saint-Chinian mon père s’affairait au milieu des malles, de paquets et de vieux clients qu’il refilait à son successeur, Maître Bordes de Perpignan, jeune homme timide, nouvellement diplômé de l’Ecole de notariat de Toulouse. La vieille Pauline apportait assistance en rechignant un peu ; c’était dans sa nature de servante classique… Non, elle n’irait pas à Perpignan. Elle resterait au service du nouveau notaire. Elle faisait partie de la vente. Quel était ce tas de choses promises par papa ? D’abord, fêter la Saint-Charles, le 4 novembre 1922 chez son ami Joseph Laurens le pâtissier. Il y eut aussi la séance traditionnelle de musique dans l’arrière-salon de la pâtisserie, situé de telle manière qu’il était inévitable pour y accéder de traverser la pièce où l’on confectionnait les tartes à la crème. Je restais béat devant le pétrin qui embaumait la violette de Toulouse. J’aurais bien voulu moi aussi mettre la main à la pâte, mais bernique, d’abord la musique ! Le père Laurens n’attendait pas. Il installait son pupitre et commençait à souffler dans son basson dont l’anche double profilait son ombre sur le carrelage. L’éclairage vacillant dû aux bougies, fournies par M. Allons-y ! Le notaire retrouve sa ville natale et réalise enfin le rêve de sa vie : installer son étude à Perpignan, rue de la Cloche-d’Or. En 1929 à Perpignan le notaire Lucien Trenet se remarie avec Françoise, une belle catalane d’Arles-sur-Tech. La même année naît de cette union Claude, Jean, Philippe Trenet, demi-frère de Charles et d’Antoine. Amateur de voitures américaines des années 60, une Dodge beige, plus tard une Delahaye rose, Charles Trenet les garait parfois devant la banque Bordelaise ou près de l’étude. Il aimait revoir le notariat où il avait vécu avec son frère Antoine et son père Lucien. Il avait revu plus tard Maître Bordes de Perpignan le successeur de son père qui avait pris ses fonctions en 1923 en même temps que sa jeune clerc de Saint-Chinian Mme Rose Cros-Chabert alors âgée de 23 ans. Il fit plus tard une visite à Maître Loubet et dédicaça un de ses croquis à la clerc Rose Chabert. Il rencontra ses anciens voisins Henri Lignon, Louis Vieu et son ami Marcel Fraisse, Isaure Laurens et Ginette Guiraud à qui il offrit le croquis dédicacé qu’elle nous a aimablement communiqué.
En 1926, il est très marqué par la rencontre du poète perpignanais Albert Bausil, ami de son père. L’adolescent développe au contact de Bausil et de son entourage le goût des farces, des canulars et de l’art sous toutes ses formes. Il se met à peindre, commence à écrire et publie des poèmes dans Le Coq Catalan (en signant sous pseudonyme ou de son seul prénom pour ne pas embarrasser sa famille).
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Parcours scolaire et premiers pas artistiques
Il est allé au collège à Béziers puis à Perpignan. Placé pendant plusieurs années dans un collège religieux, il souffre durant de longs mois de l’absence de sa mère et de l’isolement. Finalement renvoyé du lycée à l’âge de quinze ans, il commence à s’intéresser au théâtre et à la peinture, réalisant son premier vernissage.
Ascension à Paris
En 1930, « il monte à Paris » et trouve du travail aux studios cinématographiques de Pathé, à Joinville-le-Pont. Il fréquente alors, les milieux artistiques parisiens, peintres, écrivains, musiciens, notamment, la Coupole avec Marx Jacob, Jean Cocteau. Installé en Île-de-France, il fait connaissance avec la vie artistique de Montparnasse tout en continuant d’écrire articles et poèmes pour Le Coq Catalan, dont il est le correspondant parisien.
Un jour de 1932, parti écouter du jazz au « College Inn », il fait la connaissance du pianiste suisse Johnny Hess, qui deviendra son ami et son partenaire. Inspirés par Pills et Tabet, les deux camarades forment le duo Charles et Johnny, ou Trenet et Hess. Pendant trois ans, le duo parcours la France et se produit sur de nombreuses scènes. En 1936, Charles est appelé sous les drapeaux et se sépare de Johnny. Il va tenter de voler de ses propres ailes dès son retour à la vie civile : en 1937, il signe la chanson « Y’a d’la joie ! » ; Maurice Chevalier en fait un succès au Casino de Paris et a l’élégance de présenter l’auteur au public. Lancé par ce coup de pouce, Trenet se produit pour la première fois, seul sur scène, au Casino de Marseille.
En 1938, il obtient un triomphe à l’ABC et gagne son surnom de « Fou chantant » : aussitôt récupéré par le cinéma, il apparaît dans des films (La Route enchantée, Je chante). Il en signe les chansons. L’année suivante, il obtient le Grand Prix du disque pour sa chanson « Boum ! ». Chanteur, auteur, romancier, comédien, Charles Trenet est partout à la fois et charme le public par sa joie de vivre, la fantaisie de ses textes et sa gouaille dénuée de vulgarité. Sa verve parfois surréaliste contribue à démoder la chanson réaliste.
La guerre et l'après-guerre
La guerre vient un temps interrompre son parcours : il passe un temps pour mort dans les bombardements et aura de sérieux ennuis avec la Gestapo, qui le soupçonne d’être juif, sur la base d’obscures dénonciations. De retour à Paris en 1941, Charles Trenet reprend ses activités et multiplie concerts, chansons et films. En 1942, dans le train qui le mène de Sète à Montpellier, il compose la chanson « La Mer », qu’il juge médiocre, mais qui, des années plus tard, ressortie des cartons et traduite en anglais, deviendra à sa grande surprise l’un de ses standards, comptant des milliers de versions notamment par des musiciens de jazz.
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En 1944, des agents de la Gestapo lui tirent dessus : Charles Trenet devra subir une rééducation pénible, avant qu’un autre coup ne vienne du camp opposé. Soupçonné d’avoir collaboré, il comparaît devant le Comité d’épuration d’où il ressort totalement blanchi : il avait eu en 1941 le courage d’interrompre un engagement auprès des Folies-Bergère du fait de la présence de soldats allemands dans la salle, non sans avoir fait reprendre « Douce France » en chœur par le public, en présence des troupes occupantes. L’après-guerre voit Trenet se tourner vers l’international : il se produit d’abord, francophonie oblige, au Québec, avant de parcourir le continent américain du nord au sud au cours d’une tournée mondiale. Avec des triomphes comme « La Mer », « Que Reste t’il de nous Amours ? » « Douce France », Charles Trenet s’affirme comme l’une des monuments de la chanson française.
Les années 60 et les difficultés personnelles
En 1963, cependant, c’est le choc : on apprend l’arrestation de Charles Trenet, sous l’accusation de détournement de mineurs. Appréhendé avec quatre jeunes gens à la suite d’une plainte anonyme, il est inculpé d’attentat aux bonnes mœurs et écroué avec son homme à tout faire, qui est pour sa part accusé de lui avoir servi de rabatteur pour des « parties fines ». Détenu un mois, il sera finalement condamné à un an de prison avec sursis. Le public découvre l’homosexualité de Trenet, qui semble avoir été victime d’un sombre chantage ayant mal tourné. Profondément affecté par cet épisode, il revient en 1965 avec un roman, puis retrouve en 1966 les planches parisiennes, avec un récital à Bobino. En 1971, c’est un nouveau grand retour à l’Olympia. Une nouvelle tournée mondiale l’année suivante puis, en 1975, les adieux : âgé de 62 ans, Trenet tire sa révérence en se produisant sur les planches de l’Olympia pour ce qui devait être son dernier concert.
Le retour sur scène et la consécration
En 1983, à 70 ans, Trenet se produit au festival « Juste pour rire » de Montréal. C’est un triomphe et un nouveau déclic : le « Fou chantant », ragaillardi, retrouve le chemin des studios et des planches, et ne quittera plus guère le devant de la scène, animé d’une énergie que chacun s’accorde à trouver extraordinaire.
En 1987, il enthousiasme le jeune public du Printemps de Bourges, puis fête son jubilé en se produisant au Théâtre des Champs-Elysées, son grand retour sur une scène parisienne après treize ans d’absence. En 1988, il remporte un grand succès avec un récital de trois semaines au Palais des Congrès. C’est toute une nouvelle génération qui redécouvre avec plaisir un «chanteur à la papa » toujours vert bien qu’ultra-septuagénaire. En 1993, il fête ses 80 ans sur scène à l’Opéra-Bastille, et remet le couvert pour trois semaines au Palais des Congrès. En 1996, il sort un album de nouvelles chansons. En novembre 1999, il donne son dernier récital à la Salle Pleyel : fatigué, il chante assis trois soirs de suite.
Décès et héritage
Après une première attaque en 2000, Trenet subit une nouvelle alerte et meurt le 19 février 2001, à Créteil. Malgré le caractère fatalement inégal d’une œuvre foisonnante, Charles Trenet aura su, grâce à une vitalité des plus enviables, traverser les décennies en évacuant les scories de ses époques successives pour construire une œuvre à la fraîcheur intacte. Les chansons riches et enjouées de Trenet, sa voix dénuée du poids d’un accent ou d’une gouaille trop marquée, ont su ne pas vieillir pour constituer le meilleur des témoignages en faveur de la chanson française.
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La Maison Natale de Charles Trenet
La ville de Narbonne a rendu hommage à son enfant prodige en transformant sa maison natale en un musée. Ouverte au public, la Maison Natale de Charles Trenet invite le visiteur à découvrir des documents d’archives, des souvenirs personnels ; et plonge enfin le visiteur dans le jardin extraordinaire de Trenet. Le rez-de-chaussée nous permet de retracer les origines familiales de Charles, mais également la naissance de son goût pour la musique avec le salon familial garni d’instruments. On y retrouve aussi les croquis de la fresque qui lui est dédiée, ainsi que les documents échangés avec le maire de l’époque Hubert Mouly lors de la vente de la maison. Dans l’escalier qui mène au premier étage, des "petits formats", des partitions des titres les plus célèbres du "Fou chantant", sont suspendus sur le mur. Ce premier étage était la partie réservée à sa mère, Marie-Louise. Là encore, on peut observer des éléments à l’origine de certaines de ses chansons : la fenêtre depuis laquelle il voyait les trains passer, ou encore le bureau, où Charles raconte ses deux années de pensionnat, qui l’ont profondément marqué. C’est à cet endroit qu’il a poussé son premier cri, dans la chambre de sa mère. Enfin, le deuxième étage est lui dédié à la carrière de Charles. On retrouve les décorations qu’il a obtenues, le succès de ses titres à l’international, mais également les personnalités qu’il a côtoyées tout au long de son existence : Maurice Chevalier, Jean Cocteau, ou encore Charles Aznavour, qui surnommait Trenet "le Roi". Vous pourrez terminer votre visite en reprenant en chœur avec lui l’un de ses tubes, grâce au "Karaoké Trenet", situé dans sa chambre.
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